Obligement - L'Amiga au maximum

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David Brunet

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Reportage : Restauration des oeuvres Amiga à l'Andy Warhol Museum
(Article écrit par divers auteurs et extrait de studioforcreativeinquiry.org - avril 2014)


Note : traduction par David Brunet.

Avant-propos

Ce reportage présente en détails le travail réalisé durant le mois d'août 2013 par les membres du Carnegie Mellon Computer Club en collaboration avec Cory Arcangel et le Frank-Ratchye Studio for Creative Inquiry, au musée Andy Warhol de Pittsburgh.

Andy Warhol
Cory Arcangel et des membres du Carnegie Mellon Computer Club

Nous avons effectué des archives des quelque quarante disquettes Amiga trouvées dans la collection. Ceci afin d'en étudier le précieux contenu historique comme des dessins et des esquisses du début de la création artistique sur ordinateur.

Nous avons trouvé dix disquettes, elles contenaient au moins treize fichiers graphiques apparemment créés ou modifiés par Andy Warhol. Il y avait aussi plusieurs exemplaires de logiciels en préversion ou jamais commercialisés qui peuvent également avoir un intérêt historique. Les disquettes étaient pour la plupart dans d'excellentes conditions, ce qui a facilité la récupération des données. Cependant, plusieurs d'entre elles étaient altérées, n'autorisant que l'accès partiel aux fichiers.

Nous avons créés des images-disques ainsi que des copies bas niveau des disquettes altérées, cela pourrait donc être le point de départ d'une éventuelle future étude.

Contexte historique

En 1985, Commodore International (constructeur du célèbre ordinateur familial Commodore 64) commercialisa le premier modèle Amiga, l'Amiga 1000, afin d'entrer dans un segment plus sérieux du marché informatique.

Afin de montrer les capacités multimédias de la machine, Commodore embaucha Andy Warhol afin de réaliser une démonstration lors du lancement de l'Amiga et créer des dessins en utilisant l'Amiga. La présence d'Andy Warhol était un message envoyé au public pour lui dire qu'il s'agissait d'une machine très sophistiquée mais accessible, qui pouvait servir d'outil pour la créativité.

On lui a fourni divers matériels et logiciels en version bêta, qui furent ensuite utiles pour la photographie numérique, la capture vidéo, l'édition d'animations et la composition audio. Tous ces domaines étaient limités à l'époque mais Andy Warhol adopta très tôt ces techniques et fut sans doute le premier artiste majeur à explorer les capacités des ordinateurs. Il fut certainement le premier (si ce n'est le seul) possesseur de certains matériels et logiciels, et vue les prix proposés à leur sortie, Andy Warhol fut certainement l'unique personne à disposer d'une telle collection.

Selon son contrat avec Commodore (retrouvé par le musée Andy Warhol en mars 2012), Andy Warhol gardait les droits de tous les travaux réalisés et de tous les matériels fournis. Donc ces travaux et les machines elles-mêmes, à l'exception de quelques éléments, sont restés cachés et ne furent jamais publiés dans les archives d'Andy Warhol.

Travaux de restauration similaires

Il y a déjà eu plusieurs redécouvertes de travaux d'Andy Warhol, qu'elles soient issues d'archives individuelles ou des musées.

Le premier exemple est une petite création multimédia nommée "You Are The One". Elle consiste en une série de vingt images de Marilyn Monroe (qui peuvent être assemblées en une animation) et d'un module de musique. Cette création a été découverte sur plusieurs disquettes, en 2001, par une personne anonyme et "restaurée" en 2006 par le Detroit Museum of New Art. Elle a été montrée pendant une seule journée, avant sa saisie par les ayants droit [artdaily.com, www.detroitmona.com].

Le second exemple connu fut la redécouverte, autour de 2011, par Don Greenbaum (le directeur financier de Commodore, qui travailla directement avec Andy Warhol lors du lancement de l'Amiga en 1985) de plusieurs disquettes en sa possession. Selon l'article qui en a parlé, neuf travaux (nommés "campbells", "banana2", "andy7", "cycle2", "flowers", "andys", "bigflower", "money" et "cycle1") furent réalisés et donnés en main propre par Don lui-même lors de la cérémonie de lancement.

Cette découverte et cet article sont d'un intérêt particulier puisqu'il y a la mention d'une préversion de la ROM Kickstart et du logiciel Graphicraft (qui a été utilisé pour ces travaux) qui inclus des exemplaires de quelques-uns de ces fichiers mais apparemment pas de tous.

En attendant avec certitude de savoir qui est l'auteur de ces dessins (on sait maintenant qu'il s'agit de travaux d'Andy Warhol), Don Greenbaum n'a pas voulu les publier [www.academia.edu].

L'histoire

En décembre 2011, Cory Arcangel contacta l'Andy Warhol Museum afin de jeter un oeil sur le matériel Amiga en la possession de ce musée. Le but était de restaurer le matériel afin d'en faire une exposition et de cataloguer tous les fichiers présents sur les disquettes. En avril 2012, Golan Levin, directeur du Studio For Creative Inquiry de l'Université de Carnegie Mellon, mit en contact Cory avec le club CMU Computer, qui avait acquis une certaine renommée dans l'expertise de l'informatique rétro.

Nous avons convenu d'une rencontre initiale au musée, en octobre 2012, afin de faire les présentations des différentes parties, faire la démonstration du matériel de restauration et voir la collection Amiga d'Andy Warhol pour la première fois. La collection en possession du musée comprenait deux Amiga 1000 en parfaite condition (l'un d'eux n'a apparemment jamais été utilisé), quelques bouts d'un matériel de capture vidéo, une des premières tablettes graphiques ainsi qu'une une grande collection de disquettes (la plupart étant des logiciels commerciaux avec leur boîte d'origine).

Il était alors clair que cela représentait un intérêt historique dans la mesure où :
  • Plusieurs matériels avaient une étiquette d'expédition provenant directement de Commodore.
  • D'autres avaient une étiquette de mise en garde indiquant que ces matériels n'étaient pas destinés à la vente, par manque d'approbation de la FCC.
  • La tablette graphique semblait avoir été réalisée à la main.
Nous étions un peu déçus, au début, voyant toutes les disquettes sans étiquettes, à l'exception d'une, qui semblaient être des produits commerciaux. Étant donné que les ordinateurs de cette époque n'avaient quasiment jamais de disque dur, il était commun de disposer de beaucoup de disquettes pour stocker les données et faire des sauvegardes. Cela donna une malheureuse impression que les disquettes de stockage des données étaient perdues ou bien rangées en vrac.

Nous avons alors formulé une proposition afin d'archiver le contenu de ces disquettes, quoi qu'elles contiennent, afin de les protéger des dégradations futures. Cela passait par la lecture en bas niveau des disquettes avec l'utilisation d'un appareil commercial nommé KryoFlux. Ce dernier est capable d'enregistrer des transitions de flux magnétiques et donc de générer une sauvegarde aussi proche que possible de l'originale. Ces "images-disques" (une interprétation de ces variations magnétiques gérées par le système d'exploitation Amiga) sont nécessaires pour l'analyse des fichiers, et cela peut être réalisé avec le KryoFlux dans un format qu'il comprend (dans ce cas, le système de fichiers standard de l'AmigaDOS).

Nous avons alors pu poursuivre l'étude, soit en chargeant les images-disques dans un émulateur Amiga, soit en les réécrivant sur des vraies disquettes. Pour contourner le problème des disquettes qui pourraient être dans un format non standard (ce qui est fréquent pour des disquettes commerciales), nous avons décidé que ce genre de disquettes devaient être copiées séparément sur de nouvelles disquettes, grâce à l'utilisation d'un copieur de disquettes bas niveau. Ces copies sur disquettes physiques pourraient ensuite être étudiées directement sur le matériel Amiga du club.

Les risques possibles durant ce processus ont été anticipés du mieux possible. La première préoccupation était la détérioration des disquettes durant la lecture. Ce risque est impossible à éliminer sans l'achat d'un matériel spécifique bien trop cher pour chacune des parties présentes. Nous avons décidé d'utiliser un lecteur de disquettes récemment nettoyé et testé, afin de faire les copies, de paramétrer le KryoFlux, d'avoir exclusivement un membre du musée pour manipuler les disquettes, et pour surveiller ce que le logiciel de copie imprimait (journal des erreurs).

Contrairement aux périphériques récents de stockage magnétique, comme les disques durs, les disquettes utilisent des enregistrements relativement bas niveaux autorisant une dégradation magnétique bien plus marquée. Les disquettes ont aussi une conception plus robuste car les têtes de lecture sont prévues pour toucher le plateau du disque lui-même au lieu de le survoler comme sur les disques durs actuels. Cette résistance a donné des garanties sur le fait que ce procédé pouvait fonctionner en toute sécurité.

Le 23 mars 2013, Cory et deux membres du Computer Club ont rencontré des personnes du musée pour réaliser l'archivage. L'équipement comprenait :
  • Un KryoFlux.
  • Plusieurs lecteurs de disquette.
  • Un Amiga 500 et un Amiga 1200 (qui étaient la propriété du club).
  • Un prototype d'un système de conversion vidéo permettant l'utilisation de l'Amiga sur un moniteur LCD.
  • Plusieurs boîtes de disquettes.
  • Divers outils pour d'éventuelles réparations.
Comme espéré, le processus s'est déroulé sans encombre, il était même assez ennuyeux. Toutes les disquettes ont été copiées via le KryoFlux. Quatre disquettes avaient des secteurs endommagés (ceci s'est arrangé lors d'une seconde lecture pour l'une d'elles) et furent copiées via le logiciel X-Copy sur Amiga 500 sur des disquettes vierges. Alors que le matériel allait être remballé, quelques autres disquettes oubliées furent recopiées. En fait, selon l'inventaire du musée et du contenu des disquettes, il s'est avéré que deux disquettes furent oubliées.

Le soir suivant, Cory et le vidéographiste du musée Carnegie ont rejoint les membres du club afin de jeter un premier coup d'oeil sur le contenu des disquettes. Nous avons chargé les disquettes dans l'émulateur UAE une à une pour une étude initiale. Plusieurs disquettes étiquetées "Workbench" (le bureau du système d'exploitation) furent d'abord essayées puisque leur contenu était déjà connu. Nous avons noté qu'il s'agissait de versions du Workbench parmi les toutes premières : il manquait quelques fonctions présentes des versions ultérieures. Ces disquettes révélaient aussi une forte association entre la version du Kickstart (code d'amorce) et la version du Workbench qui fonctionnait avec.

Nous avons ensuite chargé d'autres disquettes amorçables et beaucoup d'entre elles contenaient une version minimaliste du Workbench. Quelques espoirs d'avoir des données à étudier furent placés sur l'image-disque qui correspondait à la seule disquette sans étiquette. Malheureusement, celle-ci aussi n'était qu'une copie de la disquette Workbench, et cela a anéanti les espérances de toutes les personnes présentes.

Il était déjà tard mais nous avons décidé de persévérer avec quelques autres disquettes. La disquette suivante fut étiquetée "GRAPHICRAFT", le logiciel mentionné dans l'article à propos de la découverte précédente de Don Greenbaum. A la surprise générale, elle contenait plusieurs fichiers avec des noms très prometteurs comme "campbells.pic", "flower.pic" et "marilyn1.pic". Aucun utilitaire moderne ne reconnaissait ce type de fichiers, donc Graphicraft fut lancé dans afin d'essayer de les charger.

Après une familiarisation difficile avec ce logiciel primitif, les fichiers... ont refusé de s'ouvrir ! Nous avons d'abord pensé que les fichiers avaient été sauvés avec une version différente du logiciel, donc nous avons essayé plusieurs autres versions de Graphicraft, trouvées sur Internet. Mais cela n'a pas non plus fonctionné, ces versions ultérieures ne reconnaissaient pas les fichiers.

Petite consolation, deux autres fichiers de la même disquette, nommés "tut" et "venus", ont bien été reconnus en tant qu'images ILBM (InterLeaved BitMap) et visualisables avec des utilitaires modernes. La première semblait être une image capturée avec Digi-View, et la seconde paraissait être un rendu de la Venus de Botticelli mais avec un troisième oeil ajouté, immanquablement dans le style d'Andy Warhol. Il était maintenant clair que ces disquettes contenaient des fichiers créés par l'artiste mais de plus amples investigations sur le format de Graphicraft s'imposaient.

Andy Warhol

Le jour suivant, alors que nous discutions des relations entre versions du Kickstart et versions du Workbench, un des membres du club découvrit que Graphicraft devrait pouvoir ouvrir les fichiers ".pic." depuis sa propre disquette, si la ROM Kickstart d'une autre disquette (étiquetée "Kickstart 26.1") était utilisée pour démarrer l'émulateur. En découvrant ceci, Cory fut invité à revenir, et les trois images précédemment mentionnées ont pu être affichées. Il s'agissait de travaux signés d'Andy Warhol : une boîte de soupe, une fleur de pavot rouge, et un portrait de Marilyn Monroe.

Andy Warhol

Une autre disquette également étiquetée "GRAPHICRAFT" contenait plusieurs autres fichiers ".pic", il y avait là aussi des travaux signés, notamment un autoportrait, des portraits de diverses personnes et d'autres fleurs. Nous avons réalisé des captures d'écran de l'émulateur affichant chacune de ces images, et bien qu'il soit techniquement suffisant de capturer l'écran à chaque image, nous avons pensé qu'une étude plus approfondie de ce format d'image était justifiée.

Andy Warhol

Depuis lors, nous avons étudié minutieusement le contenu de chaque disquette. Une réparation du système de fichiers fut effectuée pour les disquettes présentant des corruptions et une récupération des fichiers perdus fut appliquée à toutes les disquettes afin d'y extraire tous les fichiers possibles. Un autre membre du club, qui était spécialisé et renommé à l'échelle mondiale pour ses bidouilles et l'ingénierie inversée, fut appelé pour étudier le format de Graphicraft. Il découvrit rapidement que ce format était très proche de la forme la plus basique d'un format nommé PLBM (PLanar BitMap), avec seulement quelques changements au niveau de l'entête. Il programma donc rapidement un outil de conversion. Grâce à ce dernier et aux outils déjà existants pour la conversion ILBM, toutes les images découvertes furent converties en PNG.

Nous avons aussi trouvé une disquette de démonstration qui présentait la liste de divers logiciels de chez Electronic Arts : elle contenait des images dans un autre format inconnu. Il était presque certain que ces images provenaient du diaporama de cette disquette de démos, donc peu intéressantes pour nous. Nous avons chargé ces images et il s'est avéré qu'elles étaient également au format PLBM, pour lesquels un outil simple de conversion venait d'être créé. Et comme prévu, ces images furent inintéressantes pour nous.

Alors que nous recoupions les identifiants des disquettes avec la liste de l'inventaire du musée, nous nous sommes aperçus que deux disquettes manquaient. Des membres du Computer Club retournèrent au musée le 13 août 2013 afin de les récupérer. Comme mentionné sur leur étiquette, ces disquettes ne présentaient pas d'intérêt particulier, et, en fait, étaient de simples copies de disquettes déjà archivées.

Dans ce processus d'étude du contenu des disquettes, nous avons pu noter deux choses. La première était que la plupart des logiciels de cette époque ne pouvaient pas sauvegarder les fichiers sur la même disquette que le logiciel lui-même. Comme beaucoup de ces logiciels étaient relativement petits, même en comparaison de la taille déjà petite d'une disquette, cela présentait une énigme pour nous. Nous avons simplement supposé que soit les copies des disquettes étaient faites pour une utilisation autre, soit que les fichiers sauvegardés devaient être copiés, manuellement, sur une autre disquette.

La seconde chose était que tous les formats d'images n'étaient que des petites variantes du format brut utilisé par le matériel Amiga lui-même pour afficher les graphismes. A cette époque, ceci était le plus logique car la mémoire et le temps de traitement nécessaires pour réaliser des conversions devaient être évités. L'ILBM est le format le plus connu de cette période de l'Amiga et il est bien documenté : il est plus ou moins composé d'une série d'images noir et blanc, chacune correspondant à un canal de couleur qui sont ensuite empilées (ou entrelacées dans notre cas). Le format du premier Graphicraft est une petite variante de cela, et en fait, les images elles-mêmes contiennent littéralement un rendu de la barre de titre avec la mention du nom du programme et le chiffre de la version.

La collection matérielle d'Andy Warhol

Cette section contient le résultat d'une recherche préliminaire sur le matériel Amiga en possession d'Andy Warhol et qui a aidé à l'identification de chaque logiciel sur les disquettes. Cela peut ne pas être tout à fait exact car cette recherche est basée sur une compréhension incomplète de l'histoire de l'Amiga et sur des hypothèses. Seuls quelques matériels furent immédiatement visibles dans la collection du musée.

Une des disquettes de la collection avait une inscription manuscrite, elle renfermait un pilote pour un appareil de capture graphique (framegrabber), utilisé pour sauver des images issues d'une caméra et produit par la société A-Squared. Ce matériel n'était apparemment pas présent dans la collection du musée, mais il fut utilisé par Andy Warhol lors du lancement de l'Amiga en 1985 afin de produire le portrait de Debbie Harry. Étonnament, le premier produit commercialisé par cette société, nommé Live!, n'est sorti qu'en 1987. Un article du magazine Compute indique que ce produit a été énormément retardé à cause de divergences au sein de la société. Ce fait, couplé à l'étiquette manuscrite et à la "version 0.0" indiquée par le logiciel, suggère qu'Andy Warhol possédait une préversion de cet appareil des années avant n'importe qui. Bien que des versions avec caméra couleur ont existé plus tard, il est probable que ce fait soit similaire pour Digi-View.

Andy Warhol
La collection Amiga d'Andy Warhol (musée Andy Warhol de Pittsburg)

Une autre disquette semblait contenir le logiciel d'un produit similaire de capture vidéo : le Digi-View. Ce dernier était un produit plus commun, moins cher que le Live! car il se branchait sur le port parallèle de l'Amiga et donc avait besoin de moins de matériel.

Dans la pratique, une caméra monochrome était utilisée et le sujet devait rester immobile durant les trois captures qui utilisaient différents filtres de couleurs (rouge, vert, bleu) placés successivement devant la caméra. Le remplacement des filtres était une procédure manuelle et elle ne fut automatisée que plus tard, avec un moteur. Les éléments du Digi-View ont été retrouvés ici et là dans le musée. Et une nouvelle fois, il est probable qu'Andy Warhol possédait des préversions car ce produit ne fut commercialisé qu'à la fin de l'année 1986 et que toutes les versions du pilote Digi-View que nous avons trouvé sur Internet sont plus récentes que celle-ci.

Un autre matériel graphique, la tablette graphique Easyl, semblait disposer de tous ses éléments présents dans la collection. C'est une ancienne tablette graphique, assez similaire aux plus modernes sauf qu'elle n'était strictement sensible qu'à la pression (de façon binaire apparemment) et donc ne gérait pas les stylos multifonctions. Selon le texte de la disquette démo, sa surface était de 8,5x13 pouces et sa résolution de 1024x1024 pixels. Le texte indique que son pilote peut être utilisé via un programme autonome ou bien via les logiciels Aegis Images ou Deluxe Paint. Il existe d'ailleurs une disquette avec un exemple de ce dernier dans la collection.

Nous avons d'abord suspecté que la tablette graphique n'était qu'une préversion, simplement parce que son revêtement extérieur était en bois au lieu de la traditionnelle mélamine des tablettes plus récentes. Néanmoins, des boîtiers en bois étaient également visibles sur des images des premiers Amiga 1000. La disquette du pilote semblait également identique à celles en vente sur eBay. Il est donc possible qu'Andy Warhol ait eu la première version commerciale d'Easyl.

Enfin, Andy Warhol a sans doute possédé un matériel fascinant, sa présence étant trahie par une disquette de pilote : l'enregistreur de film Digital Palette de Polaroid. Cet enregistreur de film se branchait à l'Amiga via une interface nommée Imprint, conçue par Liquid Light. La Digital Palette fut utilisée, pendant pas mal de temps, pour résoudre un problème fondamental devenu maintenant étranger : les ordinateurs n'étaient qu'un élément dans le processus de la création numérique et une copie physique était encore nécessaire pour un long enregistrement ou pour un agrandissement photographique.

C'est seulement récemment que les imprimantes ont été adaptées pour cette tâche. Avant cela, on effectuait littéralement des photos d'écran, en photographiant l'écran de l'ordinateur dans une chambre noire. Mais des problèmes apparaissaient avec cette technique : couleurs divergentes, saturation incorrecte des couleurs et distorsion due à la courbure de l'écran. Pour régler ces désagréments, on prenait des photos d'écrans de calibration, avec de nombreux ajustements manuels. La Digital Palette se voulait être une solution professionnelle à cela : c'était une boîte dotée d'un mini tube cathodique avec calibration des couleurs, d'une lentille pour corriger la distorsion, et d'une caméra 35 mm, le tout formant un système autonome réalisant exactement la même chose mais en plus précis. En utilisant une interface qui recevait des données brutes de l'ordinateur de façon interne, les dégradations analogiques étaient moindres qu'avec un signal genre télévision. Ce matériel fut disponible jusqu'à assez récemment (les pilotes pour Windows 95 sont les derniers) et des interfaces similaires furent commercialisées sur Apple II et IBM PC, avant d'être disponibles sur Amiga.

Enfin, on a pu découvrir dans la collection de disquettes d'Andy Warhol plusieurs versions du Kickstart : les versions 1.1 (31.34) et 1.2 (33.189) qui sont bien connues, mais aussi la préversion jamais vue 26.7.

Possibles autres recherches
  • Nous croyons qu'Andy Warhol a dû également réaliser des animations (voir le musée du New Art de Detroit). Donc une vérification des scripts d'Aegis Animator découverts ici seraient dignes d'intérêt pour savoir s'il en est vraiment l'auteur. Au moins un script est corrompu et pourrait être partiellement récupérable.

  • Il serait fascinant de réaliser une étude complète de l'histoire des caractéristiques des matériels et logiciels utilisés à cette époque dans l'art. Le procédé de capture vidéo (par exemple avec Digi-View) et d'impression (avec Imprint) n'a rien de commun avec les techniques actuelles.

  • Une démonstration des logiciels qu'Andy Warhol avait en sa possession (peut-être en tant que vidéo) serait un excellent moyen d'enseigner, à la communauté artistique et au public, les origines et l'histoire des médias modernes.

  • L'acquisition de copies des éléments en la possession de Don Greenbaum, contenant plusieurs travaux non découverts, aurait permis de faire une comparaison et une exposition correcte de l'ensemble des travaux d'Andy Warhol sur Amiga.
Par les chiffres

40 disquettes archivées.
4 disquettes avec de mauvais secteurs.
9 disquettes avec des dégâts au niveau du système de fichiers.
10 disquettes avec des fichiers d'Andy Warhol.
16 disquettes dont il ne semble pas avoir de copies sur Internet.
11 (plus 1 partiellement récupéré) travaux signés.
2 travaux non signés.
1 travail peut-être réalisé par Andy Warhol mais pas clairement attribuable.
12 captures de vidéo apparemment non modifiées (dont peut-être du coloriage basique).
3 captures de vidéo modifiées (dont peut-être de la recolorisation).
2 fichiers d'animation peut-être réalisés par Andy Warhol mais pas clairement attribuables.


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