Obligement - L'Amiga au maximum

Dimanche 12 avril 2026 - 21:29  

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Entrevue avec Frédéric Letellier
(Entrevue réalisée par David Brunet - octobre 2025)


Au fil des ans, Frédéric Letellier a réussi à constituer d'énormes archives très utiles notamment pour les passionnés d'informatique et de jeux vidéo : Abandonware Magazines et Abandonware Vidéos. Nous lui avons posé quelques questions pour en savoir plus sur l'homme qui se cache derrière.

- Bonjour Frédéric. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Bonjour, je m'appelle Frédéric Letellier, j'ai 45 ans et je vis à Paris. De formation scientifique, je suis titulaire d'un DEA de robotique, ainsi que de deux diplômes d'ingénieur, l'un en instrumentation-mesure, l'autre en informatique. Je travaille actuellement comme ingénieur en robotique au CNRS.

Frédéric Leteller
Frédéric Letellier

Je suis passionné depuis toujours par les jeux vidéo et le cinéma. Je m'intéresse également aux questions de bioéthique, notamment à celles liées à l'intelligence artificielle, à l'euthanasie ou à l'assistance médicale à la procréation (AMP). À ce titre, je suis membre d'un groupe de travail de l'Agence de la biomédecine et, depuis 2022, membre titulaire de la CAPADD, la commission chargée de permettre aux personnes issues d'une AMP avec tiers donneur d'accéder à l'identité de leur donneur.

J'ai aussi un réel intérêt pour les questions de droit. Chaque année, j'essaye de faire une action en justice avec pour objectif de créer une jurisprudence. En 2023, j'avais par exemple déposé deux QPC (Question Prioritaire de Constitutionnalité) qui ont été validées par le Conseil d'État et qui ont ensuite été examinées par le Conseil Constitutionnel.

- Quand et comment avez-vous découvert l'informatique ?

J'ai découvert l'informatique assez jeune, grâce à la présence d'un ordinateur à la maison - un compatible IBM PC. Je ne me souviens plus de l'année exacte, mais je dirais que c'est vers 1987 que j'ai vraiment commencé à m'en servir. Au départ, je l'utilisais surtout pour jouer, puis, en grandissant, j'ai eu envie de mieux comprendre et maîtriser cet outil.

À l'époque, je ne connaissais personne autour de moi ayant de solides connaissances en informatique, et les livres spécialisés me semblaient souvent trop techniques ou peu accessibles. J'ai donc choisi d'apprendre par moi-même, principalement grâce à la lecture de revues informatiques. En avril 1993, par exemple, je lisais PC Novice, un magazine qui m'a beaucoup aidé à approfondir mes connaissances.

C'est plus tard, au cours de mes études supérieures, que j'ai découvert Unix/Linux et que j'ai appris les bases de la programmation orientée objet.

- Quelle est votre configuration informatique actuelle ?

Comme je consacre beaucoup de temps à l'informatique, je suis relativement bien équipé. J'ai une préférence pour les ordinateurs de bureau, car les monter moi-même me permet de choisir chaque composant avec précision.

La configuration de la machine que j'utilise le plus est :
  • Carte mère : Asus TUF GAMING B460M-PLUS.
  • Processeur : Intel i5-10600.
  • Mémoire : 64 Go RAM DDR4.
  • Carte graphique : GeForce RTX 4070 Ti Super.
  • Stockage : 32 To, avec le système d'exploitation installé sur un SSD NVMe.
Parmi toutes mes machines, c'est la seule à être compatible avec Windows 11. Cela m'embête un peu, car je ne sais pas trop quoi faire de mes autres ordinateurs. Ceux-ci fonctionnent bien et répondent à mes besoins, ce qui fait que je souhaite continuer à les utiliser mais dans le même temps, cela me déplaît de prendre le risque d'utiliser un système d'exploitation qui n'est plus maintenu par son éditeur.

Par exemple, j'ai un ordinateur doté de 32 Go de mémoire, d'un SSD NVMe et d'un processeur Intel i7-7700. Il fonctionne parfaitement, mais son processeur est trop ancien pour Windows 11.

- Vous n'avez jamais possédé d'Amiga mais quelle était votre opinion sur cette machine à l'époque ? Que connaissez-vous de son actualité récente ?

Je n'ai jamais possédé d'Amiga, mais plusieurs de mes amis en avaient un lorsque j'étais enfant, ce qui m'a permis de tester de nombreux jeux. À l'époque, jouer sur un Amiga était bien plus agréable que sur mon compatible IBM PC (il ne disposait même pas d'une carte son à l'époque). C'est plus tard, en grandissant, que j'ai découvert l'existence de la scène démo Amiga, et que j'ai réellement pris conscience des capacités impressionnantes de cette machine pour son époque.

J'essaye de me tenir informer de l'actualité rétro, ce qui fait que je pense avoir connaissance des principales informations concernant l'Amiga. Cela dit, je suis loin d'être un spécialiste de l'Amiga.

Je ne possède actuellement aucun matériel Amiga, mais il m'arrive de jouer sur Amiga à l'aide d'émulateurs. Lorsque j'ai envie de rejouer à un jeu des années 1990 ou antérieures, il m'arrive de préférer la version Amiga, si celle-ci est plus réussie que son équivalent sur PC ou Atari ST.

J'espère que je ne vais pas être trop hors sujet mais j'ai récemment apporté une modeste contribution financière au projet de film DEMO porté par Alex Pilot. Ce film abordera la thématique de la scène démo qui était très active sur les ordinateurs 16 bits et c'est un sujet qui m'intéresse. Quand j'étais plus jeune, j'étais impressionné en voyant ce que certains passionnés arrivaient à faire. Pour eux, l'Amiga ou l'Atari ST étaient plus que de simples machines, c'était une façon de repousser les limites avec peu de moyens mais beaucoup d'idées.

- Vous êtes le webmestre du site www.lankhor.net. Pouvez-vous nous en dire plus sur la genèse et l'objectif de ce site ?

J'ai eu mon premier modem en 1996, ce qui m'a permis de découvrir Internet. J'ai immédiatement été fasciné par les possibilités qu'offrait ce nouveau réseau. C'est à cette époque que j'ai appris le HTML, et, désireux de mettre en pratique mes nouvelles compétences, j'ai créé mon premier site Web, consacré à la série X-Files (Aux Frontières Du Réel) et au jeu vidéo Le Manoir de Mortevielle, développé par la société Lankhor.

J'avais découvert Le Manoir De Mortevielle lorsque j'étais enfant, et j'avais été impressionné par la synthèse vocale du jeu - d'autant plus que mon ordinateur de l'époque n'avait pas de carte son, et que j'étais habitué à jouer sans musique ni effets sonores. J'avais accroché au concept d'enquête interactive, mais j'avais été frustré de ne pas réussir à terminer le jeu. Personne dans mon entourage ne l'avait fini, et les revues de l'époque proposaient seulement une solution très sommaire, censée permettre de boucler l'aventure en quelques étapes, mais sans véritablement expliquer l'histoire. J'ai appris plus tard que cette solution concernait en réalité la version Atari ST du jeu. Lankhor avait d'ailleurs mal accueilli la publication de cette solution très sommaire, estimant qu'elle gâchait l'expérience des joueurs, qui pouvaient finir le jeu sans rien comprendre à l'intrigue. Pour la version PC, le studio avait ajouté un QCM final destiné à vérifier que les joueurs avaient réellement résolu l'enquête - et c'est précisément là que je bloquais.

Des années plus tard, j'ai décidé de me replonger dans le jeu, bien décidé à en venir à bout. Pour cela, j'ai recensé minutieusement toutes les conversations entre les personnages, les lieux, les objets et les actions importantes. En créant une page Web dédiée au jeu, j'espérais m'aider à le terminer tout en partageant mes découvertes.

Au milieu des années 1990, la société Lankhor avait disparu en tant qu'éditeur, avant de renaître à la fin de la décennie sous la forme d'un studio de développement. Sur son site officiel, elle avait publié un message précisant qu'elle n'était pas opposée aux sites Internet consacrés à ses anciens jeux. C'est ainsi qu'en 1999, j'ai décidé de consacrer entièrement mon site à Lankhor et à son univers. Puis, au début de l'année 2000, j'ai franchi une nouvelle étape en achetant le nom de domaine Lankhor.net.

www.lankhor.net
Le site www.lankhor.net en 2025

- J'imagine que les gens de chez Lankhor ont eu connaissance de votre site. Quelle fut leur réaction ? Par la suite, vous ont-ils aidé à alimenter le site ? Avez-vous à présent des affinités avec certains membres de l'équipe Lankhor ?

Oui, les membres de Lankhor ont eu connaissance de mon site, et leur réaction a été positive. D'une manière générale, je pense que pour un créateur, c'est toujours gratifiant de voir que son travail suscite encore de l'intérêt des années plus tard.

Ils m'ont fourni de nombreuses explications sur leurs jeux, ce qui m'a permis d'enrichir considérablement le contenu du site. Lors de la fermeture de la société, ils m'ont même offert deux grandes caisses ainsi qu'un cadre contenant le poster de Maupiti Island, publié à l'époque dans la revue Génération 4. Petite anecdote : j'ai toujours ce cadre, et il trône encore aujourd'hui au-dessus de mon ordinateur.

Les deux grandes caisses contenaient les masters des jeux - c'est-à-dire les disquettes originales ayant servi à la duplication commerciale -, mais aussi un Atari ST, un Amiga, et deux gros disques durs Atari. Sur ces disques figuraient notamment les codes sources de plusieurs jeux, un véritable trésor pour tout passionné de rétro-informatique.

Les personnes de chez Lankhor que j'ai eu la chance de rencontrer étaient toutes extrêmement sympathiques, et je garde un très bon souvenir de ces échanges. Je ne dirais pas que nous avons noué de véritables amitiés, mais je suis toujours heureux de les revoir lorsque l'occasion se présente.

- Vous êtes également le webmestre d'abandonware-magazines.org. Pouvez-vous présenter ce site ? Quand et comment a-t-il été créé ?

Le site a été créé en 2002 dans le but de constituer une bibliothèque numérique de revues liées aux jeux vidéo et à l'informatique. À mon sens, ces revues regorgent d'informations précieuses sur les jeux vidéo : tests, avant-premières, solutions, entrevues, publicités avec les prix, et bien plus encore. Il était donc essentiel de préserver ce patrimoine.

À l'origine, j'étais tombé sur un site proposant le téléchargement de numéros de la revue Amstrad 100%. Toutefois, faute d'espace de stockage, il ne pouvait mettre en ligne qu'un seul numéro par semaine. De mon côté, disposant d'un hébergement professionnel, j'avais la possibilité de proposer l'intégralité des numéros. À ses débuts, le site se contentait donc de rassembler des revues déjà numérisées.

Éric "Titan" Cubizolle (de amigamuseum.emu-france.info) a ensuite lancé le "projet Tilt", visant à encourager les internautes à numériser la revue Tilt. Rapidement, d'autres passionnés ont estimé que de nombreuses revues méritaient, elles aussi, d'être préservées par la numérisation. Depuis, toute revue francophone en lien avec les nouvelles technologies ou les jeux vidéo est la bienvenue.

abandonware-magazines.org
Le site abandonware-magazines.org en 2025

- Actuellement, combien de magazines/numéros sont référencés ? Après toutes ces années, arrivez-vous encore à trouver de nouveaux magazines à inclure ?

Le site répertorie actuellement 600 magazines, soit un total de 22 400 numéros. Il convient toutefois de préciser que certains numéros sont référencés sans être nécessairement disponibles au téléchargement.

La numérisation est réalisée par les membres du site, qui semblent, pour l'instant, disposer de suffisamment de matériel pour enrichir continuellement la collection avec de nouvelles revues.

- Êtes-vous intéressés pour inclure des magazines étrangers ?

Le site accepte des magazines de toutes nationalités, à condition qu'ils soient en français. Cette règle est définitive : l'ajout de publications dans d'autres langues représenterait une surcharge de travail trop importante et pourrait également poser des problèmes d'espace de stockage.

- Dans l'histoire des magazines informatiques, quels sont vos favoris ?

J'ai un attachement particulier pour le magazine Tilt, que je trouvais particulièrement bien écrit. Je garde également un souvenir marqué de Joystick : avec sa pagination importante, il me fallait plusieurs jours pour le lire entièrement.

En grandissant, je me suis tourné vers des revues plus généralistes, et je garde un excellent souvenir de Micro Hebdo, que j'étais ravi de lire chaque semaine.

Grâce au site abw-mags, j'ai découvert de nombreux magazines dont j'ignorais l'existence, et plusieurs m'ont vraiment plu. C'est notamment le cas de Micro News.

- Avez-vous noué des contacts (voire des amitiés) avec des personnalités de la presse grâce à Abandonware Magazine ?

J'ai à plusieurs reprises établi des contacts avec des personnalités de la presse, mais ces relations n'ont pas perduré. Le principal obstacle est mon manque de temps libre et ma disponibilité limitée, ce qui rend difficile l'entretien d'un lien régulier.

- J'ai vu qu'il y avait une tentative d'OCRisation du contenu d'Abandonware Magazine. Où en est ce projet ?

Je pense que tu fais référence à Retro Magazine Search, un projet mené par Marc-Aurélien Chardine. Cette initiative permet de trouver beaucoup plus facilement du contenu précis. Par exemple, si l'on cherche le test d'un jeu Amiga, le moteur de recherche indique les numéros contenant ce test.

Dans l'idéal, il serait intéressant d'intégrer cette fonctionnalité de manière plus fluide sur le site. C'est un projet que j'ai en tête et que j'espère pouvoir réaliser en 2026.

- Outre les deux sites précédents, vous vous occupez également d'Abandonware Video et même d'Abandonware Definition. Combien de temps consacrez-vous à la gestion de vos sites ? Travaillez-vous seul ou avez-vous des collaborateurs réguliers ?

Cela fait plusieurs années que je n'ai plus mis à jour le site Abandonware-Videos. Il ne peut malheureusement pas rivaliser avec des plates-formes majeures comme YouTube. D'autant plus que toutes les vidéos présentes sur le site - y compris celles que j'avais moi-même numérisées - ont désormais été transférées sur YouTube.

Concernant Abandonware-Definition, les mises à jour y sont également très rares.

Je consacre environ cinq heures par semaine à mes sites Internet, un temps qui inclut la gestion du serveur ainsi que le traitement des courriels que je reçois. Je suis le seul administrateur du serveur, mais le site est le fruit d'un véritable travail collectif. Ce sont les membres qui réalisent les numérisations et qui coordonnent leurs efforts via le Discord et le forum. Je leur suis profondément reconnaissant pour leur engagement et la qualité remarquable de leur travail. Je précise que tout comme moi, ils réalisent tout ce travail de manière bénévole.

abandonware-videos.org
Le site abandonware-videos.org en 2025

- Quelle est la taille de vos différents sites ? Vous coûtent-ils de l'argent et vous en gagnez avec ?

Je ne dispose pas du décompte précis pour chacun de mes sites, mais l'ensemble occupe actuellement environ 4 To d'espace. J'héberge tout cela sur un serveur SYS-LE-1 de la gamme So You Start chez OVH, où je possède également plusieurs noms de domaine. Cela représente donc un certain coût financier à ma charge.

Mon salaire me permet de financer entièrement mes activités en ligne, sans recours à un financement externe. Le site ne contient aucune publicité et je n'accepte pas les dons.

- Quelle est leur affluence actuelle et l'évolution depuis leur création ?

J'ai fait le choix délibéré de n'installer aucun outil de suivi ou de traçage des visiteurs sur mes sites. Je ne dispose donc d'aucune donnée concernant leur fréquentation.

- Quelles améliorations prévoyez-vous pour vos différents sites ? Et avez-vous d'autres projets ?

Il y aurait de nombreuses améliorations à apporter, mais cela nécessiterait davantage de temps libre.

Parmi les évolutions envisageables, j'aimerais améliorer l'intégration du moteur de recherche Retro Magazine Search au sein d'Abandonware-Magazines. Je souhaiterais également offrir aux utilisateurs la possibilité de choisir le format de téléchargement des magazines - JPG ou PDF. Techniquement, cette option serait assez simple à mettre en place, mais elle poserait certaines difficultés, notamment en termes d'espace de stockage.

L'interface des sites, quant à elle, est très ancienne et mériterait d'être modernisée, mais je ne pense pas que cela puisse se faire dans un futur proche. Lorsque j'ai lancé mes sites, les CMS comme WordPress n'existaient pas encore. J'ai donc tout codé moi-même en PHP - à l'époque, en PHP3. Il existait alors des sites proposant des morceaux de code permettant d'ajouter facilement des fonctionnalités, comme un système de commentaires ou un livre d'or, que j'avais intégrés à mes pages. Aujourd'hui, la plupart des particuliers créent leur site via un CMS, et ces bibliothèques de scripts PHP ont disparu, remplacées par des extensions pour WordPress. À chaque changement de version de PHP, je dois consacrer du temps à adapter mes sites, car certaines fonctions ne sont plus compatibles. Cela a parfois été compliqué, notamment pour les scripts que je n'avais pas codés moi-même et qui dépassaient mes compétences. N'ayant pas réussi à les corriger pour les rendre compatibles avec les versions récentes de PHP, certaines fonctionnalités ont dû être supprimées.

- Quelle est votre réaction quand vous retrouvez du contenu de vos sites sur d'autres sites ? Notamment des vidéos qui sont republiées sur YouTube et donc monétisées ?

Au départ, cela m'a vraiment déplu, surtout parce que, bien souvent, toute mention indiquant que la vidéo provenait d'Abandonware-Videos était retirée. De même, aucune référence n'était faite aux bénévoles ayant fourni ou numérisé la vidéo.

En réaction, j'avais commencé à ajouter un filigrane sur les vidéos du site. Mais j'ai rapidement abandonné cette démarche, car cela prenait trop de temps et, surtout, il était déjà trop tard : les vidéos sans filigrane avaient été massivement téléchargées et mises sur YouTube. De toute façon, je me suis rendu compte que le filigrane n'était pas vraiment dissuasif, puisque les internautes n'hésitaient pas à mettre en ligne des vidéos même marquées du filigrane.

Malgré tout, je considère que cet effort n'a pas été vain. Comme pour les magazines, ces vidéos continuaient d'intéresser des personnes. Cela m'a fait plaisir de constater que des émissions comme NoLife utilisaient des extraits de vidéos que j'avais numérisées. De même, j'ai plusieurs fois constaté que Le Joueur Du Grenier avait utilisé certaines de mes vidéos.

Je porte aussi une part de responsabilité, car plusieurs membres m'avaient suggéré d'ouvrir une chaîne YouTube. Si je l'avais fait et y avais mis toutes les vidéos du site, cela aurait probablement évité que d'autres internautes le fassent à ma place.

- Pour vous, qu'est-ce que l'abandonware ? Avez-vous eu des problèmes avec certains ayants droit qui ne voulaient pas retrouver leurs publications sur votre site ? (des noms ? ;-))

Je conçois l'abandonware comme un moyen de préserver un patrimoine et de le rendre accessible au plus grand nombre. À l'époque de la création du concept, les jeux dématérialisés n'existaient pas et la majorité des ventes se faisaient en magasin. Quelques mois après leur sortie, les jeux disparaissaient des rayons. Parfois, ils étaient réédités dans une version économique à tarif réduit avant de disparaître définitivement. Ainsi, un jeu pour micro-ordinateur sorti cinq ans plus tôt pouvait devenir introuvable à la vente.

Le principe de l'abandonware était donc de proposer gratuitement au téléchargement d'anciens programmes devenus introuvables. Initialement, cela concernait les fichiers du jeu - ROM pour les Amiga, Atari ST ou Amstrad. Rapidement, le contenu a été enrichi : manuels, musiques et autres documents associés.

Avec l'avènement du dématérialisé et des émulateurs (DOSBox, ScummVM, etc.), la situation a évolué : certaines sociétés ont compris qu'il existait une forte nostalgie pour les anciens jeux et que des personnes seraient prêtes à payer pour les obtenir.

J'ai appliqué la philosophie de l'abandonware à mon site de magazines. Seuls les numéros introuvables à la vente sont proposés au téléchargement. Si la revue a disparu, je mets à disposition les numéros avec un décalage de dix ans. Si la revue est toujours publiée, le décalage peut être supérieur. L'objectif est de mettre en valeur le travail des auteurs et éditeurs, et non de leur nuire, c'est pourquoi les numéros encore vendus ne sont jamais proposés en téléchargement.

En 22 ans d'existence, j'ai reçu très peu de demandes de retrait de contenu. Dans l'immense majorité des cas, les échanges étaient cordiaux. Dans certains cas, les ayants droits s'excusaient presque de devoir me demander le retrait de revues. Les seuls problèmes un peu sérieux ont concerné l'éditeur ACBM, ce qui explique l'absence de leurs revues sur le site.

J'en profite pour bien insister sur le fait que si un ayant droit est mécontent de voir son travail sur le site, il ne doit pas hésiter à me contacter. De mon côté, je n'ai aucune objection à retirer du contenu si cela est demandé.

Pour ceux qui souhaitent avoir un exemple de demande de retrait de contenu, le youtubeur Retro Polo a réalisé plusieurs vidéos expliquant une demande de retrait du magazine MEGA Force. Je tiens à souligner que les échanges avec ces ayants droits ont toujours été très cordiaux et qu'au final, ils m'ont autorisé à conserver MEGA Force sur le site.

- Question sans rapport avec l'informatique mais avec votre métier : le vide existe-t-il ?

Cela fait maintenant quasiment quatre ans que je ne suis plus vidiste (expert en vide). Pour répondre à votre question : non, il n'est pas possible d'atteindre un vide absolu dans une enceinte. Cependant, on peut descendre à des pressions extrêmement faibles, de l'ordre de 10 puissance -13 mbar. Atteindre un vide aussi poussé est complexe et nécessite à la fois une conception adaptée et des équipements spécifiques.

Pour présenter mon parcours professionnel, j'ai commencé comme informaticien pour le Premier ministre. J'ai ensuite suivi une formation militaire pour rejoindre la DGA, puis j'ai travaillé en robotique à l'ENSTA. Petite anecdote : dans le bureau voisin, la société Aldebaran développait le robot Nao.

Par la suite, je me suis orienté vers la chimie et la physique dans un laboratoire du CNRS. De 2009 à fin 2019, j'ai travaillé au LAL (Laboratoire de l'Accélérateur Linéaire), un laboratoire de physique du CNRS, où je gérais plusieurs expériences nécessitant un vide poussé. Le LAL est devenu IJCLab début 2020, ce qui a eu des conséquences négatives pour moi. J'ai alors choisi de partir en 2021 pour rejoindre les Arts et Métiers à Paris, où je me consacre principalement à la robotique, tout en réutilisant parfois mes connaissances en vide pour certaines expériences.

Une anecdote intéressante : le laboratoire IJCLab avait anticipé que certains salariés pourraient mal vivre la dégradation de leurs conditions de travail. La direction m'avait proposé plusieurs heures de consultations chez un psychologue pour m'aider à accepter cette situation. Plutôt que de suivre ce chemin, j'ai préféré changer de laboratoire pour trouver une situation qui me convenait mieux. Il faut savoir que les ingénieurs du CNRS peuvent, assez facilement, changer de laboratoire deux fois par an.

- Un dernier message pour la communauté informatique ?

J'aimerais remercier toute la communauté Amiga - et plus largement celle de l'informatique rétro - pour faire vivre cette époque exceptionnelle de créativité et d'ingéniosité. Grâce à vous, cet héritage continue de vibrer : vous le préservez, le documentez et le transmettez aux nouvelles générations avec une passion qui force le respect.


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