Obligement - L'Amiga au maximum

Mercredi 24 mai 2017 - 19:47  

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Entrevue avec Denis Gounelle
(Entrevue réalisée par Serge Hammouche et extraite d'Amiga News - mai 1992)


Suite à la création par Denis Gounelle d'un nouveau Shell et de certaines commandes Unix très intéressantes, je me suis entretenu avec lui afin qu'il nous présente tout cela et aussi pour qu'il traite de certains problèmes dans le monde Amiga en France, des problèmes bien réels qui mériteraient un peu de réflexion de la part de chacun d'entre nous.

Denis Gounelle

- Quand et comment avez-vous connu l'Amiga et qu'est-ce qui vous a poussé à en acheter un ?

J'ai découvert réellement l'Amiga en 1988 grâce à un copain qui avait un A2000 et qui m'a montré les possibilités de cette machine. Ce qui m'a séduit particulièrement, outre ses capacités graphiques, c'est que pour un prix ridicule on dispose d'une machine relativement rapide, multitâche, agréable à utiliser et à programmer.

- Qu'est-ce qui vous a amené à la programmation puis au monde Unix ? Aviez-vous suivi des études en informatique ? Quelle est votre formation ?

Je programme depuis mi-1984. A l'époque, j'avais un TI-99/4A et j'ai commencé par le BASIC avant de passer assez vite à l'assembleur. Après mon bac, j'ai commencé des études en informatique, et j'en suis maintenant à la maîtrise (que j'ai passée en 1990). C'est au cours de mes études que j'ai découvert Unix, mais je dois dire que j'ai énormément appris dans ce domaine pendant mon service militaire, puisque j'ai été administrateur d'un système Unix.

- Je suppose que vous faites partie de ceux qui détestent le côté ludique de l'Amiga ? En d'autres termes, est-ce que la rigueur et la complexité du monde Unix ne vous ont pas fait oublier que l'Amiga n'est aussi pour certains (et même pour beaucoup) qu'une machine de jeux ? Ne trouvez-vous pas cela un peu dommage ?

Je n'ai rien contre le côté ludique de l'Amiga : je suis bien content de pouvoir me défouler de temps en temps avec un bon jeu, et sur notre machine, il y en a beaucoup. Évidemment, je regrette que l'image de l'Amiga se limite à cela, et qu'on oublie trop fréquemment qu'il peut être utilisé "sérieusement", et convient à merveille pour des tas d'autres applications.

- Vous savez qu'APrf est parmi vos programmes celui qui a le plus de succès, surtout depuis qu'il permet de mettre très rapidement les textes sous plusieurs colonnes. Essayez donc aujourd'hui de nous présenter plutôt vos dernières oeuvres.

Je pense qu'APrf n'est pas le plus connu de mes programmes : j'ai reçu bien plus de lettres au sujet d'ADoc, qui permet de gérer très facilement toutes sortes de documentations. Pour l'instant, mes autres programmes sont ARoff (un utilitaire de mise en page inspiré d'un programme sous Unix) et ATb1 (un utilitaire pour mettre en forme des tableaux).

J'ai également porté sur Amiga une vingtaine de commandes Unix. Enfin, je travaille actuellement sur un Shell qui devrait, j'espère, égaler (sinon surpasser) ce qui se fait de mieux dans ce domaine.

- Je suis bien d'accord sur ADoc, mais vos dernières versions d'APrf ne sont pas mal non plus ! Pour vos programmes Unix, y compris votre Shell, nous allons inclure tout cela dans une disquette *Unix#1* pour une distribution en shareware compensé, car c'est du beau travail et à mon sens vous méritez de gagner un peu sur la distribution. Ce Shell, il faut le dire, concrétise l'aboutissement de tout votre travail sur le système Unix. Pouvez-vous nous expliquer en quelques lignes ce qu'est Unix, car, malgré l'arrivée de l'Amiga 3000 Unix, cela reste encore quelque chose d'assez abstrait auprès du grand public ?

Unix est un système d'exploitation relativement ancien (il date des années 1970) mais dont on parle de plus en plus ces derniers temps. Dès ses débuts, Unix proposait en effet tout ce qu'on demande aujourd'hui à un système d'exploitation : il est multitâche, multi-utilisateur, gère la mémoire virtuelle (échanges entre la mémoire et le disque), et dispose d'un langage de commande très puissant.

De plus, pour le développeur, le monde Unix présente l'énorme avantage d'une portabilité presque totale d'une machine à l'autre : il suffit en général de recompiler le programme. Unix a cependant des défauts : il est relativement gourmand en mémoire et en espace disque (ce qui n'est plus très grave de nos jours) mais surtout est peu convivial. Même si les choses s'arrangent sur ce plan, avec les interfaces X Window ou Motif par exemple, et surtout avec l'arrivée du NeXT, pas de mystère : de nombreux débutants en informatique auront bien du mal à s'y mettre !

Cependant, une fois maîtrisé, Unix offre une puissance inégalée grâce à son (ou plutôt ses) langage(s) de commandes, et au nombre impressionnant de commandes qu'il offre (plus de 300 en standard). Sur une machine disposant du système Unix, il est en général possible de choisir entre deux langages de commandes : "sh" (Bourne Shell) et "csh" (C Shell). Ils offrent tous les deux :
  • La gestion des variables.
  • Les redirections en entrée et en sortie "<", ">", et ">>".
  • L'extension des noms de fichiers (exemple : si vous tapez "edit *.c", le Shell remplacera "*.c" par tous les noms de fichiers terminant par ".c" avant d'appeler la commande "edit").
  • La gestion des pipes (exemple : si vous tapez "fgrep csh /etc/passwd | cut -fi -d:", le résultat de la commande "fgrep" sera utilisé comme entrée de la commande "cut").
  • Le lancement de commandes en arrière-plan (exemple : "cc -o prog prog.c &" lancera la compilation de "prog.c" en arrière-plan).
  • La possibilité d'écrire des "scripts" (programmes en langage de commande, avec boucles "for" et "while", conditionnelles "if' et "switch", etc.).
  • La substitution de commandes (exemple : si vous tapez "echo 'pwd'", le Shell remplacera pwd' par le résultat de la commande "pwd").
csh permet en plus l'édition de la ligne de commande, avec alias et gestion d'un historique, mais "sh" est un peu plus complet, il permet même d'écrire de véritables fonctions (avec passage de paramètres), et a une syntaxe plus agréable à mon avis. Rien n'empêche bien sûr de combiner les deux, par exemple d'utiliser "csh" comme interpréteur de vos lignes de commandes, et "sh" pour les programmes en langage de commande.

Notez que la puissance des langages de commandes ne servirait pas à grand-chose si on ne trouvait derrière des centaines de commandes de toutes sortes : après tout, sur un PC aussi on dispose des redirections, des pipes et des fichiers de commandes ! La combinaison de ce grand nombre de commandes et du nombre d'options (parfois impressionnant) qu'offrent la plupart d'entre elles, fait que l'utilisateur est quasiment certain de trouver la commande dont il a besoin pour obtenir un résultat bien précis.

On peut classer ces commandes en cinq grandes catégories :
  • Gestion des fichiers et des répertoires (ls, cp, mkdir, rm, etc.).
  • Traitement des fichiers (grep, cut, tail, sed, etc.).
  • Outils de mise en page/formatage (nroff, tbl, pr, etc.).
  • Examen de l'activité du système (ps, who, sar, etc.).
  • Outils de développement (cc, dbx, lex, yacc, etc.).
A cela, il faut ajouter les diverses commandes de messagerie électronique, d'archivage, etc. et surtout la présence d'une aide en ligne permanente, qui ne se limite pas aux commandes du système mais décrit également toutes les fonctions et structures d'Unix utilisables dans un programme en langage C !

Comme vous le voyez, Unix est un système très complet, et on ne peut que se réjouir de son apparition sur nos Amiga, même si ce n'est que pour quelques (riches) privilégiés.

- En dehors de son prix sélectif, à quelles personnes pensez-vous que s'adresse réellement cet Amiga 3000 Unix ? N'est-ce pas un système destiné aux grosses sociétés, plutôt qu'à un simple particulier ?

Pas forcément. Il y a sans doute pas mal d'étudiants en informatique où de gens qui travaillent sur machine Unix que cela peut intéresser. Il est vrai que le prix est plutôt prohibitif pour l'étudiant moyen.

- Décrivez-nous maintenant votre Shell. Qu'apporte-t-il de nouveau par rapport aux nombreux Shell qui sont déjà disponibles sur Amiga ?

Disons pour commencer que ce Shell n'est pas révolutionnaire, en ce sens qu'il ne propose pas de nouveaux concepts ni une nouvelle approche dans le domaine des interpréteurs de commandes. Par contre, les quelques personnes auxquelles je l'ai montré jusqu'à présent se sont toutes déclarées impressionnées par sa puissance : mon Shell réunit des possibilités que l'on ne trouvait jamais ensemble jusqu'à présent.

Il offre aussi des possibilités inédites, comme par exemple la possibilité, lorsque l'on lance un programme, de préciser directement sur la ligne de commande la priorité à laquelle il doit s'exécuter. Un point important également est la compatibilité presque totale avec les Shell Commodore et ARP. La plupart des utilisateurs ne devraient pas mettre plus de cinq minutes pour installer mon Shell sur leur Amiga.

- Maintenant que vous en avez terminé avec ce Shell et ses commandes Unix associées, vous allez sûrement revenir à une programmation plus classique pour l'Amiga, non ?

A vrai dire, je ne sais pas trop. Je pense d'abord adapter mes différents programmes au système 2.0. Ensuite, je verrai en fonction de mes besoins et de mes idées.

- Vos programmes APrf et ADoc ainsi que votre Shell fonctionnent parfaitement sous système 2.0. Mais je comprends que vous ayez envie d'étudier le nouveau système et de reprogrammer vos utilitaires afin de pouvoir exploiter les nouvelles possibilités qu'offrent les ROM 2.0. A ce propos, ne craignez-vous pas que les remises à jour des Amiga 1.3 vers 2.0 soient très lentes car elles nécessitent de démonter entièrement la machine et seront donc plutôt réservées à une très faible minorité d'entre nous ? Certains n'auront d'ailleurs d'autre solution que de changer leur Amiga pour en acheter un neuf ! Ne trouvez-vous pas cela un peu dommage ?

C'est vrai, mais je pense qu'il ne faut pas hésiter : le système 2.0 est vraiment un gros progrès. De plus, c'est l'avenir, et à mon avis on verra de plus en plus de programmes ne sortir qu'en version 2.0.

- Vous programmez bien sûr en C et peut-être aussi en assembleur. N'avez-vous jamais été tenté par d'autres langages disponibles sur Amiga ? Par exemple que pensez-vous de l'arrivée fulgurante du langage AMOS ? En tout cas, le C est beaucoup plus universel, n'est-ce pas ?

Pour l'instant, je ne travaille effectivement qu'en C. Je fais encore de l'assembleur de temps en temps, pour garder la forme si j'ose dire. Pendant mes études, j'ai programmé en Pascal, en Cobol, en Fortran, en LISP, et j'ai bien sûr fait du BASIC.

Pour moi, le C reste le meilleur langage, car il combine à la fois la puissance de l'assembleur et la souplesse d'un langage de haut niveau. Le Pascal (ou le Modula 2, qui lui ressemble assez) est trop limités et trop "lourds" à mon avis. Je ne connais AMOS que par ce que j'en ai lu dans différentes revues. Il me paraît excellent dans sa catégorie (celle des "Super BASIC"), mais ça m'étonnerait qu'il remplace ou surpasse un jour le C. Le C garde quand même l'avantage d'une très grande portabilité.

- L'informatique devenant de plus en plus puissante, ne croyez-vous pas qu'elle va finir par se tuer elle-même, c'est-à-dire que les ordinateurs en devenant de plus en plus sophistiqués seront dans une dizaine d'années capables de reconnaître parfaitement la parole, et le langage de programmation qu'ils connaitront le mieux sera tout simplement notre dictionnaire français ! Au siècle prochain, fini donc le C et tous les autres langages disponibles aujourd'hui ! N'avez-vous pas cette impression ?

Certainement pas, quelle horreur ! S'il ne reste qu'une personne au monde à utiliser des langages de programmation classiques, ce sera moi ! Au cours de mes études, j'ai souvent rencontré des gens qui ne juraient que par l'intelligence artificielle ou par des langages de programmation comme le LISP ou PROLOG, mais, entre nous, je vois mal un pilote de périphérique écrit avec de tels langages. Je le répète, la grande force du C est de convenir à la fois aux applications de bas niveau et de haut niveau.

- Le progrès est le progrès et je suis convaincu que beaucoup de choses nous étonneront dans quelques dizaines d'années ! Mais je ne voulais pas non plus contester la grande force du C ! C'est aussi le langage que je préfère car il permet parfaitement l'accès à toutes les bibliothèques et structures de la ROM Amiga. En C, on peut réaliser beaucoup de choses impossibles avec d'autres langages comme ces BASIC qui sont à la mode actuellement. En fait, je suis même farouchement contre tous ces langages plus ou moins dérivés du BASIC car ils sont loin de permettre toutes les libertés que permet le C. Ne pensez-vous pas que ceux qui vantent les mérites de ces langages dérivés du BASIC n'ont en fait jamais su (ou voulu) programmer sérieusement leur Amiga avec toutes ses belles structures qui l'habitent et qui sont pourtant si passionnantes à étudier ?

Ces langages sont surtout intéressants pour les débutants. Cela dit, ils ne permettront jamais de faire des programmes aussi "proprement" qu'en C : on n'imagine pas un second Excellence! écrit en GFA Basic ou en AMOS...

- Savez-vous que certains revendeurs Amiga en France n'hésitent pas à contacter les auteurs du domaine public français afin que leurs logiciels quittent le DP pour être commercialisés ? N'avez-vous jamais été contacté et résisterez-vous à cette tentation qui risque d'anéantir le peu du domaine public véritablement français ?

Je n'ai pas été contacté par de telles personnes, et de toutes façons, je refuserais sans aucun doute. Je programme pour mon plaisir et dans l'espoir d'être utile aux autres utilisateurs d'Amiga, non pour de l'argent (Bruce Lepper : et puis, si je peux ajouter un mot, je trouve cela plutôt sympathique que les revendeurs invitent les auteurs de DP de devenir pro. Le commerce, ce n'est pas un crime ! Si le commerce n'existait pas, l'Amiga n'existerait pas. Les deux mondes, DP et commerce, ne sont pas en concurrence, mais se complètent).

- Comment réagiriez-vous si un jour vous voyiez vos programmes distribués sur des disquettes presque vides, ou encore entre des démos pornographiques ?

Cela vous semblera peut-être bizarre mais je me moque un peu de ce qu'il advient de mes programmes. Tout ce qui compte c'est que j'ai eu du plaisir à les réaliser, que je puisse en être fier, et que le plus de gens possible puissent les utiliser.

- Ne trouvez-vous pas regrettable que les journaux Amiga français préfèrent parler ou s'entretenir avec des auteurs étrangers plutôt que de s'occuper de ceux qui existent chez nous ?

Honnêtement, je n'ai pas vu beaucoup d'entrevues d'auteurs étrangers dans les journaux que je lis. Cela dit, vu l'écrasante infériorité numérique des programmeurs français, cela ne m'étonne pas qu'on en parle peu, même si un coup de pouce de temps en temps ne ferait pas de mal. Au contraire, je crois qu'il faut rendre hommage à un journal comme Amiga News, qui consacre régulièrement un article aux DP français.

- Oui, remercions Amiga News qui accepte de parler de temps en temps du DP français et de leurs auteurs. Cependant (et cela est valable pour tous les journaux Amiga français) les pages réservées aux DP internationaux sont beaucoup trop importantes. Ces journaux en viennent même à faire des tests complets de logiciels DP ! Ne trouvez-vous pas que c'est plutôt un non-sens que de faire systématiquement des tests détaillés de logiciels DP, et que les pages étant limitées, ceux-ci se font alors forcément au détriment des logiciels commerciaux ?

Effectivement, je crois que le "devoir" des journaux Amiga est plus de parler des logiciels commerciaux. Peut-être que grâce à cela on ne considèrera plus l'Amiga seulement comme une console de jeux.

- Si les utilisateurs étaient plus correctement informés, il y aurait sûrement beaucoup moins de piratage, non ?

Sûrement. Les éditeurs devraient eux aussi faire un effort. Quand on voit les nullités qui sortent parfois, on a du mal à y croire. Je pense que le milieu de la micro-informatique manque encore de maturité. Heureusement sur Amiga, il y a un dynamisme formidable dans le domaine public, ce qui permet de combler certains manques.

- Pensez-vous que c'est pareil dans les autres pays ? Êtes-vous par exemple abonné à des journaux Amiga étrangers ?

J'ai eu l'occasion de voir quelques numéros d'Amiga Magazine (Allemagne) et Amiga Computing (Royaume-Uni). Le problème est que, pour arriver à vendre suffisamment, les journaux sont plutôt axés vers l'utilisateur "de base" plutôt que vers le programmeur.

- Un autre facteur qui fait qu'il n'y a que peu de programmeurs Amiga en France est peut-être aussi dû au manque de documentations en français et que Commodore France n'a pas l'air de beaucoup se soucier de la chose. Par exemple, avec mes traducteurs, nous avions la possibilité de poursuivre la traduction des ROM Kernal Reference Manual mais Commodore France n'a pas l'air de vouloir nous en donner l'autorisation ! Ne trouvez-vous pas déplorable que Commodore France soit contre de telles traductions qui pourraient pourtant encourager beaucoup plus d'utilisateurs français à programmer leur Amiga et donc éviter que ce dernier ne reste qu'une console de jeux puisque c'est effectivement un domaine où il n'y a pas besoin du tout de connaître l'Anglais !?

Sûrement, mais il faudrait également que l'Amiga s'impose d'avantage dans le milieu universitaire : si Commodore faisait par exemple 30% ou 50% (et surtout le disait haut et fort !) de réduction aux étudiants en informatique, je crois que cela changerait pas mal de choses. Pour peu qu'à ce moment effectivement l'assistance aux programmeurs soit de meilleure qualité, on pourrait assister à une explosion de logiciels de très bonne qualité.

- Vous m'avez dit un jour avoir un peu étudié les nouveautés du système 2.0, notamment les nouvelles fonctions des bibliothèques. Est-ce que vous ne craignez pas que ce système 2.0 soit plus difficile à programmer et risque de décourager encore plus les débutants ?

Ma première impression est que cela ne sera pas plus difficile qu'avec le système 1.3. Au contraire, le fait qu'on trouve par exemple toutes les fonctions pour accéder aux fichiers au format IFF, ou pour faire une requête de fichier, ne peut que me réjouir : c'est toujours ça de moins à faire pour le programmeur.

- C'est effectivement le bon côté des choses pour tous les programmeurs, surtout qu'actuellement les auteurs de DP internationaux ont la fâcheuse habitude de créer à chaque fois leurs propres bibliothèques externes, si bien que par exemple mon répertoire "Libs:" en contient plus d'une quarantaine ! A ce rythme-là où va-t-on surtout pour ceux qui n'ont pas de disque dur ! Que pensez-vous de cette profusion de bibliothèques externes et croyez-vous que le nouveau système 2.0 pourra limiter cette véritable manie des programmeurs à créer pour chaque nouvel utilitaire une bibliothèque de plus ? Je sais que vous ne faites pas cela.

Je suis du même avis que vous à propos de cette profusion de bibliothèques. Si l'existence de certaines bibliothèques, comme arp.library par exemple, est parfaitement justifiée, il est vrai que trop c'est trop, surtout pour ceux qui n'ont pas de disque dur et ont les pires problèmes de place sur leurs disquettes. Je crois que les nouvelles bibliothèques du système 2.0 vont sûrement réduire cet excès. Pour ne prendre qu'un exemple, la nouvelle dos.library comporte quatre ou cinq fois plus de fonctions que celle du système 1.3 et a intégré pratiquement toutes les fonctions de la arp.library. Cela ne marchera que si les auteurs ont le courage de modifier leurs programmes pour profiter du nouveau système.

- Est-ce que, comme beaucoup de personnes que je connais, vous comptez échanger votre Amiga pour un nouveau ayant le système 2.0 ?

Je compte effectivement passer au 2.0 très rapidement, avec l'achat d'un Amiga 3000.

- L'Amiga 3000 c'est surtout pour ceux qui ont besoin d'une plus grande puissance de calcul, pour de la PAO par exemple, ou du graphisme 3D tel que le ray-tracing. Êtes-vous sûr que l'Amiga 3000 puisse apporter quelque chose de plus à un programmeur comme vous, surtout que vous n'avez pas l'intention de vous mettre à la PAO ou aux calculs graphiques intensifs ? Donnez-nous un peu votre opinion sur la gamme Amiga actuellement disponible.

Si je pense acquérir un Amiga 3000, c'est à la fois pour pouvoir profiter du nouveau système 2.0, pour disposer d'un plus grand confort d'utilisation, et pour avoir une machine plus professionnelle que l'Amiga 500 que je possède actuellement. Je ne pense pas que, pour un programmeur, le gain de vitesse apporté par un 68030 soit superflu, loin de là !

Concernant la gamme Amiga, je pense que l'Amiga 500+ est destiné à remplacer rapidement l'Amiga 500 comme modèle d'entrée de gamme. L'écart de prix est ridicule comparé à la différence apportée par le système 2.0 et les nouveaux circuits. L'Amiga 2000 devrait survivre assez longtemps, si le kit de mise à niveau n'est pas trop cher et si Commodore ne le remplace pas par un autre modèle milieu de gamme. L'Amiga 3000 est pour l'instant le meilleur modèle au niveau des performances, mais je pense que son prix est trop élevé pour lui permettre de s'imposer largement.

- Parlons maintenant des virus. Ne trouvez-vous pas que dans la presse Amiga, les virus sont annoncés comme une véritable paranoïa ? Cela fait peur aux gens, et nuit un peu à l'image de l'Amiga. D'ailleurs, nombreuses sont les personnes qui m'écrivent et qui sont complètement effrayées rien qu'à l'idée d'avoir un virus dans leur Amiga alors qu'en travaillant proprement, il n'y a vraiment pas lieu de s'inquiéter ! Par exemple en tant que distributeur de DP, j'ai des milliers de disquettes et je n'ai moi-même jamais été victime d'aucun virus. Ne trouvez-vous pas que les journaux Amiga exagèrent beaucoup à propos de ces soi-disant virus ?

Je pense que oui. Pour ma part, en deux ans et demi, je n'ai eu affaire qu'à trois virus (dont un "Lamer" très récemment), qui ne m'ont jamais causé de gros problèmes. Il suffit de prendre des précautions élémentaires (sauvegardes régulières, examen systématique de toute nouvelle disquette par un antivirus) pour être tranquille.

- Pour conclure, quel avenir voyez-vous pour l'Amiga en France et dans le monde ? Pensez-vous qu'en France la progression va être de plus en plus marquée ? Vous qui connaissez de nombreuses machines qu'avez-vous à dire à ceux qui n'ont pas encore d'ordinateurs chez eux, qui hésitent et ne savent pas encore quelle machine choisir entre, par exemple, un Amiga, un PC, ou un Macintosh ? Je sais que ces personnes sont nombreuses, c'est pourquoi il serait bon de conclure en faisant un point là-dessus.

J'espère sincèrement que l'Amiga sera reconnu un jour, en France et ailleurs, comme un véritable ordinateur professionnel (je parle ici de l'Amiga 3000) et non pas seulement comme une console de jeux. L'Amiga a encore des progrès à faire c'est certain, mais Commodore est sur la bonne voie. Espérons que les éditeurs de logiciels suivront...

Il est temps que les gens réalisent que Commodore a vendu trois millions d'Amiga, et que le nouveau système offre un environnement plus que valable. Il est temps aussi que les gens se rendent compte que les PC sont la plus grosse escroquerie de la micro-informatique : tout le monde ne jure que par eux alors que franchement, il n'y a pas de quoi s'extasier ! Que penser en 1992 d'un système d'exploitation qui limite les noms de fichiers à huit plus trois caractères ? Et dont le langage de commande est rudimentaire au point que pour effacer deux fichiers, il faut taper deux commandes "del" ?

Certains ont critiqué (avec raison) l'aspect des premiers programmes sur Amiga, mais que dire de ceux sur PC ? Je ne citerai que Word, le meilleur traitement de texte parait-il, mais qui a toujours la même interface genre Multiplan qui date de dix ans ! A ceux qui me répondront que les choses vont changer avec OS/2 et/ou Windows 3 (qui commencent à peine à intégrer des choses qu'offre l'Amiga depuis 1985 !) je réponds d'accord mais à quel prix ? Un 386, 4 Mo de mémoire et 50 Mo de disque dur y suffisent à peine !

Dernier point à propos du monde PC : un des soi-disant critères en leur faveur est qu'en achetant un PC, on est sûr de ne pas avoir de problèmes. Là encore, il n'en est rien ! Je peux vous citer trois cas que j'ai constatés moi-même, en un an, où il y a eu les pires problèmes avec des compatibles PC (qui n'étaient pourtant pas d'une sous-marque taïwanaise !). Par exemple, une station CAO avec carte graphique, coprocesseur mathématique et gros disque dur (ajoutez AutoCAD, et vous obtenez une facture de plus de 60 000 FF !) qui plantait aléatoirement et inexplicablement, et est ainsi restée inutilisable pendant trois mois. Et je passe sur les heures nécessaires pour installer correctement la moindre configuration un peu spéciale, sans conflits entre les cartes et/ou les pilotes.


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