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Reportage : La situation informatique en Yougoslavie en 1987
(Article écrit par Denis Scherer et extrait de Tilt - octobre 1987)


De France, le train mène à Ljubljana soit par Trieste, ville italienne au bord de la mer Adriatique, soit par les hautes Alpes autrichiennes. Le nord industriel et montagneux de la Yougoslavie vit l'informatique à son rythme, rapide.

Pour la presse, le boom est terminé

La Yougoslavie voit paraître chaque mois trois journaux de micro-informatique : Moj Mikro (Mon Micro), Racunari (Ordinateurs) lié à Galaksija (Galaxie) équivalent de Science et Vie en France, et Svet Kompjutera (Le Monde des Ordinateurs) lié à Politika, journal de la Ligue des Communistes yougoslaves. En 1986, leurs ventes s'établissaient respectivement à 32 922, 18 819 et 24 565 exemplaires mensuels en moyenne. Beaux résultats ? Il y a trois ans, huit mensuels de micro sortaient dans le pays ; l'un d'entre eux, Trend (13 769 exemplaires vendus chaque mois en 1985) vient de cesser sa parution.

situation informatique yougoslavie 1987
Les mensuels après la tourmante

Bien distribués dans tous les kiosques de la ville, ces journaux traitent tout à la fois de programmes professionnels, des machines qui sortent partout dans le monde et des programmes de jeux. Certaines rubriques évoquent "Tubes" de Tilt, "Cher Tilt" ou "Message in a Bottle". Les petites annonces, bien fournies, sont largement occupées par les annonces des firmes pirates.

La presse de la République de Slovénie, malgré un nom qui évoque Syldavie inventée par Hergé pour les besoins des aventures de Tintin dans Le Spectre d'Ottokar, n'est pas une presse provinciale et endormie. Les habitants de Ljubljana (prononcer Lioubliana) ont pu lire dans leur langue un reportage sur le CeBIT de Hanovre (6 au 11 mars 1987) dès les derniers jours du mois de mars 1987 et une présentation du PS/2 d'IBM dès fin avril 1987.

situation informatique yougoslavie 1987
Spectrum et Commodore : des sujets porteurs dans les librairies généralistes

J'ai rencontré Vilko Novak, le rédacteur en chef de Moj Mikro (Mon Micro). Vilko Novak a eu 50 ans le lendemain de notre première rencontre. Il dirige une rédaction nichée à mi-hauteur d'un immeuble de quinze étages. Les autres bureaux aux vitres teintées, au-dessus et au-dessous, appartiennent au groupe de presse Delo (Le travail) dont le fleuron est un quotidien du même nom. Le reste de la rédaction, jeunes étudiants et journalistes, sont issus de la rubrique informatique d'une radio étudiante alternative.

Vilko Novak me présente son journal en français (il a été correspondant à Paris du quotidien Delo). Moj Mikro est le seul journal informatique à imprimer chaque mois deux éditions : une en langue slovène pour les deux millions d'habitants de cette "Suisse de Yougoslavie", et une en serbo-croate pour les douze millions de Serbes et de Croates. Moj Mikro est né en juin 1984. A l'époque, orienté vers les pirates, il donnait des instructions de base pour jouer et programmer. Les six premiers numéros étaient rédigés en slovène. Dès janvier 1985 est venue s'adjoindre l'édition serbo-croate : "Nous sommes acceptés dans les autres républiques, si les Serbes ne veulent pas lire le croate, ils liront si nous, Slovènes, publions en serbo-croate !".

La circulation des deux éditions réunies approche les 50 000 exemplaires. Son prix, 700 dinars, en fait la plus chère des revues de micro. Les autres coûtent 500 dinars. A comparer au salaire moyen, un peu sous les 200 000 dinars mensuels en Slovénie. Moj Mikro traite aujourd'hui de tout ce qui touche les ordinateurs personnels.

- J'ai été frappé par la qualité et la rapidité des informations.

Oui, c'est la grande différence avec les autres journaux, nous investissons beaucoup de temps et d'argent pour visiter les expositions et les entreprises ici et à Ljubljana. La plupart des firmes exportatrices de Yougoslavie sont ici. Ainsi, Hermes est liée à Hewlett-Packard. La plus grande entreprise de micro yougoslave - Iskra Delta Computers - est ici (et Vilko Novak désigne du bras plusieurs bâtiments que l'on aperçoit depuis son bureau). IBM, Hewlett-Packard, Amstrad-Schneider, Commodore, Digital Equipment ont des bureaux ou représentations à Ljubljana. Honeywell Bull n'est pas en Slovénie, Apple et Olivetti sont à Zagreb.

- Ce sont des filiales ?

Des filiales ou des représentations commerciales.

- Et la distribution des logiciels ?

Nous sommes tous des pirates. Il n'y pas de loi pour protéger les logiciels. Un projet est en route, il aboutira peut-être dans deux ans. Vu le prix auquel on trouve ici AutoCAD ou Wordstar (40 000 et 10 000 dinars), qui achètera un original ?

- La publicité vous apporte des ressources importantes ?

Non, car le papier et les films importés pour les pages couleur nous reviennent très cher : 400 000 dinars pour une page que nous vendons 500 000. C'est pour cela que seules les pages extérieures sont en quadrichromie. Nous les bouclons vers le 10 de chaque mois. Les pages noires sont bouclées du 15 au 18. Et le journal est en vente le premier du mois suivant, quelques jours avant à Ljubljana.

- Vous parlez des machines nouvelles mais comment se répartit le parc installé ?

Il n'y a pas d'estimation du total, à cause de la contrebande. Il y a moins de grands systèmes qu'en Pologne, beaucoup moins qu'en Hongrie, car les régions du sud de la Yougoslavie sont sous-équipées. Il y a environ 100 000 micros en Yougoslavie, si chaque possesseur de micro achète une revue chaque mois. Les machines les plus répandues sont les Commodore C16, Plus/4, C64, les Sinclair-Spectrum, puis Schneider-Amstrad, et enfin Atari.

- Et dans les écoles ?

Quelques Spectrum et des machines locales. Nova, une société filiale d'Autotechna, au moment de la faillite d'Oric, a racheté les stocks de machines. Elle a essayé de les vendre aux écoles, et maintenant tente de les écouler à l'Est, car pour eux, les Oric sont encore intéressants.

Tour d'horizon

Un équipement de contrebande : la plupart des machines fonctionnant en Slovénie sont importées de l'étranger en contrebande. C'est l'effet pervers de réglementations douanières très protectrices : les droits de douane atteignent 60% de la valeur des matériels. Si bien que les machines sont vendues à Ljubljana deux ou trois fois plus chères qu'à Londres ou à Munich.

Parlons chiffres : on trouve à Ljubljana des compatibles IBM PC, avec disque dur et imprimante pour 5 millions de dinars. A Munich, en se débrouillant bien, on peut trouver une configuration équivalente made in Taïwan pour 1500 DM soit 400 000 dinars. L'alternative : plus de deux ans de salaire ou deux mois de rémunération ! Cela justifie de démonter la machine et de l'importer morceau par morceau. Les rapports de prix courants sont moins disproportionnés mais, sans posséder la bosse des affaires et des talents de bricolage, un déplacement à Munich permet d'acheter une machine à 40% de son prix de Ljubljana.

La configuration Amstrad PCW 8256 plus imprimante coûte 1 042 800 dinars, et il faut débourser 3,5 millions de dinars pour s'offrir un PC 1512 plus une imprimante NEC P7, qualité courrier en A3 (double format). A ce prix (un dinar = un centime), je tenterais, à Paris, de changer de boutique !

Les machines disponibles : les Atari 520, 1040, PC et compatibles, les Commodore de tous modèles se vendent dans des magasins dépendants de la librairie Mladiska Knjiga. Les périphériques suivent : imprimantes Fujitsu ou NEC, lecteur de disquette 3,5 pouces aux normes Atari (marque yougoslave). Les fabricants yougoslaves multiplient les publicités : pour le Sokol (aigle) à 2 300 000 dinars (compatibles IBM, deux lecteurs de disque souple), pour le Partner, pour le Triglav.

Les logiciels : la Yougoslavie est sans doute la région du monde où les dépenses en logiciels sont les plus faibles : un pirate propose de dupliquer en blocs 2400 programmes pour Commodore 64 pour 29 000 dinars, cassettes non fournies. A 12 dinars par programme, cela fait entre 30 et 40 centimes au pouvoir d'achat français. Cela interdit la naissance d'une industrie locale des logiciels.

Une vingtaine de programmes ont été édités en slovène. Vendus 1500 ou 2000 dinars, ils sommeillent sous la poussière dans les armoires de verre des librairies. Les boîtes de logiciels, Suzy Soft, Radio Student, MK comme Matej Kurent (Mathieu) du nom de son animateur, ne risquent pas de nourrir leurs initiateurs.

situation informatique yougoslavie 1987
Les trésors de Slovénie : sur Spectrum

situation informatique yougoslavie 1987
La production locale limitée à quelques titres ne rapporte pas un sou aux programmeurs

Le marché aux pirates

Le château de Ljubljana, 300 000 habitants, domine la capitale de la Slovénie du haut de sa colline. Des montagnes parfois enneigées ferment l'horizon dans toutes les directions. La plus haute, le Triglav (Trois têtes en slovène) frôle les 3000 mètres. Neuf heures du matin, dimanche 31 mai. Au pied du monticule, sur la place devant la cathédrale aux clochers à bulbes, se met en place le marché aux puces. Un homme en uniforme vend les billets permettant aux marchands d'occuper stands et tréteaux. Des fouillis de vêtements, de vielles revues, des disques anciens, donnent au marché de cette république de la fédération yougoslave un air de déjà vu. D'autres stands, soigneusement présentés, offrent des cassettes enregistrées de pots-pourris musicaux de morceaux enchaînés. Il suffit de choisir son genre disco, punk, reggae, hard rock...

Des stands, de cassettes toujours, offrent des programmes de jeux pour micros Spectrum, Atari XE ou XL, Commodore... Cette quinzaine de stands constitue tous les dimanches matin le coin des pirates. Des banderoles de tissu ou de papier annoncent la raison sociale des pirates. Le plus gonflé s'appelle Amsoft en toute simplicité ! Des affiches manuscrites au marqueur canalisent l'attention des clients vers les nouveautés. Quelques très rares publicités originales attirent l'oeil par leurs couleurs. Plus fréquentes, les photocopies de pages de pub de magazines anglais, ou les sorties sur papier des écrans de présentation des jeux.

Soigneusement classées par ordre de parution et par machines, les cassettes se vendent dans des boîtes reprenant des sorties imprimantes des écrans de présentation des jeux ou, plus simplement, le sigle des maisons de logiciels pirates avec le numéro de la cassette. Les nouveautés sont mises en valeur. Ainsi, Enduro Racer d'Activision sur Spectrum, dont la critique vient de paraître en France, ou Arkanoid sur CPC, Feud, Impossaball, Ninja toujours sur CPC. Le plus souvent, les programmes se tassent en des compilations de dix à vingt jeux sur la même cassette.

Seuls les catalogues permettent de faire son choix ; en effet, les entreprises pirates sortent cassette sur cassette, un total de 10 ou 15 semble minable, plusieurs stands proposent les cassettes 47 ou 48, 54 ou 55. Ces chiffres signifient en clair qu'une de ces firmes peut proposer un catalogue de plusieurs centaines de titres, plus de 500, parfois presque 1000, et ce sur une seule machine. J'ai appris ensuite qu'un "Pirat Cracking Service" (sic !) basé dans une autre ville proposait en mai 1987 ses 78e et 79e cassettes avec, sur chacune, une trentaine de programmes.

Portraits de pirates

J'ai dû quitter le centre-ville et ses maisons historiques et restaurées pour des quartiers HLM de la périphérie. Milan, c'est son prénom, n'est autre que Iwon Soft, une boîte qui diffuse des programmes sur CPC. Milan a 17 ans, c'est un garçon brun, volubile, son petit frère qui l'aide dans ses activités participe à l'entretien.

Son premier ordinateur était un Spectrum acheté en 1984, revendu en 1985 pour se payer un Amstrad CPC 464, lui-même revendu en 1987 et remplacé par le CPC 6128 de la même marque. Milan rêve de s'acheter un Atari ST mais manque des fonds nécessaires. Il estime les micros yougoslaves trop chers. "Avec la même somme, je pourrais acheter une voiture, et c'est quand même plus utile !".

Il étudie l'électronique. La moitié de ses collègues de classe possède un micro. L'informatique lui rapporte de l'argent car il place tous les mois des annonces dans les journaux spécialisés pour vendre quelques centaines de titres sur Amstrad. Il évite le marché aux puces, et envoie un catalogue au nom d'Iwon Soft. A 2000 dinars par cassette ou disquette de 10 ou 20 jeux, il doit en vendre plusieurs dizaines pour rembourser son annonce. Et durant notre entretien le téléphone sonne à plusieurs reprises. Pour des commandes. Son atelier de duplication : sa chambre et son bureau de travail. Je m'imaginais une usine il a juste un peu d'argent de poche.

Milan écrit en BASIC compilé des programmes de gestion pour des entreprises. Il travaille alors sur des IBM PC et compatibles, voire sur des VAX. Il ne programme pas de jeux mais a des amis qui envoient leurs oeuvres, jeux sur Spectrum, aux firmes anglaises dans l'espoir de les voir publier. Il a un solide réseau de relations en Europe et les programmes lui arrivent de Berlin, Vienne, Londres et Paris. Il s'informe en lisant les trois journaux yougoslaves. Leurs critiques et celles des journaux britanniques provoquent les engouements pour tel ou tel programme. Il reste discret sur le nombre de ses ventes mensuelles mais précise que le plus gros pirate, sur Spectrum, la machine la plus répandue, peut vendre jusqu'à 500 cassettes. Ses meilleures ventes sont des compilations de jeux et des traitements de texte. Ses clients ne sont pas tous des jeunes.

Les programmes originaux arrivent en Yougoslavie où leurs protections sont cassées. Les pirates ont des bibliothèques absolument exhaustives car ils souscrivent auprès de boutiques des abonnements pour toute la production d'une machine. Milan est sûr de posséder bien plus de programmes que n'importe quel amstradiste britannique. Il croit que les boutiques de l'Autriche toute pioche ou de Trieste (écrire Trst en slovène) ville italienne à 100 km de distance, sont trop chères et que les Yougoslaves achètent plutôt à Londres ou à Paris.

Les pirates sur Spectrum et Commodore sont très nombreux. Les très rares annonces pour Amiga révèlent la faiblesse d'implantation de cette machine. Ceux qui se consacrent à IBM forment un plus petit groupe, dont j'ai voulu connaître la situation. Toujours dans la banlieue de la ville habite un diffuseur des logiciels pour compatibles.

Miro, plus âgé (il a un peu plus de 20 ans), étudiant à l'université, me reçoit devant son PC, un compatible importé. Il propose un catalogue impressionnant, il vend qualitativement plus cher que Milan : 40 000 dinars pour AutoCAD version 2.17, C Lattice pour 30 000, DBase III complet pour 55 000, Framework II pour 50 000, Lotus 1.2.3 pour 30 000, etc. Son activité bénéficie de la récente explosion du standard IBM, pour des emplois professionnels. Si l'utilisation personnelle de compatibles reste exceptionnelle, le temps des Spectrum est passé en Slovénie, au profit des Amstrad et des Atari.

Miro a commencé à s'intéresser à l'informatique quand un de ses copains s'est mis à programmer des jeux. Puis il a acheté un Commodore 64. Il a beaucoup de programmeurs parmi ses relations dont plusieurs qui travaillent en Europe occidentale. Il n'est pas intéressé par le commerce, et n'entretient pas de rapports passionnels avec l'informatique : "je ne veux pas travailler dans l'informatique à titre principal, je passe quelques heures devant mon PC chaque semaine, pas mes journées. Je poursuis des études, je joue au basket, et je n'ai ni le temps ni l'envie de déplomber des logiciels originaux".

Sur les 35 personnes qui suivent les mêmes cours que lui, 25 à 30 possèdent des micros. "Nous sommes trop pauvres pour acheter tous les programmes. En les vendant à bas prix, je permets d'utiliser correctement les machines installées."

- Tu vends des programmes professionnels à des entreprises. C'est elles qui te contactent ou toi qui les démarche ?

Il y a un an, je prenais l'initiative, maintenant ce sont les entreprises qui me téléphonent. Plus exactement c'est le programmeur, bloqué faute de programmes qui cherche à travailler correctement et fait appel à moi.

- Tu vends aussi les manuels ?

C'est trop cher à copier, sauf cas exceptionnel.

La culture informatique

Un peuple aussi peu nombreux que le sont les Slovènes a besoin de fierté pour survivre. Celle-ci peut se porter sur la langue. Les Serbes, déjà plus nombreux, résistent plus mal à l'anglicisation du vocabulaire informatique. Pour mémoire, on dit "memorije" en serbo-croate, mot bien trop proche de "memory" à l'oreille de ces Slovènes particularistes qui l'ont traduit par "pomilnik" à partir d'une racine slave, l'écran se dit "ekran" en serbo-croate et "zaslon" en slovène, etc.

N'en concluons pas à la xénophobie des citoyens de Ljubljana : les meilleurs et plus récents ouvrages techniques figurent en bonne place sur les rayons des librairies et dans la langue de Shakespeare. Mais les rayons sont bien garnis d'ouvrages en slovène et en serbo-croate, au sein desquels les traductions sont minoritaires. J'ai remarqué qu'un manuel de programmation de Niklaus Wirth (l'inventeur du langage Pascal) en était à sa sixième édition slovène depuis 1978, et celle d'un livre britannique consacré aux jeux d'aventures sur Spectrum.

Dans les revues, les titres de jeux sont tous traduits Aliens en "Tudinci", ou Portal en "Ulazna Vrata", etc. Des manuels pour toutes les principales machines voisinent avec le langage-machine du Z80, le "bejzik" (BASIC) et des ouvrages traitant des problèmes généraux de l'informatique et de l'informatisation.

Le rôle de l'État

Les autorités politiques yougoslaves laissent se développer bien plus d'initiatives ou mouvements culturels, économiques ou sociaux autonomes que dans tous les autres pays dits de l'Est. Et si Svet Kompjutera est lié à Politika (organe du parti unique), c'est une simple question de marché. Le rôle du pouvoir passe par des mesures politiques générales, comme en Europe occidentale nous avons cité l'effet pervers des trop hauts droits de douane, il faut remarquer que la très rigoureuse politique d'austérité imposée cette année ne favorise pas l'achat de biens aussi chers que des micros.

La Slovénie veut exporter - Le Triglav

Fourmilière informatique, la Slovénie accueille des dizaines de distributeurs de matériels, des centaines de sociétés de services et quelques constructeurs. Un exemple de société de services Milkrohit, fondée par une équipe de jeunes étudiants, dont un Arabe. Aujourd'hui, ils travaillent en direction du Moyen-Orient et y exportent. Le plus important des constructeurs, IDC, créé en 1978, employait 80 personnes. Au début de cette année, IDC en comptait 2100. La firme suit une stratégie progressive, comparable à celle mise au point par les Japonais dans les domaines de haute technologie. Iskra coopère avec DEC, Control Data et Fujitsu.

Une de ses premières productions : la machine de traitement de texte Pisac Iskradata produite à partir de 1980. Puis des réalisations plus ambitieuses, des mini-ordinateurs comme le Delta 800 ou de plus grosses machines (le Delta 4850 qui accepte jusqu'à 100 terminaux) et des efforts pour développer des solutions complètes, matériels et logiciels pour des réalisations à grande échelle telles l'informatisation de la distribution électrique de régions entières, ou du contrôle des transports à l'échelle d'une ville (Belgrade) ou d'une république (la Serbie), etc.

Iskra Delta a mis dix ans pour passer au stade de la production de masse de produits originaux et exportables du point de vue juridique (car ils ne résultent pas d'une licence à validité limitée à un pays) et du point de vue technique et commercial. Durant sa première année d'exportation de matériels, Iskra Delta a vendu pour 8 millions de dollars en 1987. La dernière machine, baptisée Triglav (Trois têtes ou Trident), du nom de la plus haute montagne slovène, illustre l'ambition de la firme le nom fait allusion à la possibilité d'adapter trois processeurs différents, trois cartes mères, par simple échange sur la machine le 68010 de Motorola, le 80286 d'Intel (celui des IBM/AT) et le DEC-J11 de Digital Equipement. Ceci lui permet d'accepter une dizaine de systèmes d'exploitation, dont MS-DOS et Delta/M, le système d'exploitation des autres ordinateurs de la firme. Mémoire centrale de 512 ko à 16 Mo, disque de 40 à 300 Mo, système pouvant accepter jusqu'à 14 utilisateurs simultanés, etc. Le marché visé est les entreprises, industrielles en particulier.

situation informatique yougoslavie 1987
Le Triglav, yougoslave et polyvalent inondera-t-il les marchés étrangers ?

Iskra Delta propose cette année une machine 8 bits, déjà vieille de 5 ans, le Partner, sous un nouvel habillage. Autour d'un processeur ZX80A et avec le système d'exploitation CP/M (comme les Amstrad CPC) avec 128 ko de mémoire et la possibilité de connexion en réseaux locaux, cette machine équipe une partie des écoles et des cabinets médicaux de Yougoslavie.

L'informatique yougoslave est relativement jeune. Sa grande ambition sait se subordonner à un développement technique et industriel progressif. Et désormais, elle veut se faire connaître, et apprécier, hors des frontières de la fédération.


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