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Actualité : Situation de la micro-informatique en février 1985
(Article écrit par Guy Delcourt et extrait de Tilt - mars 1985)


Dans le monde de la micro-informatique, tout va très vite. Des marques se créent et disparaissent à la vitesse des astéroïdes ; les modèles présentés à grand renfort de publicité sont retirés ou remplacés quelques mois plus tard ; les progrès technologiques révolutionnent le marché plusieurs fois par an... Un tourbillon d'événements passionnants mais un paysage économique d'une fabuleuse incohérence. Pour Tilt, Guy Delcourt fait le point.

L'âge adulte de la micro-informatique ?

La complexité de la situation actuelle est telle qu'il est hasardeux de se risquer à des pronostics ou même à des affirmations qui, dès le prochain Salon de Chicago ou du Vidcom, seront contredites par de nouveaux rebondissements dignes d'un film d'aventure musclé. Néanmoins, vue dans son ensemble, il semble que l'informatique de loisirs soit arrivée à un moment charnière de son histoire : le passage à "l'âge adulte".

Schématiquement, les années 1960 peuvent être considérées comme le berceau de cette industrie : ce fut l'époque des étudiants un peu excentriques qui bricolaient des ordinateurs ou des consoles artisanales dans leur chambre. Les années 1970 voient certains de ces mêmes marginaux créer leur propre société et commencer à commercialiser leurs inventions, aussi bien en matériels (Apple) qu'en logiciels (du ping-pong à Pac-Man et autres)...

A l'aube des "eighties", ces wonder-boys sont devenus milliardaires. Partis de quelques transistors et de bonnes idées, ils se sont bâtis des empires et des fortunes. Mais surtout, ils ont ouvert un champ de consommation totalement neuf (il y a dix ans encore, personne ne croyait au boom de l'ordinateur familial) et immense, véritable équivalent contemporain des puits de pétrole du début du XXe siècle. C'est à ce stade que la ruée eut lieu, que des centaines de sociétés - des plus infimes jusqu'aux multinationales - se précipitèrent sur cette bonne affaire. Inévitablement, ce passage abrupt de l'ère artisanale à celle de la grosse industrie devait être source de confusion et de bouleversements.

Les remous

A ce titre, Atari constitue l'exemple le plus représentatif en 1976, cette jeune société est rachetée - très cher - par le géant Warner Communications. Son chiffre d'affaires annuel est alors de 40 millions de dollars. Quatre ans plus tard, il a décuplé. Et en 1982, à l'apogée des jeux vidéo, il atteint le chiffre phénoménal de 2 milliards de dollars !... De toute l'histoire des États-Unis, aucune société n'a connu une croissance aussi spectaculaire.

Mais quelques mois plus tard, c'est un autre record, moins glorieux, que détiendra Atari : celui de la chute la plus rapide... Spiendeur et décadence d'une société-prodige qui symbolise à elle seule la crise d'une espèce en voie de mutation la console de jeux. Cette crise, rien ne permettait de la prévoir en décembre 1982, quand Atari vendit, aux États-Unis, 1 125 000 consoles pour les fêtes de fin d'année. La débâcle est venue de la concurrence sauvage. Début 1983, plusieurs fabricants commencent à casser les prix de leurs consoles et de leurs cartouches. Atari est obligé de suivre, mais cette baisse n'engendre pas d'augmentation proportionnelle des ventes, loin s'en faut : ainsi, en décembre 1983, la société vend presque autant de consoles qu'un an auparavant (1 100 000)... Mais à un prix diminué de moitié ! Dans ces conditions, la rentabilité du secteur "jeux vidéo" devient plus que problématique.

Atari est durement touché, mais Texas Instruments, qui a vendu 1,5 million de ses appareils en 1983 (alors qu'il espérait atteindre les 5 millions) est obligé de déconnecter définitivement sa chaîne de production. Son micro, qui était vendu 1200 dollars en 1979, peut maintenant être acheté pour 19,95 dollars à des revendeurs à la sauvette dans les rues de New York... Incontestablement, une page est tournée.

Dans ce contexte, on comprend que Mattel ait à son tour sabordé son Intellivision et qu'Atari ait renoncé à introduire un nouveau modèle plus performant de console. Mais faut-il pour autant enterrer définitivement ces appareils ? Absolument pas. Chez Coleco, en particulier, l'optimisme est de rigueur : "En France, le marché est plus durable, plus vivant que nous ne l'espérions," déclare Bernard Farkas, PDG de CBS/Idéal Loisir qui distribue le produit en France. "Quand nous avons lancé notre console sur le marché, on nous a dit que nous courions à notre perte. Mais entre août 1983 et novembre 1984, nous avons vendu plus de 100 000 unités. Nous arrivons à peine à répondre à la demande. Cela provient tout simplement de la qualité des jeux que nous offrons. Notre politique est de maintenir cette qualité, sans diminuer notre prix, quitte à vendre en quantité moindre."

Informatique pas chère

A l'inverse, Atari a continué à réduire régulièrement le prix de sa console, qui se trouve maintenant en dessous de 500 FF, et dont le succès ne se dément pas. Par cette stratégie, ce produit est positionné sur un marché différent de celui qu'il occupait à l'origine pour se placer sur celui du jouet. En quelques années, les consoles sont donc devenues un objet de consommation courante, qui s'adresse principalement aux plus jeunes... Et, simultanément, le créneau qu'elles occupaient auparavant a été investi par la micro-informatique. Même si la console survit, voire dans certains cas prospère, l'avenir appartient incontestablement aux ordinateurs familiaux.

Les Américains et certains pays européens l'ont déjà prouvé. Aux États-Unis, 7% de foyers sont équipés d'un micro-ordinateur ; en Grande-Bretagne, cette statistique atteint le chiffre record de 10%... Mais en France, nous n'en étions encore, à la fin 1983, qu'à 1,5 %. Une telle indigence à de nombreuses causes. D'abord, certains appareils n'ont pas été disponibles immédiatement dans une version SECAM permettant d'obtenir une image en couleur sur un écran de télévision normal. Un retard pouvant atteindre un ou deux ans a ainsi été accumulé. De plus, on peut sans doute incriminer la mentalité de la plupart de nos compatriotes : "Le Français est plus tatillon, plus sédentaire que les autres Européens", nous dit Jean-Pierre Leleux, directeur des produits informatiques pour les magasins Hachette, "il hésite davantage à acquérir un nouvel appareil qui n'est pas encore rentré dans les moeurs."

Cependant, les réticences des consommateurs tiennent aussi à une autre raison, nettement plus concrète : la confusion qui règne aujourd'hui sur le marché français de la micro-informatique. A nouveau, une comparaison avec l'étranger s'impose. Aux États-Unis, par exemple, le marché est très nettement dominé par deux marques : Apple pour les micros haut de gamme, et Commodore pour les appareils moins coûteux. D'autres types de micro-ordinateurs sont évidemment disponibles, mais la présence de ces deux "grands" donne un point de repère immédiat aux néophytes.

En France, en revanche, le malheureux micro-informaticien en herbe, désireux d'acquérir un appareil, se trouvera immédiatement noyé sous une avalanche de modèles et de marques parmi lesquelles il est impossible de discerner un véritable leader. En 1983, le marché se divisait de la façon suivante : sur un total de 204 000 micro-ordinateurs à applications domestiques et de loisirs vendus dans l'année, Sinclair se classait premier avec 55 250 unités (soit une part de marché de 27%). Venaient ensuite : Texas Instruments avec 46 000 unités (22,6%) ; Oric avec 28 000 unités (13,7%) ; Thomson avec 25 000 unités (12,5%) ; Commodore avec 24 120 unités (11,8%) ; Apple avec 4800 unités (2,4%) et l'ensemble des autres marques totalisaient 20 330 micro-ordinateurs vendus, soit près de 10% du marché. Pour 1984, les chiffres exacts ne sont pas encore connus. Mais tout indique que cette fragmentation n'a pas disparu, bien au contraire.

Pour ajouter à la confusion, certaines sociétés ont cessé leurs activités dans le domaine de la micro (Texas Instrument), d'autres comme Oric ont réussi un joli "coup" avec l'Oric 1 en vendant beaucoup de machines à des prix très modérés, mais subirent un taux de retour considérable (50% environ, taux qui s'est abaissé à 20% pour l'Oric Atmos selon le distributeur d'Oric en France, A.S.N. Diffusion. De même source : 8320 sur 96 000 ordinateurs vendus en 1984 ont été traités par le SAV, soit 8,6%).

D'autres sont arrivés en force dans les derniers mois de l'année avec comme atout un standard (le MSX) qui, pour le moment, ne fait qu'embrouiller davantage les choses... Certes, les ventes continuent de croître (on aura dépassé les 300 000 unités, peut-être même les 400 000 en 1984), mais on comprend que dans ce véritable Far West à la française qu'est encore le marché, les consommateurs continuent à se montrer prudents.

Pour y voir plus clair, pour chiffrer et analyser les tendances, il est nécessaire de différencier les segments dont se compose le marché. On peut en distinguer trois d'une part celui des micro-ordinateurs d'initiation, destinés à un public jeune, dont le prix est inférieur à 2000 FF. Ensuite, viennent les micro-ordinateurs grand public aux utilisations diverses (jeux, programmation, pédagogie, etc.), dont les prix se situent entre 2000 et 5000 FF. Enfin, nous trouvons les appareils plus perfectionnés semi-professionnels ou pour une utilisation intensive, dont le prix atteint ou dépasse les 10 000 FF. C'est aux extrêmes que la situation est la plus claire.

Dans la catégorie des micro-ordinateurs bon marché, Sinclair s'est en effet imposé comme le fabricant offrant le produit le plus compétitif (le ZX 81). La concurrence existe (Tandy, Alice de Matra, etc.), mais les chiffres annoncés Sont loin d'atteindre ceux du ZX, pour le moment. Ce créneau est particulièrement intéressant à observer car il constitue en quelque sorte le vivier des consommateurs de micros dans leur grande majorité, les possesseurs d'un appareil de ce type n'en restent pas là, dans l'année qui suit, ils achètent une machine leur donnant plus de possibilités. Ainsi, le succès de Sinclair en 1983 permettait de prédire une excellente année pour Thomson ou Apple en 1984. Chez Apple, on confirme cette analyse : "Pour nous, ce type d'ordinateur à moins de 1000 FF n'est pas un concurrent mais au contraire un "sourcing", une source de futurs clients."

Le cas d'Apple est d'ailleurs comparable à celui de Sinclair : là aussi, il y a domination absolue du marché. En France, la croissance d'Apple a été presque aussi spectaculaire qu'aux États-Unis. En 1982, le chiffre d'affaires de la société était de 162 millions de FF. En 1983, il passait à 375 millions. Et en 1984, il se situait aux alentours de 900 millions ! Au total (marché domestique et marché professionnel), la société a vendu l'année dernière plus de 70 000 machines. Cette très belle performance résulte de la mise en vente de deux nouveaux modèles : l'Apple IIe, un "portable" pour lequel l'accent a été mis sur le rapport qualité/prix (et dont l'apparition n'a pas nui aux ventes du IIe) ; et le Macintosh, qui, par son extrême simplicité de fonctionnement et l'étendue de ses possibilités, a généré beaucoup de nouveaux utilisateurs. "Nous avons vendu 15 000 Macintosh en 1984", dit-on chez Apple, "les résultats dépassent de loin nos espérances. Il y a en France un engouement fantastique pour nos machines. Nous prévoyons qu'en 1985, ce sera l'un des principaux marchés mondiaux, et certainement le premier en Europe."

La force d'Apple vient aussi de la discrétion de ses concurrents Goupil, le fabricant français, n'a pas la même envergure, et IBM, dont les produits sont nettement plus chers, vend essentiellement aux petites entreprises ou à celles désirant créer de petites unités de gestion ou de traitement de texte. Seule ombre au tableau, les femmes ne représentent que 10% environ des acheteurs... Mais toutes les marques de micro-ordinateurs pourraient faire la même constatation. Le premier micro qui réussira à intéresser la population féminine sera un succès commercial sans précédent... Avis aux amateurs !

Thomson

C'est en fait toute la gamme des micro-ordinateurs intermédiaires qui constitue le véritable champ de bataille actuel de l'informatique familiale. Les marques et les fabricants sont trop nombreux pour être tous recensés. Mais l'étude des plus importants est révélatrice. Incontestablement, l'événement de 1984 est la percée de Thomson. "Nous prévoyons des ventes de 80 000 MO5 et de 40 000 TO7.70 à la fin de l'année", disait François Schapira, directeur des ventes de la société Simiv/Thomson, "et ces chiffres auraient été tenus puisque 115 000 machines ont été vendues. Les raisons de ce succès sont multiples. Elles tiennent d'abord à la définition des produits. Pour respectivement 2400 et 3500 FF, les deux machines offrent de bonnes possibilités. Mais surtout, elles sont accompagnées d'une palette de 300 logiciels qui touchent bien sûr au domaine du jeu mais aussi à l'éducation, à la formation, à la création, à la gestion domestique, etc. Il en résulte un positionnement soigneusement calculé, original, qui a su aller à la rencontre des besoins du public. Il y a quatre ans, nous avons décidé de faire de notre micro-ordina-teur un outil d'éducation et de communication", poursuit François Schapira, "c'est pourquoi nous nous sommes associés à Nathan pour la création de logiciels pédagogiques. Ce sont les logiciels qui font la force d'un produit. Si nous n'avons pas démarré par les jeux, c'est parce que leur durée de vie est trop courte. Nous proposons des programmes qui ne sont pas rangés dans un placard au bout de quelques jours."

Pour ce qui est du second axe de Thomson - la communication - il a notamment été développé, grâce à une extension télématique, un Modem qui, avec un TO7, permet d'accéder aux différents services de Télétel. Cette extension - que Thomson est seul à proposer - montre la volonté du constructeur d'imposer dans le domaine de la micro une technologie française grand public. Visiblement, Thomson cherche à tirer l'informatique familiale de son ghetto de "hobbyistes", d'amateurs privilégiés, pour en faire, au même titre que les téléviseurs ou les appareils électroménagers que commercialise ce fabricant, un véritable instrument familier, un "Minitel intelligent" selon la définition même de la maison. La technologie employée, depuis les transistors jusqu'à la finition, est d'ailleurs celle de l'électronique grand public... Cette stratégie semble porter ses fruits, et devrait bénéficier à l'ensemble du marché.

Commodore

A l'inverse, on ne peut qu'être surpris par la discrétion de ce qui est pourtant l'un des géants mondiaux de la micro-informatique : Commodore. En 1984, environ 15 000 VIC-20 et 50 000 Commodore 64 ont été vendus en France... Des chiffres respectables, mais qui sont loin des performances de la société dans le reste du monde. Pour le VIC-20, Jean-Marc Foulloneau, responsable de la communication chez Procep (importateur exclusif de Commodore en France) donne l'explication suivante : "Il se vend peu de micro-ordinateurs de bas de gamme parce que le marché est encore occupé majoritairement par des hobbyistes qui veulent des appareils plus performants. En France, la micro-informatique n'est pas encore un produit grand public...".

Conception que dément pourtant le succès de Sinclair. Commodore ne renonce d'ailleurs pas à cette frange du marché, puisque le Commodore 16 devrait être lancé en 1985. Quant au Commodore 64, on serait tenté d'attribuer ses ventes modérées à son prix (près de 4000 FF). Mais il n'en est rien : en fait, tous les Commodore 64 mis en vente en France ont été vendus. Si les résultats n'ont pas été supérieurs, c'est parce que les usines de fabrication (situées à l'étranger) n'ont pas réussi à répondre à la demande ! Cette rupture de stock permanente est préjudiciable à Commodore dans la mesure où elle permet à d'autres marques de grignoter sa part de marché. Mais, en quelque sorte, elle est la rançon du succès prodigieux de ce constructeur.

L'histoire de Commodore est, sur le plan économique, un modèle d'intelligence et de rigueur. C'est en 1958 que Jack Tramiel, parti de rien aux États-Unis après avoir vécu l'enfer d'Auschwitz, a l'idée de se lancer dans la fabrication de machines à écrire portables. Il enchaîne rapidement avec les additionneuses et les calculatrices, puis, en 1977, lance le PET 2001, l'un des premiers micro-ordinateurs. Dès cette époque, la politique de Tramiel est de privilégier le secteur fabrication de son entreprise en négociant avec les fournisseurs l'achat de matériaux de qualité au plus bas prix et en grandes quantités. Il subit alors une dure leçon lié par un contrat à long terme, il est obligé d'acheter ses micro-processeurs à Texas Instruments pour un prix convenu un an auparavant, tandis que les puces se vendent maintenant dix fois moins cher sur le marché. C'est à cause de cette mauvaise affaire que Tramiel prend la meilleure décision de sa carrière : il entreprend de contrôler la fabrication de tous les composants de ses micro-ordinateurs. Ainsi, il est à l'abri de toutes les fluctuations possibles, et, surtout, obtient les prix les plus compétitifs.

Sa politique est payante. Lancé en 1982, le VIC-20 s'est déjà vendu à 2,5 millions d'unités et le Commodore 64 a lui aussi franchi la barre des 2 millions. Aujourd'hui, les machines Commodore occupent plus du tiers du marché mondial et 60% du marché américain. Dans certains pays comme l'Italie ou l'Allemagne, la domination est encore plus écrasante. Et à ce volume écrasant de ventes, il faut ajouter un détail capital : grâce à la poigne de Tramiel, Commodore a une marge nette supérieure à 10%, ce qui en fait l'une des opérations les plus rentables du moment.

Sa plus grande satisfaction, Tramiel l'a sans doute eu l'année dernière. Après l'affaire des micro-processeurs, il s'était en effet juré de prendre sa revanche sur Texas Instruments. Et c'est ce qu'il a fait, en engageant une guerre des prix sans pitié : incapable de descendre aussi bas que Commodore sans se ruiner, Texas a préféré jeter l'éponge. Mais maintenant, Commodore est devenu une énorme société, dans laquelle un homme comme Tramiel n'a plus sa place : il l'a donc quittée en 1984, laissant les rênes à des gestionnaires qui la feront ronronner sans problèmes. Lui a préféré s'attaquer à un nouveau défi : Atari.

Atari

Atari est le grand convalescent de ce panorama. Quand Tramiel l'a racheté à la Warner, l'ex-colosse des jeux vidéo était au bord du gouffre. Son déficit était énorme, les micro-ordinateurs 400 XL et 800 XL, lancés à la hâte, ne connaissaient qu'un faible succès, et les dépenses somptuaires auxquelles était habitué l'ancien management d'Atari ne faisaient qu'aggraver les choses. Ce que Tramiel veut prouver, c'est qu'il est encore possible aujourd'hui, en partant de moins que rien (surtout quand ce "moins que rien" s'appelle Atari !), de s'implanter victorieusement sur le marché de la micro-informatique.

Pour cela, il a, dès le jour de son arrivée, licencié 900 des 1100 employés de la firme. Il a ensuite mis en pratique la politique qu'il avait appliquée chez Commodore : créer des produits de très grande qualité à un prix minimum. Selon Guy Millant, président d'Atari (France jusqu'au 31 décembre 1984, "le 800 XL est aussi valable que des machines valant 10 000 FF, mais nous ne le vendons que 2000. Cela nous pose d'ailleurs des problèmes de crédibilité."

L'un des principaux obstacles que doit surmonter Atari est en effet de changer d'image de marque, de se défaire de l'étiquette "fabricant de jouets" afin d'être pris au sérieux par les amateurs de micro-informatique. Ce sera vraisemblablement chose faite très bientôt dès le mois de mars 1985 devrait être commercialisée, aux États-Unis, la première machine conçue et fabriquée à 100% avec la "méthode Tramiel". Ce sera un micro 512 ko, avec un écran couleur, se situant dans la gamme du Macintosh... et valant moins de 10 000 FF ! Si les performances de l'appareil sont aussi extraordinaires qu'on le dit, Atari pourrait être l'outsider qui, contre toute attente triomphera en 1985. Tramiel a d'ailleurs annoncé son ambition de vendre 5 millions d'ordinateurs dans le monde en 1985.

MSX

Le second outsider vers qui tous les regards sont tournés n'est pas une marque mais un standard le MSX. L'idée est séduisante : en regroupant de nombreuses marques - principalement japonaises - le MSX ne pourrait-il clarifier et surtout unifier le marché de la micro-informatique comme le VHS l'a fait pour la vidéo ? Tel est visiblement l'espoir que nourrissent les différents constructeurs, qui se concertent régulièrement afin de coordonner leurs efforts de vente et de promotion. A 3000 FF environ, les micro-ordinateurs MSX sont compétitifs. Les machines n'ayant été introduites sur le marché français (et mondial) qu'en octobre dernier, il est trop tôt pour pouvoir évaluer leur succès.

Néanmoins, certains signes sont d'ores et déjà encourageants : des fabricants de logiciels comme Activision se déclarent prêts à adapter leurs jeux dans ce standard. Philips, qui, pour le moment, n'a lancé qu'un seul micro-ordinateur (le VG 5000, une machine d'initiation aux bonnes performances très largement diffusée à la fin 1984) envisage de se rallier au MSX si les premiers résultats sont bons.

Bien évidemment, il ne faut pas vendre la peau de la concurrence avant de l'avoir coulée. Pour Apple comme pour Commodore, Thomson ou Atari, il est hors de question d'adopter le MSX, qui n'est pas perçu comme une menace sérieuse. Les marques japonaises elles-mêmes ne font pas d'illusions : "Nous sommes humbles vis-à-vis des chiffres, dit-on chez Canon. A cause des renversements de tendances très brusques, il est très difficile d'évaluer le marché. Nous y verrons plus clair au premier semestre 1985, quand nous aurons mis en vente nos périphériques."

Les périphériques

Parallèle à celui des micro-ordinateurs, le marché des périphériques prend en effet une importance croissante. De plus en plus, c'est la qualité, le nombre et l'originalité des périphériques qui détermine le choix d'un modèle de machine par le consommateur. Ce phénomène a déjà pu être observé pour les consoles : Coleco continue de faire d'excellentes affaires avec le volant et les poignées qui sont vendues pour certains jeux. En micro-informatique, les choses vont beaucoup plus loin : ainsi, un Commodore 64 acheté environ 4000 FF verra son prix total atteindre 7000 FF une fois équipé de sa panoplie de périphériques et de programmes. Thomson est particulièrement agressif sur ce créneau : le constructeur s'enorgueillit notamment d'être le seul à pouvoir proposer une "extension incrustation" qui permet de mixer une image vidéo à celle du TO7 (offrant une parfaite interactivité micro/télévision), ainsi qu'une extension "numérisation des images vidéo" et l'extension "télématique" déjà citée, qui viennent s'ajouter aux périphériques traditionnels (jeux, disquettes, etc.).

Atari redouble également d'efforts, avec pour cheval de bataille la tablette graphique, outil extraordinaire de création d'images dont le prix (580 FF environ) n'est pas moins surprenant. En dehors de ces extensions spécifiques à des constructeurs particuliers, certains périphériques font l'objet d'une concurrence sauvage. Le marché des imprimantes, par exemple, est en pleine expansion : les marques se livrent actuellement à une guerre de prix et de qualité (on trouve des imprimantes entre 2000 et 15 000 FF) afin de s'imposer sur ce créneau qui devrait être particulièrement lucratif.

Logiciels

Tout aussi important est le marché des logiciels. En chiffres, il représente des sommes fabuleuses : on évalue à 4 milliards de dollars les ventes de logiciels dans le monde en 1983 ! L'Amérique du Nord (États-Unis et Canada) représente aujourd'hui 80% du marché, mais on estime que l'Europe arrivera au même niveau en 1990. Néanmoins, en France, il règne dans ce secteur un flou aussi grand - si ce n'est plus - que dans celui des micro-ordinateurs. Les deux choses sont évidemment liées. "L'un de nos grands problèmes est la multiplicité des machines", dit Marc Bayle, directeur général de Loriciels. "Nous sommes obligés d'adapter nos principaux logiciels pour dix types de micros différents. Il faudrait qu'un leader s'impose dans l'idéal, il devrait y avoir en France 1 million de Commodore ou 2 millions de Spectrum."

Seconde source de confusion : le nombre extrêmement important de logiciels qui sont lancés sur le marché. Parmi ceux-ci, les programmes de jeux continuent d'occuper une place dominante : "Nous vendons environ 80% de jeux classiques", dit Jean-Pierre Leleux de chez Hachette, "15% de jeux de réflexion ou de simulation, et 5% de logiciels éducatifs, parascolaires." La multiplicité des programmes est due à une raison très simple : leur durée de vie (durée d'utilisation moyenne) dépasse rarement six mois. Ainsi, le marché est sans cesse demandeur de logiciels nouveaux. Quels sont les facteurs de succès d'un logiciel donné ? Gilbert Nègre, responsable des boutiques Coconut Informatique répond : "La jaquette est importante, ensuite vient le nom de l'éditeur, mais passé deux semaines d'utilisation, c'est la qualité qui compte."

Pour les logiciels, la taille de la société ou la puissance de la "force de vente" compte donc moins que l'intérêt propre du jeu. C'est ce qui explique qu'aux États-Unis, le plus grand triomphe commercial du moment revienne à la petite compagnie Infocom, qui a créé des jeux d'aventure ou d'énigme policière reposant sur un principe nouveau : seul un texte apparaît à l'écran, et le joueur doit fournir des réponses en s'aidant de son intelligence ainsi que d'indices concrets (objets, coupures de presse factices, etc.) qui lui sont donnés avec le programme.

Plus que la création de machines (qui nécessite des investissements colossaux), le logiciel est donc encore le domaine privilégié des petits inventeurs susceptibles de faire fortune. En France, Loriciels a connu un succès croissant : "Nous vendons 15 000 logiciels par mois actuellement", dit Marc Bayle, "ce qui nous place en position de leader. Mais ceux qui pensent qu'il est facile de lancer une société de logiciels ont tort pour développer des programmes, il faut une équipe d'au moins quinze personnes très compétentes. Le coût de développement d'un logiciel est de 100 000 FF environ, auxquels il faut en ajouter 200 000 pour la fabrication (impression des jaquettes, duplication, etc.) ainsi que les frais généraux, la publicité, etc. C'est donc un métier très dur."

Entre un marché de micro-ordinateurs en pleine effervescence et une création bouillonnante de programmes, il est un secteur de l'industrie de l'informatique familiale dont le rôle s'accroît de jour en jour celui de la distribution. Plus que jamais, le consommateur a en effet besoin d'être informé et conseillé sur le point de vente. Selon Jean-Pierre Leleux : "on s'oriente vers deux types de points de vente : la boutique de micro-informatique où des gens qui connaissent bien le sujet accueillent les clients ; et les hypermarchés, qui attirent les consommateurs par des prix d'appel mais ne leur fournissent pratiquement aucune information. Actuellement, tout le monde veut rentrer sur le marché de la micro-informatique, sans pour autant savoir de quoi il s'agit."

Les constructeurs sont conscients de ce problème. Jean-Marc Foulloneau de Commodore : "le besoin de conseil est très réel, surtout en ce qui concerne les vendeurs eux-mêmes. C'est pourquoi nous avons créé des cours de formation à la vente et à l'entretien qui devraient améliorer la qualité du service fourni par les magasins." Dans le domaine du logiciel, nous en sommes au même point. "La micro-informatique est un marché aussi anarchique que l'était la Hi-Fi il y a 15 ans", dit Guy Millant, qui vient de quitter la présidence d'Atari France pour créer une société de distribution appelée Galaxy. "Nous aiderons les magasins en sélectionnant les produits, en les leur livrant à l'unité pour éviter le surstockage, et en leur donnant toutes les informations nécessaires." Là encore, toutes les initiatives sont à encourager, comme les clubs que créent d'elles-mêmes certaines boutiques spécialisées et qui rencontrent généralement un grand succès.

Explosion de la micro-informatique

Toute cette agitation, cette confusion, ces chiffres mirobolants, ces succès et ces échecs éclairs, traduisent en définitive une seule et même chose : la micro-informatique est sur le point d'exploser ! C'est-à-dire qu'elle est en train de passer dans les moeurs (Minitel contribue à cela) et de trouver sa structure définitive sur le plan économique.

Bientôt, les différentes sociétés concernées auront fini de jouer aux cow-boys et aux indiens et trouveront la sérénité de l'âge adulte. Bientôt, de vénérables familles achèteront un micro accompagné d'une imprimante et d'une série de logiciels comme le commun des mortels achète aujourd'hui un téléviseur ou un baladeur... La micro-informatique aura alors triomphé. Mais nombreux seront ceux qui regretteront l'époque héroïque - notre époque - oû choisir et acquérir un micro-ordinateur revenait à vivre une aventure.


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