Obligement - L'Amiga au maximum

Samedi 18 juillet 2026 - 20:47  

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Entrevue avec Roman Kargin
(Entrevue réalisée par David Brunet - juin 2026)


Omniprésent sur les forums Amiga et véritable vedette d'OS4Depot, Roman "kas1e" Kargin est devenu, au fil des ans, une figure incontournable de notre communauté. Là où d'autres abandonnent, Roman compile, teste, peaufine et porte inlassablement. Il est notamment impliqué dans des projets tels que le navigateur web Odyssey pour AmigaOS 4 et le récent projet de reconstruction de la ROM Pegasos 2.

- Bonjour Roman. Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Salut ! J'ai 47 ans et je vis à Saint-Pétersbourg, en Russie. Je travaille dans l'informatique, ce qui me laisse pas mal de temps libre pour me consacrer à l'Amiga et à ma famille.

Depuis l'âge de 15 ans environ, je suis passionné de punk rock, et cette passion ne m'a jamais quitté. Je joue toujours dans un groupe de punk hardcore, sans me prendre pour quelqu'un que je ne suis pas. :)

J'ai deux enfants : un fils de 10 ans et une fille de 2 ans. Je danse aussi avec les ours bruns, je joue de la balalaïka et j'ai de la vodka dans le sang. :)

Roman Kargin
Roman Kargin en train de lire le livre From Vultures To Vampire

- D'où vient votre pseudonyme "Kas1e" ?

Tout a commencé sur ZX Spectrum avec tous ces jeux ultra-hardcore. Mes potes et moi, on les piratait avec des trucs du genre "Poke", et toute la scène ZX Spectrum russe était gangrenée par le déplombage (coucou Bill Gilbert !). Tout ce qu'on avait était illégal et "gratuit" pour nous, alors on était obligés de devenir des déplombeurs de toutes sortes.

Puis, à 16 ans, j'ai vu le film Hackers, qui m'a complètement fait basculer du côté obscur. Du coup, il me fallait un pseudonyme branché, et j'ai choisi <snip> au début. À cette époque, j'avais déjà un PC 286 et un modem, et j'ai commencé à pirater des babillards électroniques locaux avec mes potes, ainsi que tous les réseaux auxquels on pouvait se connecter avec notre modem (il n'y en avait pas beaucoup en ex-URSS à l'époque : juste quelques réseaux X.25 et quelques TCP/IP). Au bout d'un moment, ce pseudonyme est devenu trop associé à mes activités de piratage (à l'époque, il n'y avait aucune loi ni réglementation à ce sujet, mais les problèmes ont commencé). Alors, après quelques années, pour me cacher et mettre un terme à toute activité de piratage, j'ai simplement créé un pseudonyme neutre, sans raison particulière et sans signification particulière : j'ai choisi "kasie" au hasard (probablement en référence à un film que je regardais à ce moment-là), mais je n'ai pas pu m'empêcher d'ajouter un chiffre lié au piratage au milieu pour faire plus "branché", du moins c'est ce que je pensais quand j'étais enfant ! Oui, aujourd'hui, tout cela paraît risible, mais c'était comme ça.

- Quel a été votre tout premier ordinateur et comment avez-vous découvert l'Amiga ?

J'avais 12 ans quand j'ai découvert les ordinateurs. C'étaient des ZX Spectrum 48K dans les clubs informatiques locaux, où l'on passait notre temps à jouer à des jeux comme Soldier of Fortune, Zynaps et Flying Shark.

Après avoir joué à ces jeux pendant un certain temps - et les avoir piratés de toutes les manières possibles - j'ai commencé à avoir envie de créer mes propres jeux. J'ai commencé à apprendre le BASIC, mais j'ai vite compris que pour créer des jeux fluides et rapides, il me faudrait maîtriser l'assembleur. C'était tout simplement trop complexe pour moi à l'époque. Nous n'avions ni manuels, ni professeurs compétents, et presque personne ne savait ce qu'étaient les compilateurs. J'ai donc laissé tomber la programmation et je suis retourné aux jeux vidéo.

À peu près à la même époque, des consoles comme la Sega Mega Drive II ont commencé à se populariser. Encore enfant, j'ai travaillé dans des magasins d'informatique qui vendaient des consoles Dendy (des clones illégaux de la NES, très populaires en Russie) et des Sega Mega Drive II. Une fois de plus, je me suis dit que jouer ne me suffisait pas... Je voulais créer des jeux. Pour cela, il me fallait un ordinateur, mais pas un ZX Spectrum. Ses jeux étaient primitifs et le son était affreux comparé à celui de la Mega Drive.

J'ai commencé à m'intéresser aux alternatives. Les PC commençaient à apparaître partout... Les 286 étaient courants, et les 386 se profilaient déjà à l'horizon. Un jour, un homme nommé Sergey Pisarev, qui avait environ 25 ans à l'époque, est entré dans notre magasin. Nous avons commencé à parler d'ordinateurs, et il m'a dit : "Pourquoi avez-vous besoin de ce fichu PC ? Il y a l'Amiga. Non seulement on peut programmer dessus, mais il y a aussi des jeux du niveau de la Sega Mega Drive II." "Les jeux PC sont moches, mal conçus, et les PC ne sont que des machines pour les pigeons." Il m'a invité chez lui, où j'ai vu pour la première fois de ma vie un Amiga 1200 équipé d'un disque dur, d'une carte accélératrice 68030 et de 8 Mo de mémoire.

Il y avait un vrai moniteur au lieu d'une télévision, et un système audio haut de gamme, car Sergey était aussi musicien. Il m'a montré Deluxe Paint, un éditeur musical par piste, et des jeux comme Superfrog, Aladdin, Brian the Lion et Lionheart. J'étais complètement époustouflé. Littéralement. Ce moment m'a fait basculer du côté obscur pour les 35 années suivantes. Par exemple, Aladdin sur Sega Mega Drive n'avait de musique que sur l'écran titre, mais sur Amiga, il proposait des voix numérisées. Rien que ça m'a convaincu de passer à cette plate-forme.

De plus, Sergey travaillait pour une chaîne de télévision locale. Toutes les deux semaines, il animait une émission de 30 à 40 minutes intitulée "World of Computer Games", où il présentait les scènes Amiga et ZX Spectrum. Jeux, démos et discussions sur les nouveautés. Malheureusement, la majeure partie des archives, enregistrées sur cassettes VHS, a été perdue. Nous avons eu la chance de préserver un des derniers épisodes, qui contient encore du contenu relatif à l'Amiga avant que l'émission ne se concentre sur les consoles et les PC.

Extrait de 1999 : www.youtube.com/watch?v=4V3LZi9lMmk.

Moments forts :
  • 9:50... Max Rally sur Amiga.
  • 22:30... Démo de Venus Art et Everything Dies pour PowerPC.
Après avoir vu son A1200, j'ai immédiatement commencé à économiser. Il me fallait environ 700 dollars rien que pour un Amiga 1200 de base. À l'époque, je ne savais même pas qu'il me faudrait aussi un écran, un disque dur, une carte accélératrice et d'innombrables autres améliorations. Je ne me rendais pas compte non plus à quel point il serait difficile de trouver ces pièces en Russie. Je savais seulement que je devais absolument économiser ces 700 dollars.

Après un an de travail à l'atelier, j'ai finalement réussi à acheter un A1200, pour découvrir que sans disque dur et avec uniquement des disquettes, ses possibilités étaient très limitées. J'ai passé un an à jouer à tous les classiques : Brian the Lion, Lionheart, Aladdin, The Chaos Engine, Entity, Shadow of the Beast, et bien d'autres. J'ai visionné des démos comme 9 Fingers et Technological Death en boucle.

Mais finalement, je me suis demandé : et après ? Comment utiliser cette machine au lieu de simplement jouer ? Comment programmer dessus ? Comment brancher une imprimante et la faire fonctionner comme sur le PC de mon ami ? Après une autre année à lutter contre toutes sortes de limitations et de problèmes, j'ai finalement vendu mon Amiga et acheté un PC. Les PC étaient moins chers, disponibles partout, les imprimantes fonctionnaient immédiatement, on pouvait acheter des écrans dans n'importe quel magasin, et la plate-forme paraissait moderne. Les lecteurs CD-ROM, les cartes son Sound Blaster et Gravis Ultrasound devenaient la norme. Des démos comme Second Reality et des jeux comme The 7th Guest m'ont prouvé que les PC n'étaient pas aussi ennuyeux que je le pensais.

Malgré tout, je rêvais toujours de posséder un Amiga entièrement équipé. J'ai rendu visite à Sergey plusieurs fois dans son appartement. Lui et ses amis plus âgés jouaient à des jeux Amiga, discutaient de sujets techniques et lisaient des magazines Amiga allemands qui, on ne sait comment, parvenaient jusqu'en Russie. C'est là que j'ai vu pour la première fois une CD32 faisant tourner Microcosm, et une fois de plus, j'ai été conquis. Cependant, un PC était indispensable pour le travail et la vie quotidienne, et je ne pouvais pas me permettre d'avoir à la fois un PC et un Amiga entièrement mis à niveau. J'ai donc continué à économiser année après année jusqu'à ce que, vers l'âge de vingt ans, je possède enfin les deux : un A1200 avec un disque dur, une carte accélératrice 68030 et un moniteur, ainsi qu'un PC moderne.

Au bout d'un moment, j'ai réalisé que je voulais du matériel PowerPC, principalement pour les cartes graphiques et pour Planet Potion. Finalement, j'ai transformé mon A1200 en une machine PowerPC monstrueuse : le 68040 de la BlizzardPPC a été remplacé par un 68060, surcadencé, avec l'ajout d'un FastATA d'Elbox, d'un doubleur de fréquence, d'un Mediator avec carte graphique Voodoo3, d'une carte réseau PCMCIA, d'un adaptateur PS2, d'un clavier d'A3000, d'une grande tour, etc. J'ai même réussi à faire une double combinaison avec BVisionPPC et Mediator/Voodoo3 en même temps (pour enfin pouvoir faire tourner PlanetPotion !), mais c'était bien sûr instable et chaotique.

Roman Kargin
Amiga 1200 (vue externe)

Roman Kargin
Amiga 1200 (à l'intérieur du monstre)

Roman Kargin
Amiga 1200 (Workbench)

Lorsque le Pegasos II a bénéficié de la compatibilité AmigaOS 4, une opportunité s'est présentée. Amis, un développeur Amiga russe, m'a vendu son Pegasos II. À peu près au même moment, je développais le magazine sur disquette The Vague pour Warp3D, et le Pegasos II s'est avéré être la plate-forme idéale pour tester le magazine et expérimenter AmigaOS 4. J'ai finalement opté pour la communauté AmigaOS 4, car elle était plus importante et plus active. Mes expériences avec MorphOS sur A1200/PowerPC s'étaient généralement soldées par de la frustration, la transition s'est donc faite naturellement.

- Quels modèles d'Amiga possédez-vous actuellement ?

Je possède actuellement un Pegasos II, un AmigaOne X1000, un AmigaOne X5000 et une Sam460. Il y a quelque temps, l'AmigaOne X5000 était ma machine principale, mais aujourd'hui, cela dépend entièrement de ce sur quoi je travaille. Lorsque je développe des correctifs CFE pour l'AmigaOne X1000, c'est ce dernier qui devient mon système principal. Actuellement, je travaille sur un projet de ROM de remplacement pour le Pegasos II, qui est donc redevenue ma machine principale.

Au fil des ans, j'ai constitué une belle collection de périphériques autour de ces machines. Par exemple, j'utilise un commutateur KVM TESmart qui me permet de contrôler mes quatre systèmes Amiga avec un seul clavier, une seule souris et un seul écran. Toutes les machines sont connectées à un réseau local, ce qui leur donne accès à Internet ainsi qu'à des serveurs FTP locaux pour le transfert de fichiers.

Plus récemment, j'ai ajouté l'émulateur QEMU sur mon ordinateur portable. C'est devenu une plate-forme de développement supplémentaire très utile, me permettant de travailler sur des projets liés à l'Amiga avant de les tester sur du matériel physique. Mon "monstrueux" A1200, largement modifié, a été vendu il y a des années. À l'époque, j'espérais que cela marquerait enfin la fin de mon obsession pour l'Amiga et que je pourrais passer à autre chose. Mais d'une manière ou d'une autre, le Pegasos II a réussi à me retenir jusqu'à aujourd'hui.

- Vous êtes bien connu dans la communauté Amiga pour vos nombreux portages. Quelle est votre réponse aux utilisateurs qui considèrent certains de vos portages comme incomplets ou bogués ?

Certains portages resteront toujours incomplets tant que le projet original est activement développé. Les maintenir parfaitement synchronisés avec la version d'origine prend beaucoup de temps, et si les utilisateurs ne manifestent pas un grand intérêt pour les mises à jour, ils ont tendance à rester obsolètes ou incomplets.

Cependant, pour les jeux ou autres logiciels qui ne nécessitent pas de mises à jour constantes de fonctionnalités, mais qui présentent simplement des bogues à corriger, je souhaite absolument les améliorer. Le problème est que les utilisateurs doivent d'abord signaler ces bogues. Si personne ne signale les problèmes, il est souvent difficile de savoir ce qui nécessite une attention particulière.

- Pourriez-vous présenter/expliquer votre projet de reconstruction de ROM Pegasos 2 ? Quel est son objectif et où en est son développement ?

Le Pegasos II étant ma première machine AmigaOS 4 PowerPC, et compte tenu de sa robustesse exceptionnelle (il fonctionne encore parfaitement après plus de 20 ans), j'ai toujours souhaité le moderniser un peu... du moins selon les standards Amiga. Le Pegasos II a toujours manqué de plusieurs fonctionnalités : il ne peut pas démarrer depuis une clé USB, ni depuis des cartes contrôleurs SATA externes, il ne gère pas la sortie du micrologiciel des cartes graphiques modernes connectées via des ponts PCI, et il ne gère que les contrôleurs USB UHCI et OHCI. Pendant des années, j'ai rêvé de remédier à tout cela, et le moment est enfin venu. J'ai commencé par expérimenter avec le micrologiciel AmigaOne X1000 (CFE), en écrivant des correctifs pour étendre ses fonctionnalités. Par exemple, j'ai ajouté la gestion du démarrage USB et l'ai rendu compatible avec les cartes graphiques Radeon RX. Plutôt que de créer une image de micrologiciel de remplacement complète, j'ai tout implémenté sous forme de fichiers correctifs. Le micrologiciel d'origine démarre normalement, charge un petit fichier correctif, et ce correctif modifie le micrologiciel en mémoire.

Roman Kargin
AmigaOne X1000 avec de nombreux SATA

Bien que ce ne soit pas un remplacement complet du micrologiciel, c'était un bon premier pas. De plus, cela présente l'avantage que les utilisateurs n'ont rien à reprogrammer.

Après cela, j'ai commencé à réfléchir à faire quelque chose de similaire pour la Pegasos II. Cependant, cette machine nécessitait bien plus qu'un simple correctif... elle avait besoin d'une réécriture majeure. Avec l'aide de Zoltàn Balaton, l'auteur du support Amiga PowerPC dans QEMU, j'ai découvert que la ROM du Pegasos II se compose de deux parties distinctes :
  • Le code d'amorçage original de bPlan, qui effectue l'initialisation matérielle de bas niveau.
  • Le logiciel libre SmartFirmware, ainsi que des modifications spécifiques à bPlan telles que la gestion graphique et USB.
J'ai réussi à séparer ces deux composants puis à les recombiner pour obtenir une image ROM fonctionnelle. Après avoir extrait les sources du SmartFirmware, j'ai entrepris de reconstruire et de reconnecter l'ensemble pour obtenir un système fonctionnel.

Le plus grand défi a été le test. Tester sous QEMU s'est avéré relativement simple et m'a permis de vérifier le bon fonctionnement du système au niveau basique. Cependant, l'objectif principal a toujours été d'exécuter le micrologiciel sur un véritable matériel Pegasos II. La question était donc : comment tester les modifications du micrologiciel sans avoir à réinstaller la ROM à chaque fois ? La solution s'est avérée être la console IKARUS. Cette fonctionnalité, ajoutée au micrologiciel par bPlan il y a quelques années, permet, en appuyant sur "Échap" au démarrage, d'accéder à un environnement spécial autorisant le débogage bas niveau avant le lancement de SmartFirmware. Plus important encore, elle contient un protocole de chargement rudimentaire permettant de transférer du code en mémoire puis de l'exécuter. Cette fonctionnalité étant totalement inconnue, j'ai passé plusieurs jours à la décompiler et à la documenter.

Une fois son fonctionnement compris, j'ai pu téléverser ma propre version du SmartFirmware. Au lieu de transférer le contrôle au SmartFirmware d'origine, le programme d'amorçage lance désormais mon micrologiciel de remplacement. Concrètement, cela revient à utiliser une ROM entièrement réinstallée, à ceci près que le code d'amorçage lui-même reste l'implémentation bPlan d'origine.

Mon objectif à long terme est de finaliser le développement, d'implémenter des procédures d'installation et de récupération correctes, de tout vérifier à l'aide d'un programmateur matériel, et enfin de remplacer le programme d'amorçage bPlan par ma propre implémentation en code source ouvert. Le résultat devrait alors être une ROM Pegasos II entièrement en code source ouvert que n'importe qui pourra installer sur sa machine... et potentiellement la rendre inutilisable en cas de problème. :)

Vous pouvez suivre l'avancement du projet sur ma chaîne YouTube, par exemple ici : youtu.be/t78FpG6JV-w.

J'ai déjà implémenté et corrigé pas mal de choses :
  • Ajout de la gestion DMA pour la lecture des disques. Sur les adaptateurs SATA-IDE, cela accélère le chargement des modules d'environ dix fois.
  • Ajout de la gestion de plusieurs cartes contrôleurs PCI SATA populaires, permettant au système de démarrer à partir de celles-ci.
  • Ajout de la gestion des cartes contrôleurs USB PCI encore disponibles, telles que celles basées sur des puces NEC.
  • Ajout de la gestion du démarrage USB, y compris le démarrage à partir de clés USB et de CD-ROM USB.
  • Ajout de la gestion de nombreux systèmes de fichiers supplémentaires, notamment tous les systèmes de fichiers Amiga courants, FAT16/FAT32, NTFS et la plupart des systèmes de fichiers Linux.
  • Ajout de la gestion USB EHCI et correction de plusieurs bogues dans les implémentations UHCI et OHCI d'origine.
  • Mise à jour de l'émulateur x86 utilisé par le micrologiciel, permettant aux cartes graphiques RadeonHD et RadeonRX d'afficher correctement la sortie du micrologiciel.
  • Correction de nombreux problèmes d'utilisation du micrologiciel tout en conservant un comportement global aussi proche que possible de l'original.
La principale tâche restante consiste à corriger l'implémentation RTAS. RTAS est la couche d'interface qui expose les services du micrologiciel aux systèmes d'exploitation et aux chargeurs de démarrage. L'implémentation actuelle contient plusieurs bogues qui doivent être résolus avant que le micrologiciel puisse être considéré comme terminé.

Une fois ce travail terminé, je pourrai publier une nouvelle version du SmartFirmware accompagnée d'un script qui automatisera :
  • La prise d'une image originale pegasos2.rom.
  • La division de celle-ci en composants individuels.
  • La préservation du bootstrap bPlan d'origine.
  • Le remplacement la partie SmartFirmware par la nouvelle version.
  • La reconstruction d'une image ROM complète.
Les utilisateurs pourront alors générer une ROM Pegasos II mise à jour et l'utiliser immédiatement dans QEMU. Une fois la partie logicielle testée en profondeur et les derniers bogues corrigés, je m'attaquerai à la partie matérielle du projet : programmation flash, procédures de récupération et, enfin, remplacement du bootstrap bPlan d'origine par une implémentation entièrement en code source ouvert.

- Vous avez mis en ligne une nouvelle version du bureau Directory Opus Magellan 5.91 en avril 2026. Qui travaille avec vous sur ce projet ? Une version MorphOS est-elle disponible ou prévue ? Quelles nouvelles fonctionnalités envisagez-vous d'implémenter ? Dimitris Panokostas développe également sa propre version de Directory Opus 5. Allez-vous collaborer et partager des idées ou du code source ?

Oh, il y a eu un malentendu. J'ai vu quelqu'un commencer à mettre à jour DOpus 5, et il était évident que la majeure partie du travail avait été réalisée avec l'aide de l'IA. Les mises à jour étaient principalement destinées à AmigaOS 3, sans tests approfondis sur les versions AmigaOS 4 ou MorphOS. En fait, c'était même indiqué dans le fichier README.

En soi, ça ne me dérange pas... "Peu m'importe la façon dont on développe un logiciel." Mais ensuite, cette version a été mise en ligne sur OS4Depot et a remplacé celle que nous maintenions et testions depuis des années. Cela m'a posé problème, car les utilisateurs ne pouvaient plus accéder facilement à la version stable et correctement testée sur laquelle nous avions consacré tant de temps.

Roman Kargin
Directory Opus 5

J'ai donc contacté les administrateurs d'OS4Depot pour leur demander de supprimer la version modifiée afin de pouvoir restaurer la version originale. La version alternative a ensuite été mise en ligne sous un autre nom, ce qui s'est avéré une bien meilleure solution.

L'IA peut sans aucun doute être utile, et je n'ai rien contre son utilisation. Mais il est indispensable d'examiner les résultats obtenus, de comprendre les modifications apportées et, surtout, de les tester.

Donc, en résumé, non... Je n'ai rien fait de nouveau concernant DOpus 5. Je voulais simplement m'assurer que la version originale, testée et approuvée, reste disponible sur OS4Depot.

Bien sûr, j'ai toujours espéré poursuivre l'amélioration du travail que nous avions entrepris avec DOpus 5. Cependant, après avoir constaté les progrès réalisés par la version de Dimitris, je suis convaincu qu'il est parfaitement capable d'ajouter tout ce qui manque. Mon seul souhait est que les modifications soient également testées correctement sur AmigaOS 4, afin que la version AmigaOS 4 reste aussi stable et fiable que possible.

- Il y a quelques années, vous avez entrepris le portage du navigateur web Odyssey sur AmigaOS 4. Pourriez-vous nous parler un peu des coulisses de ce portage, depuis les débuts avec Fabien Coeurjoly jusqu'à la version disponible sur OS4Depot ?

Oh, quel projet fastidieux ! Fabien Coeurjoly m'a énormément aidé à comprendre le code source, tandis que Thore Böckelmann ajoutait les fonctionnalités manquantes à notre implémentation de MUI, qui a finalement évolué pour devenir MUI 5 sur AmigaOS 4. Daniel Westerberg d'OnyxSoft a également apporté son aide précieuse pour résoudre des problèmes de programmation particulièrement complexes.

Un temps considérable y a été consacré, mais une fois un niveau de compatibilité MUI satisfaisant atteint, les choses se sont considérablement simplifiées. De plus, j'ai réutilisé du code spécifique à AmigaOS 4 issu du portage OWB original, initialement réalisé par Andrea "AfxGroup" Palmatè, puis maintenu et mis à jour par Joerg Strohmeyer.

Ce fut un réel plaisir de tout faire fonctionner et d'étendre ensuite le système avec des fonctionnalités telles que la gestion de YouTube et d'autres fonctionnalités web modernes. Cependant, le web évolue à une vitesse incroyable... et pas toujours en faveur des petites plates-formes. Dans le monde informatique, tout évolue si vite que la maintenance d'un navigateur finit par devenir épuisante. Quel que soit le développement, il est déjà obsolète au moment où il est terminé. On ajoute la gestion d'une nouvelle fonctionnalité web, et les standards changent. On implémente la lecture YouTube, et Google modifie son API. C'est une course sans fin. Au final, il devient difficile de rester motivé quand on sait que le projet sera toujours quelque peu incomplet et comportera toujours quelques bogues, quel que soit le travail qu'on y consacre.

Il suffit de voir Jacek Piszczek et Wayfarer sur MorphOS. Franchement, je le plains parfois, car le travail qu'il a fourni est colossal. Maintenir un navigateur web moderne est un travail à temps plein, surtout quand le résultat ne profite qu'à un nombre relativement restreint d'utilisateurs. Bien sûr, disposer d'un navigateur web moderne serait un atout considérable, et Andrea Palmatè fait actuellement de très bons progrès dans ce domaine. Cependant, il faut aussi être réaliste quant aux difficultés rencontrées.

Quel que soit le navigateur qui finira par voir le jour, il sera presque certainement incomplet, bogué et dépourvu de certaines fonctionnalités par rapport aux navigateurs grand public. Cela n'enlève rien à la réussite, pour autant. Même un navigateur moderne imparfait sera mieux que rien, évidemment.

- Prévoyez-vous de mettre à jour votre version d'Odyssey ? Ou allez-vous directement soutenir Odyssey 3.00 d'Andrea Palmatè ?

Andrea Palmatè est un programmeur très compétent. Il n'a pas vraiment besoin d'aide, et pour l'instant, le principal défi est simplement le temps que cela lui prend.

Les informations techniques sont déjà disponibles et ouvertes. Mon portage d'Odyssey est sur GitHub, la version AROS l'est également, et le portage MorphOS de Jacek Piszczek peut servir de référence. Les connaissances et le code source sont là ; il ne reste plus qu'à fournir l'effort nécessaire pour étudier, adapter, implémenter et maintenir le tout.

Dans ce genre de projets, le succès dépend généralement moins des obstacles techniques que du temps que le développeur est prêt et capable d'y consacrer.

- Vous avez été très impliqué dans les tests et les retours sur les pilotes graphiques de Hans de Ruiter (Warp3D Nova, OGLES2). Où en est la 3D sur AmigaOS 4 aujourd'hui pour les développeurs ? Est-elle devenue un atout du système ?

C'est assurément l'un de ses points forts, même si son évolution est plus lente que ce que beaucoup d'entre nous souhaiteraient. Certains tests montrent des performances comparables à celles des PC de la même époque, tandis que d'autres suggèrent qu'il existe encore une marge d'optimisation et d'amélioration.

Lorsque Hans de Ruiter a créé Warp3D Nova et que Daniel Müssener a développé ogles2.library, j'ai porté GL4ES, qui gère OpenGL 2.x et certaines parties d'OpenGL 3.x, sur ogles2.library. Cette dernière fonctionne avec Warp3D Nova. Cela nous a permis d'accéder à des versions plus rapides et plus modernes de nombreux jeux auparavant disponibles sur la plate-forme.

Nous avons ainsi pu bénéficier de titres comme Quake III Arena, plusieurs jeux de la série Star Wars, Heretic II, Doom 3, Quake 4, et bien d'autres. Certes, ce sont des jeux anciens selon les standards actuels, mais l'Amiga est une plate-forme rétro, et leur disponibilité représente un progrès considérable.

Quant aux pilotes graphiques eux-mêmes, je pense qu'ils ont atteint un niveau de maturité satisfaisant. À ce stade, améliorer significativement leurs performances nécessiterait probablement des réécritures majeures ou des changements architecturaux substantiels. Pour une utilisation quotidienne, ils sont stables et fonctionnels, et surtout, aucun bogue sérieux n'empêche de les utiliser efficacement.

- Il y a des années, vous aviez prévu de porter le bureau Ambient sur AmigaOS 4. Où en est ce projet aujourd'hui ?

J'ai fini par l'abandonner car les critiques fusaient de toutes parts. D'un côté, certains disaient : "On n'en a pas besoin", et de l'autre, des commentaires comme : "Regardez, il reprend notre code pour le porter sur ce fichu AmigaOS 4 !" C'était ce genre d'ambiance.

Pour moi, ce projet était avant tout un défi personnel. Je voulais voir si j'en étais capable et me prouver que ce n'était pas aussi difficile que beaucoup le prétendaient. Je pense encore y revenir un jour.

Mais je me suis demandé : quel est l'intérêt réel aujourd'hui ? Nous avons déjà le Workbench, Filer et DOpus 5. Les utilisateurs ont déjà l'embarras du choix. Bien sûr, avoir plus d'options est généralement une bonne chose, mais l'absence d'Ambient ne semble plus être un élément crucial. Honnêtement, j'ai aussi constaté qu'Ambient n'était pas tout à fait à la hauteur de mes attentes après avoir utilisé MorphOS. Je ne dis pas qu'il est mauvais, et je ne prétends certainement pas que le Workbench soit objectivement meilleur. Il est simplement différent. Chaque fois que j'essayais d'utiliser Ambient comme environnement de bureau principal pendant une période prolongée, je finissais par rencontrer des comportements qui me semblaient être des bogues ou des fonctionnalités voulues que je n'appréciais pas. C'est peut-être simplement parce que j'utilise le Workbench depuis des années et que je suis habitué à son fonctionnement. Au final, je pense que c'est surtout une question de préférence personnelle. Ambient a ses atouts, le Workbench a les siens, et après toutes ces années, je me sens tout simplement plus à l'aise avec l'approche du Workbench.

Mais oui, un jour je le ferai probablement quand même... justement parce que personne n'en veut ! :) Ça a toujours été un aspect amusant du développement sur Amiga pour moi. Parfois, les meilleurs projets sont ceux que personne n'a demandés, que personne n'attend et que personne ne juge dignes d'être réalisés. Et puis, on se lance quand même, simplement parce qu'on le peut.

Punk rock ! :)

- Quels sont vos autres projets sur Amiga ?

Actuellement :
  • Reconstruction de la ROM Pegasos II : c'est ma priorité absolue. Je souhaite la terminer au moins jusqu'à pouvoir publier le nouveau SmartFirmware, afin que les utilisateurs puissent créer leurs propres ROM basées sur QEMU.
  • Pilote NVIDIA : je dispose déjà d'un pilote parfaitement fonctionnel pour l'ancienne carte GeForce2 MX400 en AGP, fonctionnant en mode logiciel, et je travaille actuellement à l'ajout de fonctions de Blitter en accélération matérielle. L'objectif est simplement de proposer un pilote NVIDIA, même ancien. J'ajouterai peut-être un jour la gestion d'une carte PCIe équipée d'une puce NVIDIA plus récente, mais cela reste à confirmer.

    Roman Kargin
    Carte graphique NVIDIA GeForce2 utilisée sous AmigaOS 4

  • Reconstruction du CFE de l'AmigaOne X1000 : je ne dispose actuellement que de correctifs en fichier binaire, mais il serait préférable d'avoir une image complète directement flashable. L'AmigaOne X1000 possède deux puces flash, ce qui permet des expérimentations plus sûres et réduit considérablement le risque de rendre la machine inutilisable. Je possède des programmateurs matériels pour les puces flash des Pegasos II et AmigaOne X1000 ; tout sera donc testé et retesté sur mes propres machines. Je préparerai également des instructions expliquant comment récupérer et reprogrammer les puces flash à l'aide d'un programmateur matériel en cas de problème.
  • Mise à jour du pilote SATA intégré de l'AmigaOne X1000 : bien qu'il fonctionne déjà suffisamment bien, quelques améliorations de performances ne feraient certainement pas de mal.
Moindre priorité :
  • Mises à jour de Scout.
  • DumbPad (un éditeur de texte à onglets).
  • Snork (un outil de débogage pour le traçage des appels système).
  • Une visionneuse PDF.
  • Certains jeux 3D sont déjà presque terminés et n'attendent plus qu'à être finalisés et publiés.
  • Divers autres petits projets.
Roman Kargin
DumbPad

- Les utilisateurs attendent avec impatience AmigaOS 4.2. Savez-vous où en est son développement et quelles nouvelles fonctionnalités nous pouvons espérer ?

Tout ce que je sais, et tout ce que je peux dire, c'est qu'après le départ de Ben Hermans et la prise de fonction de Timothy De Groote et Costel Mincea, le projet a été entre de bonnes mains, du moins à mon avis, et les choses avancent.

Certes, les progrès peuvent paraître lents du point de vue de l'utilisateur, mais je peux vous assurer que le développement se poursuit. Des mises à jour sont effectuées, des personnes travaillent sur le système et des progrès sont réalisés. Bien sûr, la situation n'est plus la même qu'il y a 10 ou 15 ans. Nous avons tout simplement moins d'utilisateurs et de développeurs aujourd'hui pour des raisons naturelles : les gens vieillissent, certains décèdent, d'autres tombent malades, fondent une famille ou changent simplement de cap, au gré des évolutions du monde.

- Si vous étiez à la tête de l'équipe de développement d'AmigaOS 4, qui recruteriez-vous pour mener à bien ce projet ?

Je pense que certaines tâches devraient être rémunérées. Par exemple, il me semble impossible de produire une documentation de qualité professionnelle si l'on ne peut y consacrer qu'une journée toutes les quelques semaines.

Les bêta-tests peuvent se poursuivre comme actuellement, car nous avons encore de nombreux bêta-testeurs dans l'équipe qui testent les fonctionnalités dès leur disponibilité. Concernant les graphismes, il n'y a aujourd'hui pratiquement que Hans De Ruiter, et il a probablement déjà réalisé la plupart des tâches raisonnables avec les pilotes Radeon. Pour poursuivre le développement de la graphics.library et des composants associés, il faudrait qu'une personne soit correctement rémunérée et embauchée par Hyperion. Compte tenu du contexte actuel, je ne sais pas si cela est possible, mais Timothy De Groote et Costel Mincea ont peut-être des idées.

Quant à la direction du projet, j'apprécie personnellement la façon dont Costel Mincea s'y prend. Bien sûr, d'autres peuvent avoir un avis différent, mais il se soucie réellement d'AmigaOS 4. Il a toujours cherché à créer des logiciels et des solutions de haute qualité, c'est un développeur compétent et il a une approche très axée sur l'Amiga. Il souhaite préserver un système propre, efficace et élégant, plutôt que de suivre la tendance actuelle qui consiste à "ajouter rapidement un nouveau langage ou cadre de travail gourmand en mémoire, juste parce que les PC le permettent". Je ne pense donc pas que le problème vienne de la direction.

En revanche, les développeurs, c'est une autre histoire. Nous avons absolument besoin de plus de développeurs, et idéalement de développeurs rémunérés. Le développement amateur ne suffit plus à faire progresser rapidement la plate-forme. Nous avons déjà d'excellents développeurs dans l'équipe, mais ils ont tous un emploi, une famille et des responsabilités dans la vie de tous les jours. Si Hyperion était un jour en mesure de rémunérer correctement les développeurs - suffisamment pour qu'ils puissent se consacrer à plein temps à AmigaOS -, les choses avanceraient beaucoup plus vite. Mais ce n'est que mon avis, bien sûr.

Le problème principal réside peut-être simplement dans l'âge de la plate-forme et le niveau d'intérêt général pour la technologie Amiga aujourd'hui. Difficile à dire.

- Selon vous, quels sont les points forts et les points faibles d'AmigaOS 4 par rapport à MorphOS et AROS ?

Pour moi, AROS a toujours été synonyme d'anarchie et de chaos. Certes, il existe des distributions, et certes, un travail considérable y a été consacré, mais sans vision claire ni chef d'orchestre pour définir les priorités et fixer les échéances, on se retrouve avec un système d'exploitation en code source ouvert de type Amiga où chacun fait ce qui lui plaît. Du moins, c'est mon avis.

L'anarchie et la liberté totale peuvent être séduisantes, surtout quand on est jeune, mais plus je vieillis, plus je constate que sans une personne qui sache où le projet doit aller, quels objectifs atteindre et qui encourage le respect des délais, on atteint rarement un niveau de professionnalisme.

MorphOS, c'est une autre histoire. J'apprécie leur logique, leur conception épurée, leur approche généralement raisonnable et le fait qu'il y ait beaucoup moins de polémiques politiques. J'aime la style de leur site web et leur gestion des mises à jour.

Ce que je n'apprécie pas, c'est la tendance de certains à se comporter en élitistes, à constamment pointer du doigt AmigaOS 4 et à se comporter comme si MorphOS faisait toujours tout en premier et mieux. C'est tout simplement faux. Par exemple, le portage de MUI 5 sur lequel a travaillé Thore Böckelmann a corrigé plusieurs bogues présents dans la version MorphOS et qui, à ma connaissance, y sont peut-être encore présents. Pourtant, personne n'en parle. Au lieu de cela, on entend sans cesse dire que MorphOS MUI est supérieur et que la version AmigaOS 4 est une sorte d'implémentation "Frankenstein". En réalité, les deux sont basées sur le même code source de Steffan Stuntz, et notre version inclut des correctifs pour des bogues que j'ai découverts lors de mes tests.

Le même phénomène se produit avec les portages de jeux. Parfois, lorsqu'un jeu sort à la fois sur AmigaOS 4 et MorphOS, certains s'empressent de clamer : "MorphOS l'a sorti en premier et AmigaOS 4 l'a plagié !" En réalité, c'est souvent réciproque. Il arrive que la version AmigaOS 4 sorte en premier, parfois la version MorphOS. La situation est loin d'être aussi unilatérale que certains le prétendent.

Pourquoi ? Je n'en sais rien. Peut-être est-ce dû à un comportement inapproprié de certains développeurs AmigaOS 4 au fil des ans... et oui, c'est indéniable. Peut-être aussi qu'au moment de communiquer clairement, certains ont tout gâché. L'exemple du micrologiciel de l'AmigaOne X5000 est éloquent : pendant des années, Trevor Dickinson et Matthew Leaman sont restés incapables d'expliquer aux développeurs MorphOS qui travaillait sur quoi et ce qui se passait réellement. Mais quelques individus ne définissent pas toute une plate-forme.

Concernant AmigaOS 4, je le préfère tout simplement car il représentait une évolution naturelle depuis AmigaOS 3.x. J'ai apprécié sa présentation, sa documentation, ses tutoriels et sa conception générale. J'ai également aimé la manière dont les crochets ("hooks") et les fonctions de rappel ("callbacks") étaient implémentés, sans trop de code obsolète (68k).

- Vous étiez aussi assez actif dans la scène démo (avec le magazine The Vague et quelques intros). Êtes-vous toujours actif ? Que pensez-vous de la scène démo actuelle ?

Après ce magazine sur disquette, je n'ai rien fait de particulièrement remarquable, à part quelques portages de démos et magazines sur disquette en code source ouvert comme Hugi et Eurochart.

J'ai toujours rêvé de créer une très bonne démo, et honnêtement, c'est toujours le cas. Le problème, c'est que je ne suis pas assez bon programmeur pour tout faire moi-même, et je ne sais pas non plus composer de la musique ou créer des graphismes de haute qualité. J'aimerais bien, un jour, retravailler le moteur Panorama que j'ai récupéré de Chris Dragan et l'optimiser un peu. Il a été utilisé dans Hugi et Eurochart, et je pense qu'il y a encore des marges de progression, mais c'est un projet pour plus tard.

Concernant la scène démo actuelle, j'ai toujours été plus intéressé par les scènes AGA et PowerPC. Pour être honnête, mon premier Amiga était un A1200, et à cette époque, la plate-forme Amiga méritait déjà une véritable mise à jour. Je n'ai jamais été un grand fan de la scène ECS/OCS. Aujourd'hui, cependant, on a l'impression que la scène est fortement axée sur les productions ECS/OCS.

Quand je regarde certaines des démos et intros qui font fureur lors des rassemblements, et que je lis les commentaires et les éloges qu'elles reçoivent sur YouTube ou Pouêt, je me dis souvent : "Bof, ce n'est pas vraiment mon truc." J'ai toujours préféré des choses comme les derniers travaux de TBL. J'étais un grand fan de la démo Cruel Karma Force de Michal "Kiero" Wozniak de chez MadWizards, de Planet Potion, de Potion et d'autres productions du même genre. Pour moi, c'était comme The Gates To The Mind Eyes (un film d'animation par ordinateur des années 1990).

Comprenez-moi bien : les productions classiques de groupes comme Melon Dezign, Spaceballs et autres sont excellentes, ça ne fait aucun doute. J'étais simplement plus attiré par les productions plus récentes de l'ère AGA et PowerPC.

- Quel est votre avis sur l'intelligence artificielle dans le domaine du développement logiciel ? L'utilisez-vous pour vos projets Amiga ?

Je pense que l'IA est le prochain grand outil dont nous disposons aujourd'hui. Avant elle, il y avait le code machine brut et l'édition hexadécimale. Puis sont apparus les assembleurs avec leurs mnémoniques, suivis des compilateurs. Ensuite, le C s'est répandu. Chaque étape a offert aux développeurs de meilleurs outils et leur a permis d'être plus productifs. L'IA est simplement l'outil suivant dans cette évolution, et comme tout outil, elle doit être utilisée correctement.

Je ne parle évidemment pas de programmation intuitive. Même si on y a recours, si le résultat final est bien testé, compact, rapide et relativement exempt de bogues, qui se soucie vraiment de la méthode utilisée ?

Cela dit, l'IA peut faire gagner un temps précieux. Pour les tâches qui requièrent une analyse rapide, des recherches ou des connaissances mathématiques que je ne possède pas, je l'utilise régulièrement. Elle est également utile non seulement pour corriger les problèmes de boutisme, mais aussi pour identifier les points d'optimisation du code. En ce sens, c'est un excellent outil... mais seulement si vous comprenez son utilité et comment l'utiliser correctement.

Même la programmation intuitive peut être utile, mais il faut rester logique, organisé et capable d'évaluer les résultats. Sinon, vous ne pourrez rien construire de fiable. Je pense d'ailleurs que l'IA pourrait devenir trop chère pour les utilisateurs occasionnels, ou que les gouvernements pourraient imposer des restrictions. Certaines de ses capacités actuelles sont suffisamment impressionnantes pour inquiéter.

- Que pensez-vous du rachat de Commodore par Christian Simpson et de l'apaisement des tensions entre Amiga Inc. et Hyperion ? Cela a-t-il un impact concret sur votre quotidien d'utilisateur/développeur ?

Honnêtement, je n'ai pas suivi l'affaire. Pour moi, rien n'a changé.

- Quel est votre avis sur les cartes Apollo/Vampire et la dernière en date, l'A6000 ?

Franchement, je ne m'y intéresse plus, car je ne suis plus très impliqué dans le monde des Amiga classiques. Qu'ils soient mauvais ou quoi que ce soit d'autre ; je préfère simplement me concentrer sur ce que j'apprécie le plus, à savoir AmigaOS 4.

Pour moi, AmigaOS 3 et le matériel associé représentent un recul (comparé à AmigaOS 4), même si la plate-forme continue de progresser et de s'améliorer.

- On vous voit partout (sur Amigans.net, OS4Depot, en train de compiler, de tester et de répondre aux rapports de bogues). Combien d'heures par semaine consacrez-vous à l'Amiga ? Voyez-vous arriver de nouveaux développeurs, ou l'âge moyen de la communauté vous inquiète-t-il pour l'avenir ?

Certaines semaines, je consacre presque tout mon temps libre à des projets liés à l'Amiga. Parfois, cela peut durer deux, trois, voire quatre mois sans interruption. Jours, nuits, dès que j'ai un moment. Bien sûr, ce n'est jamais vraiment à temps plein. Il y a le travail, la famille, les responsabilités ménagères et toutes les choses habituelles de la vie réelle. Mais parfois, je suis complètement absorbé par les projets Amiga, et je ne peux tout simplement pas m'arrêter. C'est presque comme une drogue... et je suis probablement dans l'une de ces périodes-là, on les traverse.

Puis, tôt ou tard, on ressent un certain épuisement. Cela peut durer des semaines, un mois, voire plus. Après cela, une nouvelle vague de motivation arrive et le cycle recommence.

Il est intéressant de constater que de nouveaux développeurs continuent d'apparaître de temps à autre, ce qui est surprenant en soi.

Quant à l'avenir, je ne m'en inquiète pas trop. Dans 20 ou 30 ans, beaucoup d'entre nous ne seront probablement plus là, ou du moins ne seront plus aussi en forme et actifs qu'aujourd'hui. C'est la vie. Alors, je préfère profiter du moment présent, tant que je le peux.

- Les sanctions internationales imposées à la Russie ont-elles eu un impact sur vos activités liées à l'Amiga ?

J'ai perdu un bon ami Amiga après le début de la guerre. Peut-être n'était-ce pas vraiment un ami, mais je regrette la tournure des événements.

J'ai aussi des relations tendues avec certains utilisateurs Amiga de l'UE en raison de divergences d'opinions sur les origines de la guerre, les responsabilités et le rôle de la Russie. Avec les utilisateurs hors d'Europe, je n'ai généralement pas ce genre de problèmes, ce qui est normal puisqu'ils ne sont pas directement concernés.

Quant aux sanctions elles-mêmes, elles ne rendent pas les choses impossibles ; elles les compliquent simplement. Par exemple, avant, je pouvais simplement aller sur un site web Amiga, acheter quelque chose via PayPal et me faire livrer par DHL en une semaine. Maintenant, il me faut une carte de crédit virtuelle, un proxy ou un VPN, et souvent une adresse de livraison tierce. Résultat : au lieu d'une semaine, cela peut prendre trois semaines et coûter deux fois plus cher à cause de toutes ces étapes supplémentaires.

Hier encore, j'ai essayé d'acheter Radon Break, un jeu AmigaOS 4 de grande qualité développé par EntwicklerX. Je n'ai pas pu finaliser mon achat car le magasin n'acceptait que PayPal (qui n'est plus disponible) ou une carte bancaire. Mon paiement a d'abord été refusé car j'étais connecté via un VPN dans un pays alors que ma carte était enregistrée dans un autre. J'aurais dû tout inverser pour que le paiement fonctionne.

Finalement, j'ai abandonné. Je vais probablement contacter directement les développeurs pour leur demander si je peux leur envoyer des cryptomonnaies en guise de paiement ou de don.

Bien sûr, tous ces problèmes ont une solution. Dépenser cinq dollars de plus n'est pas un problème. Le vrai problème, c'est que chaque tâche simple demande désormais plus de temps, d'efforts et de patience. Parfois, moi aussi (et sans doute beaucoup d'autres Russes), j'abandonne et j'achète autre chose, souvent en Chine, car c'est plus simple.

Donc, tout reste possible, mais c'est plus long et plus frustrant.

Autre problème : Internet lui-même. Malheureusement, il semble de plus en plus fragmenté. Il est désormais courant que certains sites web bloquent l'accès depuis les adresses IP russes, ce qui m'oblige à utiliser un VPN. Dans le même temps, d'autres services sont bloqués par les autorités russes, ce qui m'oblige à nouveau à utiliser un VPN.

Tôt ou tard, je m'attends à ce que la situation devienne encore plus restrictive. Le gouvernement est déjà capable de bloquer des protocoles comme VLESS, SOCKS5 et d'autres. Ces restrictions ne sont pas encore appliquées à l'échelle nationale, mais il est clair qu'il s'oriente dans cette direction. Je pense que ce n'est qu'une question de temps. Bien sûr, je trouverai des solutions de contournement. La plupart des personnes ayant des connaissances techniques en trouveront.

Mais j'ai de plus en plus l'impression qu'Internet se fragmente à travers le monde. La guerre n'a fait qu'accélérer un processus déjà en cours. L'UE et les États-Unis pourraient se retrouver avec un seul écosystème Internet, la Chine a déjà le sien, et la Russie pourrait en avoir un autre.

Ironiquement, ni les sanctions, ni l'intervention d'un gouvernement étranger, ni la poursuite de la guerre n'ont autant affecté les Russes ordinaires que notre propre gouvernement, qui a restreint l'accès à des services comme YouTube et dépensé des sommes colossales pour tenter de bloquer les VPN. À mon avis, c'est l'une des décisions les plus myopes que nous ayons prises. Les conséquences à long terme pourraient être bien plus graves que beaucoup ne le pensent actuellement.

- Y a-t-il une question que je n'ai pas posée et à laquelle vous souhaiteriez répondre ?

Ne croyez pas aveuglément à la propagande, quel que soit le gouvernement ou le pays qui la diffuse. Son but est de vous convaincre qu'une seule opinion est valable et qu'il n'y a pas de place pour le questionnement ou le doute.

Même si vous avez l'impression que tout est limpide et que vous êtes incontestablement du "bon côté", prenez un instant pour vous demander à qui profite votre façon de penser et pourquoi.

Efforcez-vous de penser de manière critique, examinez les informations de toutes parts et forgez-vous votre propre opinion. Ne vous laissez pas manipuler par ceux qui veulent vous utiliser dans leurs jeux politiques.

- Un dernier message pour la communauté Amiga ?

Ne vous dites pas que vous n'avez pas pu faire quelque chose en raison de votre famille, du manque de temps ou de toute autre excuse. Parfois, la vraie raison est tout simplement la paresse. Une fois que vous aurez admis ceci, vous pourrez commencer à penser différemment. La vie est courte, et parmi toutes les choses importantes, il est essentiel de consacrer du temps à ses loisirs et à ses passions. Agissez. Créez. Apprenez.

Ne restez pas avachi sur le canapé comme un vieil homme qui regrette de ne pas avoir accompli quoi que ce soit. Vous le pouvez encore. Alors, lancez-vous !


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