Obligement - L'Amiga au maximum

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Dossier : Histoire de l'Amiga - année 1995
(Article écrit par David Brunet - octobre 2008)


1995 : retour pour le futur

L'année 1995 commença comme 1994 avait terminé et vit l'Amiga rester dans la même position : un ordinateur sans propriétaire.

La fin des publicités mondiales

Dans les mois et années passés, Commodore avait multiplié les contrats de publicité, notamment dans le sport, afin d'avoir un rayonnement dans le monde entier. Beaucoup d'argent partit dans des contrats publicitaires dont les cibles potentielles (et les retombées financières) étaient loin d'être évidentes. L'équipe de football du Paris Saint-Germain et le monocoque Commodore Explorer furent ainsi frappés du logo Commodore. Mais en janvier de cette année, à la vue de la situation bloquée, des créanciers se sont vus flouer. Par exemple, l'équipe de football de Chelsea mena une action en justice contre Commodore, réclamant l'argent du partenariat qu'elle n'avait jamais reçu. Cela signa la fin de Commodore et de l'Amiga en tant que grande marque commerciale à l'échelle mondiale.

Chelsea PSG
Maillots de Chelsea et du Paris Saint-Germain

Le rachat par Escom

Bien qu'en liquidation depuis le 29 avril 1994, la procédure de rachat de Commodore n'était toujours pas close. La bataille entre les acquéreurs-désirants continuait de plus belle. CEI et Commodore UK étaient toujours dans la course mais rien de bien concret n'apparaissait de la part de ces deux firmes. On commença d'ailleurs à parler de "pleasanterie" du fait que Commodore UK (géré par David Pleasance) faisait toujours des annonces de rachat, depuis la mi-1994, mais sans soutien financier derrière.

Les choses s'accélérèrent à partir de février. Devant la lenteur de la procédure, Commodore Allemagne réagit et prit tout le monde par surprise, le 16 février, en vendant le logo et la marque "Commodore" à la société allemande Escom (Eickmeyer Schmitt Computer Society Ltd). La surenchère se poursuivit et au 20 avril 1995, seules deux compagnies étaient encore en position pour racheter l'Amiga et Commodore : Dell (États-Unis) et Escom AG (Allemagne), tous deux constructeurs de matériel informatique.

New Star, l'entité soutenant Commodore UK, fit faux bon 48 heures seulement avant la vente en soutenant un autre acquéreur (Escom), et la filiale anglaise se retira. CEI, manquant également de fonds, décida d'épauler Dell dans sa tentative. Ce dernier rachèterait Commodore alors que CEI s'accaparerait l'Amiga. Escom, qui avait déjà mis sur la table 1,4 million de dollars pour le rachat des droits détenus par Commodore Allemagne, offrit 5 millions (3,5 millions pour l'actif de base, plus 0,5 million pour l'actif aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, et 1 million pour l'inventaire aux Philippines).

Les administrateurs de la faillite acceptèrent l'offre dans un premier temps mais Steven Richmond, un juriste représentant les principaux créditeurs de Commdore, trouva l'offre trop basse. Il contacta ainsi Dell pour obtenir une meilleure offre. Le constructeur américain surenchérit ainsi avec une offre à quinze millions de dollars (13 millions pour la base, 1 million pour les actifs aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, et 1 million pour l'inventaire aux Philippines) et sous conditions avec notamment un droit de rétractation. Escom protesta car son offre avait déjà été acceptée par le comité des créditeurs. Steven Richmond négocia avec Escom pour augmenter l'offre : elle passa alors à douze millions de dollars. Bien qu'inférieure à celle de Dell, cette offre fut acceptée car elle était sans condition et ne présentait pas d'indécision : la vente fut définitivement adjugée au constructeur allemand le 21 avril.

Équipe Escom
Le PDG d'Escom, Manfred Schmitt, entouré de son équipe

La relance sous l'ère Escom

Sous l'égide d'Escom, les marques Commodore et Amiga furent rapidement séparées, Escom revendant ses nouveaux PC (tout comme ses hauts-parleurs, claviers et tout ce qui touchait à l'informatique) avec le logo redessiné de Commodore, maintenant renommé en "Commodore International BV", basée à Nieuw-Vennep aux Pays-Bas. Les ventes et le développement de l'Amiga furent confiés à une nouvelle filiale appelée "Amiga Technologies", avec à sa tête des personnalités de l'Amiga, dont Petro Tyschtschenko (ancien responsable logistique de chez Commodore), Stefan Domeyer (qui fut nommé co-directeur général aux côtés de Petro) et Jonathan Anderson (ancien responsable de Commodore UK). Commodore UK, justement, fut absordé lui aussi par Escom quelques semaines plus tard.

Peter Kittel, ancien responsable de l'assistance technique chez Commodore Allemagne fut nommé nouveau responsable du développement mondial d'Amiga Technologies. Il s'activa dès le début à remettre en marche une mécanique immobile depuis plusieurs mois (par exemple le réseau de développeurs ADSP).

L'objectif fut de relancer la production de deux modèles Amiga : l'A1200 (fabriqué dans l'usine de Solectron à Bordeaux) et l'A4000T (construit aux États-Unis, près de Philadelphie, par QuikPak). La production pour 1995 était de 80 000 A1200, 6000 A4000T et 14 000 moniteurs M1438S. Les premières ventes devaient commencer en septembre. Cette relance de l'Amiga fut symbolisée par un nouveau logo Amiga, conçu par Frog Design.

Logo Amiga
Le nouveau logo Amiga dessiné par Frog Design

Remettre en place la logistique de production de A à Z ne fut pas une mince affaire. Petro Tyschtschenko l'indiqua dans un article publié dans Amiga News :
"Tout était en désordre. Un cauchemar. Rien n'était organisé. J'ai eu mes premiers doutes que nous n'allions jamais pouvoir rien faire. C'était en juin, la saison des pluies aux Philippines. Typhons. Inondations. La ville où j'étais, Dieu merci, n'était pas touchée à ce moment-là. Mais je n'ai pas abandonné, et avec l'assistance de M. Gwynne Thomas (responsable du matériel et logistique), que j'aimerais remercier pour son travail formidable, nous avons réussi à faire bouger les choses."
Mais Amiga Technologies releva le défi et les nouveaux Amiga arrivèrent dans les magasins fin septembre/début octobre, avec seulement quelques jours de retard sur les dates prévues. Il s'agissait des Amiga Magic Pack, des A1200 avec une suite logicielle comprenant Wordworth, TurboCalc, Organiser, Scala MM300 et quelques jeux. L'Amiga était donc bien de retour pour le futur, comme le mentionnait le nouveau slogan de la société : "back for the future".

Ce nouvel A1200 présentait les mêmes caractéristiques que l'ancien modèle (processeur 68EC020 à 14 MHz, puces AGA, 2 Mo de mémoire...) mais disposait d'une ROM plus récente (Kickstart 3.1 40.68) et d'un lecteur de disquette PC moins performants et compatibles que ceux d'origine. Il était aussi étonnamment plus cher, ce qui déplut aux fans de la machine. De plus, l'Amiga Magic Pack proposait deux jeux de qualité douteuse, Whizz et Pinball Mania. Le magazine anglais Amiga Power nota d'ailleurs Pinball Mania à 11% et pointait du doigt Amiga Technologies pour avoir mal choisi les jeux accompagnant le Magic Pack. De son côté, Amiga Technologies, par l'intermédiaire de Jonathan Anderson, son responsable pour le Royaume-Uni, contacta le magazine et les accusa d'essayer de tuer l'Amiga. Jonathan Anderson démissionna au début de 1996.

Magic Pack
Amiga Magic Pack

Une relance de l'Amiga 4000T fut aussi annoncée, mais elle fut retardée à cause de la perte des plans de production originaux. Les versions avec 68040 arrivèrent néanmoins chez les revendeurs fin novembre 1995, à un prix lui aussi plus élevé, et par petite quantité. Des A4000T avec 68060 furent également annoncés mais leur mise sur le marché fut retardée à cause de la production insuffisante de ce processeur chez Motorola. Et comme pour l'A1200, le lecteur de disquette faisait défaut : celui haute densité d'origine fut remplacé par un double densité.

Escom voulu également fabriquer à nouveau des Commodore 64. Ce vieil ordinateur avait été produit en Chine (sans aucune licence) ces cinq dernières années. Le C64 pouvait représenter la machine idéale pour les pays émergeants. Mais rien de concret fit suite à ces souhaits. Idem pour la console CD32 mais pour d'autres raisons : Petro Tyschtschenko raconta que, avant la liquidation de Commodore, quelque 140 000 CD32 avaient été fabriquées. Environ 60 000 avaient été vendues au prix normal, et 80 000 à bas prix pour générer des liquidités. Résultat : le prix de vente fut si bas (comparé aux coûts de production similaires à l'A1200) qu'Amiga Technologies décida de ne pas produire de nouvelle CD32 cette année et annonça que la situation, à propos du marché des consoles, allait être reconsidérée plus tard.

Amiga 1300 et Power Amiga

Mis à part la refabrication des "anciens" A1200 et l'A4000T, Amiga Technologies avait des projets en matière de nouveaux Amiga : l'A1300 et le Power Amiga.

L'Amiga 1300 (aussi appelé l'A1200+), était prévu pour disposer d'un processeur 68EC030, d'emplacements pour mémoire Fast directement sur la carte mère, d'un lecteur CD et d'un jeu de composants modifiés pour permettre de contrôler les lecteurs HD standards. Le tout créé avec une technologie récente, par contraste avec la technologie de fabrication vieillissante et coûteuse des actuels Amiga. La présentation et la vente de l'A1300 furent annoncées pour 1996.

Le 2 novembre 1995 au salon Video Toaster Expo de Los Angeles, Petro Tyschtschenko annonça également le développement du Power Amiga, le premier Amiga à base de processeur PowerPC, avec un nouveau jeu de composants et AmigaOS 4 natif PowerPC. Ce Power Amiga devait être le haut de gamme de la marque avec un PowerPC 604 comme processeur central. De plus, grâce à une coopération avec le constructeur Phase 5, des cartes accélératrices PowerPC (nommées PowerUP) devaient également être construites pour A1200, A3000 et A4000 afin que les utilisateurs actuels puissent utiliser AmigaOS 4 et migrer vers le PowerPC. Le Power Amiga fut annoncé pour le premier semestre 1997 et les cartes accélératrices de Phase 5 pour la fin de l'année 1996. De son côté, le système d'exploitation devait être indépendant du matériel afin de faciliter son portage sur d'autres plates-formes. Le développement devait être réalisé en interne par Amiga Technologies, dans les locaux de Bensheim en Allemagne. La nouvelle équipe comptait notamment dans ses rangs Andy Finkel et Dave Haynie, deux anciens ingénieurs de l'époque Commodore.

Carte PowerPC prototype Phase 5
Carte prototype PowerUP de Phase 5 (PowerPC 604 à 66 MHz et 68030). Photo de Salvador Fernadez Gomez.

Il y eut enfin des discussions à propos d'un "set-top box" Internet à base d'Amiga 1200, idée issue d'une société du nom de VIScorp, qui devait ainsi devenir la première compagnie sous licence Amiga Technologies. VIScorp (Visual Information Service Corp) était alors une société américaine, dirigée par Bill Buck et avec dans ses rangs d'anciens ingénieurs Amiga comme Carl Sassenrath. VIScorp n'était pas inconnue d'Escom car Bill Buck et Manfred Schmitt avaient, quelques mois plus tôt, participés ensemble à une réunion des créditeurs de Commodore. Après le rachat de l'Amiga par Escom, VIScorp avait commencé à négocier l'utilisation de la technologie Amiga pour ses futurs produits.

Concernant la politique de licences, Manfred Schmitt avait d'ailleurs souligné le fait qu'Escom/Amiga Technologies allaient dorénavant être "flexibles et ouverts d'esprit en ce qui concerne les licences pour la technologie Amiga." Cette stratégie, à l'opposé de celle jusque-là utilisée par Commodore, devait aider à relancer l'Amiga dans des délais les plus courts possibles.

Des nouveautés matérielles dominées par le 68060

Alors que le monde du PC passait au Pentium en 1993 et que les Mac à base de PowerPC 601 étaient produits depuis mars 1994, le processeur le plus puissant sur Amiga demeurait le vieillissant 68040 à 40 MHz. Cette limite fut explosée par l'arrivée du 68060 à 50 MHz dont le premier exemplaire pour le monde Amiga fut rendu opérationnel par Phase 5 à la mi-1995. Le constructeur allemand fabriqua un module processeur basé sur le 68060 pour sa carte CyberStorm, destinée à l'Amiga 4000. Phase 5 annonça également que les cartes Blizzard 68060 pour A1200 et A2000 étaient prêtes mais que, vu la pénurie de 68060, leur date de commercialisation devait être repoussée. Motorola, le fondeur des 680x0, avait connu des problèmes de production et des retards. Il préparait la version 66 MHz du 68060 mais affirma que ce processeur était bel et bien le dernier de la cette famille. Enfin, une deuxième carte à base de 68060 fut commercialisée en 1995 : la T-Rex II (ou GVP-M A4060) du constructeur américain GVP-M, successeur de GVP qui fut racheté par Power Computing et M-Tec.

Au niveau de la vitesse, le 68060 permettait des performances trois à quatre fois supérieures au 68040 à 25 MHz sur quasiment tout type de logiciels. Bien que la compatibilité théorique était totale avec le 68040, quelques programmes Amiga ne reconnaissaient pas ce processeur. Cela engendra une légère incompatibilité dans la logithèque Amiga, un peu comme entre le passage entre 68000 et 68020/68040 de 1992.

CyberStorm 060
La CyberStorm 68060

Ce 68060 fut également inclus dans le DraCo, le premier clone Amiga créé par la firme allemande MacroSystem. Le DraCo ne présenta aucun jeu de composants comme sur Amiga mais ce fut, au contraire, une conception totalement indépendante. Seuls les deux CIA 8520 (pour gérer les ports d'entrées/sorties) et le Kickstart 3.1 étaient communs avec les Amiga traditionnels. Cela permettait de lancer AmigaOS 3.1 (sous licence Amiga Technologies) et les logiciels ne nécessitant pas le recours à une puce propriétaire Amiga (Paula, Denise/Lisa, etc.). Le but de MacroSystem était de faire tourner ses logiciels tels que MovieShop et XiPaint pour en faire une station vidéo. Cette société allemande avait jusque là adapaté tous ces produits sur Amiga mais avec la faillite de Commodore, elle avait besoin d'une nouvelle plate-forme pour survivre, son DraCo.

DraCo
Le DraCo

Matériellement parlant, le DraCo était équipé de quelques-uns des meilleurs éléments comme le processeur 68060, des bus DraCo-Direct (avec débit de 40 Mo/s, bien plus rapide que le Zorro III : 8 Mo/s), une carte graphique Altais (nouvelle version de la Retina Z3), une carte son 16 bits Toccata, un contrôleur SCSI-2, un contrôleur de disquette 4 Mo, une mémoire unifiée (plus besoin de mémoire Chip), etc. Initialement prévu pour le printemps 1995, le DraCo arriva finalement en octobre pour un prix assez élevé de 25 000 FF. MacroSystem annonça même une carte DEC Alpha (450 MIPS) pour le début d'année 1996... mais celle-ci n'arriva jamais.

Du côté des cartes graphiques, Phase 5 proposa la première carte 64 bits pour Amiga : la CyberVision 64. Destinée aux Amiga avec Zorro III, elle disposait d'un circuit Trio64 86C764 de S3 et pouvait afficher des modes d'écran 24 bits jusqu'en 1152×864. Une autre firme allemande, Ingenieurbüro Helfrich, sortie la Piccolo SD64, une version améliorée de la Piccolo. Tout comme la CyberVision 64, elle fut construite autour d'une puce 64 bits (Cirrus Logic GD5434) et proposait des résolutions d'écran à peu près similaires mais avec des performances un peu moindres. La Piccolo SD64 était gérée par le système graphique EGS alors que la CyberVision 64 tournait sous CyberGraphics. Ce dernier, conçu par Frank Mariak et Thomas G. Sontowski de Vision Factory Development, devint rapidement le standard pour l'affichage RTG sur la scène Amiga, dépassant l'EGS.

CyberVision 64 Piccolo SD64
CyberVision 64 et Piccolo SD64

Logithèque : la Doom mania débarque

En décembre 1993, la société id Software mit sur le marché un jeu qui eut une onde de choc mondiale : Doom. Ce jeu d'action 3D totalement immersif se vendit à environ 10 millions d'exemplaires. Cette onde résonna sur Amiga comme un signe fort : l'Amiga, qui dominait autrefois la scène vidéo-ludique, se vit dépassé. Le fait que Doom était en 3D causa grand tort à la machine de feu-Commodore car le mode d'affichage utilisé (chunky) n'était pas du tout standard sur Amiga (qui utilisait le bitplan). John Carmack, le programmeur de Doom déclara ainsi : "Doom ne tournera jamais sur Amiga."

Il fallut donc attendre l'année 1995 pour voir apparaître les premiers véritables jeux de ce genre sur Amiga, communément appelés "Doom-like" ou "clones de Doom". La première pierre fut posée par Fears, un jeu conçu par le groupe de démomakers français Bomb dont le programmeur principal était Frédéric Heintz. Team 17, l'éditeur phare sur Amiga, proposa également son clone de Doom avec Alien Breed 3D, le troisième volet de la mythique série. De nombreux autres développeurs tentèrent l'aventure comme Black Magic qui sortit Gloom (le premier clone de Doom jouable à deux sur le même écran) ou les italiens de Fields Of Vision avec Breathless (qui fut le premier avec un affichage au pixel près). Tous ces jeux demandaient une configuration musclée pour fonctionner correctement ; ils furent ainsi un élément déclencheur pour de nombreux joueurs concernant l'achat d'une carte accélératrice. Enfin, parmi tous ces clones de Doom, deux se démarquèrent car ils pouvaient fonctionner sur de simples A500 avec 1 Mo de mémoire : Citadel de Virtual Design et Behind The Iron Gate d'Ego Software, tous deux créés par des développeurs polonais et tous deux édités par Black Legend.

Fears Breathless
Fears et Breathless

Team 17 continua dans sa logique de développer ou d'éditer les meilleurs jeux dans chaque catégorie. Outre Alien Breed 3D, l'éditeur anglais publia le jeu d'artillerie Worms créé par le jeune Andy Davidson. Worms connut un immense succès sur Amiga puis sur de nombreuses autres plates-formes par la suite. D'autres genres furent essayés en 1995 comme la course auto vue de dessus avec All Terrain Racing, le jeu de rôle avec The Speris Legacy et même la simulation de bowling avec Kingpin, qui eut moins de réussite commerciale.

Malgré les efforts d'éditeurs comme Team 17 ou Black Legend, le nombre de jeux commerciaux publiés continua de baisser. Avec un peu moins de deux cents titres, la quantité ne dépassait pas celle atteinte en 1987. Heureusement, les jeux issus du domaine public ou du shareware étaient toujours nombreux (estimés à cinq cents) bien que de qualité modeste. D'anciens gros éditeurs comme MicroProse et Gremlin désertèrent peu à peu la plate-forme en publiant leurs derniers jeux Amiga : Colonization pour le premier et Shadow Fighter ainsi que Premier Manager 3 pour le second. La qualité des jeux commerciaux de 1995 était intéressante avec des bons titres dans des genres variés : Xtreme Racing, Super Skidmarks et Roadkill pour les jeux de courses, Pinball Illusions et Pinball Prelude pour les flippers, Flight Of The Amazon Queen pour l'aventure, ou encore les énièmes mises à jour de Lemmings (avec Lemmings 3) et de Sensible Soccer (avec Sensible World Of Soccer 95/96). Environ la moitié de ses grands jeux furent également proposés sur CD32 : il était d'ailleurs étonnant de noter que cette console avait été sous-exploitée à ses débuts (simples adaptations de jeux Amiga) et qu'elle était à présent "un peu juste" pour faire tourner les clones de Doom.

Fears Pinball Prelude
Colonization et Pinball Prelude

Du côté des applications professionnelles, la longue bataille judiciaire pour le rachat de Commodore avait figé AmigaOS. Aucune amélioration n'avait vu le jour depuis la version 3.1 de début 1994. Une liste de diffusion, AOS, avait bien été mise en place dès 1993 afin de voir comment moderniser et corriger les bogues d'AmigaOS. Mais rien ne concret ne déboucha. Il fallut donc attendre 1995, et la détermination d'Aaron Digulla, pour voir les choses enfin bouger avec la création de l'AmigaOS Replacement Project. L'objectif fut de réécrire le système d'exploitation de l'Amiga en C pour le rendre portable sur différentes plates-formes matérielles. Des milliers d'heures de travail attendaient les bénévoles derrière ce projet.

Sans attendre l'aboutissement de ce travail de réécriture, d'autres éléments cruciaux du système furent améliorés ou remplacés. Ce fut le cas notamment d'Ami File Safe (un système de fichiers, édité par Fourth Level Developments, plus rapide que FFS), CacheCDFS (conçu par Elaborate Bytes, et qui permettait de gérer facilement les CD) ou bien CrossDOS 6, le gestionnaire de disques MS-DOS. Ce dernier était autrefois inclus dans AmigaOS mais son auteur, la société Consultron, continua son développement indépendamment du système. Stefan Stuntz poursuivit également son travail sur MUI (Magic User Interface) : la version 3.0 de son système d'interface séduisit un nombre de plus en plus grand de développeurs. Enfin, l'excellent gestionnaire Directory Opus entra dans une nouvelle génération avec la venue de sa version 5, développée par Jonathan Potter et Greg Perry. Directory Opus 5 devint un véritable bureau pouvant donc remplacer le Workbench et doté d'un multitâche et d'une configurabilité ultime. Ce grand pas en avant n'était cependant du goût de tous les utilisateurs de la version 4.0 qui préféraient la traditionnelle fenêtre double de répertoires.

MUI 3.0 Directory Opus
MUI 3.0 et Directory Opus 5

Au niveau de la bureautique, les choses s'améliorèrent quelque peu, sans doute grâce à la concurrence entre les éditeurs Digita International et SoftWood. Final Writer 4, conçu par ce dernier, garda la place de numéro 1 des traitements de texte, devant Wordworth, grâce à ses options comme la correction grammaticale ou des effets graphiques poussés. Digita International multiplia les offensives en commercialisant d'autres logiciels comme Organiser (un agenda/planificateur, anciennement nommé Day-by-Day) ou Datastore (base de données) pour barrer SoftWood et son Final Data dans ses domaines-ci. Digita International prit un avantage décisif sur Softwood quand il signa un contrat avec Amiga Technologies pour inclure son traitement de texte Wordworth dans tous les nouveaux Amiga 1200. Un autre adversaire de SoftWood en 1995 fut TurboCalc, un tableur créé par Michael Friedrich. Largement au niveau de Final Calc, TurboCalc 3.5 était, en plus, complet, agréable à utiliser et compatible Excel et Lotus 123, de quoi dépoussiérer le genre sur Amiga. Cette amélioration qualitative toucha aussi PageStream, le logiciel de PAO de SoftLogik. Après de nombreuses mises à jour, PageStream 3.0 devint plus rapide et incorpora des fonctions parmi les meilleures de sa catégorie.

TurboCalc 3.5 PageStream 3.0
TurboCalc 3.5 et PageStream 3.0

Le domaine du graphisme poursuivit son amélioration bien que fortement concurrencé par les logiciels du même genre sur PC. NewTek, l'éditeur de LightWave, commercialisa même la version 4.0 de son logiciel d'abord sur PC puis sur Amiga. On sentit que ce programme phare pouvait très bien disparaître de la plate-forme Amiga au profit d'autres systèmes plus rentables. Ce cas de figure fut heureusement impensable pour Impulse, qui proposa des mises à jour trimestrielles d'Imagine afin d'arriver à une version 4.0 plus complète. D'autres mises à jour majeures pour les logiciels de graphismes 3D (Cinema 4D 3.1, Real 3D 3.0, World Construction Set 2.0) et 2D (TVPaint 3.59, Movie Shop 3.0, Personal Paint 6.4, Photogenics 1.2, Deluxe Paint 5.2) arrivèrent aussi, montrant que ce domaine était encore très présent sur Amiga.

Longtemps dominée par les clones de SoundTracker et Protracker, la MAO semi-professionnelle s'enrichit d'une nouvelle référence : OctaMED 6. Créé dès 1991 par Teijo Kinnunen, ce logiciel de création musicale avait bien progressé pour devenir plus qu'un simple "tracker". Son interface respectueuse du système, sa gestion du MIDI et ses nombreuses possibilités en faisait une conception à part : on adorait ou on détestait. Dans ce genre de logiciels qui devenaient peu à peu une référence, on nota également Blitz Basic 2, un langage de programmation de chez Acid Software : relativement simple et puissant, il était à la base d'un nombre croissant de productions. Il prit progressivement la place d'AMOS en tant que langage favori des programmeurs de jeux "faciles à faire". Enfin, Christian Bauer créa la surprise en lançant ShapeShifter, un émulateur Mac II multitâche et entièrement logiciel. Auparavant, l'émulation de ces machines passait par de coûteuses solutions matérielles comme A-Max ou Emplant. Cette fois-ci, la solution vint d'un logiciel peu cher et aux performances excellentes. Jim Drew, l'auteur d'Emplant, affirma néanmoins que Christian Bauer avait frauduleusement utiliser le code d'Emplant pour créer ShapeShifter.

OctaMED 6 ShapeShifter
OctaMED 6 et ShapeShifter

Enfin, le 30 août, une chose qu'on ne pensait pas croyable se réalisa : l'apparition d'un émulateur Amiga. Nommé UAE, il fut développé par Bernd Schmidt sous Unix. Il émulait alors un Amiga de base (68000 et OCS) à 20% de sa réelle vitesse. Les premières versions, très plantogènes, furent appelées "Unusable Amiga Emulator" mais les progrès réalisés jusqu'à la fin de l'année permit à cet émulateur de se compléter et d'être moins bogué. Il fut également porté sur d'autres plates-formes comme MS-DOS, Mac OS et BeOS. Avec la course à la puissance des processeurs, il y avait un espoir de voir AmigaOS et sa logithèque tourner sur autre chose qu'un Amiga. Cette idée était d'ailleurs reçue avec crispation de la part de certains amigaïstes invétérés.

UAE UAE
Les premières versions d'UAE

Une confiance en partie retrouvée

L'année 1995 avait donc vu le rachat de l'Amiga, une relance de la production et de nouveaux projets d'expansion. Il était ironique de voir que l'argent récolté par Escom (vente de PC) était mis au service de la relance de l'Amiga. Mais Escom avait beaucoup dépensé depuis le rachat et termina l'année avec des pertes financières significatives.

Après plus d'un an et demi sans vraie nouvelle machine, l'arrivée du 68060 était vécue comme une bouffée d'oxygène permettant à l'Amiga de recoller avec le Pentium au niveau puissance. Les projets autour du PowerPC furent aussi une source d'optimisme. Néanmoins, le marché n'était pas encore totalement retrouvé, avec des entreprises fuyant l'Amiga et préférant suivre le chemin doré de Windows 95, ou bien avec des fermetures comme Amiga World, le premier journal Amiga.


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