Obligement - L'Amiga au maximum

Mardi 30 mai 2017 - 03:31  

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Entrevue avec Robert J. Mical
(Entrevue réalisée par Arnaud Chaudron et extraite d'Amiga Revue - septembre 1994)


Il y a des jours comme ça, où la chance vous met en présence de personnalités que vous rêviez de rencontrer. Même au fin fond du 18e arrondissement de Paris ! C'est en effet dans les locaux de Cryo que RJ Mical himself m'est apparu...

Tous les possesseurs d'Amiga devraient connaître ce nom. Ceux qui cherchent à se débarrasser de leur A1000 (il en reste) auraient d'ailleurs intérêt à regarder à l'intérieur de son boîtier. Car RJ Mical est une des signatures qui ornent les premières séries de ce modèle. Cela fait de ces machines de véritables pièces de collection pour tous les amoureux de la marque. Et pour cause : il est le créateur d'Intuition, des premières versions des ROM Kernel Manuals, et surtout l'un des premiers salariés d'Amiga Computer Inc. Autant de travaux qui lui confèrent un statut de demi-Dieu chez tous les amigaïstes reconnaissants.

RJ Mical
RJ Mical et Arnaud Chaudron

- Peut-on savoir que fait un des pères de l'Amiga en France, dans les locaux de Cryo ?

Il travaille ! Je suis ici pour donner un coup de main au développeur 3DO pour finir le jeu Megarace sur ce support.

- Quel est votre poste chez The 3DO Company ?

Je suis vice-président et directeur général de la "NTG Division" (département des nouvelles technologies). Comme c'est moi qui ai créé le système d'exploitation de la bête, je fais le tour du monde des développeurs 3DO pour les aider à se familiariser avec les nouvelles possibilités de cette machine.

- Pourquoi vous justement ? Avec un tel poste, ne pourriez-vous pas déléguer cette tâche à quelqu'un d'autre ?

Si, bien sûr, mais à qui ? Je suis le seul avec Dave Needle à réellement connaître la bécane à fond...

J'ai également conçu les systèmes d'exploitation de l'Amiga, puis de la Lynx pour Epyx (rachetée ensuite par Atari), et à chaque fois, j'ai perdu le contrôle du développement de la machine... Vu le résultat, je préfère tout faire moi-même cette fois-ci. Avec la 3DO, l'aspect commercial et "marketing" est bel et bien là. C'est une occasion unique pour offrir au grand public une machine réellement pensée pour lui.

- Finalement tant mieux ! Le hasard fait bien les choses, cela nous permet d'avoir l'honneur de vous rencontrer !

C'est un vrai plaisir pour moi de venir en Europe, car ici j'ai vraiment l'impression que l'équipe avec laquelle j'ai réalisé l'Amiga a apporté quelque chose de positif aux amateurs de micro, et cela me motive encore plus pour les futurs travaux.

- Au fait, pour tous ceux qui découvrent l'Amiga et qui ne connaissent pas l'histoire de la gamme, pouvez-vous (une fois de plus !) nous raconter sa naissance ?

(rires) Bien sûr ! En fait, peu de gens connaissent la vérité sur la création de l'Amiga...

Tout a commencé en 1982 avec trois docteurs en Floride qui cherchaient un moyen de faire fructifier les leurs économies de sept millions de dollars ! Après plusieurs idées assez moyennes, ils trouvèrent plus excitant de se lancer dans quelque chose de nouveau : l'informatique.

Ils débauchèrent Jay Miner de chez Atari où il végétait depuis la mise au point des circuits du 800 XL, le premier micro à avoir une architecture avec plusieurs processeurs réellement dédiés. J'en profite pour lui rendre hommage, car avec sa disparition au début de l'été, l'informatique a perdu un de ses plus grands gourous. J'espère qu'ils ont des fers à souder au paradis...

Dave Morse, qui venait de Tonka Toys, fut embauché pour s'occuper de la gestion et des ventes. L'idée de départ était de faire la console de jeux la plus puissante possible. Mais Jay et ses techniciens avaient des plans beaucoup plus vastes en tête...

- Quel était l'état d'esprit de l'équipe de développement à ce moment-là ?

Nous étions alors très idéalistes. Même en travaillant 20 heures sur 24, je n'ai jamais eu l'impression de me démener. Nous avions de l'amour pour ce que nous faisions et une véritable famille s'est formée autour de ce projet.

Le but n'était pas de faire de l'argent, mais de proposer une machine qui puisse apporter de la satisfaction et de la joie à ses utilisateurs. Nous voulions donner au monde une alternative aux ordinateurs d'IBM et d'Apple. Nous avions presque réussi. Notre machine était peu chère par rapport à ses performances et facile à utiliser. Les chances de succès face à nos concurrents étaient minces mais cela n'avait pas d'importance. Notre plus grande frustration vient du fait que pendant la première année, les ventes d'Amiga et de ses programmes furent identiques à celle du Macintosh... Même le nombre de bogues dans les OS étaient sensiblement identiques ! Ensuite, les erreurs de gestion et les choix illogiques de Commodore, que ce soit au niveau technique ou "marketing", n'ont pas permis à l'Amiga de prendre la place qui lui revenait sur le marché international. C'est ce qui m'a poussé à quitter CBM.

- Quelle taille fait le code source d'Intuition pour l'A1000?

Le listing commenté fait à peu près 30 cm d'épaisseur... J'ai commencé à travailler dessus à 27 ans et cela m'a pris deux ans pour mettre au point le système de l'Amiga. Pour la 3DO, j'ai mis quatre ans. Si seulement Commodore m'avait accordé les 18 mois de développement supplémentaires que je voulais, j'aurais pu faire d'Intuition un véritable device et lui ajouter tout ce que j'avais en tête... Et les bogues auraient été un peu moins nombreux aussi !

- Au fait, d'où vient le nom "Amiga" ?

D'un dictionnaire de synonymes américain ! Nous voulions un nom qui fasse passer une idée de bienveillance, de bonté et "Amiga" était le premier synonyme sur la liste. De plus, le fait que ce nom soit devant Apple dans la liste alphabétique ne faisait de mal à personne !

Je suppose que tu veux aussi savoir d'où viennent les fameux "Guru Meditation" ? En fait, avant que la machine ne soit prête, les dirigeants voulaient faire connaître le nom de la société afin d'avoir une présence sur le marché et préparer les circuits de distribution. Ils achetèrent les droits de quelques accessoires et programmes. Un de ces accessoires était le Joyboard, une sorte de manette sur laquelle on est debout et que l'on contrôle un peu comme un skateboard. En plus des jeux de ski et d'athlétisme, il y avait le Zen Meditation Game. Il consistait à s'asseoir sur le Joyboard et à rester parfaitement immobile. C'était la relaxation indispensable pour rester saint d'esprit avec une machine qui plantait sans arrêt. Les dirigeants de l'époque ne voulaient pas des Gurus, mais ils n'ont rien pu faire contre la volonté des premiers développeurs.

- Durant le CES où l'Amiga fut présenté pour la première fois, les stands autour du vôtre vous surnommaient, vous et Dale Luck (un autre développeur d'Amiga Computer Inc.) "the dancing fools" (les fous dansants). Pourquoi ?

(rires) Comment es-tu au courant de ça ? Ça me rappelle des souvenirs très émouvants, tu sais... En fait, ce CES fut un cauchemar, car rien n'était réellement prêt et surtout pas la démo de présentation de la machine. Nous avons donc travaillé 20 heures par jour, quand ce n'était pas 24, sans manger ni dormir ! Dale et moi mettions de la musique à fond et dansions autour du prototype pendant les compilations pour rester éveillés. Accessoirement, cela servait de prière pour que le programme ne plante pas ! C'est ainsi que la démo Boing a vu le jour !

- Comment et pourquoi Amiga Computer Inc. a-t-elle été rachetée ?

C'est très simple à comprendre. A l'époque où je suis rentré dans cette société, en 1983, le prix prévu pour l'Amiga était de 400 dollars. C'était parfait pour une console de jeux haut de gamme. Trois semaines après, ce prix passa à 600 dollars et grimpa toujours. Le projet était en train de dériver de la console de jeux à l'ordinateur complet. Les grands chefs avaient compris que, vu le marché des consoles, ils avaient besoin de quelque chose de plus puissant pour survivre...

C'est à ce moment-là que les travaux "secrets" des techniciens de Jay se révélèrent payants. Ils avaient tout conçu, du contrôleur de disque au clavier ! Heureusement qu'ils avaient pris de l'avance, car après le CES de Noël, Amiga Computer Inc. était déjà fortement endetté. Amener l'Amiga à ce stade avait coûter déjà bien plus que les sept millions de dollars d'origine, et nous avions encore besoin de plus de temps et d'argent pour pouvoir le mettre sur le marché. Mais nos docteurs de Floride ne trouvaient plus du tout l'aventure excitante et ne voulaient plus mettre un sou dedans. Il nous fallait donc trouver rapidement un nouvel investisseur. Nous avons donc fait des pieds et des mains pour pouvoir présenter un prototype en silicium (et non pas avec des circuits à base de cartes électroniques de 30 cm !) au CES de juin.

Même les professionnels furent étonnés et beaucoup de gens cherchaient sous les tables la vraie machine qui réalisait les images de nos démos. Ils n'arrivaient pas à y croire ! L'argent commençait à rentrer plus facilement... et resortait encore plus vite, car de nombreuses personnes supplémentaires furent engagées pour optimiser le matériel et le rendre moins cher à fabriquer, ou encore pour finir l'AmigaDOS. D'après mon estimation, 49 millions de dollars auraient été nécessaires pour l'Amiga dans de bonnes conditions. Au lieu de ça, Dave Morse a dû hypothéquer deux fois sa maison pour payer nos salaires ! Il nous fallait un repreneur à tout prix. Nous avons donc contacté Sony, Apple, Philips, HP, Silicon Graphics (qui voulait juste les puces) et en désespoir de cause, Atari !

Jack Tramiel, qui venait de quitter Commodore pour devenir le PDG d'Atari, voyait en l'Amiga un moyen de prendre sa revanche en prouvant la supériorité de "son" produit... Atari nous donna 500 000 dollars pour un mois, le temps des négociations. Tout fut dépensé en un jour (dettes, etc.) ! Pendant les négociations, les gars de chez Atari marchandaient, mais à l'envers. Si nous proposions 1,5 dollar, ils voulaient 80 cents. Nous descendions à 1,25 dollar et eux descendaient à 70 cents ! Pas très pratique pour marchander... Nous pensions que c'était fini, le moral de l'équipe était très atteint par toutes ces histoires.

Le miracle se produisit trois jours avant la date butoir de paiement : Commodore appela. Deux jours après, ils avaient racheté Amiga Inc. pour 4,25 dollars par action ! En fait, ils offraient 4 dollars par action mais Dave Morse se paya le luxe de négocier (rires)...

- Que fit Commodore pour l'Amiga ?

Beaucoup, en fait ! Ils investirent 27 millions de dollars dans le projet. La première chose faite avec cet argent fut d'acheter des stations Sun haut de gamme pour tous les programmeurs ! Sérieusement, CBM a eu une bonne influence sur le développement de l'Amiga, car non seulement ils en ont réduit les coûts de fabrication sans perdre trop de performances, mais ils l'ont aussi considéré comme une vraie "business machine". Grâce à cela, ils améliorèrent le clavier et ajoutèrent quelques fonctions que je n'avais pas pensées.

- La mise en liquidation de Commodore vous surprend-elle ?

Non... En fait, Commodore ne pouvait que disparaître. Depuis que j'ai quitté la Corp, je savais que ce jour viendrait. La gestion et le "marketing" de la marque ont toujours été lamentables. J'espère simplement que l'Amiga pourra être sauvé des flots. Je continue à bosser sur mon Amiga chez moi. La disparition totale de cette machine laisserait un trou que ni le Mac ni le PC pourraient combler. La seule chose positive pour moi est que les meilleurs développeurs de l'Amiga sont maintenant chez 3DO !

- Si aujourd'hui, vous étiez le grand chef d'une équipe chargée de développer la nouvelle génération d'Amiga, que mettriez-vous dans un A1800 par exemple ?

Sans vouloir faire de la pub, je crois que l'A1800 serait très semblable à une 3D0 avec un clavier, un disque dur et une sortie RGB. Le système d'exploitation de la 3DO est très proche de l'OS idéal que je voulais réaliser pour l'Amiga. Il est évidemment multitâche et contient toutes les routines qui font défaut à l'Amiga. Le clavier 3DO devrait sortir sous peu et quand vous verrez le "Workbench" de cette machine, les utilisateurs d'Amiga sentiront la ressemblance.



C'est tout pour cette fois, mais ce n'est que partie remise : Cryo étant très actif en ce moment sur la 3DO, nous aurons certainement l'occasion de rencontrer RJ de nouveau.

Une petite anecdote amusante pour terminer : durant toute la durée de notre conversation, RJ n'a pas arrêter de se tromper en voulant prononcer le nom "3DO". Une fois sur deux, cela donnait plutôt : "Amig... Ahem... Excuse me, 3DO". C'est le genre de comportement qui ne trompe pas. RJ reste extrêmement attaché à sa première création, et nous sommes bien placés pour le comprendre, non ?


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