Obligement - L'Amiga au maximum

Lundi 11 décembre 2017 - 19:53  

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Point de vue : La vie d'un rédacteur en chef (de magazine Amiga)
(Article écrit par David Brunet et Bruce Lepper - avril 2005)


Voici quelques lignes sur la vie d'un rédacteur en chef. Bruce Lepper est l'ancien rédacteur en chef et directeur de la publication du journal Amiga News. David Brunet est le rédacteur en chef du magazine électronique Obligement. Ils nous racontent donc leur point de vue sur ce métier.

Les meilleurs moments dans la vie d'un rédacteur en chef

Bruce : Le meilleur moment arrivait une fois par mois quand je donnais les films au transporteur et que le journal partait pour l'imprimerie. Il est difficile de décrire l'effet physique et mental de ce moment-là. En général, il était précédé par trois jours de travail frénétique et très peu de sommeil. Pendant quelques heures après le départ des films je ne faisais rien à part peut-être réorganiser l'ordre des crayons et marqueurs dans la boîte à crayons sur mon bureau. J'allais au jardin, je "sniffais" l'air et je regardais les arbres, je remarquais que le printemps (ou l'automne) était arrivé, et je regrettais de ne pas avoir participé à sa venue.

David : La toute fin de travail pour chaque numéro est un bon moment. Je parcours ici et là le magazine à la recherche des quelques erreurs restantes. Je sais à cet instant que quelques minutes plus tard, ce sont les lecteurs qui dégusteront ce numéro. Le fait de voir sur les sites d'actualité qu'Obligement est mentionné donne du baume au coeur et on se dit que l'on ne travaille pas pour rien. Les retours d'impressions des lecteurs sont aussi extrêmement sympas.

Les pires moments dans la vie d'un rédacteur en chef

Bruce : Le sentiment de s'occuper très mal des lecteurs en tant qu'individus. Nombreux étaient les lecteurs qui écrivaient au journal pour un conseil, une plainte, pour nous donner des informations utiles, etc. Toutes ces lettres méritaient une réponse détaillée et sérieuse. La réponse du journal (c'est-à-dire ma réponse) était trop souvent de les mettre de côté à cause d'autres préoccupations, essentiellement de gestion. Certaines étaient envoyées (par courrier postal à l'époque) au correspondant qui s'en occupait dans son temps libre après son boulot, car nous n'avons jamais eu de quoi payer un pro, si un pro existait en la matière. J'en gardais certaines stupidement pour y répondre moi-même avec de bonnes intentions, mais elles étaient toujours en dernier sur la liste des choses à faire, et inévitablement elles en souffraient.

Les pires exemples de ceci étaient les lecteurs (assez rares) qui avaient des problèmes avec des revendeurs. Nous avons bien essayé de les aider, mais aller au bout de ces problèmes-là demandait un temps important et je m'en occupais très mal. Ce n'était pas un problème de sous avec les annonceurs (nous avons banni un annonceur important dans le domaine public pendant un certain temps pour des abus) mais d'une combinaison de négligence, incompétence, et manque de moyens de ma part.

David : J'essaye toujours de faire au mieux pour le magazine, même si celui-ci n'est qu'un hobby. Cette volonté de "faire bien" engendre une certaine pression quant au résultat. Cette façon de se mettre la pression pour pas grand-chose est stupide, mais je n'arrive pas à m'en défaire. Mais il y a d'autres choses plus fâcheuses pour un rédacteur en chef : les critiques injustifiées de la part des lecteurs.

Que se dit-on pour garder la motivation au fil des numéros ?

Bruce : La réponse vient encore une fois de nos relations avec les lecteurs. Pendant les dix ans de vie du journal ils ont exprimé, mois après mois, leur appréciation de ce que nous faisions. Cela peut paraître étrange, mais l'enthousiasme soutenu des lecteurs, dans leurs lettres et leurs appels, nous a donné le contre-poids qu'il fallait dans la balance contre les menaces de Commodore, les plaintes des uns ou des autres, et la montagne de travail.

Il y avait deux autres facteurs importants sans lesquels le journal n'aurait pas survécu : la volonté de nos auteurs et correspondants d'écrire au sujet de l'Amiga, qu'ils soient rétribués ou non, et l'avance technologique de la machine qui rendait la production du journal relativement facile et nous donnait confiance et motivation en notre travail. Peu de gens le savent, mais A-News était sans doute le premier journal en kiosque en France produit 100% sur ordinateur, y compris les pages couleur. Le Mac était encore monochrome à l'époque. Ci-dessous, une photo de la machine qui faisait le travail, un A500 avec trois lecteurs de disquette, dont deux dans une boîte à chaussures avec découpes sous le moniteur. Pas de disque dur à l'époque, et seulement 512 ko de mémoire.

Amiga 500 d'Amiga News

David : Dans un premier temps, c'est facile d'avoir de la motivation, il y a tellement de choses à faire et à dire. Ensuite, c'est de plus en plus difficile. Il faut être passionné. Les encouragements des lecteurs sont aussi une source de motivation. Mais ce qui motive encore plus, c'est de voir que certaines personnes veulent aider et contribuer au magazine : on sent à ce moment que l'on a pas le droit de laisser tomber.

"Le numéro le plus important, c'est le prochain !"

Bruce : De mon côté, je préfère la phrase qui dit que "faire un journal c'est monter sur le dos d'un tigre". Heureusement que l'Amiga s'est plus ou moins éteint commercialement, sinon j'y serais encore !

David : Cette phrase est tout à fait vraie dès que l'on vient de sortir un numéro : on pense déjà au numéro d'après. Cela témoigne aussi que l'on a "la tête dans le guidon".

Conseils pour un nouveau magazine pour que celui-ci arrive à tenir des années

Bruce : Les journaux de l'avenir seront sur Internet. Alors il suffit d'avoir vraiment envie de faire son journal, on peut le faire, et Obligement est un bon exemple de ce phénomène. C'est super, c'est démocratique. Internet est la meilleure chose qui soit arrivée dans ma vie (avec Gorbachev).

David : Je pense qu'il faut avoir une équipe soudée et motivée. Il faut avoir un véritable projet thématique de magazine, et non pas faire un journal uniquement pour un but lucratif.

Le numéro 100 en tant qu'objectif ?

Bruce : Absolument pas. Notre objectif était de tenir le coup en attendant que l'Amiga trouve un investisseur sérieux. Malheureusement, le monde des affaires a joué au ballon avec l'Amiga pendant de longues années, et quand le numéro 100 est arrivé beaucoup de nos anciens collaborateurs étaient déjà sur PC ou Mac.

David : Il ne faut pas avoir un chiffre comme objectif, mais c'est plutôt gratifiant d'atteindre les 100 numéros :-). Les numéros ronds sont souvent utiles pour faire le bilan des numéros passés.

L'arrêt de la publication

Bruce : Il y en a sans doute beaucoup qui s'arrêtent après le numéro trois ou quatre. Amiga News s'est arrêté parce que continuer aurait mené à une faillite et au non-remboursement des abonnés. Pas bien ça. C'était une mort collective et en bon ordre. Si nous manquions de ressources c'était parce que toute la communauté Amiga était de plus en plus fatiguée de voir l'Amiga transformé en ballon de foot et la concurrence faire du progrès.

David : C'est quasiment une fatalité. Quand on crée un magazine, on ne pense pas à son arrêt, mais celui-ci arrivera tôt ou tard : impression d'avoir fait le tour de la chose, contraintes budgétaires, démotivation, etc. Et pour finir, un petit mot pour les auteurs bénévoles de magazines : si le travail pour votre revue est trop important, arrêtez tout de suite. Pensez à vivre, à faire d'autres choses car la vie ne doit pas devenir un calvaire.


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