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Entrevue avec Elie Kénan
(Entrevue réalisée par Michel Desangles et extraite de Joystick - avril 1990)


Le PET, premier micro-ordinateur lancé en France, c'était déjà lui... en 1977 ! Aujourd'hui, c'est le PDG d'Atari France.

Elie Kenan est, depuis plus de quatre ans, le Président Directeur Général d'Atari France. Contrairement à la plupart des dirigeants d'entreprise, c'est un poste et une entreprise qu'il a choisis. C'est une personnalité en vue car il connaît ce marché depuis quinze ans ; c'est même l'un des rares qui ont contribué à l'avènement de la micro-informatique en France. Si vous jouez aujourd'hui sur vos machines, quelle qu'en soit la marque, c'est en partie grâce à lui. De plus, c'est un homme doté d'une mémoire fabuleuse ; une véritable encyclopédie vivante que nous sommes allés consulter dans les locaux d'Atari France, à Gennevilliers.

Elie Kenan
Elie Kenan

- Comment êtes-vous arrivé à l'informatique ?

Mon parcours, c'est une licence de maths-physique, Supelec et entrée dans la vie professionnelle dans le début des années 1960. A l'époque, ce qui était nouveau et passionnant, c'était l'informatique. Il y avait à la Bull le Centre national de calcul électronique et scientifique. Donc, je suis entré là-bas du temps où on programmait en binaire, on donnait ses programmes à la machine la nuit et on reprenait les résultats le lendemain. C'était la période héroïque de la grosse informatique, avec un ordinateur qui s'appelait le Gamma 60, un monstre énorme. J'ai participé à cette aventure.

Mais cette grosse informatique était en fin de compte assez impersonnelle. Ce qui m'intéressait, c'était des choses en prise sur la société. J'ai alors décidé de faire Sciences-Po. J'ai donc quitté l'informatique pour faire des études de marché et j'ai dirigé un département à l'IFOP où entre autres, j'ai eu à m'occuper des estimations électorales. C'était la première fois qu'on donnait des estimations précises le soir même des élections, à la fin des années 1960. J'ai fait partie l'équipe qui mis tout ça en place. Entre-temps, j'avais préparé une thèse de doctorat sur les méthodes mathématiques en analyse électorale et en sciences politiques, j'ai décidé de passer à l'enseignement universitaire, principalement en Israël, pendant quatre ou cinq ans. J'ai aussi étudié les sciences sociales et psychologiques.

- Cette passion des sciences mathématiques et sociales découle de l'informatique, en fait.

Absolument. Et au bout de quatre ou cinq ans, j'ai eu envie de faire autre chose. Comme j'avais eu l'occasion de faire des études de marché pour plusieurs organismes, j'ai décidé d'en faire une pour mon propre compte. J'ai donc pris six mois pour la faire, fin 1975 à début 1976. Le résultat de cette étude a été clair : le processeur allait prendre une place prépondérante dans le futur.

- Retour à la case départ, alors ?

A ceci près que la case départ avait elle-même évolué, entre-temps. Les grosses bêtes inaccessibles auxquelles il fallait parler par personne interposée étaient devenues des microprocesseurs, puisque que ceux-ci ont été inventés, grosso modo, en 1974. Les premiers micros ont été créés en 1975. L'un des meilleurs microprocesseurs sur le marché à l'époque, c'était le 6502. Et j'ai été celui qui a lancé le 6502 en France. J'ai demandé à MOS Technology, une petite boîte inconnue, à distribuer leur produit en France, ils ont accepté, et ça a démarré comme ça.

- C'était avant ou après le KIM ?

Justement, c'est moi qui aie lancé le KIM. Le 6502, je le vendais à la fois seul, par exemple au constructeur Cibié qui l'utilisait dans ses voitures, et à la fois sur le KIM-1, que j'ai lancé en avril 1974 (NDLR : 1976 ?). J'écrivais à l'époque des articles dans les revues spécialisées.

- Vous êtes un des rares dirigeants de société informatique qui ait commencé justement par l'informatique, qui soit venu là par passion et pas par l'aspect commercial.

Eh bien, j'ai été séduit par la nouveauté de la chose. Vous noterez que les estimations électorales, je les ai faites au moment où c'était nouveau, et pas pendant les années 1980. C'est pareil pour l'informatique : je n'y travaille que parce que c'est un domaine dans lequel tout reste à faire.

- Vous connaissiez déjà Jack Tramiel, en 1976 ?

Non. La rencontre avec lui s'est passé de la manière suivante. Jack Tramiel était à la tête de Commodore, qui fabriquait des calculatrices, et qui en 1975-1976 s'est trouvé dans de graves difficultés car il y avait une crise dans ce secteur. Pour pouvoir évoluer, Jack Tramiel a racheté MOS Technology, qui lui fournissait des composants. Et comme j'étais le représentant en France de MOS Technology, j'ai eu à rencontrer Jack Tramiel, mais seulement en 1977. Ce qui intéressait Jack Tramiel dans MOS Technology, c'était le 6502, parce qu'il avait l'idée du PET Commodore. Et lorsqu'il l'a lancé, nous nous sommes mis d'accord sur le fait que la société que j'avais créé deviendrait une sorte de Commodore France, du moins l'importateur exclusif de Commodore. Cette société s'appelait Procep. J'ai donc lancé le PET en septembre 1977, après avoir rencontré Jack Tramiel pour la première fois mi-1977.

- Le PET s'est bien vendu ?

Le produit était excellent, complet - des interfaces, de la mémoire, un clavier, un écran, 64 ko de mémoire, et surtout un prix qui était proprement incroyable. La réaction classique lorsqu'on l'a lancé, à 6450 FF, était de dire : "Vous avez oublié un zéro, je suppose". Le zéro oublié était le leitmotiv de tous les acheteurs.

- En somme, vous avez lancé une sorte d'Apple II avant même l'Apple I.

Oui, c'était à peu près la même période. Le seul problème qu'on avait, c'était de répondre à la question : "A quoi ça sert ?". On répondait : "c'est un ordinateur". C'était un lancement incroyable. Et la micro-informatique doit reconnaître que ses racines résident en grande partie dans ses utilisateurs de la première heure. On parle souvent des concepteurs, mais les premiers acheteurs, qui se sont mis immédiatement à développer des milliers d'applications fantastiques, y sont pour une bonne part.

En fait, il y a trois micros qui en empruntant des chemins différents se sont imposés à l'époque : l'Apple II, le TRS-80 de Tandy et le PET. Le TRS utilisait cependant un processeur différent, le Z80. La couverture du premier numéro de l'Ordinateur Individuel, c'était le PET. Et celle de l'Express qui couvrait le SICOB d'avril 1978 aussi. C'était à l'époque le symbole même de ce mouvement naissant. En fait, le phénomène médiatique de l'Apple II s'est fait a posteriori, ce sont les utilisateurs en partie qui ont modifié la mémoire des gens.

- Ensuite, ç'a été le tourdu VIC-20.

Pas tout de suite, il y a eu avant le CBM, qui était plus professionnel, toujours monochrome. On avait l'impression qu'on allait de plus en plus vers l'informatique professionnelle. Mais la grande révolution a été le VIC-20. Parce qu'entre-temps, il s'est passé un phénomène important : l'arrivée des consoles de jeux, en couleurs. Et le VIC-20 était une sorte de croisement entre le PET et une console de jeux.

- Quels étaient les chiffres de vente ?

Pour le PET, quelques milliers. Le VIC-20, nous en avons vendu quelques dizaines de milliers. Mais il n'a pas très bien marché en France, pour plusieurs raisons. D'abord, il ne fonctionnait pas en SECAM ; on importait une machine couleur, qu'on ne savait faire fonctionner qu'en noir et blanc. Et le temps qu'on fabrique un modulateur SECAM, le C64 est arrivé. Lui, nous en avons vendu environ une centaine de milliers. Et il a immédiatement tué la console de jeux. C'est le C64 qui a donné l'image actuelle de l'informaticien, capable à la fois de travailler et de jouer sur son ordinateur.

Lorsque le prix est devenu abordable, les jeunes se sont jetés dessus : en juillet 1983, il coûtait 4900 FF, et en octobre 1983, il coûtait 2500 FF. Le prix a été divisé par deux pendant l'été, et de 2000-3000 par mois, nous en avons vendu 10 000, 20 000 et même 30 000 par mois. Du moins, en commandes, car nous sommes alors rentré de plain-pied dans le succès, et par voie de conséquence dans la pénurie. Un déchirement pour un chef d'entreprise ! Comme Procep n'était pas une filiale, Commodore livrait en priorité les filiales. Et je sais que les filiales limitrophes, comme la filiale allemande, essayait d'inonder la France de ses propres machines. Il était clair que Commodore Allemagne avait cherché à limiter le développement de Procep.

- Et en 1985, Commodore a décidé d'implanter une filiale en France, ce qui a mené aux problèmes qui vous ont obligé à cesser l'activité de Procep. Que faisait Jack Tramiel, pendant ce temps-là ?

Il a quitté Commodore début 1984. Il a racheté Atari en juillet 1984, a présenté l'Atari ST à Las Vegas en janvier 1985 et en France en juin 1985. J'ai pris la direction d'Atari en janvier 1986.

- Quelles sont vos relations avec Jack Tramiel ?

Nous avons des relations de plus en plus proches, de plus en plus amicales, sociales et familiales. Pas seulement de Jack, d'ailleurs, de son fils Sam aussi.

- Et comment êtes-vous arrivé à Atari ?

Tout à fait par hasard. Procep voyait son développement très fortement limité, et Jack Tramiel m'a proposé la direction générale de la filiale française.

- Vient ensuite le lancement de l'Atari que l'on connaît. L'image de machine de jeu qu'avait Atari ne vous a-t-elle pas fait peur ?

Un chef d'entreprise, dans ce domaine, n'a pas à avoir peur ou pas. Le problème était simple : il y avait une machine à vendre, il fallait la vendre. C'était une bonne machine, l'équation était donc simple. Aujourd'hui, la console de jeux est un élément important du marché ; je ne vais pas dire : "attention, Atari n'est pas un fabricant de jeux". Je vais essayer de prendre une part du marché, c'est tout. Atari va être, et est déjà, en fait, une société très forte dans le domaine de la console de jeux. C'est un des nouveaux défis d'Atari France. En nombre, c'est déjà nous qui vendons le plus de consoles de jeux en France, avec le VCS 2600. L'an dernier, on a vendu près de 100 000 consoles de jeux dans ce pays. Personne ne le sait, parce que notre stratégie à l'époque était surtout de consolider le marché du ST. Mais nous ne sommes pas restés inactifs dans le domaine de la console.

Nous avons à la fois travaillé auprès des revendeurs et des utilisateurs, et cette année, nous aurons trois produits : le 2600, le 7800 péritel, et la Lynx. De cette façon, nous touchons tous les publics : moins de 500 FF pour le 2600, moins de 1000 pour le 7800 et pour ceux qui sont vraiment branchés sur la haute technologie, il y aura la Lynx, qui coûtera environ 1700 FF. 1990 sera l'année de la console pour Atari.

- La Lynx ne sera lancée qu'à la fin de l'année, j'imagine ?

Non ! Nous souhaitons la distribuer dès le mois de juin 1990 si nous le pouvons. Pour une raison simple : s'il y a une console qui est parfaitement adaptée aux vacances, c'est bien la Lynx !

- Amstrad compte se lancer, lui aussi, dans la console...

Parlons, si vous le voulez bien, de ceux qui y sont déjà. Encore que, d'un certain côté, le 464 et le 6128 soient un petit peu des consoles. S'ils en ont vendu des centaines de milliers, ce n'est pas parce que des centaines de milliers de gens se sont découvert des talents d'informaticiens. Ils voulaient surtout jouer, et après peut-être utiliser les autres possibilités de ces machines. A certains moments de l'histoire de l'informatique familiale, la console et les ordinateurs se sont entremêlés. Pourquoi Nintendo, par exemple, a quelques difficultés à réussir en France et en Europe, depuis trois ans ? Parce que le marché est différent. Les ordinateurs de type Amstrad, par exemple, n'existent pas aux États-Unis, alors qu'ils sont très forts en Europe. C'est pareil pour le ST, qui n'est pas très fort aux États-Unis, qui est surtout un produit européen.

Une personne qui désire aujourd'hui acheter un produit informatique ou électronique, il a déjà le choix d'un large éventail de produits, de la 2600 à moins de 500 FF, jusqu'au ST complet. Ce qui ne signifie pas que les consoles de jeux japonaises ne puissent pas réussir, mais en tous cas depuis trois ans, ils n'arrivent pas vraiment à s'imposer, parce que le terrain est déjà occupé. Nous l'occupons à plusieurs, et de façon convenable. L'utilisateur est satisfait. Pour quelle raison les MSX ont fait un malheur au Japon et ont échoué partout ailleurs ? Parce qu'aux États-Unis, il y avait déjà le C64, par exemple. Quand un terrain est occupé, il est difficile d'y entrer. En ce qui nous concerne, nous enrichissons notre offre, car Atari qui est déjà le leader de l'informatique de loisir veut continuer à être le leader de l'informatique et de l'électronique de loisir.

- Quelle est la politique d'Atari vis-à-vis de l'annonce des nouveaux produits ?

Il y a deux types de nouveaux produits, et nous ne pouvons pas en parler de la même manière. Les produits qui viennent remplacer une gamme existante, il n'est pas possible d'en parler longtemps à l'avance, sinon on tue son marché. Exemple : on a annoncé le STE deux semaines avant sa sortie. De telle sorte que dès que les gens ont entendu parler du STE, ils ont pu aller en acheter dans les magasins aussitôt. Quoi de mieux pour les utilisateurs, les revendeurs et les fabricants ? Si on en avait parlé avant, on n'aurait rendu service à personne.

En revanche, les produits qui représentent une innovation technologique importante, eux, peuvent être annoncés à l'avance. A partir du moment où Atari m'annonce les recherches sur le Transputer, j'ai envie de partager cette passion avec les utilisateurs. C'est une façon de dire : "voilà où va la technologie de demain". Mais je ne suis en aucune manière pressé de le commercialiser. Des centres de recherche, des laboratoires travaillent dessus, mais pour moi il n'est pas encore disponible. Prenez le Portfolio : on l'a annoncé huit mois avant sa disponibilité. Mais c'était un concept totalement nouveau, celui de l'ordinateur complet de poche. Pour résumer, quand un produit est une simple amélioration d'une gamme existante, c'est une annonce commerciale. Et quand c'est un produit révolutionnaire, c'est une annonce technologique. Si j'étais IBM et que je sortais un produit à base de supra-conductivité, je l'annoncerais cinq ans avant. D'ailleurs, ils ne se privent pas de le faire !

- N'y a-t-il pas de problème de fabrication pour les écrans de la Lynx ?

C'est vrai que c'est un problème. Il n'y a pas beaucoup de fabricants dans le monde. Mais rappelez-vous ce qu'a fait Jack Tramiel pour le 6502 : il a racheté le constructeur. Pour les écrans, c'est une éventualité. D'ailleurs, notre souhait de la commercialiser en juin 1990 montre que ces problèmes ne sont pas si graves que ça.

- Comment marche le Portfolio ?

Nous avons encore besoin de faire un travail complémentaire. Il a du succès auprès des spécialistes, qui savent immédiatement à quoi il servira, et comment le positionner. Il a eu un énorme succès auprès des entreprises, mais celles-ci ont besoin de six mois à un an pour développer les applications qui justifieront l'achat de plusieurs milliers de machines, afin de les mettre entre les mains de leurs commerciaux. Nous travaillons donc sur les applications, comme vous avez pu le constater au Forum PC. En somme, il suffit d'un peu de patience.

Portfolio
Le Portfolio

- Le piratage est quelque chose d'important pour les éditeurs, et certains d'entre eux reprochent aux constructeurs de ne pas "blinder" les machines, ce qui arrêterait le piratage, mais d'un autre côté freinerait les ventes des ordinateurs puisque le piratage est une des motivations qui peuvent faire choisir un ordinateur plutôt qu'une console.

Je crois qu'il y a une règle de base que personne ne doit oublier, c'est qu'il ne faut jamais aller contre la technologie. Si on est une société qui veut apporter la technologie la plus sophistiquée à l'utilisateur, il ne s'agit pas de limiter les possibilités de cette technologie. Si on a une technologie ouverte - c'est la philosophie de l'ordinateur - et qu'on la restreint artificiellement uniquement pour résoudre un problème spécifique, c'est, à terme, un danger pour tout le monde. Au bout de quelque temps, l'informatique individuelle s'en sentirait mal, et les éditeurs se retrouveraient avec un autre problème beaucoup plus grave. Il faut s'attaquer en fait au problème de fond, qui n'est pas la facilité de la copie. Il réside dans la limitation du parc de machines. Il ne se vend pas assez d'ordinateurs individuels. En ne considérant que des ordinateurs 16/32 bits ayant au moins 500 ko de mémoire, ce qui est actuellement la définition de l'ordinateur personnel, il s'en vend actuellement 150 000 par an, les deux tiers étant des Atari. Ce marché est constitué principalement de branchés, de membres de clubs informatiques.

Imaginez que les cassettes musicales ne se vendent qu'à 150 000 personnes en France, à ce type de branchés qui communiquent entre eux et s'échangent tout ce qu'ils ont. Pensez-vous qu'on en vendrait autant ? Pourquoi le piratage est-il moins important en musique ? Parce que le marché est d'un million de personnes, et que vous pouvez vendre 20 000 ou 30 000 cassettes, ce qui suffit à amortir les coûts. En informatique, un titre qui marche se vend à 15 000, et en général c'est plutôt autour de 2000 ou 3000 pièces. Ce n'est pas assez. Si le parc passait à plus de 500 000 machines, le problème serait résolu.

J'invite les éditeurs à essayer avec nous, non pas d'empêcher les fanas de recopier, ce qu'ils n'arriveront jamais à faire, mais d'amener de nouveaux utilisateurs sur le marché. Investissons là-dedans, c'est la seule solution que je préconise. Si vous empêchez les fanas de copier, ils ne vous achèteront plus. Qu'est-ce qui a fait que la console de jeux, telle qu'elle est actuellement, ne peut pas exploser ? Le prix des cartouches, encore à 500 FF chez certains de nos concurrents ! Pour la VCS 2600, nous vendons les cartouches à 100 FF. Pour la Lynx, ce ne sera pas possible au début pour des raisons de rentabilité, mais nous le ferons dès que la technologie le permettra.

- Combien comptez-vous vendre de Lynx en France ?

Tout ce qu'on me livrera. Pas autant que ce que le public me demandera, en tous cas. Je négocie avec la maison-mère pour en avoir le plus possible. Pour en revenir au prix des cartouches, l'idéal est d'avoir des cartouches au prix du disque. Dès qu'elles seront à ce prix, la moitié des gens qui piratent ne pirateront plus. Je trouve que c'est de l'abus de confiance que de proposer à une famille un mange-cartouches à 700 FF et de leur imposer ensuite - car les enfants font pression sur la famille - des cartouches à 500 FF.

- Où en est le Stacy ?

Le Stacy... Écoutez, l'un de nos concurrents, non-compatible PC lui aussi, a sorti de son côté un portable en disant : "Voilà le prix auquel un portable doit être vendu" (NDLR : il s'agit du portable Macintosh). Là-dessus, Atari en a sorti un dans la foulée au quart du prix. Nous étions assez contents. Malheureusement, Atari n'a pas pu respecter son contrat qui était de le commercialiser aussitôt. Car il y a eu une légère erreur de conception : la durée des batteries n'était pas du tout ce qui était prévu. Nous avons donc décidé de lancer les premiers Stacy sans batteries. Ce sera donc un transportable, et pas un portable. Car nous en avons débattu au sein de la société, et puis au bout de deux mois, nous avons informé les utilisateurs de ce problème. Et pour la plupart, ils nous ont dits : "Mais ça ne nous gène pas ! Ce qu'on veut faire avec, c'est le transporter de la maison au bureau, ou au studio, pas taper des textes dans le métro !". Nous sortirons donc une version sans batterie, en informant clairement les utilisateurs de ce fait, au mois d'avril.

- Combien Atari France compte-t-il d'employés ?

Une soixantaine.

- Avez-vous des loisirs ? Comment les occupez-vous ?

J'aime beaucoup la peinture.

- Vous en faites vous-même ?

Non. Quand des gens font des choses si bien, pourquoi essayer soi-même ?

- Quelles écoles préférez-vous ?

Plutôt moderne.

- C'est vrai que vous avez fait quasiment du mécénat, avec Speedy Graphito notamment

Nous avons effectivement travaillé avec Speedy Graphito. Nous avons fait une exposition de jeunes peintres, "Les Allumés De La Télé", nous avons été partie prenante au SAD... Nous allons continuer ce type d'actions dans le courant de l'année.

- L'impressionnisme ?

Moins, je suis plus ému par l'expressionnisme allemand, l'abstrait des années cinquante...

- La musique ?

Un peu moins. Les livres, surtout ; la littérature, mais aussi la bibliophilie, la passion des beaux livres. A partir du moment où mon activité m'a amené à aller vers des choses nouvelles, j'ai trouvé refuge dans les choses anciennes, les vieux livres. C'est une façon de marquer la continuité.

- Que lisez-vous ?

C'est très divers. En ce moment, ce sont plutôt des essais, comme le dernier Attali, le dernier Minc, mais il y a des périodes de romans, avec Albert Cohen, un retour à Céline de temps en temps...

- La télé ?

Je cherche beaucoup, peut-être à cause de mes études, à me tenir informé de ce qui se passe. Je suis la politique de très près.

- Vous avez un Atari chez vous ?

Oui, celui de mon fils.

- Et pas dans votre bureau. Comment se fait-il ?

Je suis un homme de mémoire. Mais tous les gens qui travaillent avec moi ont des Mega ST ou des Portfolio, et quand j'en ai besoin, il me suffit d'aller dans le bureau à côté !


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