Obligement - L'Amiga au maximum

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Dossier : L'histoire de Cinemaware
(Article écrit par David Brunet - janvier 2019)


L'arrivée de l'Amiga en 1985 marqua l'avènement d'une machine hors normes. Mais pour vraiment marquer les esprits, cet ordinateur de Commodore se devait d'avoir des applications à la hauteur de ses capacités. Certains éditeurs de jeux vidéo l'avaient compris. Cinemaware Corporation en faisait partie.

Cinemaware

Cette société, nommée à l'origine Master Designer Software, était une entreprise américaine de développement et d'édition de jeux vidéo. Elle fut fondée en 1986 par Robert Jacob et sa femme Phyllis, et basée à Westlake Village, en Californie. Malgré sa petite longévité (cinq ans), elle marqua de son empreinte le domaine ludique de l'Amiga et aussi de diverses machines 16 bits. Ses productions au style novateur, caractérisées par un mélange des genres, une dimension narrative prédominante et des qualités formelles remarquables, puisaient dans les thématiques et l'esthétique du cinéma américain classique. De Defender Of The Crown à Wings, la société se forgea un catalogue singulier avant de disparaître en 1991. Mais l'appétit commercial de certains éditeurs pour le jeu vidéo rétro réanima la société à plusieurs reprises.

L'ambition de Robert Jacob

Robert Jacob avait 32 ans en 1982, date à laquelle il quitta son emploi à Chicago pour déménager dans les environs de Los Angeles avec son épouse Phyllis. Sa fascination pour les ordinateurs naquit d'une visite dans une bibliothèque de Thousand Oaks, en Californie, quand il vit un nombre incalculable d'enfants bidouiller sur ces nouvelles machines. Robert Jacob s'acheta un PC dans la foulée et adhéra à des groupes d'utilisateurs et de développeurs de logiciels. Il constata que ces jeunes programmeurs étaient incapables de vendre leurs programmes. Il décida alors de fonder la Robert Jacob Agency, une agence typique d'Hollywood dédiée à la promotion de jeux vidéo. Il finança des projets pour le Commodore 64, dont les équipes de développement ne se composaient généralement que d'un programmeur et parfois d'un graphiste. Il commercialisa ensuite ces jeux auprès de sociétés comme Activision, Epyx ou Mindscape.

Robert Jacob
Robert Jacob en 2009

Robert Jacob s'impliqua dans son rôle d'agent pendant quelques années, jusqu'à ce jour de 1985 où il découvrit une nouvelle machine révolutionnaire : l'Amiga. Il avait rendu visite à une petite société, Island Graphics, qui développait en secret un logiciel de dessin (ProPaint) qui devait être terminé pour le lancement de l'Amiga quelques mois plus tard. Robert Jacob fut impressionné par ce prototype d'Amiga, notamment par ses prouesses graphiques, capable d'afficher pas moins de 4096 couleurs simultanément. Il réalisa que cet ordinateur allait changer l'avenir du jeu vidéo et il voulait faire partie de cette aventure. Il pensait que de nouveaux types de jeux, plus visuels, plus immersifs, pourraient être tentés avec cette machine.

Amiga 1000
L'Amiga 1000

Robert Jacob passa ainsi une année dans l'Utah pour lever des fonds auprès de docteurs et de dentistes mormons. Avec quelques millions de dollars en poche, il fonda en janvier 1986 avec sa femme sa propre société qu'il nomma Master Designer Software. Il lança de suite le développement d'une première série thématique de jeux, nommée Cinemaware. Si cette série était couronnée de succès, d'autres devaient suivre. Le même mois, il signa un contrat avec l'éditeur américain Mindscape pour la livraison de ses quatre premiers titres d'ici le 15 octobre 1986, date stratégique pour ne pas manquer l'effervescence de Noël.

Premier titre, premier succès

Le premier jeu qu'acheta Robert Jacob fut le jeu d'aventure Deadline d'Infocom. Il devait beaucoup taper au clavier pour avancer dans le jeu. Robert Jacob se rendit vite compte qu'essayer de deviner ce qui se passait dans l'esprit d'un programmeur n'était pas quelque chose qui l'intéressait. C'est pourquoi il voulut des interfaces simples pour ses propres jeux : pas de saisie, entrer directement dans l'action, et pas de manuel. La philosophie de la société se résuma assez bien à cette phrase prononcée par Robert Jacob en février 1985 : "Il n'y a pas le temps d'attendre les tendances. Il faut créer les tendances et espérer avoir raison".

Deadline
Deadline sur MS-DOS

Les quatre premiers jeux de Master Designer Software devaient apparaître sur des systèmes différents et avaient tous un scénario inspiré de films hollywoodiens. Ils furent également confiés à des personnes différentes, externes à la société. Defender Of The Crown et Sinbad And The Throne Of The Falcon devaient sortir sur Amiga, The King Of Chicago sur Macintosh et S.D.I. sur Atari ST.

Le premier titre Amiga de Robert Jacob, Defender Of The Crown, se distingua par son style inédit, combinant à la fois de la stratégie, du jeu de rôle, de l'aventure et des scènes d'action variées. Le tout restituant une ampleur cinématographique inspirée des films d'aventure moyen-âgeux, notamment de Robin Des Bois et d'Ivanhoé. Le joueur incarnait un baron saxon qui devait conquérir toutes les provinces aux Normands pour être couronné. Le développement du jeu fut confié à Sculptured Software, une société de l'Utah qui ne s'occupait auparavant que de portages.

Defender Of The Crown Defender Of The Crown
Defender Of The Crown

Les mois passaient mais rien de concret n'arriva sur le bureau de Robert Jacob. Il se rendit alors à Salt Lake City, dans l'Utah, le fief de Sculptured Software et s'aperçut que la société n'avait encore rien fait. Il semblait que la nouvelle architecture 68000 de l'Amiga posait des problèmes aux programmeurs. Cela poussa Robert Jacob à embaucher son premier employé, John Cutter, un concepteur de jeux vidéo qui fit ses armes sur Atari 8 bits. John Cutter, qui ne connaissait pas l'Amiga, fut impressionné par l'écran titre de Defender Of The Crown, dont les lettres dorées s'animaient sur un mur. Sur son site Web, voici ce que dit John Cutter à propos de sa première rencontre avec Cinemaware :
"L'écran de titre de Defender Of The Crown m'a convaincu de prendre le poste chez Cinemaware. J'étais plutôt sceptique quant à cette société mais le président Robert Jacob nous a fait visiter les locaux, ma femme et moi, puis nous a emmenés dans une salle pour nous montrer le premier jeu en développement par la société. Au moment où l'écran de titre est apparu, ma femme s'est penchée et a murmuré : "Prends le boulot !""
John Cutter
John Cutter

L'équipe en construction avait également Kellyn Beeck dans ses rangs, en tant que chef de projet. Il se fit de nouveau connaître sur Amiga, des années plus tard, pour avoir produit le documentaire "From Bedrooms to Billions: The Amiga Years!" publié en 2016, où il raconta ses débuts sur Amiga.

Kellyn Beeck
Kellyn Beeck

Robert Jacob confia à Jim Sachs le poste de directeur artistique. Ce personnage extrêmement doué pour le dessin sur ordinateur gérait une équipe de graphistes qui contribua à faire de Defender Of The Crown l'un des jeux les plus beaux de son époque. La "patte" de Jim Sachs transpira dans tout le jeu, pour lequel il réalisa lui-même la plupart des scènes avec le logiciel GraphiCraft, puis Aegis Images, en attendant la venue de Deluxe Paint d'Electronic Arts. Dans une entrevue de 2009, Jim Sachs se remémora sa période chez Cinemaware :
"Quand Kellyn Beeck m'a contacté pour la première fois, j'avais l'intention de créer un visuel révolutionnaire, avec des graphismes plus détaillés que dans mes précédents projets. Kellyn avait compris ceci, tout comme RJ Mical, mais Cinemaware a mis du temps à accepter. Plus tard, quand je me suis plaint au sujet de la petite somme d'argent que j'avais reçu pour le projet, ils m'ont dit : "mais nous ne savions pas que vous alliez réaliser un si bon travail !". J'avais engagé plusieurs autres artistes, tous étaient très excités de travailler sur quelque chose de si différent. L'un d'entre eux était Rob Landeros, un ancien graveur qui était désireux de travailler dans l'infographie. Quand j'ai quitté Cinemaware, il est devenu directeur artistique dans la société. Plus tard, il s'est associé à Kellyn pour former Trilobyte (concepteur des jeux 7th Guest, 11th Hour)."
Jim Sachs Rob Landeros
Jim Sachs et Rob Landeros

Robert Jacob engagea également Robert J. Mical en tant que programmeur. Il s'agissait à l'époque de l'un des meilleurs programmeurs sur Amiga tout simplement parce qu'il était le co-auteur du système d'exploitation de cette machine, et avait aussi créer GraphiCraft, le premier programme de dessin pour Amiga. Sa précieuse aide permit d'accélérer le développement de Defender Of The Crown. Robert Jacob offrit 26 000 $ à RJ Mical et lui demanda s'il pouvait transformer tous les graphismes de Jim Sachs et les musiques qu'ils avaient composées en un jeu d'ici trois mois. RJ Mical répondit alors : "Je suis ton homme."

RJ Mical programma notamment le Mical Game System, un système de jeu qui devait être réutilisable pour le développement d'autres titres. Celui-ci pouvait gérer les animations, et plus précisément calculer les étapes intermédiaires d'une animation, chose popularisée des années plus tard avec le format Flash de Macromedia. Mais en raison des délais très courts (six semaines de développement, date butoir au 15 octobre 1986), RJ Mical dû supprimer de nombreux éléments dans le jeu. Les portages de Defender Of The Crown sur les autres machines, effectués plus tard, disposaient de nouveaux éléments comme le feu grec ou les attaques de maladies. Ces versions étaient donc plus complètes que la version originale sur Amiga.

RJ Mical
RJ Mical

Jim Cuomo, lui, fut embauché en tant que musicien. Ce saxophoniste et musicien de jazz américain se fit connaître une décennie plus tôt avec ses albums psychédéliques. Il composa pour Defender Of The Crown une série de thèmes inspirés par la musique baroque française. Pour lui, la conception de musiques pour les jeux était assez déroutante comme il le signala dans une entrevue pour The Westsider :
"À l'époque, quand les joueurs gagnaient une partie, ils sautaient victorieusement, devenaient fous et criaient à leurs mères, leurs frères et leurs soeurs "j'ai gagné ! J'ai gagné !". Alors la musique sur laquelle vous avez durement travaillé, personne ne l'entendait !"
Jim Cuomo
Jim Cuomo

Defender Of The Crown fit date dans l'industrie du jeu vidéo en posant de nouveaux standards visuels et il fut un précurseur du jeu de stratégie au tour par tour. Ce titre se vendit à 20 000 exemplaires dans les deux mois après sa sortie, ce qui était une grande performance dans un marché limité, alors, à 100 000 Amiga. Les ventes décollèrent à plus de 250 000 exemplaires l'année suivante, en 1987, aidées par la popularisation de l'Amiga via la sortie du modèle famillial A500. Defender Of The Crown devint un succès commercial, le plus important de l'histoire la société. Il fut ensuite adapté sur une dizaine de supports et écoulé à plus d'un million d'exemplaires.

Les jeux et l'influence du cinéma

Le second titre de la société fut le jeu d'aventure Sinbad: Throne Of The Falcon, qui avait la particularité d'avoir été conçu par une seule et même personne : Bill Williams. C'était un homme extrêmement talentueux, qui vivait dans un dôme géodésique près de Flint, dans le Michigan. Il arrêta ensuite sa carrière dans le secteur des jeux vidéo pour devenir prêtre. Le thème de Sinbad fut imposé par Robert Jacob car il était un grand fan de tous les films de Sinbad, comme Seventh Voyage Of Sinbad, et il voulait leur rendre hommage en faisant un film interactif.

Dans cette aventure de l'orient des Mille et Une Nuits, le joueur incarnait Sinbad le marin qui devait briser le sort maléfique qui transforma le calife de Bagdad en faucon. Le fait que les graphismes furent également réalisés par la même personne donna au jeu un aspect différent des autres titres de Cinemaware. Les critiques décrivirent cela comme un recul graphique. Sinbad: Throne Of The Falcon n'était pas au niveau de Defender Of The Crown, son monde était trop vide et les divers jeux d'action et de stratégie étaient souvent trop simples.

Sinbad: Throne Of The Falcon Sinbad: Throne Of The Falcon
Sinbad: Throne Of The Falcon

Le troisième jeu, S.D.I. (Strategic Defense Initiative), tranchait avec ce qui avait été fait avec Defender Of The Crown. Il s'agissait d'une aventure de science-fiction dans un contexte de Troisième Guerre Mondiale en 2017. Le joueur incarnait Sloan McCormick, commandant américain des forces de la S.D.I., qui devait contrer les attaques nucléaires déclenchées par des dissidents du KGB, protéger et réparer les installations spatiales, et sauver sa bien-aimée, Natalya, commandante des forces régulières soviétiques. Bien que le concept du jeu fut inspiré par Robert Jacob, on y vit clairement une influence des films de James Bond comme Moonraker ou Bons Baisers de Russie. S.D.I. devint cependant le mouton noir des jeux de Cinemaware. Ce n'était pas un mauvais jeu, mais il était bien éloigné des films interactifs prêchés par la société.

S.D.I. S.D.I.
S.D.I.

Le dernier des quatre premiers titres de la série Cinemaware fut The King Of Chicago. Ce jeu d'aventure ayant pour trame le Chicago mafieux des années 1930 fut davantage novateur. Il fut créé par Doug Sharp, un enseignant d'école primaire de Minneapolis connu de Robert Jacob à l'époque où il était son agent pour distribuer son jeu, ChipWits. Le joueur incarnait Pinky Callahan, n°2 du gang des quartiers nord de Chicago, qui avait trois ans pour prendre le contrôle de la ville. L'intrigue de ce récit interactif, façonné à la manière d'un film, se nouait dans les décisions stratégiques prises lors de discussions, dans la gestion comptable du gang et dans de brèves séquences d'action.

The King Of Chicago The King Of Chicago
The King Of Chicago

A l'époque, personne dans l'équipe de développement ne savait comment un film interactif devait être, ils tâtonèrent et essayèrent différentes choses. Par exemple, pour la version Mac, ils numérisèrent des pommes de terre et le résultat fut que les personnages étaient tous bosselés ! Une chose marquante dans The King Of Chicago fut que, que vous soyiez présent ou non, le jeu continuait quand même. Si vous ne preniez pas de décision, les choses continuent à avancer sans vous.

Comme avec Defender Of The Crown un an plus tôt, The King Of Chicago impressionna les critiques par sa réalisation grandiose. Les ventes franchirent la barre des 50 000 copies plus rapidement que Defender Of The Crown l'avait fait.

Deuxième étage de la fusée Cinemaware

En 1987, la société fut rebaptisée Cinemaware, nom qui était à l'origine son label. Elle prit aussi en charge la distribution de ses propres jeux aux États-Unis. Et voyant que l'Amiga se vendait de mieux en mieux, surtout en Europe, Cinemaware signa avec la société britannique Mirrorsoft pour s'assurer de la distribution de ses jeux pour ce continent. En France, son distributeur officiel fut Ubi Soft. Robert Jacob lança le développement d'une deuxième vague de jeux, et cette fois-ci, il opta pour des produits sous licences.

Pour le premier jeu de cette nouvelle série, Robert Jacob choisit une production télévisée : The Three Stooges. Il s'agissait d'une troupe comique américaine qui tourna de nombreux courts métrages au milieu du XXe siècle. Les trois personnages de cette troupe, Moe, Larry et Curly furent actifs de 1930 à 1960. Les développeurs de Cinemaware étant déjà occupés aux portages de la première série de son catalogue sur diverses plates-formes, Robert Jacob fit appel, pour une dernière fois, à une société externe pour réaliser la programmation. Cette dernière fut Incredible Technologies, une société basée dans sa ville natale de Chicago et fondée par les époux Richard et Elaine Ditton. Ils se firent connaître notamment pour avoir développé la version Amiga de Winter Games pour le compte d'Epyx et pour la réalisation de machines à sous.

Ricgard et Elaine Ditton
Richard et Elaine Ditton

The Three Stooges devait être un jeu 100% conforme à la licence que Cinemaware avait obtenue. Le jeu suivait les déambulations burlesques des trois Stooges. Moe, Larry et Curly avaient trente jours pour amasser suffisamment d'argent afin d'empêcher la fermeture d'un orphelinat. Sa conception fut dirigée par John Cutter dont l'idée était de le concevoir essentiellement comme un jeu de société (genre Game Of Life) qui aurait été transposé sur ordinateur. Toutes les scènes d'arcade provenaient directement des films des Three Stooges : les images et les sons y furent numérisés. Mais le nombre de numérisations devaient être limitées car Cinemaware ne voulait pas proposer des jeux sur plus de deux disquettes. Au final, The Three Stooges, malgré des temps de chargement un peu long, eut son petit succès et Cinemaware, à son tour, octroya une licence à Activision pour un portage sur NES.

The Three Stooges The Three Stooges
The Three Stooges

Robert Jacob poursuivit le concept des licences pour son titre suivant, Rocket Ranger, qui fut réalisé à 100% en interne chez Cinemaware. Rocket Ranger était basé sur un scénario classique des séries des années 1950. Le jeu suivait les aventures improbables d'un scientifique de l'armée américaine durant la Seconde Guerre Mondiale. Informé de la victoire nazie par ses pairs du futur, il devait réécrire l'histoire en découvrant les ressources cachées de l'ennemi et en déjouant son plan ultime. Une version spéciale pour l'Allemagne fut créée, remplaçant les nazis par des extraterrestre.

Pour s'inspirer de scénarios, Robert Jacob rendit visite à Republic Pictures, un studio de cinéma hollywoodien. Il avait en stock des séries dans le genre Rocket Man comme Commando Cody: Sky Marshall Of The Universe. Robert Jacob voulait obtenir une licence pour Commando Cody et, quand il pensa que tout était réglé, un autre producteur lui avait coupé l'herbe sous le pied. Ce producteur ne fut autre que Steven Spielberg, réalisateur à succès et roi du divertissement hollywoodien. Mais ce dernier ne fit rien avec. Robert Jacob chercha alors un autre homme-fusée. Il y avait The Rocketeer de Dave Stevens. Il discuta avec lui pour l'octroi d'une licence, mais il se fit également devancé par Disney qui en fit un film...

Désabusé, Robert Jacob décida finalement de créer son propre personnage d'homme-fusée, avec son propre univers. Rocket Ranger était né. Visuellement, Rocket Ranger reprit les traits de Commando Cody. Au niveau des sons, le jeu resta aussi fidèle que possible à l'original. L'équipe de développement enregistra des bruits de moteur à l'aéroport de Los Angeles, situé en contre-bas de leurs bureaux, alors que Mélanie Cutter, l'épouse de John Cutter, reproduisit la voix numérisée de l'amante de Rocket Ranger. Comme toutes ces données ne pouvaient pas être contenues sur deux disquettes, Cinemaware créa son propre format de disquette (Quick-DOS), capable de comprimer 4 Mo par disquette et de lire les données trois fois plus rapidement, le tout avec un lecteur de disquette Amiga standard. Rocket Ranger fut une réussite au niveau de son développement et toutes les personnes concernées par sa conception en étaient fières. John Cutter indiqua : "Je suis davantage satisfait avec Rocket Ranger qu'avec aucun autre jeu sur lequel j'ai travaillé."

Rocket Ranger Rocket Ranger
Rocket Ranger

Anecdote intéressante, 7 ou 8 ans après la sortie de Rocket Ranger, le film Rocketeer sortit au cinéma. Robert Jacob déjeuna avec Lloyd Levin, le producteur du film, et ce dernier avoua que pour le film, il avait reprit l'idée des zeppelins au jeu Rocket Ranger ! Au final, Robert Jacob indiqua que Rocket Ranger fut le meilleur mélange de tout ce qu'ils avaient pu créer.

Cinemaware s'intéresse au sport

Cinemaware avait prévu, dès le début, de lancer un autre thème en cas de succès de ses premiers titres. Si Robert Jacob était un cinéphile, son bras droit John Cutter était un fan de sports. Le nouveau thème était donc tout trouvé.

Cinemaware tenta ainsi, en 1988, de s'immiscer dans les jeux de sports avec la série "TV Sports" : le premier titre fut TV Sports: Football. L'idée pour ces jeux était de s'inspirer des retransmissions de sports à la télévision, et non de proposer une simulation fidèle. On rencontrait donc dans la série des TV Sports des journalistes et tout l'enrobage visuel d'une retransmission d'un match à la TV. Mieux, on avait droit à des coupures, durant les matches, pour faire le point sur des événements dramatiques ou des spectacles de pom-pom girls. Des années plus tard, c'est Electronic Arts qui domina le marché des jeux de sports mais tous les ingrédients de ce type de jeux étaient déjà présents dans TV Sport Football.

TV Sports: Football TV Sports: Football

De 1990 à 1992, Cinemaware compléta son offre de jeux de sports avec la sortie de TV Sports: Basketball (1990), TV Sports: Boxing (1991), TV Sports: Hockey (1991, uniquement sur PC Engine) et TV Sports: Baseball (1992).

TV Sports: Basketball, conçu par Larry Gardner et Andrew Condom, fut une autre simulation sportive consacrée au Basketball. Ce fut l'un des meilleurs jeux de sport de sa génération, avec une réalisation de haut niveau, une simulation complète et la possibilité d'y jouer à quatre simultanément. Pour l'anecdote, les personnes de Cinemaware impliquées dans la conception de TV Sports: Basketball apparaissaient dans le jeu, dans l'équipe Cinemaware avec des pseudonymes typiques que l'on rencontrait dans le milieu du basket : 'Gunner' Garner, 'Cookie' Cutter, 'Downtown' Todd, 'Spud' Simmons, 'Air' Albright, 'Magic' Truelove, 'Brick' Riordin, 'Jumpin-Jack' Platt, 'Hack' Hilbers, 'Doctor' Duggan, 'Sky' Cook, 'Ohmi' Godfrey et 'Jammin' Jacob. En fait, Robert Jacob avait son portrait dans de nombreux jeux de Cinemaware. Il cherchait à faire comme Alfred Hitchcock et à apparaître dans ses propres productions. Beaucoup d'autres employés de Cinemaware apparaissaient également comme personnages dans leurs jeux.

TV Sports: Basketball TV Sports: Basketball
TV Sports: Basketball

TV Sports: Boxing TV Sports: Boxing
TV Sports: Boxing

TV Sports: Hockey TV Sports: Hockey
TV Sports: Hockey

TV Sports: Baseball TV Sports: Baseball
TV Sports: Baseball

Le jeu suivant de Cinemaware ne fut pas jugé novateur par les critiques. Il s'agissait d'un jeu d'action/stratégie nommé Lords Of The Rising Sun et qui devait refléter les films de samouraï japonais. Ce fut une épopée dans le contexte de la guerre de Genpei dans le Japon du XIIe siècle. Le joueur incarnait un héritier du clan Minamoto, le stratège Yoritomo ou le guerrier Yoshitsune, qui devait conquérir les territoires du clan Taira pour obtenir le titre de shogun. Le degré de stratégie fut davantage marqué que pour Defender Of The Crown. Le jeu était d'ailleurs vendu avec un manuel très épais, peu habituel pour Cinemaware, qui révélait une quantité surprenante de détails stratégiques, un peu comme le faisait l'éditeur SSI, un spécialiste des jeux de stratégie de cette époque.

Lords Of The Rising Sun proposait aussi des mini-jeux, comme l'évitement de shuriken ou la capture du cheval du chef ennemi. Mais pour la première fois, ceux-ci étaient désactivables. L'option de sauvegarde était également une première dans un jeu de Cinemaware, fonction utile car les parties pouvaient durer des heures. Mais ces nouveautés ne permirent pas à Lords Of The Rising Sun de passer à la postérité : son domaine stratégique était trop compliqué. La presse pointa du doigt ce défaut mais Robert Jacob défendit son produit en indiquant qu'il n'y avait jamais eu autant d'animations dans un jeu vidéo. Mais ce n'était pas là le problème et Lords Of The Rising Sun se vendit très mal, bien plus mal que les jeux précédents.

Lords Of the Rising Sun Lords Of the Rising Sun
Lords Of The Rising Sun

Vint ensuite It Came From The Desert, un jeu d'aventure/action créé d'après une idée de David Reardon, un ancien de l'éditeur américain de jeux vidéo Lucasfilm et nouveau venu chez Cinemaware. C'était une aventure fantastique dans une bourgade d'un désert californien en 1951. Le joueur incarnait le géologue Greg Bradley, installé depuis peu à Lizard Breath, qui découvrait qu'une colonie de fourmis géantes se terrait derrière les collines. Il disposait de quinze jours pour prouver l'existence des créatures, coordonner les opérations visant à empêcher l'invasion de la ville et exterminer la reine des fourmis.

La première question de Robert Jacob à David Reardon fut : "Quel genre de film interactif aimeriez-vous faire ?". Et David Reardon répondit : "Big Bugs". Ce fut le titre de Cinemaware sur lequel Robert Jacob participa le moins. Le fait d'avoir un jeu où il fallait abattre des grosses bêtes (à la manière de Them! ou Des Montres Attaquent La Ville en France) lui plu. Ce fut probablement le meilleur film interactif que la société produisit. L'équipe de développement travailla pendant des mois pour programmer la technologie permettant de créer It Came From The Desert. Un point intéressant était que le joueur ne pouvait pas mourir. S'il perdait à un des mini-jeux, il se retrouvait à l'hôpital, dans lequel il avait le choix de perdre son temps ou de s'échapper.

It Came From The Desert It Came From The Desert
It Came From The Desert

It Came From The Desert fut un aboutissement pour Cinemaware. Le jeu connut un grand succès, si grand que Robert Jacob voulu, pour la première fois, développer une suite. Cette suite se nomma Antheads: It Came From The Desert II, elle reprenait en fait le code originel du premier volet, ce qui économisa suffisamment de place pour mettre le jeu sur une seule disquette. David Reardon avait mis au point pas moins de huit nouveaux scénarios, mais il ne put en matérialiser qu'un, vu l'effort nécessaire pour leur programmation.

Antheads: It Came From The Desert II Antheads: It Came From The Desert II
Antheads: It Came From The Desert II

Durant cette époque, on vit arriver les premiers jeux sur CD, un média révolutionnaire et peu cher. Robert Jacob mit en place Interactive Entertainment Group en 1988, son équipe chargée de créer des jeux interactifs sur CD. Il souhaitait déjà créer, deux ans plus tôt, des jeux sur ce nouveau support qui pouvait remplacer avantageusement le magnétoscope. Il fut déçu de voir que Commodore avait totalement ignoré le CD pendant des années. Pour Robert Jacob, la technologie CD dans le secteur de l'informatique allait être aussi prometteuse que le marché de la vidéo. En mars 1990, la société signa un accord avec le constructeur japonais NEC dans le but de développer des jeux sur sa console PC Engine (TurboGrafx-16 aux États-Unis). NEC et Cinemaware devinrent partenaires et le constructeur japonais acquit 20% de la société américaine. Après quelques petits projets, Cinemaware lança le développement d'une version sur CD de It Came From The Desert. Ce fut le deuxième jeu de l'histoire sur CD.

Après avoir terminé la version normale du jeu, Cinemaware débuta la production d'une version en vidéo intégrale (Full Motion Video). Jamais le cinéma n'avait autant été présent dans la production d'un jeu de Cinemaware : ils filmèrent de vrais acteurs avec une caméra BetaMax sur des fonds verts. Les frais étaient considérables, on parla de 500 $ par jour de tournage et par acteur. Sans compter que des efforts similaires furent déployés dans la production musicale. Un véritable orchestre produisit une musique de qualité CD pour 10 000 $. Ce projet CD de It Came From The Desert coûta au final la bagatelle de 700 000 $ à Cinemaware.

It Came From The Desert It Came From The Desert
Scène de l'infirmière de It Came From The Desert en version TurboGraphx CD et Amiga

Cinemaware entreprit par la suite le développement d'autres titres CD pour la PC Engine. Mais la société constata que les performances du processeur 8 bits de cette console étaient bien inférieures à celles de l'Amiga et que ses jeux y étaient simplifiés. Le lancement de cette console aux États-Unis fut un désastre absolu. L'extension CD de la console ne se vendit pas du tout. NEC licencia l'ensemble de l'équipe commerciale américaine et Cinemaware le menaça de faillite, juste au moment de la sortie de sa prochaine grande production : Wings.

Ainsi, en 1990, la société publia Wings, un jeu dans lequel vous étiez un pilote d'avion allié pendant la Première Guerre Mondiale entre 1916 et 1918. Ce titre se démarquait des simulateurs de vol contemporains en mettant l'emphase sur le pilote plutôt que sur l'avion. Robert Jacob avait acheté Falcon, un simulateur de vol créé par Rowan. Ce jeu était vendu avec un manuel de 365 pages et il comprit rapidement qu'il n'allait pas pouvoir investir le temps nécessaire pour apprendre tout cela afin de profiter d'un simulateur de vol. Wings, beaucoup plus simple, était la réponse directe à Falcon. Le manuel fourni avec Wings traitait de l'histoire du combat aérien pendant la Première Guerre Mondiale, et non pas des rébarbatives commandes de jeu.

Wings fut le premier et le seul jeu 3D de Cinemaware (mis à part la 3D simpliste de S.D.I.). Robert Jacob embaucha Tim Hays, un programmeur ayant une expérience en matière de 3D. Les développeurs effectuèrent des recherches dans les bibliothèques locales pour rendre crédible les avions. En outre, deux idées principales furent infusées dans Wings : la création d'un journal de vos aventures dans la guerre (comme le faisaient les pilotes de l'époque) et l'ajout d'une pincée de jeu de rôle avec la possibilité de gagner des médailles et d'améliorer votre rang. Le jeu était divisé en trois séquences. L'une d'elles était les combats aériens en 3D. Mais comme le radar n'avait pas encore été inventé, Cinemaware utilisa des éléments optiques tels que le personnage lui-même pour l'orientation : le pilote tournait la tête pour montrer où était l'avion ennemi.

Wings Wings

En outre, Robert Jacob créa la division Spotlight Software, dirigée par Sam Poole, pour importer des productions européennes sur le marché américain. Cette division édita une quinzaine de productions entre 1989 et 1990 comme 3 In Three, Air Strike USA (ATF II), Dark Side, Dragons Breath, Federation Of Free Traders, DeathBringer (Galdregon's Domain), The Kristal, Onslaught, Speedball, Stormlord, Total Eclipse et Xenon 2: Megablast. Une poignée d'entre eux sortit sous la bannière Cinemaware.

Spotlight Software

Avec tous ses succès, Cinemaware fut élu "éditeur le plus innovant" à la Game Developers Conference en 1988 et 1989, et s'établit comme l'un des meilleurs développeurs sur machines 16 bits. Le magazine américain Computer Gaming World inclut quatre jeux de la société dans son classement des "150 meilleurs jeux" sur ordinateur en 1996.

Le déclin

Les ventes des derniers jeux de Cinemaware ne furent pas à la hauteur de celles de Defender Of The Crown. Sans compter que son dernier titre, Wings, ne fut publié que sur Amiga, délaissant les potentiels marchés des nouvelles consoles comme la Mega Drive de Sega et la Super NES de Nintendo.

La société souffrit également du piratage informatique, Cinemaware menaça même à plusieurs reprises de cesser de publier des jeux Amiga, en raison de la facilité avec laquelle les jeux vidéo pouvaient être copiés. Beaucoup des jeux de Cinemaware, dont Wings, furent déplombés et distribués dans les réseaux pirates avant même leur sortie dans le commerce. Mais Robert Jacob indiqua que le piratage ne fut pas la raison majeure de la faillite de Cinemaware, ce phénomène nuisit seulement un peu à sa rentabilité. Ce qui heurta davantage Cinemaware fut la décision de Robert Jacob de vendre 20% de la société à NEC. Même si ce constructeur japonais était imposant, il lança sa console PC Engine/TurboGrafx-16 qui fut un bide aux États-Unis et entraîna Cinemaware dans la tourmente.

Robert Jacob indiqua également que "Commodore était une entreprise notoirement mal gérée. Si l'Amiga avait décollé, cela aurait été formidable pour Cinemaware, mais cela n'a jamais été le cas". Il ajouta aussi que Cinemaware était en retard en tant que société effectuant le transfert vers le PC. Le marché PC était en train de devenir le plus gros marché pour les jeux vidéo et Cinemaware n'y étaient pas en bonne position. Le patron de Cinemaware raconta aussi que l'une des choses qui fit le plus mal à Cinemaware fut d'essayer de porter TV Sports: Football sur PC. Ce projet fut un désastre complet.

De plus, en 1990, un différend juridique l'opposa à Beyond Software concernant TV Sports: Baseball. En effet, Beyond Software déposa une plainte contre Cinemaware, réclamant 20 millions de dollars pour diffamation quant à de prétendus retards et pour manquements contractuels. Le jeu développé par Beyond devint finalement le premier épisode de la série Tony La Russa Baseball.

Le coup de grâce pour Cinemaware se rapprochait dangereusement. Robert Jacob avait vendu de petites parts de Cinemaware à Mirrorsoft et à Electronic Arts, ses distributeurs pour l'Europe et l'Amérique du Nord, et ceux-ci réagirent. Voyant la situation délicate de Cinemaware, ces deux distributeurs commencèrent à chercher un acheteur pour l'ensemble de la société. Columbia Pictures fut un temps pressenti pour le rachat, mais cela échoua. Robert Jacob persuada ensuite Trip Hawkins, le patron d'Electronic Arts, de racheter Cinemaware. Mais comme Electronic Arts était entrée en bourse en octobre 1989, c'était à présent son conseil d'administration qui prenait les décisions. La réponse fut également négative.

Trip Hawkins
Trip Hawkins

Les dettes de Cinemaware culminaient à 1 million de dollars. En janvier 1991, Cinemaware annonça sa disparition en tant qu'éditeur durant le salon CES. 43 des 67 employés furent d'abord licenciés. Malgré cela, Cinemaware avait également annoncé l'arrivée de deux jeux, Enemy Within (action/aventure) et TV Sports: Rollerbabes (sport), qui ne furent du coup jamais commercialisés. A l'été 1991, Robert Jacob dissolut officiellement la société et commença à vendre au plus offrant ses licences et ses technologies. Et ce fut Mirrorsoft qui, finalement, rafla la plus grande partie de la mise, dont le nom Cinemaware.

Robert Jacob indiqua que ces cinq années 1986-1991 furent les meilleures années de sa vie. Il y avait tout à inventer : "Vous pouviez développer n'importe quel jeu et si vous étiez un innovateur, tout ce que vous touchiez se transformait en or."

De multiples relances

Après avoir payé tous ses créanciers, Robert Jacob s'installa au Royaume-Uni, où il essaya avec l'aide de Mirrorsoft de faire revivre les jeux Cinemaware sous un nouveau nom. A la fin de l'année 1992, la nouvelle société de Robert Jacob, ACME Interactive, fusionna avec le fabricant de bandes dessinées Malibu Graphics (également connu sous le nom de Malibu Comics), qui avait déjà réalisé la bande dessinée Rocket Ranger et qui fut renommé Malibu Interactive.

Malibu Comics

Une équipe d'anciens développeurs de chez Ocean et Core Design concocta des jeux pour la console Mega Drive, pour le compte d'ACME Interactive, au cours de l'année 1992. Il y eut des jeux comme Evander Holyfield's "Real Deal" Boxing ou Batman Returns, mais ce furent des succès moyens. ACME Interactive développa aussi une version de Wings pour Super NES appelée Wings 2: Air Aces, qui fut accueillie également sans éclat par la critique.

Evander Holyfield's Real Deal Boxing Wings 2: Air Aces
Evander Holyfield's "Real Deal" Boxing et Wings 2: Air Aces

Une dernière production de Master Designer/Cinemaware arriva sur Amiga en 1993, soit après la faillite de la société. Ce fut Defender Of The Crown 2, un jeu entièrement reconstruit afin de profiter des nouvelles technologies du CDTV et de la CD32, deux nouvelles machines de Commodore. Jim Sachs, l'artiste graphique de la première version, fut commissionné par Commodore afin d'améliorer le jeu avec de nouveaux graphismes, animations, musiques et stratégies. La version sur CD de Defender Of The Crown fut bien plus grosse que la version disquette (10,2 Mo de données contre 1,6 Mo), elle incluait non seulement les améliorations de Jim Sachs mais aussi de la parole numérisée en cinq langues.


Defender Of The Crown 2

L'aventure de Robert Jacob dans le domaine de la création de jeux vidéo prit fin lorsque Malibu Graphics fut rachetée, fin 1994, par le géant du dessin animé Marvel.

Robert Jacob n'arrêta pas pour autant son activité d'agent pour aider les développeurs à commercialiser leurs jeux. Il fonda en octobre 1996 la société Interactive Studio Management, avec l'aide de Clyde Grossman, l'ancien responsable du développement de Sega America. Cette entreprise aida ainsi pendant dix ans les petits studios de développement à devenir de grands noms de l'industrie du jeu vidéo. Ils aidèrent par exemple la société suédoise Digital Illusions à vendre Battlefield 1942. Ils la persuadèrent de conserver les droits de la franchise lorsque le jeu fut distribué par Electronic Arts. Interactive Studio Management aida également Larian Studios (avec Divine Divinity), Nihilistic Software (avec Vampire: The Masquerade) ou encore n-Space (avec Call Of Duty).

En 2000, Lars Fuhrken-Batista racheta la marque Cinemaware et ses propriétés intellectuelles associées et fonda Cinemaware Inc. Son but était de "perpétuer l'esprit et l'héritage de la société". La nouvelle entreprise était basée à Burlingame, en Californie, et gérée par Lars Fuhrken-Batista et Sean Vesce, et sans aucun des membres originaux. L'une des premières décisions fut de publier les images-disques du catalogue originel sur son site Web, permettant de découvrir les jeux sur émulateurs. Certains jeux furent même refaits en Java ou en Shockwave pour être jouables en ligne.

Cinemaware
Le nouveau logo de Cinemaware

La société développa aussi des rééditions de ses anciens titres pour Windows et Mac OS X. Ces dernières, nommées "Digitally Remastered" présentaient la même jouabilité que les originaux mais avec un réhaussement graphique. Deux titres sortirent (Defender Of The Crown: Digitally Remastered Edition et The Three Stooges: Digitally Remastered Edition) et deux autres furent annoncés (Wings: Digitally Remastered Edition et Lords Of The Rising Sun: Digitally Remastered Edition). Certains titres furent également portés sur la console portable Game Boy Advance.

Cinemaware Inc. lança aussi des reprises modernes de ses propres titres. Cette entreprise commença par Robin Hood: Defender Of The Crown, doté d'un moteur graphique 3D et qui fut publié sur Windows, PlayStation 2 et Xbox. Mais en raison d'une campagne publicitaire insuffisante et de mauvaises critiques dans les magazines, les ventes de Robin Hood: Defender Of The Crown ne décollèrent pas.

Robin Hood: Defender Of The Crown Robin Hood: Defender Of The Crown
Robin Hood: Defender Of The Crown

En octobre 2005, à la suite de difficultés financières, Cinemaware fut de nouveau rachetée, cette fois-ci par l'éditeur de jeux eGames, Inc., basé à Langhorne, en Pennsylvanie. Lars Furken-Batista devint, lui, vice-président du développement. Le 4 janvier 2006, eGames, Inc. créa Cinemaware Marquee, un label destiné à introduire de nouveaux jeux sur le marché américain. Le premier jeu d'eGames Inc./Cinemaware fut Space Rangers 2, une aventure spatiale bien accueillie par la critique. Quatre autres titres suivirent : Darwinia, Moscow To Berlin, Neighbours From Hell: On Vacation et Buccaneer's Bounty. Le site de Cinemaware Marquee ne fut plus mis à jour à partir du 3 août 2007.

eGames 2005 Cinemaware Marquee

En 2007, eGames publia une version Flash de Defender Of The Crown, téléchargeable sur son site Web, et intitulée Defender Of The Crown: Heroes Live Forever.

Par la suite, les nouveaux développements devinrent rares. Pendant plusieurs années, la société ne fit que des recommercialisations de ses anciens titres Amiga. Ils furent largement rediffusés, notamment par des sociétés gravitant autour de l'Amiga comme Amiga Inc., Manomio et Hyperion :
  • A l'été 2007, des jeux de Cinemaware (version Amiga) furent en vente sur le magasin en ligne d'Amiga Inc. : It Came From The Desert, Lords Of The Rising Sun, Sinbad And The Throne Of The Falcon, TV Sports: Boxing et Wings. Ils fonctionnaient à partir d'un émulateur Amiga basé sur UAE et nommé "Amiga Classic Game Player" pour Windows 2000/XP.

  • A l'été 2009, le studio indépendant Manomio lança un émulateur Commodore 64 sur iPhone/iOS et avait aussi l'intention de lancer un émulateur Amiga, nommé iAmiga. Le patron de cette petite société, Stuart Carnie, voulait fournir son émulateur avec des jeux sous licence et les vendre en tant que jeux autonomes. Il obtint une licence de la part de Cinemaware pour les jeux Defender Of The Crown, It Came From The Desert et Wings. Mais cet émulateur n'a pas été commercialisé, faute à la polotique d'Apple refusant les émulateurs sur son magasin en ligne.

  • Le 28 janvier 2013, Hyperion et Cinemaware annoncèrent un accord sur la redistribution des jeux Amiga de l'éditeur américain sur AmigaOS 4. Tous les utilisateurs enregistrés à AmigaOS 4 pouvaient avoir accès, gratuitement, aux jeux Cinemaware sur le site de Hyperion : Defender Of The Crown (version classique et CDTV), Defender Of The Crown 2, It Came From The Desert, Antheads: It Came From The Desert II, The King Of Chicago, Lords Of The Rising Sun, Rocket Ranger (et sa version allemande), S.D.I., Sinbad And The Throne Of The Falcon, The Three Stooges, TV Sports Baseball, TV Sports: Basketball, TV Sports: Football et Wings.
Cinemaware proposa aussi, en novembre 2014, une compilation nommée Cinemaware Anthology 1986-1991 comprenant 13 de ses anciens titres en version Amiga et MS-DOS dématérialisée (programmes et manuels d'origine, bandes audio en MP3) : Defender Of The Crown, S.D.I., The King Of Chicago, Sindbad And The Throne Of The Falcon, Lords Of The Rising Sun, Rocket Ranger, It Came From The Desert, Antheads: It Came From The Desert II, Wings, TV Sports: Football, TV Sports: Basketball, TV Sports: Baseball et TV Sports: Boxing.

Mais en 2015, Cinemaware, sous sa filiale Cinemaware Retro, entreprit enfin de nouveaux développements. Ce fut la conception de reprises modernes de ses titres. Cela commença avec Wings Remastered Edition sur Windows, et même sur Amiga NG : une démo fut diffusée début novembre 2017 sur MorphOS, AROS x86 et AmigaOS 4. Le développement pour les systèmes Amiga NG fut réalisé par l'Allemand Daniel Müßener, membre du studio Cherry Darling.

Wings Remastred Edition
Wings Remastered Edition sur AmigaOS 4

Fin 2015, Cinemaware Retro annonça la réédition de Defender Of The Crown dans une édition limitée de 500 exemplaires. Celle-ci comprenait toutes les versions du jeu publiées (en tant qu'images-disques), une version Amiga étendue (avec une nouvelle introduction), un manuel sur papier, deux CD (un pour PC et un pour CD32), une piste audio, trois cartes postales, un poster, un autocollant et des étiquettes imprimables. Cinemaware annonça également que Rocket Ranger devait également disposer d'une édition limitée au début de l'année 2016, mais le développement de ce dernier fut suspendu.

Alors que les nouveaux développements étaient en cours, Cinemaware se fit rachetée pour la troisième fois. En mai 2016, Starbreeze, un éditeur suédois de jeux vidéo, acquit les propriétés intellectuelles de CW Entertainment USA LLC pour la somme de 525 000 euros. Cela comprenait les marques, les sites Web, les produits existants, les licences et le label Cinemaware. Bo Andersson Klint, le gérant de Starbreeze, annonça que les titres de Cinemaware pourraient être ressuscités pour la réalité virtuelle et d'autres plates-formes. Le rachat ne concerna pas Cinemaware Retro et son projet Wings Remastered pour AmigaOS 4, MorphOS et AROS ne fut pas impacté, même si le jeu ne sortit toujours pas en version finale.

Bo Andersson Klint Starbreeze AB
Bo Anderson Klint et le logo de Starbreeze AB

Conclusion : retour à la case départ

Les jeux vidéo et le cinéma peuvent-ils s'entremêler ? Robert Jacob en était persuadé : au moment de la création de Cinemaware, il savait que cela allait arriver. Il n'y avait pas à se poser de question, cela allait arriver. Avant Cinemaware, il n'y avait rien de cela.

Alors que Cinemaware s'inspira fortement du cinéma, un de ses titres, It Came From The Desert fut adapté sur le grand écran. Il fut commercialisé en DVD et VOD en mai 2018. Sa réalisation fut confiée au Finlandais Marko Mäkilaakso. On pouvait y voir les acteurs Harry Lister Smith, Vanessa Grasse ou Alex Malcolm Mills. Le générique de fin du film fit un petit clin d'oeil à l'Amiga avec une capture d'écran du jeu. Le scénario du film était un peu différent de celui du jeu : ici, les deux personnages principaux étaient deux pilotes de motocross. Ils firent une rencontre inattendue en tombant par hasard sur un ancien site militaire où des expérimentations secrètes y étaient menées avec des fourmis et des araignées. Les deux héros devaient ainsi agir afin de protéger le monde d'une invasion extraterrestre. Les critiques furent unanimes pour dire que ce film ne fut pas à la hauteur du jeu.

It Came FromThe Desert
Le générique du film It Came FromThe Desert

Sources


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