Obligement - L'Amiga au maximum

Mardi 30 mai 2017 - 03:29  

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Entrevue avec Lewis Eggebrecht
(Entrevue réalisée par Mike Nelson et extraite d'Amiga User International - janvier 1993)


Note : traduction par Vincent Bouvelle.

Andreas Falkenhahn Lew Eggebrecht, chef de développement chez Commodore. Entrevue réalisée par Mike Nelson pour Amiga User International lors de la Devcon de janvier 1993 qui se déroulait à Orlando en Floride.

Lors de la récente conférence des développeurs qui s'est déroulée à Orlando, j'ai réussi à approcher le vice-président du développement, Lew Eggebrecht, pour discuter de ses antécédents et de son avis sur tout ce qui concerne l'Amiga. Lew est une personnalité très importante qui prend des décisions sur les directions que doit prendre la technologie Amiga, et malgré la courte durée de son mandat, il a réussi à faire pas mal avancer les choses. Les machines à base du jeu de composants AA, l'A1200 et l'A4000, ont vu le jour et Lew a également annoncé tout un tas de développements aussi bien pour les plates-formes actuelles que pour les futurs Amiga. Lew a repris le projet de William Sydnes à un stade où les développements des jeux de composants AA étaient relativement avancés, trop avancés d'ailleurs pour pouvoir revenir en arrière sur des décisions étranges comme ce fameux bus IDE.

Antécédents

- Lew baigne dans le milieu de l'informatique depuis plus de 24 ans, tout droit sorti de l'université pour aller travailler dans la division production et développement d'une toute petite société appelée IBM, qui concevait des processeurs de contrôle et notamment leur premier processeur RISC. Il est ensuite parti à Atlanta, en Géorgie, pour travailler plus étroitement avec le vice-président de la division sur la première série de machines bon marché appelées System 3, System 34 et System 38. Lew :

Ce sont toutes des machines à bas coûts, toute ma carrière a été passée sur des petits systèmes plutôt que sur de gros serveurs. Nous avions formé une petite équipe de test pour étudier des produits à très bas coûts comme l'IBM DisplayWriter et le premier IBM disposant d'un interpréteur BASIC. Le résultat de toutes ces recherches a été bien entendu l'IBM PC, pour lequel j'ai été le chef de projet. Nous avons fait d'autres travaux sur l'architecture, certains ont été repris, d'autres non. Ensuite, j'ai travaillé sur les terminaux 3270 pour les ordinateurs centraux, avant de quitter IBM pour travailler chez Franklin Computers qui développait des produits compatibles Apple. Le problème, c'est qu'ils étaient incapables d'obtenir la licence officielle d'Apple pour leurs logiciels, ils ont donc quitté le marché.

- Lew est passé du domaine de la conception matérielle à celui de consultant logiciel spécialisé dans la programmation en télécommunications, travaillant sur des projets pour AT&T, British Telecom etc.

Nous avons beaucoup travaillé sur le routage de paquets sur les System X25 et nous avions développé le premier paquetage ISDN/RNIS sur un PC, et de ce fait, nous pouvions nous occuper de tous les nouveaux systèmes de communication numériques qui commençaient à voir le jour en Europe et aux États-Unis. J'ai quitté cette société pour créer ma propre société de communication que je possède toujours, mais mes engagements envers Commodore font que c'est ma famille qui s'en occupe.

- Comment vous êtes-vous retrouvé chez Commodore ?

Il y a deux ans, j'ai été appelé par Commodore pour les aider à développer la ligne de production de leur prochaine génération de PC, mon travail initial n'avait donc strictement rien à voir avec l'Amiga. Nous sommes toujours l'un des principaux fournisseurs de PC en Europe, mais ce n'est pas aussi rentable qu'avec l'Amiga ! Ensuite, il y a environ un an, j'ai commencé à travailler sur la prochaine génération du jeu de composants Amiga.

- J'ai demandé à Lew ce qui l'avait fait passé du monde des PC familiaux au monde Amiga :

Eh bien en fait, j'ai travaillé sur Apple, RISC, IBM, et il ne restait donc plus que l'Amiga. Je ne connaissais rien de cette machine et c'est un véritable défi. L'architecture est très intéressante et pleine de promesses. Il est très mal placé dans les applications d'entreprise, mais nous essayons de changer cet aspect et de générer beaucoup d'intérêt pour l'Amiga. C'est l'une des raisons pour lesquelles je sors et je discute avec les gens, je suis plus ouvert en terme de stratégie et d'orientation future, pour prouver aux gens que nous sommes des fournisseurs viables et que nous savons ce que nous faisons. C'est ce qui a fait défaut à l'Amiga dans le passé.

Evidémment, le marketing n'est pas mon terrain de jeu, mais j'essaye de promouvoir l'Amiga d'un point de vue technique : l'idée que l'Amiga est une plate-forme viable, que nous travaillons sur plein de nouvelles choses intéressantes et c'est ce dont les nouveaux développeurs doivent prendre conscience.

- Ça va à l'encontre des méthodes habituelles de Commodore de faire des affaires. Jusqu'où votre influence a-t-elle été ?

Je pense que beaucoup de cadres de haut niveau se sentent mal à l'aise avec la technologie, et ont parfois du mal à la comprendre ou à l'expliquer aux autres. En tant qu'ingénieur, je n'ai pas ces problèmes. Je conçois des choses et fais mon travail d'ingénieur jour après jour, c'est donc plus facile pour moi. Ce n'est pas que Commodore n'était pas ouvert, mais c'est plutôt à cause de leur ancienne gestion du management.

Nous essayons de démontrer notre crédibilité et notre capacité à faire de nouveaux produits. Nous avons des objectifs. Je pense que le fait que nous ayons sorti deux nouveaux systèmes ainsi que d'autres produits au cours de l'année, montre bien que nos ingénieurs ne se sont pas endormis et qu'ils peuvent concevoir rapidement des produits de qualité.

- J'ai fait remarquer à Lew que le groupe Amiga (aussi bien pour le logiciel que pour le matériel) ne représentait qu'une infime partie de l'équipe de développement de Windows et qu'ils avaient pris de l'avance sur ce qu'ils produisent.

Tout à fait ! Dans beaucoup de domaines, l'Amiga est un peu comme les premiers jours de l'IBM PC, à l'époque où ils n'étaient qu'une douzaine. Ça ne surprend pas les gens que les petites équipent bossent bien, même aux premiers jours de Microsoft, Bill Gates a tout fait avec un de ses amis.

- Je me suis toujours demandé pourquoi IBM avait choisi le processeur Intel 8088 plutôt que le 68000 de l'Amiga. Pouvez-vous nous en dire plus ?

A cette époque, il y avait encore du choix, mais l'un des critères qui nous a le plus attiré vers ce processeur était son prix. En plus de ça, il était plus facile de faire tourner des logiciels sur une architecture Intel que Motorola à cette époque, il n'y avait aucun compilateur natif, tout devait donc être fait sur les serveurs IBM, et il n'y avait aucun environnement de développement pour le 68000. Intel a sorti une solution permettant de traduire du code 8080 ou Z80, ce qui nous a permis de migrer certaines applications très rapidement. Cela voulait dire qu'une partie des logiciels fonctionneraient à la sortie de la machine, chose strictement impossible avec le 68000. Ça n'a donc strictement rien à voir avec les spécificités techniques des processeurs, c'était plus une question de rentabilité. La plupart des programmeurs préféraient le mode d'adressage linéaire du 68000, chose que vous pouvez maintenant faire avec de l'Intel.

- Dans quel état était l'Amiga quand vous l'avez repris ?

Eh bien, il y a environ un an, l'AA n'était qu'une sorte de langage. La conception était faite, mais il y avait beaucoup de bogues. Nous avons été trop conservateurs en essayant d'intégrer cette puce à tout prix dans une machine. Nous nous étions fixés comme objectif de sortir un produit avec l'AA pour Noël 1992, et nous y sommes arrivés. Nous avons formé un petit groupe de travail pour faire fonctionner la puce et le produit est bien sorti. Les ingénieurs étaient heureux de travailler sur un tel projet ce qui a permis de surmonter ce manque d'objectifs. Nous avons privilégié la rapidité de conception à sa qualité. Nous avions des ingénieurs logiciels et matériels très ouverts d'esprit et du coup vraiment créatifs, et si vous ne leur donnez pas un but bien précis, ils continuent sans cesse de développer. La transformation d'une idée en un produit est quelque chose que Commodore a toujours eu du mal à maîtriser.

Maintenant, nous changeons nos méthodes de travail. Par exemple, nous avions pris l'habitude de faire 4 à 5 révisions d'une puce, mais aujourd'hui, nous n'en faisons plus qu'au maximum 2. Nous aimons faire bien du premier coup, et maintenant, nous avons tout un tas d'outils faits maison et de simulateurs de puces pour nous y aider. Nous faisons également en sorte d'utiliser des puces standards plutôt que des composants plus spécifiques - si vous laissez les ingénieurs travailler seuls, ils vont à chaque fois vous réinventer la roue, et on ne peut pas se le permettre.

- Pouvez-vous m'en dire plus sur l'AAA. C'est en projet depuis 1989 ?

Oui, nous avons trainé pas mal de temps pour définir son architecture, mais depuis un an, nous y travaillons sérieusement. Il était évident que l'AAA n'allait pas répondre à nos objectifs de coûts pour les systèmes bas de gamme et milieu de gamme. Nous voulions continuer son développement, mais il fallait qu'on trouve rapidement une porte de sortie et l'AA était la solution. Il aurait été intéressant de sortir l'AAA en même temps que l'AA, mais ce n'était pas jouable.

- Qu'en est-il du nouveau AA+ ?

L'AA+ sera une version plus rentable du AA avec toutes les choses que nous avons toujours voulu y mettre mais sans jamais en avoir le temps. Nous avons une liste exhaustive de tous les problèmes connus : le port série, nous ne pouvons pas lire les disquettes haute densité, il n'y a pas assez de bande passante pour faire fonctionner les écrans en 72 Hz, et il n'y a aucun mode d'affichage "chunky pixel". On a donc tout listé et on s'est dit "Ok, on va corriger tous ces problèmes le plus vite possible", c'est pour ça que l'AA+ est plus une extension qu'une nouvelle architecture. Nous faisons de notre mieux, en profitant des progrès technologiques pour réduire les coûts de manière significative, et c'est bien là l'objectif.

- Et pour les gens qui ont acheté un Amiga 1200 ?

Il faudra attendre 1994 pour voir de nouveaux produits. Je ne crois pas qu'il sera possible de mettre à niveau ces machines à cause des puces car elles sont montées en surface. La synchronisation de la mémoire et les interfaces sont complètement différentes, car nous utilisons une méthode appelée "split cycling" (éclatement de cycle) pour faire deux cycles en un. Pour accélérer la sortie vidéo, nous envoyons quatre mots de 32 bits en un cycle de mémoire et c'est la raison pour laquelle on ne pourra pas mettre à niveau les 1200. C'est la même problématique ailleurs, vous pouvez mettre à niveau un 286 en 386 si vous changez de carte mère, et c'est ça le progrès. Nous aimerions que tout ce que nous faisons ne devienne pas obsolète, mais ce n'est pas vraiment pratique - on passe tellement de temps à faire de la rétrocompatibilité que ça va à l'encontre du progrès, mais malgré cela, la compatibilité est toujours un objectif de conception.

La logithèque Amiga disponible est assez limitée, et nous ne voulons pas la réduire plus. Nous voulons nous assurer que si un programmeur développe en respectant le système, son logiciel continuera de fonctionner sur la prochaine génération de machine. Vous ne pourrez pas profiter des nouvelles fonctionnalités, mais vous ne serez pas obsolète. Malheureusement, certains logiciels jouent avec les limites du système et utilisent des fonctionnalités dont nous ne connaissions même pas l'existence ou que nous n'avions pas prévues lors de la conception des systèmes et ça pose forcément des problèmes. Nous passons beaucoup de temps sur des tests de compatibilité.

- Les développeurs de jeux ont tendance à travailler de manière un peu cavalière, et travaillent notamment sur des produits dont la durée de vue oscille entre 6 et 9 semaines. Que pouvez-vous faire pour les aider ?

Nous faisons beaucoup de tests, mais les programmeurs n'utilisent pas correctement les appels système, ils attaquent directement le matériel, et la synchronisation (timing) de leur code est très sensible, du coup, pas mal de jeux ne fonctionneront plus lorsque nous changerons la vitesse du processeur. Nous avons intégré beaucoup de rétrocompatibilités dans l'AAA, mais tout ne fonctionnera pas à 100%. Il y en a toujours qui programment des trucs complètement fous !

- Dans quelles applications voyez-vous l'Amiga dans les quelques années à venir ?

Nous allons clairement continuer sur ce type de "boîtier de salon". Nous avons appris beaucoup de choses avec le CDTV : 1) quel est notre meilleur prix. 2) à quel point la qualité des logiciels est importante. 3) la compatibilité avec les programmes Amiga actuels est primordiale. La plupart de nos ventes ont été faites sur des logiciels initialement prévus pour un ordinateur et non pas pour le CDTV. Nous sommes parfaitement conscients de la nécessité d'une compatibilité Full Motion Video et nous travaillons tous dans ce sens. Sortir le jeu de composants AA était vraiment important et maintenant, nous avons enfin du temps pour nous occuper de l'amélioration du CDTV mais aussi de s'intéresser à d'autres réductions de coûts. Nous ne pouvons pas tout faire d'un coup, nous travaillons donc sur ce qui nous permettra de récupérer le meilleur retour sur investissement. Jusqu'à maintenant, le plus important était de faire des produits de grande qualité, mais nous cherchons maintenant à étendre la gamme de nos produits autour des machines actuelles.

Commodore fait la plupart de ses bénéfices sur des produits à bas coûts, il faut donc bien nous pencher sur cet aspect.

- Quelle est votre vision sur le long terme ?

Nous voudrions une gamme complète de produits allant de la machine familiale jusqu'à la station professionnelle. Nous avons des ressources limitées, et de ce fait, nous devons nous concentrer sur certains points. Nous espérons que les Amiga deviendront un standard en multimédia, c'est pourquoi il nous est capital de rattraper Windows NT et Unix dans un futur proche. Je pressens que dans les cinq prochaines années, les Amiga seront basés sur des processeurs RISC. Nous voulons être les leaders dans le domaine du graphisme, tout au moins sur un rapport qualité/performance, mais qui sait, certaines choses que nous faisons nous permettront peut-être de porter les capacités d'une Silicon Graphics sur un simple ordinateur de bureau, et c'est notre objectif.

- Il est tout de même assez ironique que vous ayez créé le PC, le MS-DOS de Microsoft, Windows, et tous ces préjugés contre l'Amiga. Comment allez-vous parvenir à faire accepter l'Amiga comme machine professionnelle viable ?

Nous pouvons arriver à un point où le processeur n'est plus aussi important et l'utilisateur peut choisir s'il veut utiliser AmigaDOS ou NT, avec une carte graphique PC ou une carte graphique Amiga, comme il le souhaite. Dès qu'une personne a pris l'habitude de se servir d'un Amiga, elle en devient accroc. Ça a toujours été le problème. Faire en sorte à ce que les développeurs écrivent des logiciels est une autre fin très difficile à atteindre à cause de l'aspect financier. Nous vendons des cartes passerelles - aujourd'hui, une carte 486 est disponible pour A4000, bien que nous n'en fabriquions pas nous-mêmes, mais nous encourageons de tiers développeurs à en commercialiser. Nous prévoyons des solutions à bas coût pour l'A1200 ainsi que des produits similaires au Pentium pour 4000, mais encore une fois, avec les ressources dont je dispose, je ne saurais que trop encourager une tierce personne de se lancer dans cette aventure. C'est le genre de technologie qui ne nous apportera pas grand-chose, on fera donc sûrement une coentreprise avec ces personnes.

En fait, lune des premières choses que j'ai faites quand j'ai commencé chez Commodore, a été de transférer les équipes de la division PC vers la division Amiga, et nous nous sommes procurés toutes nous machines DOS auprès des vendeurs taïwanais, comme le font les autres (y compris IBM). Je préfère utiliser ces ingénieurs sur des projets Amiga que sur des projets PC.

- Combien de personnes travaillent actuellement sur Amiga ?

Nous employons 175 personnes pour l'Amiga, assistance technique compris (qui s'appelle "CATS" - Commodore Amiga Technical Support) nous n'avons jamais été aussi nombreux.

- Qu'est-ce qui vous a le plus impressionné dans les produits tiers sur Amiga ?

D'un point de vue technique, l'équipe de NewTek est vraiment excitante. Tout le travail qu'elle a fait dans le domaine de la vidéo est très impressionnant, et nourrit encore plus la force de l'Amiga. L'Amiga trouve sa voie dans des marchés verticaux comme les kiosques d'information, ou les présentations vidéo qui sont indépendants de l'OS. Il n'y a pas besoin d'être compatible PC pour ça. Les performances, le prix, et un bon environnement de développement sont les facteurs qui comptent le plus, et c'est vraiment un grand marché.

- Beaucoup de gens trouvent que dans le domaine de la vidéo, l'Amiga est dans la même situation que le Mac pour le DTP (publication assistée par ordinateur).

Tout à fait. Nous avons toujours voulu garder ces capacités NTSC/PAL, car c'est la clé de la popularité de ce système. Il ne fait aucun doute sur les raisons pour lesquelles l'Amiga est unique, et notamment son interfaçage avec la vidéo.

- De quoi ont besoin les développeurs pour percer dans ces marchés verticaux et pour convaincre les gens que l'Amiga est la machine faite pour ça ?

Dans les applications verticales, l'utilisateur ne voit pas le système - il n'a pas eu le choix du système, celui-ci a été décidé par les concepteurs - mais quand il s'en aperçoit, nous gagnons parce qu'il comprend bien la technologie et ses possibilités. Il est plus facile à l'Amiga de gérer ce genre de situation, parce qu'il n'y a personne dans la salle pour demander "Pourquoi ce ne sont pas des Apple ou des compatibles PC ?". Nous vendons une idée ou un concept plutôt que du matériel, et c'est vraiment efficace.

- Est-ce que les développeurs Amiga sont préparés à ça ?

Nous connaissons beaucoup de développeurs Amiga qui s'orientent vers ces opportunités "verticales". Je pense que notre système est un bon exemple de stabilité, de compatibilité et de performance. Les nouvelles publications sont bien plus stables, elles sont plus faciles à installer. Mais cette qualité a un coût et le bon côté des choses, c'est d'avoir des gens brillants capables de faire des choses brillantes, mais l'autre côté, c'est tout le temps passer à rendre ce travail stable.

- Est-ce que le prix des logiciels Amiga va monter au même niveau que les logiciels PC ?

Pas forcément. L'une des stratégies marketing de Microsoft, c'est d'utiliser des mises à jour. Quand tu achètes un produit, disons, 600 $ et que tu t'enregistres, pour avoir la nouvelle version, ça ne te coûte que 100 $ et c'est ce qui tire les prix vers le bas. Access est le nouveau logiciel de base de données de Windows, vendu à 99 dollars. Il existe une stratégie dans le monde des PC qui consiste à faire la publicité pour un prix et de vendre à un autre ! Je pense que l'Amiga va prendre cette direction.

- Qu'en est-il du marché des jeux vidéo ? Les sociétés de jeux vidéo américaines semblent laisser tomber l'Amiga.

L'A1200 a changé les choses dans une certaine mesure. Beaucoup de sociétés se renseignent sur l'Amiga, mais nous sommes conscients que c'est un problème. Nous avons maintenant une plate-forme accessible et performante qui devrait faire revenir ces sociétés. La plupart de nos ventes se font dans le domaine du jeu vidéo, notamment en Angleterre. En fait, l'Angleterre a toujours été une poule aux oeufs d'or pour Commodore. Kelly Sumner a fait du beau boulot et la réponse au 1200 a été incroyable. Nous les fabriquons en Écosse et nous les envoyons directement en Angleterre, mais nous avons du mal à suivre la demande.

- La plupart des créateurs de jeu vidéo voudrait un son sur 8 canaux. Allons-nous y avoir droit un jour ?

Les capacités actuelles sont de 4 canaux d'échantillons 8 bits à 27 kHz et nous prévoyons que les futures machines auront des capacités CD. Les bruitages et les musiques viendront de ce support, c'est pourquoi il n'est pas vraiment important d'apporter ces canaux supplémentaires. Bien évidemment, notre stratégie, à long terme est d'intégrer un DSP dans nos machines. Il y aura des entrées/sorties audio, et vous pourrez faire à peu près ce que vous voulez.

- Est-ce que cela signifie que la machine AA+ aura un DSP ?

Nous ne pouvons prendre cette décision maintenant, c'est un point sur lequel nous devrons nous pencher mais sur ce laps de temps, toutes les machines, même les bas de gamme, seront susceptibles d'avoir un DSP. C'est une question de coût - bien que la puce AT&T ne coûte qu'entre 20 et 30 $. AT&T dispose de beaucoup d'options bon marché qui permettent une intégration facile sur une carte mère. Le problème avec ce DSP, c'est qu'il n'a qu'un seul canal série, et que tout ce que vous essayez de faire doit passer par ce canal, et en plus à sa propre cadence. Je pense qu'ils travaillent sur un DSP à 4 canaux indépendants, et quand ils y seront arrivés, le DSP prendra tout son sens.

- Qu'en est-il des processeurs RISC et de l'Amiga ?

Nous prenons cette direction comme le font les autres. Même le Pentium est un processeur RISC avec un 386 intégré. Les compilateurs géreront la conception superscalaire, et pourront exécuter deux instructions sur un seul cycle d'horloge. L'architecture de Motorola est plus proche de l'architecture RISC originelle, et d'après ce que nous avons vu chez Motorola, le 68060 appartient à une autre époque et il concentre maintenant toute son énergie sur la production des PowerPC et c'est tout à fait légitime. Par conséquent, il faut à tout prix que nous arrivions à maîtriser cette technologie pour que nous puissions sortir notre propre système à base de PowerPC. Le RISC vous apporte la possibilité de porter d'autres OS comme NT et Unix et vous donne accès à des logiciels de production et à un environnement plus professionnel. Nous pouvons parfaitement faire de la vidéo au sens Amiga avec ce type de processeur. Ce sera toujours un Amiga, et vous serez capable de permuter du processeur 68040 au processeur RISC, ou d'émuler du code 68000. C'est un peu une extension du concept de carte passerelle avec deux machines en une seule.

- Pensez-vous que Motorola s'arrêtera au 68060 ?

Je ne sais pas, mais je les vois mal justifier trois projets de processeurs, dont le 88110, et le Power PC. Les 68000 continueront de se vendre, mais en fait, nous sommes en train de réfléchir sur l'intégration du processeur dans les jeux de composants de l'Amiga, pour la prochaine génération de machines. Cela pourrait représenter de sérieuses économies de production, et pourrait permettre des gains de vitesses, selon le type la mémoire que l'on choisirait.

- Comment cela se passe-t-il chez Commodore ?

Pour l'instant, nous nous amusons bien, les ingénieurs se plaisent et discutent beaucoup entre eux de ce que l'Amiga devrait être.

- Où en sont vos concurrents ?

Nous sommes pris en sandwich avec au-dessus les clones de PC et en dessous Sega, ou une console comme la 3DO, bien que cette console soit un peu hors catégorie à cause de son prix. Nous sommes un peu à l'écart, et il n'y a personne au-dessus de nous qui dispose d'un OS stable. Les clones de PC sont des concurrents non négligeables, car ils font constamment des progrès technologiques, mais ils sont à des années-lumières de maîtriser les concepts du multimédia. Il y a un fossé suffisamment important que nous comblerons nous-mêmes.

- Quelle est la différence entre l'A1200 et l'A4000 ?

L'Amiga 4000 est doté d'un processeur 68EC030 qui est bien moins cher. Il n'y a pas de MMU, ce qui n'est pas gênant, car l'AmigaDOS n'en a pas besoin. Je ne peux pas vous donner le prix, car je ne le connais pas. Le 68040 est très cher (quelques centaines de dollars), comme le processeur 486DX, il représente une part non négligeable du coût total. Il subsiste une grande confusion entre les vitesses d'horloge et la cadence en MHz. Tout est facteur à la fois de la mémoire que vous utilisez avec le processeur, de sa vitesse interne et de la fréquence d'horloge. Allez jeter un coup d'oeil aux tests de performance si vous voulez comparer les vitesses.

- Pourquoi l'A1200 n'a qu'un processeur à 14 MHz ?

C'est pour répondre à l'architecture des puces AA et de la mémoire Chip. Étant donné que les puces ont la priorité sur le processeur sur cette mémoire, ça ne sert à rien d'augmenter la vitesse d'horloge. Pour la mémoire Fast, c'est différent, mais l'A1200 a déjà 2 Mo de mémoire Chip. Ajouter un processeur plus performant n'apportera pas grand-chose à la machine - vous allez juste un peu plus vite pour attendre plus ! Les cartes accélératrices ont leur propre mémoire et peuvent donc fonctionner à n'importe quelle vitesse. Bien sûr, il reste l'éternelle question du coût - plus de vitesse impliquent un coût supérieur, et on parle ici de dollars, pas de centimes !

- Avez-vous arrêté la production des A2000 ?

Presque. Les 2000 ne sont plus utilisés qu'en tant que Toaster, mais NewTek est en train de se convertir à l'A4000, et la version 68030 a l'air de les enthousiasmer. Certaines applications ont besoin d'un port d'extension, mais je ne sais pas quelle sera sa durée de vie. Nous pensons que la tendance naturelle ira vers l'A4000. L'A4000T va bientôt sortir, probablement en été, eh oui, il sera plus cher, à la fois à cause de sa taille plus importante, de son alimentation et du nombre plus important de ports disponibles. L'ajout du SCSI sur la carte mère ne coûte pas si cher que cela.

- Que pensez-vous du bus IDE de l'A4000 ?

Ah oui, ce bus IDE ! Avec la puce AA, nous avons toujours voulu créer toute une famille de machines et le SCSI n'est finalement pas une si bonne idée. L'IDE est bien moins cher que le SCSI et les machines bas de gamme n'ont pas les mêmes besoins en termes de puissance. Malheureusement, nous avons d'abord sorti notre haut de gamme, et les gens ont vraiment besoin du SCSI. Il y aura donc bien du SCSI.

- Un petit message pour nos amis britanniques ?

Continuez à acheter les 1200. Nous sommes vraiment ravis de l'intérêt que vous portez à nos machines et la Grande-Bretagne sera toujours un centre d'intérêt pour nous.

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J'espère que cette entrevue vous a montré toutes les réflexions en cours chez le département de développement de Commodore, et personnellement, j'attends avec impatience que Lew nous annonce la sortie de tous ces projets passionnants actuellement en cours à West Chester. Il y a vraiment un contraste saisissant avec le mur de silence qui alimente toutes ces rumeurs et mensonges qui circulent autour de l'Amiga, bien qu'il ne fasse aucun doute qu'il y aura toujours quelqu'un pour les faire vivre. Il n'est vraiment pas nécessaire de propager ce genre d'information avec autant d'annonces aussi concrètes.

L'Amiga est une machine qui progresse de jour en jour et Commodore a un atout de taille avec Lew Eggebrecht, et même le "Padre" en personne, Jay Miner, semble approuver sa nouvelle approche. Reste à espérer que les commerciaux soient à la hauteur des attentes des ingénieurs. L'Amiga est une plate-forme qui va se diversifier dans le grand public mais également dans le domaine professionnel, et Commodore ainsi que ses développeurs doivent se préparer à tous ces changements.


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