Obligement - L'Amiga au maximum

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Dossier : Histoire de l'Amiga - année 1997
(Article écrit par David Brunet - décembre 2009)


1997 : remobiliser le monde Amiga

L'Amiga paraissait à bout de souffle. L'année qui venait de s'écouler fut vide d'événements concrets. Des magazines comme Amiga Action, Amiga Joker ou Amiga Power arrêtèrent leur publication et des revendeurs ou fabricants déposèrent le bilan. Parmi eux, MTEC, le fabricant de cartes accélératrices, Ingenieurbüro Helfrich, concepteur de cartes graphiques, ou encore Almathera Systems Ltd. qui annonça sa fermeture à cause de problèmes d'argent suite au non-paiement par VIScorp de son travail fait sur l'ED (Electronic Device). Village Tronic était même en litige avec Amiga Technologies suite aux ventes de mises à jour AmigaOS 3.1, les amigaïstes se trouvant ainsi privés de système d'exploitation.

L'Amiga se retrouvait dans une situation d'attente comme ce fut le cas après la chute de Commodore. Le nombre d'entreprises gravitant autour de l'Amiga était en baisse constante depuis cette période. Cette situation morose se poursuivit en ce début 1997. Il fallait absolument redynamiser l'Amiga sous peine de le voir distancer irrémédiablement par la concurrence.

Dans l'attente du rachat

QuikPak confirma son envie de racheter l'Amiga en affinant son offre finale. Cette entreprise américaine, qui avait construit les Amiga 4000T d'Escom, semblait alors le dernier espoir de l'Amiga. QuikPak avait un projet pour porter AmigaOS sur le processeur DEC Alpha, ainsi que divers développements matériels comme un dérivé d'A4000 et un gros portable.

La décision finale du rachat était prévue pour le 28 février 1997 via le liquidateur allemand, Bernhard Hembach. Les développeurs préférèrent voir comment les choses allaient se passer avant de faire des annonces. Ce fut ainsi le calme plat pour les annonces et les sorties logicielles et matérielles. Même Amiga Technologies fut touché par un sérieux mutisme. Seul un petit communiqué de Petro Tyschtschenko informa la communauté que l'entreprise était encore en vie et que des offres arrivaient sur le bureau du liquidateur judiciaire. En fait, Petro Tyschtschenko était actif en coulisse pour gérer au mieux toute la procédure de rachat (poursuite de l'activité Amiga, recherche d'investisseurs...).

L'ancien acquéreur-désirant Dell essaya lui aussi d'acheter ce qui lui avait glissé entre les doigts en 1995. Il fut suivi de près par Gateway 2000. Les deux sociétés étaient des assembleurs de PC et apparemment fidèles à Microsoft. Elles semblaient particulièrement intéressées par les 47 brevets liés à l'Amiga, un trésor technologique qui comprenait entre autres le brevet de la souris à deux boutons.

En attendant le rachat, l'actualité fut dominée par deux sociétés allemandes qui prirent de plus en plus de poids dans le monde Amiga : PIOS et Phase 5. La première, PIOS, avait été établie en mai 1996 et avait embauché Dave Haynie dans le but de créer une nouvelle machine PowerPC pour le marché Amiga : le PIOS One. Sa présentation officielle aurait dû avoir lieu au salon CeBIT 97 mais la machine ne fut pas fonctionnelle. Le projet fut retardé, avec une date de lancement repoussée de mai à septembre, et scindé en deux : le TransAM, alias "TRANSition AMiga", devait être la variante pour Amiga (avec pOS pour système d'exploitation, en attendant AmigaOS) et le Maxxtrem devait être destiné au marché Macintosh.

TransAM
Prototype de la carte TransAM

Le constructeur Phase 5 continuait également son travail sur les cartes PowerUP qu'il avait débuté en collaboration avec Amiga Technologies en 1995. Ces cartes PowerUP représentaient une transition intéressante entre l'ancienne gamme d'Amiga 68k et son éventuel futur à base de processeur RISC. Et dans cette période incertaine sur l'avenir de l'Amiga, Phase 5 travaillait à attirer le marché vers son ambitieux projet de machine, l'A\Box, qu'il développait depuis fin 1996. Si l'Amiga venait à mourir, les amigaïstes auraient pu ainsi continuer l'aventure avec un ordinateur PowerPC qui représentait une suite idéale. Mais comme pour PIOS, l'utilisation d'AmigaOS pour sa nouvelle machine n'était pas gagnée. Phase 5 ne se prononça pas sur pOS mais fit le pari de développer son propre système basé sur des fondations modernes comme la gestion multiprocesseur, la protection mémoire et la mémoire virtuelle. Cet OS PowerPC devait inclure une émulation 68k pour faire tourner les applications 68k/CyberGraphX.

En parlant de système d'exploitation, un projet fou, lancé par Aaron Digulla en 1995, montra ses premiers résultats : il s'agissait d'AROS (Amiga Replacement OS). Il avait pour objectif de réécrire AmigaOS 3.1 en ANSI C afin de le rendre portable sur différentes plates-formes. La version disponible tournait sous Linux x86, de manière lente et sans Workbench. Peu de monde était enthousiasmé par cette possible alternative à la fois prématurée et dont la légalité n'était pas clairement établie. La communauté attendait plutôt une amélioration d'AmigaOS actuel mais celui-ci faisait du sur-place depuis la chute de Commodore.

Gateway 2000, nouveau propriétaire de l'Amiga

Le 27 mars 1997, après des mois d'attente, le sort de l'Amiga était enfin scellé et se retrouvait dans les mains de Gateway 2000. Le rachat fut estimé à 13 millions de dollars, une somme considérable pour les sociétés comme Eagle Computers et QuikPak mais aussi pour Dell qui se retira du processus de vente au dernier moment. On avait affaire à un géant de l'assemblage et de la vente de PC ; Gateway 2000 représentait quatre fois Escom dans ses meilleures années.

Gateway 2000

Gateway 2000 acquit tous les biens de l'Amiga, y compris les stocks, les marques déposées, le système d'exploitation, les conceptions matérielles et la propriété intellectuelle. Au début, seuls les brevets intéressaient l'entreprise mais une grande communauté d'utilisateurs suscita finalement l'attention de la société. De plus, l'idée d'avoir son propre système d'exploitation ne déplaisait pas à Ted Waitt, le fondateur et CEO de Gateway 2000. Les relations entre Gateway 2000 et Microsoft devinrent délicates : l'un des plus gros fabricants de PC sous Windows avait racheté une entreprise dont les produits phares étaient potentiellement concurrents de ceux de Microsoft.

Ted Waitt déclara ainsi au magazine Boot :
"Les brevets Amiga furent notre intérêt principal, dans un premier temps, mais à présent nous pensons qu'il y a bien plus à en tirer que de simples brevets."
Ted Waitt
Ted Waitt

Le président de Gateway 2000, Richard Snyder, annonça également :
"Cette acquisition est une bonne nouvelle pour Gateway et les utilisateurs de l'Amiga. Elle renforcera notre position en termes de propriété intellectuelle et donnera une nouvelle vigueur à une société qui a été un pionnier en multimédia et en systèmes d'exploitation."
La volonté de Gateway 2000 de racheter l'Amiga n'était pas nouvelle. Stephen Jones, directeur du Corporate Development chez Gateway 2000, raconta au journal britannique Amiga Format un incident qui survint en avril 1995, peu de temps après son embauche. Ted Waitt fit irruption dans son bureau en tenant à la main une coupure de presse au sujet de la vente de l'Amiga à Escom : "Pourquoi ne sommes-nous pas sur ce coup ?" s'est-il écrié. "Qu'on ne manque plus jamais une telle occasion !"

Gateway 2000 avait racheté à Escom tout ce qui avait attrait à l'Amiga. Les restes de la marque Commodore furent, eux, acquis par la société néerlandaise Tulip Computers en septembre 1997.

Réorganisation et vente de licences

La filiale Amiga Technologies resta en place avec Petro Tyschtschenko à sa tête, elle fut simplement renommée en Amiga International. Les premières vraies annonces sur le futur de l'Amiga sous l'ère Gateway 2000 arrivèrent le 16 mai, lors du salon World Of Amiga 97 au Novotel de Londres. Petro Tyschtschenko dévoila ainsi les étapes des projets pour la renaissance de la plate-forme :
  • Aider la communauté existante.
  • Exploiter la technologie Amiga existante grâce à une vaste politique de licences.
  • Aider au développement de nouveaux produits basés sur des standards ouverts de l'informatique personnelle et du marché de la vidéo et du graphisme.
Les deux premiers éléments furent réalisés par Amiga International durant 1997 et le début de 1998. Dix-sept licences furent signées en quelques mois. Il souhaita aussi faire une mise à niveau du système d'exploitation et apporter de nouveaux matériels, mais sans plus de détails. Ce premier salon sous l'ère Gateway 2000 n'avait pas débouché sur des annonces ou des promesses fracassantes. Cela tranchait avec les années précédentes et montrait comment Gateway 2000 comptait travailler avec l'Amiga, mais aussi que la firme américaine ne savait pas encore quoi faire de l'Amiga. Il fallait lui laisser du temps pour explorer la situation (complexe) de l'Amiga.

Le rachat par Gateway 2000 raviva bien plus le marché que pendant toute la période Escom. Plusieurs sociétés acquirent une licence pour la technologie Amiga. Pour la première fois, des clones Amiga se firent une place sous un nouveau logo : "Powered by Amiga". Ces licences étaient l'un des moyens rapides pour générer des liquidités. L'autre solution pour avoir des rentrées d'argent fut la mise en vente de pièces détachées de l'Amiga.

Powered by Amiga
Le logo "Powered by Amiga"

MicroniK fut l'un des premiers à acquérir une licence. Il présenta par exemple les Infinitiv A1300, A1400 et A1500, de simples cartes mères d'A1200 montées en tour, équipées de divers périphériques et préinstallées d'AmigaOS 3.1. Il fut imité par Oberland (avec ses O-Box, des A4000T avec carte PowerPC) ainsi que Intrinsec (avec des modèles basés sur l'A1200 -Storm, Cyclone, Tornado, Hurricane- dotés de différentes cartes accélératrices).

L'une des licences les plus intéressantes fut sans doute celle cédée à la société anglaise Index Information qui développa un nouvel Amiga appelé Access. Cette société était connue pour avoir développé les cartes CD32x du temps de Commodore, il était donc de bon augure de la voir finalement tirer parti des avantages de l'Amiga. L'Access était une carte montée dans une baie 5,25 pouces et basée sur le processeur 68020 à 14 MHz (68030 à 28 MHz en option) et incorporait quasiment tous les composants propriétaires de l'Amiga. Il était prévu principalement pour le marché éducatif et des bornes interactives. L'Access fut lancé fin 1997 mais dans des quantités confidentielles. Cette société anglaise avait un autre projet dans ses cordes : le BoXeR (anciennement connu sous le nom "Connect"). La première carte prototype fut présentée au salon Computer 97 de Cologne en novembre, elle se voulait être une réincarnation en plus moderne et un moins chère de l'Amiga 4000.

Access
L'Access

BoXeR
Le prototype du BoXeR montré au salon Computer '97

L'un des concurrents possibles du BoXeR fut les A5000 et A6000 du constructeur allemand DCE. Également présentés lors du salon Computer 97, les A5000/A6000 étaient basés sur une carte Baby AT avec un 68040/25 MHz (A5000) ou 68060/50 MHz (A6000), l'AGA, le SCSI, des ports Zorro III et un doubleur de fréquence. Sans révolutionner le monde de l'Amiga, le BoXeR et l'A5000/A6000 furent très attendus par la communauté en mal de nouvelles machines "à tout faire" et bon marché.

QuikPak, qui était sur les rangs du rachat de l'Amiga en début d'année, acquit également une licence pour la fabrication de nouveaux matériels compatibles Amiga (notamment les A4040L, A4060L et A1630). Mais ces produits, déjà annoncés fin 1996, ne furent jamais commercialisés.

A5000
Le prototype de l'A5000

Diverses autres licences furent octroyées. Ce fut le cas pour des produits publicitaires (Randomize au Canada, Triple A en France, etc.), pour l'utilisation d'AmigaOS 3.1 (Software Hut aux États-Unis, Power Computing au Royaume-Uni...) ou encore pour la distribution de pièces détachées (Paxtron). En outre, les problèmes juridiques liés à l'émulation et au piratage furent aussi combattus via une licence, achetée par Cloanto en octobre, visant à produire un émulateur Amiga, baptisé "Amiga Forever" contenant une copie légale d'AmigaOS 3.1 et des ROM Amiga.

PIOS était l'une des sociétés du monde Amiga les plus suivies. Elle avait souhaité une licence AmigaOS du temps d'Amiga Technologies mais s'en était détourné du fait du prix trop important. Malheureusement, sous l'ère Gateway 2000, PIOS ne put, non plus, acquérir de licence AmigaOS 3.1 pour son TransAM, la version "Amiga" du PIOS One. Pire, Apple, après avoir soutenu la plate-forme PowerPC CHRP, interdit le clonage de ses Mac et l'utilisation de Mac OS 8. PIOS se retrouva dans une situation délicate avec une machine toujours en développement mais sans système d'exploitation, la privant ainsi de débouchés économiques. La société allemande changea de stratégie en visant d'autres systèmes (comme Linux, BeOS, pOS voire COS, le nouvel OS d'Omega) et en envisageant de faire tourner le PIOS One avec un processeur x86.

Enfin, une surprise de taille secoua le monde Amiga le 17 juillet quand la firme américaine Lotus Pacific annonça que sa filiale Regent Electronics Corp. avait acquis certains droits de la compagnie Rightiming Electronics Corp. Les droits en question étaient tout simplement des licences, brevets, marques et copyrights de Commodore-Amiga pour la Chine et les pays limitrophes. Newstar/Rightiming avait produit apparemment un clone de l'A500 (A5A00) en 1996 et développait une set-top box nommée Wonder TV A6000, mélange entre un ordinateur et un lecteur multimédia. Cette acquisition fut démentie par Gateway 2000. Par la suite, on apprit que cette acquisition avait au moins deux ans d'âge et provenait d'un accord avec Escom. En examinant les dossiers de presse originaux d'Escom, on pouvait voir que la licence donnait seulement un droit de production et de vente à Lotus mais pas une possession complète des brevets Amiga. Cette confusion, qui aurait pu entraîner une bataille judiciaire, fut dissipée et Gateway 2000 ne contesta jamais ces droits.

Wonder TV 6000
Le Wonder TV 6000

La stratégie de Petro Tyschtschenko semblait fonctionner. Le dirigeant d'Amiga International avait relancé économiquement son entreprise avec une large politique de licences, avec la baisse de prix de son produit de base, le Magic Pack (qui passa de 3200 à 2600 FF), avec l'introduction de la version NTSC de celui-ci et, enfin, avec la signature de quelques gros contrats (par exemple la commande de 2000 Amiga 1200 par la société indienne Shaf Information & Teknologies). Petro Tyschtschenko annonça que 50 000 Amiga avaient été vendus depuis le redémarrage de la production fin 1995. Aucune usine ne tournait depuis le rachat par Gateway 2000 et un stock d'environ 40 000 machines (A1200 et A4000T) était doucement écoulé, à prix réduit.

La lente construction de la stratégie Amiga de Gateway 2000

Gateway 2000 était basé au Dakota (États-Unis) et la seule entreprise Amiga influente était Amiga International, dont le siège était en Allemagne. Pour mieux chapeauter son nouvel achat, Gateway 2000 créa durant l'été une nouvelle filiale à Sioux City, dans l'Iowa, près de son siège social. Cette filiale fut nommée Amiga Inc., comme la première société Amiga. Elle devait s'occuper principalement de la recherche et du développement du futur de l'Amiga et laisser à Amiga International le soin d'organiser les ventes et la promotion. Le directeur général de cette nouvelle filiale était Jeff Schindler. Il avait travaillé pour Gateway 2000, y avait développé le "Destination" (un ordinateur multimédia pour télévision) et possédait des connaissances sur les produits de Commodore.

Amiga Inc. se devait de bien démarrer. Il rencontra tout d'abord les membres de l'ICOA (Industry Council Open Amiga) pour faire un remue-méninge à propos du nouvel Amiga ; cela avait pour but de montrer que ceux qui étaient en charge de l'Amiga s'en occupaient réellement. Andy Finkel, qui s'était fait connaître lors de la période Commodore, était invité à donner son point de vue sur le futur de l'Amiga, tout comme Joe Torre, Fleecy Moss ou encore Darreck Lisle, responsable des relations publiques et coordinateur d'événements chez Amiga Inc.

Jeff Schindler Darreck Lisle
Jeff Schindler et Darreck Lisle

Joe Torre Fleecy Moss
Joe Torre et Fleecy Moss

De grandes annonces de la part d'Amiga Inc. étaient espérées de la communauté Amiga, mais rien d'extraordinaire ne fut révélé. Lors de son discours aux développeurs Amiga, Jeff Schindler se montra plein d'ambition en souhaitant que la machine devienne "un standard technologique mondial pour les produits convergents". Malheureusement, ce souhait nécessitait encore beaucoup de travail de recherche et de consultation, sans compter le fait que tout ceci était encore bien trop vague.

Par exemple, on n'avait toujours pas de certitude quant au choix du processeur pour le nouvel Amiga. Petro Tyschtschenko fit d'ailleurs une étonnante allusion : il souhaitait un 68060 ou 68080 à 200 MHz. Il indiqua qu'AmigaOS serait plus facile à mettre à jour avec cet hypothétique processeur qu'avec le PowerPC qui obligerait une réécriture complète. Jeff Schindler, quant à lui, souhaitait que la nouvelle plate-forme gère plusieurs types de processeurs. Autre exemple, le système, dont une mise à jour pour "la fin de l'année" avait été annoncée peu après le rachat par Gateway 2000. Ce délai était bien entendu intenable et une nouvelle date fut mentionnée : le printemps 1998. Cette mise à niveau, officiellement nommée AmigaOS 3.5, devait intégrer des éléments comme la standardisation des API graphique et sonore (RTG et RTA), une pile TCP/IP, la gestion de l'USB ou encore des correctifs améliorant le système tel que MCP. Petro Tyschtschenko annonça enfin qu'ils avaient débuté le développement d'un nouveau produit, une sorte de mélange entre un ordinateur, une console de jeu et une télévision, le tout était espéré pour dans au moins un an : Noël 1998. Personne n'en sut plus à ce sujet.

Ce flou et ces retards n'étaient pas vraiment surprenants, Amiga International était incapable de développer des produits par lui-même et l'équipe d'Amiga Inc. n'était pas encore formée. Il y avait malgré tout de la bonne volonté et des indices techniques et financiers prometteurs : Jeff Schindler annonça que d'anciens ingénieurs de Commodore-Amiga, Carl Sassenrath, RJ Mical, Dale Luck et Ed Heppler travaillaient avec eux en tant que consultants. Mieux, le budget 1997-2000 de Gateway 2000 pour sa filiale Amiga avait été voté et la simple enveloppe pour la publicité se chiffrait en millions de dollars ! En coulisses, Amiga Inc. multiplia les discussions avec des sociétés comme Escom, Adobe et Be. Pour ce dernier, l'objectif était de mettre sous licence une partie de BeOS, mais aucune des deux sociétés ne souhaitaient ébruiter ces discussions.

Décollage de l'Amiga PowerPC

Après un retard de plusieurs mois, les cartes PowerPC promises par Phase 5 arrivèrent enfin, en septembre. La CyberStormPPC fut ainsi la première carte avec processeur PowerPC (un 604e) pour le marché Amiga. La puissance brute de l'Amiga fut remise à niveau et rivalisait avec les Pentium II d'Intel. La CyberStormPPC était également dotée de deux autres innovations : l'intégration d'un contrôleur Ultra Wide SCSI (permettant des transferts jusqu'à 40 Mo/s) et l'utilisation d'un bus mémoire en 64 bits. Ce travail de conception fut d'ailleurs utilisé pour la construction de l'ultime carte 68060 de Phase 5, la CyberStorm Mk3, qui apparut peu après. L'avance technique de Phase 5 était nette. Il était devenu le premier fournisseur de périphériques Amiga. La transition entre 68k et PowerPC pouvait enfin débuter, même si le prix très conséquent de la carte (entre 5000 et 9000 FF selon les modèles) et le peu de logiciels natifs PowerPC disponibles, n'aidèrent pas à accélérer sa commercialisation.

Pire, à peine sorties, une guerre s'engagea entre Phase 5 et Haage & Partner concernant le noyau à utiliser dans ces cartes. Phase 5 vendait les CyberStormPPC avec PowerUP, son système pour gérer le PowerPC sous AmigaOS. Haage & Partner annonça le 27 septembre l'arrivée de WarpUP, un système concurrent et totalement incompatible avec la solution de Phase 5. WarpUP était censé être plus rapide et plus conforme à l'Amiga. Phase 5 suspendit toute aide à Haage & Partner et tenta d'empêcher l'utilisation de WarpUP. La présence de deux systèmes pour le PowerPC risquait de couper le marché en deux et jeta le trouble sur les utilisateurs.

CyberStormPPC
CyberStormPPC

Le marché des cartes accélératrices était toujours aussi bouillonnant. Les utilisateurs, en manque de nouvelles machines, se rabattaient sur les accélérateurs qu'offrait le marché. ACT Elektronic continua à diversifier sa gamme Apollo avec l'arrivée de l'Apollo 1240/1260, une carte qui pouvait utiliser un 68060 à 66 ou 75 MHz, un record pour ce processeur. Le constructeur allemand fabriqua aussi d'autres cartes, cette fois-ci à base de 68030, pour Amiga 600 (Apollo 630 à 33 ou 50 MHz, et 32 Mo de mémoire) et une nouvelle version de son Apollo pour A1200, la 1230 Turbo Mk2. Le très peu cher 68030 était aussi visé par l'entreprise M-Tec qui, après la E-Matrix 630, une carte accélératrice pour A600 sortie en 1996, poursuivit son effort et commercialisa des variantes pour A500 et A1200. De façon plus modeste, la société polonaise Elbox proposa toute une série de petites cartes mémoire (4 à 8 Mo) pour A1200, A500, A600 et CDTV.

Apollo 1240/1260
L'Apollo 1240/1260

MacroSystem, la société derrière de DraCo, présenta deux nouveautés en 1997 : le Casablanca et le DraCo Vision. Le premier, la Casablanca, était une machine permettant de réaliser des montages vidéo de manière virtuelle. A base de processeur 68040/68060, il ressemblait à un magnétoscope de salon et était plus ou moins basé sur du matériel Amiga et sur la carte V-Lab Motion. Le second, le DraCo Vision, était simplement une révision de la carte mère DraCo présentée dans un nouveau boîtier cubique. Cet ordinateur était lui aussi clairement dédié à la vidéo. Malheureusement, la prometteuse carte coprocesseur Alpha, annoncée en 1995, fut annulée.

DraCo Cube
Le DraCo Cube

L'année précédente, Village Tronic avait lancé la Picasso IV, une carte graphique modulaire, ce qui laissait entrevoir une capacité d'extension considérable puisque l'entreprise allemande avait promis un rythme d'un nouveau module par mois. Mais dans la réalité, la cadence fut bien moindre : les modules Concierto (pour l'audio, sans DSP mais avec MIDI et une sortie 44 kHz en 16 bits) et Pablo II (l'encodeur vidéo) firent leur arrivée mais le module 3D traîna des pieds et ne fut, en fin de compte, jamais terminé. La déception fut également de mise pour un autre constructeur : DKB. Il s'attelait à développer l'Inferno, la première carte graphique compatible avec le bus PCI (présent sur sa carte Wildfire). Quelques prototypes furent fabriqués mais cette carte, qui aurait permis des gains de performances sensibles, ne franchit pas le stade de la commercialisation.

Si le domaine des cartes graphiques fut en demi-teinte cette année, ce ne fut pas le cas de l'audio. Ainsi, Albrecht Computer Technik proposa la Prelude, une carte son Full Duplex sur Zorro II, et Petsoff sortit une variante de sa Delfina, la Delfina Lite, également Full Duplex et équipée d'un DSP 56002 à 40 MHz. Le marché des échantillonneurs audio ne fut pas oublié avec la venue de la Clarity 16 de Microdeal/HiSoft. Enfin, dans un autre registre, l'américain Applied Magic conçut la Soundstage Pro, une carte de qualité professionnelle surtout destinée à être utilisée avec le système de montage vidéo Video Toaster Flyer.

Prelude
La carte Prelude (photo de Michael Rubisch)

La non-disponibilité de nouvelles machines poussa vivement la volonté d'améliorer des composants de plus en plus divers sur Amiga. VMC Harald Frank lança par exemple plusieurs modèles de son Hypercom, une carte avec des ports série et parallèle rapides. Les idées d'amélioration ne manquaient pas non plus chez Individual Computers qui créa le Catweasel, un contrôleur de disquettes multistandards et pouvant lire/écrire des disquettes plus rapidement.

Si les capacités d'extension avaient été bien utilisées sur les Amiga "professionnels" (A2000, A3000(T) et A4000(T)), ce n'était pas forcément le cas pour les Amiga d'entrée de gamme. Cette lacune fut particulièrement bien comblée par le constructeur allemand MicroniK. En effet, il était déjà l'auteur, en 1993, de l'A500/A500+ Bus Converter, une carte d'extension proposant des ports Zorro II pour l'Amiga 500/500+. Une nouvelle version apparue cette année, du nom de "MicroniK A500", avec bus Zorro II/ISA, un port vidéo et un port processeur compatible A2000. MicroniK fit également un modèle pour A1200 (MicroniK A1200 Z-1i, Z-2i puis Z-3i) qui renforçait cette machine avec non seulement des ports Zorro II/III, ISA et PCI, mais aussi avec un contrôleur SCSI, des bancs mémoire supplémentaires et un port vidéo A4000. Cette carte bus pouvait littéralement transformer l'A1200, malheureusement à un prix excessif, et sans compter que le port PCI était inactif.

MicroniK n'était pas seul sur le marché des cartes bus : RBM Digitaltechnik proposa le ONBoard 1200EX (cinq ports Zorro II pour A1200) alors que Eagle Computer développa le PCI Shuttle, une énorme carte avec notamment sept ports Zorro III et trois ports PCI. Là encore, les PCI étaient invisibles pour l'Amiga mais quelques projets furent lancés pour les rendre utiles. Ce fut le cas d'Anti Gravity qui avait dans l'idée de construire le Pentitrator, une carte équipée d'un processeur Pentium. Mais ce projet fut abandonné.

PCI Shuttleboard
Le PCI Shuttleboard

Logithèque : combler les manques du système

La dernière version du système, AmigaOS 3.1 commençait à accuser du retard dans plus en plus de domaines. Par exemple la façon dont était gérée l'audio et les cartes son : aucune standardisation n'avait vu le jour alors que les cartes audio se multipliaient. C'est Martin Blom qui imposa peu à peu AHI (Audio Hardware Interface), son gestionnaire audio qui devint, de facto, un standard pour l'audio Amiga et aussi pour le DraCo.

Martin Blom commenta :
"Commodore ou Amiga Technologies auraient dû créer un meilleur système audio depuis des années, mais ils ne l'ont jamais fait. Et comme personne d'autre n'a entrepris cette tâche, je me suis lancé et je suis très satisfait du résultat."
L'année 1997 fut riche en discussions sur Java. Cette technologie portable de chez Sun Microsystems avait tout pour plaire car elle offrait d'énormes perspectives en matière de développement logiciel. Après la tentative prématurée de P'Jami en 1996, trois autres projets étaient en cours pour porter Java sur Amiga : Koffie de Jacco van Weert, MOca de Finale Development et Merapi de chez Haage And Partner. Une approche un peu similaire fut lancée par Carl Sassenrath, créateur d'Exec et ancien employé de VIScorp notamment. Il développait un langage de programmation script appelé Lava, qui fut rapidement renommé en REBOL. Ces deux langages de programmation étaient une possible voie pour le renouveau logiciel de l'Amiga.

Le Workbench, qui faisait lui aussi du surplace malgré le nombre toujours important de correctifs freewares pour l'améliorer, était la cible de GPSoftware avec son Directory Opus Magellan. Ce gestionnaire de fichiers, qui pouvait remplacer le Workbench, avait des fonctions plus abouties que son ainé comme des listeurs, une gestion du FTP, des menus déroulants, une gestion native des icônes NewIcons et bien d'autres. Magellan fut concurrencé par un nouveau venu, Scalos, un autre bureau développé par Stefan Sommerfeld. Ce programme prometteur et multitâche apportait plus de fonctions au Workbench mais restait encore instable et moins évolué que Directory Opus Magellan.

Plus qu'un bureau, l'équipe de ProDAD s'attelait depuis 1996 à écrire pOS, un nouveau système inspiré d'AmigaOS. La première préversion de pOS débarqua dans le courant de l'été et se révéla très bonne. Le confort d'utilisation, l'interface agréable, les concepts avancés, etc. le positionnaient comme un candidat à la succession d'AmigaOS. Mais la volonté de Gateway 2000 de poursuivre le développement d'AmigaOS mis pOS dans une situation fragile. De plus, peu de développeurs tiers étaient intéressés. ProDAD communiqua très peu sur son système d'exploitation durant les derniers mois de 1997, et il fut plus ou moins officiellement écarté en 1998.

pOS
La préversion de pOS de juillet 1997

L'Internet fut un enjeu important pour les développeurs Amiga. Les trois navigateurs phares (Voyager NG, IBrowse et AWeb) poursuivirent leur progression avec de nouvelles fonctions, notamment la gestion des cookies et des frames. Les développeurs de ces trois logiciels travaillaient dur pour suivre l'évolution frénétique des technologies web. Ils furent rejoints par un quatrième compétiteur du nom de Finale Development. Ces derniers développèrent Finale Web Cruiser, un navigateur Internet multiservice (courrier électronique, news, FTP, Gopher et web) et compatible avec le HTML 3.2. Ce navigateur aux spécificités encourageantes connaîtra malheureusement un coup d'arrêt : deux de ses principaux développeurs quittèrent la société, en 1998, laissant Finale Web Cruiser dans une perpétuelle version bêta et non disponible pour le public. Tous ces logiciels liés à Internet traduisaient une révolution : la mise en place de site Web pour quasiment toutes les sociétés ou associations Amiga. A présent, les rares sociétés qui n'avaient pas de site Web en ouvrirent un en 1997. Le Web changea de façon durable la façon de communiquer.

Finale Web Cruiser
Version bêta de Finale Web Cruiser jamais commercialisée

Le secteur phare de l'Amiga, le graphisme, connut finalement une bonne année malgré la situation morose de la plate-forme en début d'année. Haage & Partner peaufina Art Effect (version 1.5 puis 2.0 et 2.5) avec de nouveaux effets et la gestion des calques et de la mémoire virtuelle. Cela permettait de travailler avec de grands formats ou avec de nombreux calques. Cette limite en matière de mémoire fut également repoussée par Cloanto avec Personal Paint 7.1. Ce logiciel de dessin pouvait, en conjugaison avec la version 40.100 de CyberGraphX et son nouveau module "CPU Blitting", se détourner de la mémoire Chip et ainsi utiliser la (presque) non limitée mémoire Fast pour travailler. Ce module "CPU Blitting" fut d'ailleurs adapté en code PowerPC et Cloanto est ainsi devenue la première société à fournir un code PowerPC aux amigaïstes, et ce, avant même que les cartes PowerUP ne soient disponibles.

La véritable nouveauté vint de WK-Artwork, une société qui développa Wildfire 4, un logiciel de création graphique multiple et innovant. Il se targuait de mélanger les capacités d'un logiciel d'animations, d'un générateur d'effets, d'un raytraceur ou encore d'un synchroniseur audio. Cela montrait que la 2D sur Amiga se portait toujours très bien. Cela ne fut cependant pas vraiment le cas de la 3D. Si l'excellente version 5.0 d'Aladdin 4D de chez Nova Design fut commercialisée, les autres logiciels de création 3D eurent plus de mal à aboutir. Par exemple, Impulse promis une version 6 native PowerPC d'Imagine 6 mais mis à part quelques captures d'écran sur son site Web, cette version ne fut pas commercialisée cette année. Idem pour NewTek, qui avait déjà fortement diversifié son activité, et dont une nouvelle version de LightWave était en attente.

Wildfire
Quelques effets de Wildfire

Comme chaque année, Digita International et SoftWood se livraient une rude bataille pour savoir quelle société produirait le meilleur traitement de texte. Ils publièrent respectivement Wordworth 6 et Final Writer 97, deux produits de bonne qualité, même si le premier ne proposa pas beaucoup de nouvelles fonctionnalités par rapport à sa version précédente. Final Writer 97, le dernier produit de SoftWood pour Amiga, contenait notamment des boîtes de texte qui le rendait encore plus orienté vers la PAO. A propos de PAO, SoftLogik, un autre cador de la bureautique Amiga édita une nouvelle version, la 3.3, de son logiciel PageStream ; au programme, une amélioration des performances et de la stabilité qui confirma son statut de standard pour la plate-forme. Enfin, un autre standard prit du grade en cette année 1997 : TurboCalc, grâce à une version 5 se rapprochant d'Excel, le meilleur logiciel du genre sur PC et Mac.

L'emploi des CD pour diffuser des logiciels ou jeux, qui s'était démocratisé l'année passée, fut de plus en plus courant. Et les logiciels de gravure de CD, eux aussi, devenaient de plus en plus incontournable. Le pionnier MasterISO fut bien vite dépassé par BurnIt de Titan Computer et surtout MakeCD du duo Angela Schmidt/Patrick Ohly. La version 2.4 de MakeCD pouvait même graver les nouveaux médias qu'étaient les CD-RW (des CD réinscriptibles).

L'émulateur Amiga UAE, dont le développement débuta en 1995 progressa considérablement. Auparavant, il s'agissait avant tout d'un concept montrant qu'il était possible d'émuler un Amiga sur un PC... avec des résultats lamentables. Mais avec la montée en puissance des processeurs x86 et l'amélioration de l'émulation, UAE devint utilisable. Avec un Pentium II 266 MHz, on obtint une vitesse supérieure à celle d'un A3000, tout en bénéficiant d'avantages certains comme une mémoire Chip de 4 Mo ou l'affichage de résolutions entrelacées mais sans scintillement. Concernant l'opposé, les émulateurs PC pour Amiga, la progression était également de mise. Par exemple, Quasar Distribution présenta la version 4 de PC-Task qui pouvait dorénavant émuler un 80486. Plus fort encore, Microcode Solutions (la nouvelle société de Jim Drew) publia PCx, un tout nouveau logiciel capable d'émuler un Pentium et ses instructions non documentées. Les vitesses furent respectables pour une utilisation sous DOS mais encore trop lentes pour lancer normalement Windows 95. Cette rivalité dans les émulateurs pour PC était également présente pour les émulateurs Mac. Le shareware ShapeShifter avait conquis un grand nombre d'amigaïstes par ses performances et son prix très raisonnable. Il avait rangé au placard les émulateurs matériels comme A-Max et Emplant. Mais comble du sort, l'auteur d'Emplant, l'inévitable Jim Drew, revint sur le devant de la scène avec Fusion, un émulateur Mac logiciel qui repassa devant ShapeShifter en terme de vitesse. Jim Drew tenait sa revanche !

Fusion MakeCD 2.4
Fusion 1.1 et MakeCD 2.4

Le domaine ludique de l'Amiga continua à s'effriter quantitativement. Moins de 60 titres commerciaux sortirent en 1997, du jamais vu dans l'histoire de la machine, sauf pour son année de lancement en 1985.

L'année 1997 marqua le retour des portages de programmes issus d'autres systèmes. C'est ainsi que Clickboom acheta au prix fort la licence de Myst, un jeu d'aventure aux graphismes exceptionnels et accessoirement le jeu sur CD le plus vendu au monde. L'entreprise canadienne fit de même pour Quake dont des versions pirates (dont une native PowerPC) avaient émergé sur Internet tout au long de l'année. Le portage par Clickboom de cet énorme jeu d'action 3D se voulait plus optimisé que ces versions illégales et était prévu pour 1998. Clickboom ne souhaitait pas s'arrêter là concernant les portages puisque cette société organisa un vote afin de connaître les souhaits des joueurs sur Amiga. Les jeux les plus demandés (et issus du PC ou des consoles) avaient donc une chance d'apparaître sur Amiga, le rêve !

Myst
Myst

Que ce soit des portages ou bien des développements originaux, les risques financiers pesaient sur les éditeurs encore présents sur Amiga. Mais malgré ce contexte difficile, certaines sociétés prirent ces risques. Power Computing, par exemple, publia Big Red Adventure, un jeu d'aventure que son éditeur de l'époque, Core Design, refusa de commercialiser en raison d'un marché trop faible. Idem pour Master Axe, un jeu de combat que Millennium aurait dû publier deux ans auparavant, et qu'Islona sortit malgré tout cette année. Ce fut également le cas pour Eidos et Vivid Image qui lancèrent leur jeu de course Street Racer, un succès sur console, mais qui fit un énorme bide sur Amiga.

Cet échec signifia l'arrêt, pour Eidos, de renouveler l'expérience Amiga. Même Team 17, éditeur de jeux cultes sur Amiga, abandonna la plate-forme. Cette équipe anglaise, en collaboration avec Andy Davidson, souhaitait tout de même ne pas quitter la scène Amiga sans un cadeau à la communauté : la meilleure version possible de Worms, nommée Worms Director's Cut. Ce fut une "triste bonne nouvelle" en quelque sorte. Par contre, un autre éditeur anglais, Ocean, apporta une vraie bonne nouvelle : grâce à l'engagement du magazine CU Amiga, il avait finalement accepté de publier, sur le CD de ce journal, la version complète du simulateur de vol TFX. Ocean avait renoncé, trois ans plus tôt, à une commercialisation à cause notamment de la lenteur excessive de l'animation sur un A1200 de base.

Outre Clickboom, une autre société prit du grade durant 1997 : Vulcan. L'éditeur anglais publia quatre jeux dont The Final Odyssey, un titre ludique qui mélangeait aventure et action. Ce jeu à la réalisation graphique et sonore excellente fut d'ailleurs presque exclusivement conçu par un seul homme, l'Australien Peter Spinaze. Les nouveaux venus dans le monde des jeux Amiga sortirent des productions de qualité mitigé. OnEscapee, un clone de Flashback créé par Invictus, fut bien accueilli par les amigaïstes, tout comme Shadow Of The Third Moon, un jeu de combat aérien réalisé en voxel. La qualité était déjà moins au rendez-vous avec les trois clones de Doom commercialisés cette année : Testament (de l'équipe tchèque Insanity), Trapped 2 (de Oxyron/New Generation Software - injouable malgré une bonne technique) et Gloom 3 (une réadaptation calamiteuse de Gloom conçue par Gareth Murfin et publiée par Guildhall). Enfin, l'éditeur allemand APC&TCP publia deux titres relativement bons : le jeu de course en 3D et multijoueurs Flyin' High, et la simulation de flipper Pinball Brain Damage.

Worms DC MakeCD 2.4
Worms Director's Cut et The Final Odyssey

Retour de l'espoir

Quelques mois après le rachat par Gateway 2000, l'interminable chute de l'Amiga semblait terminée. La machine était dans les mains d'un géant de l'informatique et l'espoir était à nouveau permis malgré des projets encore un peu flous. Le marché actuel, malgré une nouvelle décroissance, fut maintenu en vie grâce notamment aux licences et à l'effervescence qu'insuffla les cartes PowerPC de Phase 5.


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