Obligement - L'Amiga au maximum

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Dossier : Histoire de l'Amiga - année 2002
(Article écrit par David Brunet - mars 2017)


2002 : accouchement difficile des Amiga NG

On entamait la troisième année du règne de l'Amiga aux mains de Bill McEwen. Le monde était toujours sous le choc des attentats du 11 septembre 2001 et des conséquences économiques étaient ressenties. De nombreux projets furent annulés ou repoussés. Et l'Amiga, dans son microcosme, était également touché avec des délais rallongés et des faux bonds de la part de partenaires.

L'année 2001 avait déçu nombre d'amigaïstes à cause du vaporware autour d'AmigaOS 4 et de l'AmigaOne. Heureusement, 2002 fut plus productive puisque les deux Amiga NG (AmigaOne et Pegasos) émergèrent finalement, mais en petite quantité. Bien que ces machines fussent enfin sorties, leurs systèmes d'exploitation respectifs (AmigaOS 4 et MorphOS) n'étaient toujours pas disponibles dans une version stable pour le public.

Refonte de l'AmigaOne

Les ingénieurs des sociétés Escena et Eyetech travaillaient depuis octobre 2000 à la conception de l'Amiga nouvelle génération, connu sous le nom d'AmigaOne PPC 1200/4000. Mais suite à des problèmes techniques (difficulté de créer un southbridge propriétaire, prix excessif des solutions sur le marché...), Alan Redhouse, le patron d'Eyetech, annonça que la conception d'origine de l'AmigaOne PPC 1200/4000 d'Escena était abandonnée au profit d'une carte indépendante. La nouvelle carte était basée sur le Teron CX de la société américaine Mentor ARC Inc. (alias MAI Logic). Elle avait non seulement l'avantage de ne pas nécessiter l'ajout d'un Amiga Classic, mais en plus, était moins chère et plus rapide. L'ajout d'une carte mère d'Amiga 1200 était en fait devenu optionnel puisqu'une carte passerelle PCI, que développerait Escena, aurait permis de connecter ladite carte mère et ainsi profiter des applications liées aux circuits spécifiques des Amiga Classic. Le nom changea également, on parla d'abord d'"AmigaOne point 5", avant de prendre la dénomination définitive "AmigaOne G3-SE".

AmigaOne PPC 1200 AmigaOne G3-SE
AmigaOne PPC 1200 et AmigaOne G3-SE

Fin mai, Eyetech précisa quelques informations sur l'AmigaOne. Le modèle G3-SE serait l'entrée de gamme tandis que le nouvel AmigaOne XE couvrirait le haut de gamme. L'AmigaOne XE disposait d'un processeur PowerPC G4 monté sur support, contrairement au G3-SE, afin de faciliter sa mise à niveau. L'AmigaOne G3-SE n'était donc pas encore disponible qu'un nouveau modèle, plus puissant, était à nouveau annoncé : cela apporta de la confusion chez certains amigaïstes qui se demandaient pourquoi investir dans le G3-SE alors que le XE-G4 arriverait peu après ? La première démonstration publique de l'AmigaOne XE-G4 fut réalisée en juin lors du rassemblement Artbastringue en France.

AmigaOne XE-G4
Première démonstration publique de l'AmigaOne XE-G4 par Rose Humphrey et Alan Redhouse

Mais à ce moment-là, seuls quelques bêta-testeurs, revendeurs et développeurs pouvaient acheter des AmigaOne G3-SE. Eyetech indiqua que les AmigaOne ne seraient pas livrés aux utilisateurs tant qu'AmigaOS 4 ne serait pas prêt.

AmigaOS 4 : remettre à niveau AmigaOS

La société Hyperion avait signé, en novembre 2001, un contrat avec Amiga Inc. pour développer la version PowerPC d'AmigaOS 4. Mais les débuts du développement furent plutôt houleux puisque Hyperion ne put mettre la main sur la totalité du code source d'AmigaOS 3.5/3.9 en raison d'un litige entre Haage & Partner et Amiga Inc. Hyperion tenta de négocier individuellement avec la plupart des développeurs d'AmigaOS 3.5/3.9 afin d'avoir accès à leurs codes source. Ainsi, Hyperion put disposer d'une grande partie du contenu d'AmigaOS 3.5/3.9, sauf celui produit par Haage & Partner lui-même et certains autres développeurs. Le développement se poursuivait malgré tout mais la duplication des fonctions d'AmigaOS 3.5/3.9 eut pour conséquence l'augmentation des coûts et une perte de temps notable.

Dans ces conditions, Benjamin Hermans, le patron de Hyperion, fit une première annonce le 13 février 2002. AmigaOS 4.0 avait cinq objectifs bien définis : porter AmigaOS en code PowerPC, supprimer ses dépendances avec les puces propriétaires Amiga, lui ajouter des fonctionnalités modernes, éliminer les goulots d'étranglement pour de meilleures performances, et préparer l'intégration d'AmigaDE. La gestion de matériels modernes passait par l'amélioration de l'API graphique. C'est ainsi qu'une licence du système RTG Picasso96 fut acquise, l'autre système RTG Amiga, CyberGraphX, étant dans les mains de MorphOS, le projet de système d'exploitation concurrent d'AmigaOS 4. Les pilotes pour les cartes graphiques Permedia 2/3, Voodoo3/4/5, Matrox G450/G550 et Radeon étaient prévus, aussi bien en 2D, en 3D (via Nova, le nom de code de Warp3D 5) que sur AmigaDE car Hyperion était également un contractant d'Amiga Inc. pour ce système. L'autre bonne nouvelle était qu'AmigaOS 4 tournerait aussi sur les Amiga Classic à base de CyberStormPPC et BlizzardPPC. L'équipe de développement d'AmigaOS 4 était alors composée de 25 personnes.

Cette annonce allait être suivie par d'autres tout au long de l'année afin de montrer les avancées du développement. Tout cela dans l'optique de garder informés les amigaïstes. Les premières captures d'écran furent d'ailleurs publiées sur le site de Hyperion le 22 avril 2002, ce qui attira quelque 50 000 visiteurs en 48 heures. Les captures furent cependant décevantes car les amigaïstes espéraient quelque chose de radicalement différent du système 68k actuel. Au lieu de cela, Hyperion montra des programmes de développement tournant sur une machine 68k et une interface graphique proche de ce que l'on pouvait obtenir avec des correctifs comme VisualPrefs, Magic Menu et Birdie.

L'une des premières captures d'écran d'AmigaOS 4
L'une des premières captures d'écran d'AmigaOS 4

Et à ce stade, AmigaOS 4 était une réimplémentation très propre d'AmigaOS 3.x : tous les bouts de code étaient, ou devaient être, réécrits de manière plus propre et compilable avec un seul compilateur (GCC). Le 7 août 2002, une liste mise à jour des caractéristiques fut publiée sur le site d'Amiga Inc. Il y avait enfin des spécificités modernes, à commencer par le noyau (ExecSG), réécrit en C, qui proposait de nouvelles fonctionnalités comme la présence d'un HAL, l'adressage virtuel, la gestion de la mémoire virtuelle, le pistage et la gestion des ressources, et une gestion optionnelle de la protection mémoire.

D'autres éléments intéressants étaient de la partie comme Petunia (un émulateur 68k JIT), AmigaInput (une interface permettant de gérer et utiliser toute sorte de périphériques style manettes USB), OpenGL 1.3 (une API 3D), Media Toolbox (un nouvel outil pour partitionner un disque), une pile USB, une pile TCP/IP, etc. Mais tout ceci n'était qu'une liste : alors que certains de ces modules étaient terminés, d'autres avaient leur développement à peine commencé (OpenGL, AmigaInput...) et rien ne nous assurait d'une sortie commerciale prochaine. On savait depuis 2001 que le Workbench, le bureau du système, devait être réécrit dans une future version d'AmigaOS mais Hyperion conclut tout de même un accord avec Greg Perry pour que le logiciel de ce dernier, Directory Opus Magellan, puisse être porté sur AmigaOS 4. Magellan pouvait tout à fait se substituer et dépasser en qualité le Workench mais on ne sut pas vraiment si l'objectif était de remplacer le Workbench d'AmigaOS 4. Cet accord n'était cependant pas très sérieux : dans une entrevue sur System Log, Greg Perry considéra Hyperion comme "malhonnête" et "indigne de confiance". La société ne lui paya jamais rien et il pensa que l'achat de Magellan ne fut en fait qu'une tactique pour renforcer son image et interdire l'accès au logiciel par ses concurrents.

Amiga Inc. et sa stratégie AmigaDE risquée

Amiga Inc. resta très actif durant cette période et Bill McEwen multiplia ses "Executive Updates", des bulletins d'information publiés plus ou moins régulièrement. Les interventions de Bill McEwen promettaient de belles choses, des choses qui, jusque-là, ne s'étaient toujours pas concrétisées. D'un point de vue de la communication, Amiga Inc. était dans une situation paradoxale : s'il annonçait un produit mais ne le lançait pas dans les temps (comme ce fut le cas avec Sharp en 2001), il était critiqué ; et s'il restait silencieux, les amigaïstes pressentaient le pire et alimentaient les forums de spéculations diverses.

Peu de gens comprenaient l'intérêt démesuré d'Amiga Inc. envers le marché des terminaux mobiles et multimédias. Mais la firme de Bill McEwen réalisa des progrès substantiels dans ce domaine. En janvier, Amiga Inc. recruta Liz Barnick et David Brott pour son équipe de ventes. Ces deux personnes expérimentées apportèrent de nouvelles idées pour développer la société. Le 22 février 2002, Amiga Inc. annonça qu'il allait travailler avec le géant de la télécommunication Nokia pour développer le système de ses prochains terminaux multimédias. Mais l'information croustillante du moment fut la participation d'Amiga Inc. au salon Embedded Systems à San Francisco, du 12 au 15 mars, sur le stand de... Microsoft ! Gary Peake, qui s'occupait de la coordination des développements chez Amiga Inc., confirma l'information : "Oui, Microsoft nous a demandé de faire des démonstrations d'AmigaDE sur plusieurs appareils sur leur stand".

Dans la communauté Amiga, les gens étaient abasourdis : Amiga Inc. travaillait avec Microsoft et lui fournissait des applications ! En conséquence, malgré certains points bénéfiques pour l'Amiga, quelques sites annoncèrent qu'ils boycotteraient désormais les informations provenant d'Amiga Inc. Cela était une réaction épidermique lié au mot "Microsoft". Le vrai point noir de cette relation Amiga/Microsoft était en fait que les applications Amiga Anywhere perdaient leur caractère portable, car elles étaient compilées pour s'exécuter uniquement sous Windows CE .NET. Selon Amiga Inc., cette restriction était obligatoire pour pouvoir continuer le partenariat avec Microsoft. Fleecy Moss, le directeur technique d'Amiga Inc., confirma cependant que la stratégie d'Amiga Anywhere restait bien d'être présent partout, et pas seulement sur les produits Windows CE.

Ce rapprochement avec Microsoft faisait partie de la stratégie pour développer AmigaDE. Ensuite, en novembre, Amiga Inc. devint membre du Mobility Partner Advisory Council, un groupe d'entreprises visant à promouvoir et soutenir les développements Microsoft dans le marché de la technologie mobile. Avoir Microsoft en tant que partenaire ouvrirait des portes, ce fut sans doute grâce à cela qu'Amiga Inc. signa un accord avec le fabricant britannique Sendo pour développer les logiciels de son prochain smartphone : le Z100. Microsoft mit aussi son service de relations publiques derrière les contenus PDA/téléphone d'Amiga Inc. et de ses développeurs afin d'aider à distribuer les contenus Amiga Anywhere, notamment dans les magasins. Les paquets avaient le nom "Amiga" marqué en gras avec des redevances reversées à Amiga Inc. et à ses développeurs. Le premier d'entre eux fut Amiga Games Pocket Pak 1, un lot de jeux AmigaDE. Il fallait quand même souligner que la qualité générale des jeux AmigaDE était bien pauvre, hormis Planet Zed mais l'arrivée courant 2002 d'Ami3D (la bibliothèque 3D d'AmigaDE) changea un peu la donne avec l'apparition de jeux plus complexes comme le portage de Payback. Malgré tout, les observateurs en attendaient davantage.

Amiga Games Pocket Pak
Amiga Games Pocket Pak 1, quand Amiga et Microsoft travaillent ensemble

En novembre, Fleecy Moss indiqua que cet accord avec Microsoft allait donner un peu de répit à Amiga Inc. :
"Oui, c'est vrai, Microsoft sauve Amiga", "Cet accord signifie que nous sommes loin de la banqueroute et nous n'avons plus à nous soucier des problèmes d'argent", "Cela signifie que nous pouvons financer notre principal objectif, le développement d'AmigaOS 5"
Cet air frais financier n'était sans doute pas assez pour une bonne partie des employés qui eut le plus grand mal à recevoir régulièrement leur salaire, notamment pour Bolton Peck qui ne fut pas payé pour son travail. Il quitta Amiga Inc. en juin (il fut licencié) et menaça de son ancien employeur de poursuites justiciaires. Il gagna son procès le 2 décembre. Amiga Inc. fut également poursuivi par le propriétaire de ses locaux pour non-paiement de loyers (Bill McEwen annonça début novembre qu'Amiga Inc. avait dû changer de locaux). Même l'état de Washington lui réclama de l'argent pour cause de non-paiement de taxes.

Le développement d'AmigaOS 5 semblait irréel car la version 4 était toujours en développement chez Hyperion. Mais ce fut peut-être l'espérance de cet apport financier qui conduit Amiga Inc. à se scinder en deux parties distinctes : une pour les micro-ordinateurs et la communauté actuelle (Desktop Team), et une autre pour les téléphones mobiles et l'Amiga Anywhere (Mobile Team).

Le nombre d'applications AmigaDE tardait cependant à croître. L'année 2001 connut une importante vague de sorties durant son quatrième trimestre mais on attendait toujours l'arrivée, en 2002, de grosses applications pour enfoncer le clou : elles n'arrivèrent jamais malgré les 3000 développeurs investis (selon Bill McEwen) dans AmigaDE. De plus, Nokia décida au dernier moment d'abandonner les appareils style set-top boxes. Son Media Terminal ne fut jamais lancé, ce qui était un nouvel accroc pour Amiga Inc. dans sa stratégie pour l'Amiga Digital Environment.

MediaTerminal
Le Media Terminal de Nokia

Bill Buck de retour

Une des plus grosses informations de 2002 fut le retour au premier plan de Bill Buck et Raquel Velasco dans le monde Amiga. Ces anciens employés de VIScorp avaient racheté la société Thendic Electronics en 2000 et créé Thendic-France pour vendre les produits Thendic sur le marché français. Thendic s'était ensuite rapproché du monde Amiga en acquérant en novembre 2000 une licence AmigaDE. Cette licence était prévue pour faire fonctionner AmigaDE sur le SmartBoy, un assistant personnel. Mais faute de disponibilité d'AmigaDE et par crainte de ne pas pouvoir concurrencer les solutions déjà existantes (à base d'ARM et de Windows CE), le SmartBoy fut annulé le 15 avril 2002. Mais Thendic-France continua à s'investir sur le marché Amiga, plus exactement avec le Pegasos et MorphOS. Il commença à aider financièrement bPlan à partir de novembre 2001 et devint distributeur mondial du Pegasos en mai 2002. Il était également partenaire avec Power Trading, la société de Petro Tyschtschenko qui distribuait les produits Thendic en Inde. En quelques semaines, on était donc témoin du retour de visages familiers de l'histoire de l'Amiga.

Bill Buck Raquel Velasco
Bill Buck et Raquel Velasco

Thendic-France fit d'abord une première annonce concernant l'Eclipsis (également connu sous le nom de "Pegasos Handheld"), un ordinateur de poche basé sur les spécificités du Pegasos. Équipé de MorphOS, la date de lancement était prévue pour début 2003, ce qui en faisait le premier ordinateur de poche Amiga. Mais l'Eclipsis resta dans les cartons.

Bien que bPlan eût fait quelques tentatives pour promouvoir son Pegasos, son rayonnement ne dépassait pas vraiment les frontières de l'Allemagne. Thendic-France voulait changer cela et chercha à doper cette plate-forme. Dans les mois suivants, la compagnie frappa à la porte d'Amiga Inc. pour proposer MorphOS, en vain, comme alternative à l'AmigaOS 4 officiel de Hyperion.

Bill Buck arriva avec de nouvelles méthodes de communication. Par exemple, l'utilisation de forums publics comme méthode de promotion. Thendic-France prit un rôle très actif dans les forums Amiga, répondant aux questions et faisant des commentaires. Il contacta également beaucoup de développeurs pour leur fournir MorphOS et pour qu'ils soutiennent cette nouvelle plate-forme. La tactique Bill Buck alla même jusqu'à parrainer les recherches Google pour les mots "Amiga One", "Ben Hermans" et "Fleecy Moss". Cette tactique de propagande était vivement critiquée par certains mais cela fit mieux connaître MorphOS.

Ascension du couple MorphOS/Pegasos

Le programme de bêta-test de MorphOS était en avance de plusieurs mois sur celui d'AmigaOS 4. Les prototypes de Pegasos avaient également déjà été produits par DCE et ils étaient distribués à quelques développeurs triés sur le volet. Résultat, la base logicielle de MorphOS s'étendait de jour en jour, il s'agissait surtout de portages de programmes Open Source (YAM, ScummVM, des jeux SDL, des clients VNC, un générateur de fractales...). Cela marquait aussi la profonde empreinte de MorphOS dans le monde Amiga : sa logithèque était faite de nombreux programmes issus de l'Amiga.

Bien que le système et la machine étaient encore instables, la première phase du programme bêta-testeur fut lancée le 4 août 2002. Pour y participer, les candidats devaient acheter un Pegasos pour 1000 euros et tester des applications et de nouveaux périphériques. Un contrat de confidentialité devait être signé et des rapports de bogues devaient être fournis régulièrement. En échange, les candidats au bêta-test gagnaient un T-shirt MorphOS, et surtout la future version 1.0 de MorphOS et une réduction sur la mise à jour PowerPC G4 de la carte processeur. Mais comme le mentionna le développeur David Gerber dans une entrevue pour Obligement, "il n'y eut pas vraiment de sélection dans le recrutement, les bêta-testeurs étaient pour la plupart considérés comme des bouffons (d'où le fameux surnom "bêta-bouffons"). Au final tout le bêta-test était effectué par nous-mêmes". D'autres Pegasos furent offerts lors de divers évènements dont la Slash Party, un rassemblement de démomakers qui eut lieu en France, afin de pousser certains développeurs à créer pour le couple Pegasos/MorphOS.

Cette montée en puissance de MorphOS satisfaisait les utilisateurs désenchantés par la voie de l'officiel AmigaOS. Dans un communiqué, Thendic-France pressa les revendeurs à soutenir cette nouvelle plate-forme qui, selon eux, était la continuité de l'esprit Amiga. De leur côté, les partisans d'AmigaOS 4, Bill McEwen en tête, clamaient que MorphOS était illégal et promettaient un procès. A ses débuts, MorphOS tournait effectivement par-dessus AmigaOS et utilisait des fichiers propriétaires de celui-ci pour fonctionner. Mais les versions suivantes de MorphOS tournaient en tant que système d'exploitation indépendant d'AmigaOS. Amiga Inc. renonça finalement au procès.

La stabilité de MorphOS avait progressé mais les bêta-testeurs étaient confrontés à un autre problème dû à l'Articia S, la puce de MAI Logic servant de northbridge des cartes Pegasos (et aussi Teron et AmigaOne). Ces problèmes furent repérés durant l'été par bPlan, qui en fit la démonstration dans les locaux de MAI Logic. bPlan conçut ainsi un correctif, nommé "April", qui permettait d'améliorer et d'outrepasser certains bogues de l'Articia S sur Pegasos. En tant que compensation, MAI Logic offrit gratuitement à bPlan son stock restant d'Articia S, mais on apprit plus tard que cette livraison fut annulée. Thendic-France produisit 200 cartes mères Pegasos avec correctif April afin de remplacer gratuitement les Pegasos des bêta-testeurs.

April
L'Articia S (puce centrale) avec le correctif April (les deux petites puces satellites)

La promotion de la plate-forme se poursuivit de salon en salon. La phase 2 du programme de bêta-test démarra le 12 octobre 2002 au Hilton Hotel de Francfort. MorphOS 1.0 fut également envoyé aux bêta-testeurs, c'est pour cela qu'on appela ce jour le "M-Day". Dans cette seconde phase, il n'y eut plus de contrat de confidentialité, les machines (nommées "Pegasos Betatester 2") furent distribuées via des distributeurs autorisés. On apprit aussi que MorphOS fonctionnait sur les cartes Teron CX et PX de MAI Logic. Et comme ces cartes étaient la base des AmigaOne, Bill Buck s'empressa d'affirmer que MorphOS tournait sur AmigaOne...

La version publique de MorphOS 1.0 fut lancée, elle, lors du salon Amiga + Retro Computing d'Aix-La-Chapelle les 7 et 8 décembre 2002. Thendic-France avait soigné la présentation avec quelque 30 Pegasos en libre utilisation et un écran plasma de 120 cm montrant en boucle une superbe animation MorphOS. Un Pegasos dans un boîtier VideoMicroWave fut également montré, il s'agissait d'un boîtier reprenant l'aspect d'un four à micro-ondes avec un écran LCD en tant que porte. Thendic-France devait en mettre plein la vue durant ce salon et c'est ce qu'il fit : présence en masse des dirigeants et des développeurs, machine bel et bien réelle et système d'exploitation plus avancé qu'AmigaOS 4. Le rythme des mises à jour de MorphOS allait à présent s'accélérer puisque la version 1.1 sortit quelques jours plus tard, même si elle pouvait être considérée comme mineure.

Pegasos Pegasos
Le Pegasos G3 et MorphOS 1.0

Il était clair qu'au regard des moyens injectés par les gens de Thendic-France dans le projet Pegasos, leur objectif allait plus loin que la simple séduction des utilisateurs actuels d'Amiga. Le Pegasos était également fourni avec une distribution Linux (Debian) et d'autres étaient en préparation. En fait, c'est le marché du PowerPC que visait Thendic-France. Mais on apprit en décembre que TerraSoft, le partenaire Linux de Thendic-France, allait finalement utiliser la carte Teron de MAI Logic, et non le Pegasos, pour leur distribution logicielle. Ces deux sociétés trahirent donc Thendic-France et mirent une épine dans le pied du projet Pegasos. En retour, Thendic-France fit de la propagande avec un slogan à propos de la puce April : "no Mai without April" (pas de mai sans avril). Avec ce slogan, ils annonçaient clairement que le northbridge de MAI ne fonctionnait pas comme il le devait.

Toujours en fin d'année, un communiqué annonça que Thendic-France et bPlan allaient fusionner pour devenir une unique entité, portant le nom de Genesi, à partir du 1er janvier 2003. Le soutien de Thendic-France pour la plate-forme Pegasos/MorphOS transforma cette dernière en véritable concurrente du projet officiel mené par Amiga/Eyetech/Hyperion. Le marché fut ainsi plus intéressant car la plate-forme Pegasos/MorphOS, qui avait de l'avance sur l'AmigaOne/AmigaOS 4, obligea les développeurs Amiga à réagir et à se presser sur les délais.

AmigaOne retardé et AmigaOS 4 absent

Bien qu'il y eût de la demande pour l'AmigaOne et AmigaOS 4, cette plate-forme avait besoin d'une promotion aussi efficace que celle que Thendic-France avait réalisée pour MorphOS. Amiga Inc. lança ainsi en juin une souscription par le biais de coupons. Les personnes intéressées par l'AmigaOne et AmigaOS 4 pouvaient alors se procurer pour 50 $ un coupon leur permettant d'avoir, lorsque les produits sus-cités seraient disponibles, une réduction de 50 $, un T-shirt, voire un système AmigaOne/AmigaOS 4 complet et un voyage en Floride ou à Hawaï. Cette opération, originellement baptisée "Early promotion", allait à l'encontre de certaines lois internationales interdisant l'utilisation de méthodes comme le prépaiement via des coupons. Cela fut donc transformé en un abonnement à un club ("I am Amiga") qui attira plus de 1000 intéressés.

Les commandes d'AmigaOne commencèrent à être prises en compte à partir du 2 novembre 2002, via une offre appelée "Earlybird". Les modèles concernés furent les AmigaOne G3-SE à 600 MHz et les AmigaOne XE avec G4 à 800 MHz, mais ce dernier fut retardé notamment en raison de la pénurie de processeur PowerPC G4. Apple s'octroyait en effet la production en priorité pour ses Macintosh G4, ce manque retarda d'ailleurs aussi l'arrivée des Pegasos G4.

Comme pour le lancement du Pegasos par Thendic-France, Eyetech indiqua que les cartes Earlybird étaient destinées à des utilisateurs avertis, capables de mener des bêta-tests. La carte AmigaOne G3-SE avait subi des changements lors de sa phase de développement, notamment avec le retrait de la carte AMR et le remplacement du firmware d'origine (voir plus loin). Mais cette carte mère était toujours basée sur le northbirdge Articia S, puce présentant des déficiences que bPlan, le constructeur du Pegasos, avait partiellement contournées avec le correctif April. Les quelques AmigaOne produits en 2002 furent donc potentiellement bogués. Par la suite, ces cartes mères montrèrent réellement plusieurs problèmes techniques de différentes natures, et pas seulement en corrélation avec l'Articia S : problèmes du VIA 686B avec la puce Ethernet 3Com, mémoire uniquement ECC, pas de son avec la puce AC97 des premières séries, etc. MAI Logic, concepteur de l'Articia S, annonça néanmoins une nouvelle révision de son northbridge pour le début 2003, qui devait profiter aux nouvelles productions d'AmigaOne.

Que ce soit avec l'Early Promotion de juin ou l'Earlybird de novembre, on ne pouvait pas passer à côté du fait qu'AmigaOS 4 n'était pas de la partie. Plusieurs raisons tendaient à expliquer le retard de plus en plus important du développement :
  • Comme mentionné précédemment, Haage & Partner n'avait pas fourni les codes sources d'AmigaOS 3.5 et 3.9 à Amiga Inc./Hyperion. L'équipe d'AmigaOS 4 dut donc créer de zéro de nombreux éléments présents dans ces précédentes versions du système, ou bien renégocier avec les développeurs qui avaient un contrat avec Haage & Partner.
  • Le firmware d'origine de l'AmigaOne (celui de Softex) fut remplacé par un autre mieux adapté, nommé U-Boot/PPCBoot. Ce travail monopolisa une partie du temps de Hyperion (notamment Hans-Joerg et Thomas Frieden, les deux programmeurs principaux de l'équipe).
  • Dans une entrevue accordée à amigasource.com, Ben Hermans confirma que quasiment toutes les caractéristiques initialement prévues pour AmigaOS 4.2 seraient incluses dans la version 4.0. Ce travail sur ces fonctionnalités supplémentaires fut également consommateur de temps.
  • La plupart des développeurs étaient des bénévoles et ne travaillaient pas sur AmigaOS 4 de façon continue.
AmigaOS 4 n'était donc toujours pas matérialisé fin 2002. Cette absence tomba à pic pour MorphOS qui séduisit les déçus d'AmigaOS 4. Le système au papillon bleu était non seulement disponible mais proposait, en plus, une longueur d'avance pour sa logithèque.

La concurrence de MorphOS ne passait pas auprès d'Amiga Inc. et de Hyperion. Ils firent par exemple pression (menace de procès) sur la chaîne de télévision allemande 3sat pour qu'elle ne diffuse pas, en mai, un reportage concernant le Pegasos.

Le Classic se muscle

AmigaOS Classic n'était pas vraiment la priorité d'Amiga Inc. mais le système d'exploitation des Amiga 68k connut une ultime mise à jour officielle. Il s'agissait du Boing Bag 2 pour AmigaOS 3.9, proposé par Haage & Partner. Cette mise à jour était minime (corrections de bogues et améliorations pour quelques applications) et on sentait bien que les grosses nouveautés devaient être recherchées du côté du futur AmigaOS 4.0. En outre, après plus d'un an de travail, le NDK (Native Developer Kit) pour AmigaOS 3.9 fut finalement publié. Ce kit de développement (le dernier pour AmigaOS 68k) disposait de nouvelles Autodocs, bibliothèques statiques, documentations ARexx/Workbench et en-têtes pour le C et l'assembleur.

Bien que l'AmigaOne et le Pegasos symbolisaient la nouvelle vague technologique dans le monde Amiga, il restait un marché pour les utilisateurs d'Amiga Classic. Les développements matériels se poursuivaient avec en tête de liste la firme polonaise Elbox. Elle réussit à lancer cinq nouveaux modèles de Mediator PCI (Mediator PCI 4000D, 3000D, 3/4000T, 1200 SX et 4000Di), deux nouvelles tours baptisées Mirage et la carte contrôleur Spider USB 2.0. DCE, le constructeur de la carte bus G-Rex, concurrente des Mediator, annonça qu'il arrêtait la production de sa carte bus "à cause de la grande concurrence d'Elbox". Le constructeur polonais était devenu une société incontournable sur Amiga Classic et prit une place de choix, même si l'affaire des RDB effacés ternit considérablement son image. En effet, pour se protéger du piratage, les pilotes des matériels Elbox avaient une fonction malicieuse qui effaçait le RDB (premier secteur d'un disque) en cas de modification.

Mediator 4000D Mirage 4000 Spider
Mediator 4000D, Mirage 4000 et Spider USB

La Spider USB 2.0 n'était pas la seule solution USB à sortir à ce moment-là. En effet, trois autres cartes, les Highway/Subway (conçues par E3B) et la Thylacine (créée par Ambience Creation Technology) arrivèrent sur le marché au cours de 2002. Après des années d'attente, les amigaïstes pouvaient enfin profiter des immenses possibilités du monde de l'USB ! Les premiers périphériques utilisés furent surtout les souris et clavier USB mais grâce à Poseidon, la pile USB de Chris Hodges, de plus en plus de matériels divers furent gérés. Par exemple, la société VGR publia en avril la première image prise par une webcam USB branchée sur un Amiga.

D'autres matériels intéressants furent produits cette année comme la Norway, un module réseau Ethernet se branchant sur la carte USB Highway, ou bien l'Indivision, un nouveau désentrelaceur/doubleur de fréquence de chez Individual Computers. Son atout était de gérer de facto les genlocks.

L'esprit bidouilleur des amigaïstes n'avait pas non plus disparu puisque trois projets de création matérielle furent initiés en 2002. Le premier fut le C-One (ou Commodore One), conçu par Jeri Ellsworth, qui consistait à réimplémenter les fonctions du matériel du Commodore 64 dans un nouvel ordinateur. Celui-ci était basé sur un processeur 65c816 à 20 MHz et possédait un lecteur de disquette 3,5", 16 Mo de VRAM et des ports PCI. Cela formait un ordinateur hybride composé d'anciennes et de nouvelles technologies, le tout mis sur une carte au format ATX. Le second projet fut celui de Philip-John Matthews et Oliver Hannaford-Day : l'objectif était de créer une carte accélératrice Amiga à base de processeur ColdFire V4 à 220 MHz. Cette carte aurait fait fonctionner les programmes AmigaOS grâce à une émulation. Et le troisième projet, celui initié par le site amiga-coldfire.de, visait également à construire une carte ColdFire pour Amiga. Cependant, ces deux projets ColdFire n'allèrent pas plus loin que des prototypes largement non fonctionnels. Un autre projet processeur, la carte SharkPPC d'Elbox, était terminé selon les dires de son fabricant, mais ils attendaient la sortie d'AmigaOS 4 pour la commercialiser. Une attente qui allait se révéler particulièrement longue...

Dernier point, le rêve des utilisateurs d'Amithlon allait enfin avoir une réponse avec deux cartes PCI : la DFX de Scott Pringle et le Catweasel MK3 d'Individual Computers. Ces deux interfaces offraient la possibilité de lire des disquettes Amiga (et d'autres formats) avec un lecteur standard de PC. Le Catweasel n'était pas nouveau mais c'est à partir de cette version MK3 que les utilisateurs de PC pouvait l'utiliser. La machine x86 des usagers d'Amithlon disposait donc de plus en plus des caractéristiques d'un réel Amiga. La compatibilité de ces cartes avec les Amiga Classic et les AmigaOne les rendaient également populaires chez les amigaïstes.

Highway Catweasel MK3
Highway et Catweasel MK3

Une logithèque pas prête à basculer

Un certain nombre de développeurs étaient dans l'expectative quant aux systèmes Amiga de nouvelle génération. Ces derniers étaient, au mieux, en version bêta et rares furent les développeurs qui prirent le risque, en 2002, de programmer commercialement pour ces systèmes naissants. Il y eut malgré tout Epic Interactive, une société fondée en 2000 par Thomas Steiding et Paul Burkey, l'auteur du jeu Foundation, qui se spécialisa dans le portage de jeux Windows sur des marchés de niche. Ils annoncèrent l'arrivée de plusieurs jeux sur MorphOS. De son côté, Airsoft Softwair, géré par Andreas Falkenhahn, sortit Hollywood, un programme de création de présentations multimédias gérant les écrans 24 bits. Ce fut en quelque sorte une version moderne de Scala, tournant sur AmigaOS 68k mais aussi MorphOS. Les systèmes Amiga NG pouvaient également compter sur IOSpirit (anciennement Innovative), société de Felix Schwarz, qui devint l'un des développeurs les plus actifs de la plate-forme en commercialisant de nouvelles versions de ses logiciels phares FxScan 4.0 (numérisation avec gestion des scanners USB), FxPaint 2.0 (retouche graphique) et VHI Studio 6.0 (capture/gestion de vidéo et d'images numériques). Ces trois logiciels proposaient, en plus de leur exécutable AmigaOS 68k, des versions natives MorphOS PowerPC et même Amithlon x86.

FxPaint 2.0
FxPaint 2.0

Quant à AROS, sa progression lente mais bien réelle se confirma cette année avec l'apparition de Zune et de Wanderer. Zune était une implémentation Open Source de MUI initiée en 1997 par David Le Corfec. Il le développa en tant que prototype d'une interface graphique dans le style MUI pour X11. Zune fut ensuite intégré au CVS d'AROS et d'autres développeurs, à l'instar de Sebastian Bauer, le modifièrent et lui ajoutèrent des classes issues de MUI afin de le transformer en véritable clone Open Source de MUI. Wanderer, lui, était un bureau utilisant Zune, conçu par Paul Smith et Sebastian Bauer. Naviguer graphiquement dans l'arborescence d'AROS était maintenant possible... sept ans après le début du projet. En outre, si AROS fut créé pour être le plus portable possible, ce n'est qu'en 2002 que l'on vit un premier portage du système sur Palm (par Stefan Berger et Georg Steger) et le commencement des premiers travaux sur une version native Amiga 68k (par Phill Wooller).

AROS Palm AROS Palm
AROS sur Palm et le bureau Wanderer utilisant Zune

FxPaint ne fut pas le seul logiciel graphique à s'améliorer cette année. Georges Halvadjian perfectionna encore et encore Perfect Paint, son logiciel de dessin et d'animation. Il s'agissait d'un programme freeware qui n'avait rien à envier aux produits commerciaux sur Amiga. Dans le secteur de la PAO, Deron Kazmaier continua aussi son travail sur PageStream dont la version 4.1 apparue en début d'année. Ce programme multiplate-forme était à présent plus rapide et disposait de nouvelles fonctions comme la compression des sauvegardes en PDF, un éditeur de table intégré, une fonction de cadre de texte et de la duplication/transformation d'images à travers les pages.

Perfect Paint
Perfect Paint

Quelques nouveaux standards furent gérés sur Amiga en 2002 comme l'Ogg Vorbis et l'Ucode. L'Ogg Vorbis était un algorithme de compression et de décompression (codec) audio numérique libre de tout brevet et supérieure au populaire MP3. Il fut reconnu sur Amiga grâce aux outils portés par l'Amiga Alternative Audio Page. Ce format, grand consommateur de ressources, n'était cependant disponible que via des versions 68060 et MorphOS PowerPC. Ucode, lui, fut un ensemble logiciel, porté par Ken Shillito, permettant de gérer en partie l'Unicode, standard informatique pour les échanges de textes dans différentes langues. Enfin, au niveau multimédia, quelques standards furent également reconnus comme les formats audio WMA et Ogg Vorbis (avec FroggerNG de Sebastian Jedruszkiewicz) ainsi que le DivX 4/5, OpenDivX et MPEG 4 (avec MooVid de Laszlo Torok).

Au niveau de l'émulation, on vit en 2002 quelques petits progrès et un immense gâchis. Les petits progrès vinrent avec la publication d'Amiga Forever 5.1, la suite d'émulation Amiga Classic de Cloanto. Cette version proposa le retour des programmes de synthèse vocale Amiga (narrator.device et Cie.) qui avaient disparu avec la version 2.1 du système en 1992. Amiga Forever, déjà bien complet, était ainsi plus complet que l'officiel AmigaOS ! Andreas Falkenhahn, déjà engagé avec Hollywood, développa aussi Akiko, un émulateur CD32/CDTV basé sur WinUAE. Mais il eut peu d'intérêt puisque cet émulateur était payant et n'offrait que peu de fonctions nouvelles par rapport à WinUAE.

L'immense gâchis au niveau de l'émulation Amiga fut l'arrêt d'Amithlon, l'émulateur Amiga Classic le plus rapide du marché. Quo vadis Amithlon ? C'est la question que se posait Bernd Meyer, l'auteur de cet émulateur, en avril 2002. Quo vadis, qui veut dire "où allez-vous ?" en français, résuma bien ce qu'Amithlon fut durant l'année 2002 : un produit qui connut beaucoup d'embûches sur son chemin. L'auteur indiqua qu'il fut contacté par Amiga Inc., en mars 2002, à propos d'une violation de propriété intellectuelle pour AmigaOS XL, le CD contenant Amithlon et publié par Haage & Partner. Une requête envers Jurgen Haage, le gérant de cette société allemande, confirma cette violation : il n'y avait pas eu d'accord préalable d'Amiga Inc. pour diffuser les fichiers Kickstart dans le produit de Haage & Partner. Bernd Meyer cessa sa collaboration avec la société et essaya de minimiser ses risques dûs à la violation de droits en se dégageant de la distribution de son produit par l'éditeur allemand.

Bernd Meyer
Bernd Meyer

Mais Haage & Partner continua à vendre AmigaOS XL, sans payer Bernd Meyer, Amiga Inc. et d'autres développeurs impliqués comme QNX et Olaf Barthel. Un sentiment anti-Haage & Partner traversa les forums et les listes de diffusion Amiga. De vives tensions apparurent également entre Bernd Meyer et Harald Frank, le co-auteur d'Amithlon, à propos de la légalité d'Amithlon. Bernd Meyer ne souhaitait plus travailler avec Haage & Partner ou Harald Frank.

Afin d'essayer de résoudre la situation d'Amithlon, Bernd Meyer entra directement en contact avec Bill McEwen et négocia une licence. Ceci eut comme conséquence un communiqué commun le 23 juin qui informait que la distribution d'Amithlon 2.0 contiendrait légalement le Kickstart 3.1 et des bouts d'AmigaOS 3.9. Cette distribution serait vendue via un ISO téléchargeable sur le site Web de Bernd Meyer. La date de sortie fut annoncée pour 1er juillet 2002, cela raviva l'espoir chez les intéressés de cet émulateur.

Mais la date de sortie passa et aucun produit n'était en vue. Dans un courriel sur la liste de diffusion d'Amithlon, Bernd Meyer expliqua que la défunte association avec Haage & Partner avait créé une nouvelle, et dernière, embûche légale, qui allait retarder la sortie de l'émulateur. Les semaines passaient et toujours rien ne fut disponible. Bill McEwen reparla d'Amithlon lors de son bulletin d'information de septembre, annonçant l'arrivée possible de machines équipées d'Umilator (le nom officiel d'Amithlon 2.0 qui ne contenait aucun code de chez Haage & Partner ou Harald Frank). En coulisses, les négociations se poursuivaient mais la petite embûche se transforma en mur infranchissable. Le 2 décembre 2002, Bernd Meyer jeta l'éponge et annonça l'arrêt de tous ses développements Amiga. Des pressions sur les collaborateurs de Bernd Meyer (l'équipe Picasso96, Chris Hodges...) ont, apparemment, empêché le bon déroulement du développement d'Amithlon 2.0.

Umilator
Umilator, alias Amithlon 2.0 jamais diffusé

La mort prématurée d'Amithlon révéla la face cachée du marché Amiga. Les problèmes dûs à la possession de propriétés intellectuelles furent un sujet récurrent en 2002. Une société pouvait donc proposer des produits à la légalité douteuse sans craindre de réactions de la part d'Amiga Inc. car sachant qu'il n'aurait pas les moyens financiers pour mener un procès.

Un marché ludique porté par les portages

Moins de 80 jeux dont seulement sept titres commerciaux débarquèrent sur Amiga en 2002, ce qui en faisait le total le moins prolifique depuis 1985. La part des portages issus d'autres plates-formes était conséquente : on vit ainsi apparaître de gros jeux comme Quake 2, dont le code source avait été publié sous licence libre en décembre 2001 par ses auteurs, id Software. Ce jeu de tir subjectif, l'un des plus populaires au monde, fut porté sur AmigaOS et WarpOS par Hyperion Entertainment. Cette société, qui s'occupait aussi du développement d'AmigaOS 4, ne pouvait pas supporter autant de développements en parallèle et Ben Hermans, son dirigeant, indiqua en mars que la plupart de ses projets de portages de jeux étaient suspendus pour laisser place au développement d'AmigaOS 4. Ce fut une mauvaise nouvelle pour les joueurs car Hyperion était l'auteur de quelques-uns des meilleurs portages de jeux de ces derniers temps sur Amiga (Heretic 2, Shogo...).

Quake 2
Quake 2

D'autres portages apparurent sous l'impulsion d'Epic Interactive comme le jeu d'aventure Feeble Files (AmigaOS 68k et WarpOS) et le jeu de gestion économique Software Tycoon (AmigaOS 68k et MorphOS, ce qui en faisait le premier jeu commercial pour ce système). Dans les derniers jours de 2002, Epic Interactive sortit également Birdie Shoot, un jeu de tir réalisé en interne sur Macintosh par Paul Burkey puis adapté sur MorphOS. Paul Burkey, justement, alerta sur les difficultés des portages de jeux sur Amiga : il indiqua qu'il fut possible de porter Feeble Files sur Amiga car une version Mac OS avait déjà été réalisée par leur soin et que les coûts de production avaient été couverts. Il était donc hors de question pour Epic Interactive de réaliser un portage uniquement sur Amiga, il fallait absolument inclure une version Mac ou consoles pour survivre. Ce marché ludique Amiga trop difficile découragea également Digital Dreams Entertainment (auteur de Wasted Dreams et Hell Squad) qui arrêta tous ses développements de jeux pour Amiga.

Les quelques bons jeux originaux commercialisés concernèrent Tales Of Tamar (un jeu de stratégie développé depuis plusieurs années par Martin Wolf et son équipe d'Eternity Software) ainsi que Crossfire 2 (un jeu de tir de chez Dreamworld Development dont l'auteur perdit le code source en cours de développement mais qui reprit courageusement le travail pour mener le projet à son terme).

Quake 2
Tales Of Tamar

Au niveau des productions du domaine public, l'accent fut mis notamment sur les jeux de stratégie avec Freeciv (un clone de Civilization), Freecraft (une réimplémentation de Warcraft), Crimson Fields de Jens Granseuer et Axis And Allies de Steven Solie. La palme du jeu freeware de l'année revint sans doute à Chaos 4, un jeu de rôle complet et prenant réalisé par James Conwell et son équipe. La bibliothèque SDL (Simple DirectMedia Layer), portée en 2001 sur Amiga permit cette année encore l'adaptation de quelques jeux sur Amiga, comme SDL Invaders et les déjà cités Crimson Fields et Freecraft. Ces adaptations 68k étaient cependant davantage destinées à Amithlon qu'aux vrais Amiga car leur besoin en ressource n'était pas du tout adapté aux processeurs 68k.

Conclusion : une concurrence bénéfique

Malgré les tiraillements et les attaques entre partisans de MorphOS et AmigaOS 4, il était bon de voir des développements majeurs réapparaître sur le marché Amiga. Ces deux solutions visaient, dans un premier temps tout du moins, la même cible d'utilisateurs : les amigaïstes sur Amiga Classic. Thendic-France avait fait du bon travail en poussant le développement de MorphOS et en mettant l'argent nécessaire dans cette nouvelle plate-forme. MorphOS était en avance sur AmigaOS 4 dont la date de sortie était toujours indéfinie. En outre, la mort d'Amithlon et l'engagement des deux systèmes sus-cités pour le PowerPC marqua le déplacement du marché Amiga vers cette famille de processeurs.

Enfin, la mise en place des produits AmigaDE d'Amiga Inc. ne connut pas le succès escompté. Les grosses sorties d'applications se faisaient attendre. Si l'accord avec Microsoft pouvait laisser entrevoir un sursis financier, Nokia annula son terminal et Sendo prit le même chemin en abandonnant son projet de téléphone Z100. La malchance retombait une nouvelle fois sur Amiga Inc.


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