Obligement - L'Amiga au maximum

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Point de vue : Les coulisses du développement de l'Amiga 3000+
(Article écrit par Dave Haynie et extrait de www.ebay.com - mars 2015)


Dave Haynie est un ancien ingénieur de chez Commodore qui a conçu de nombreux matériels. En mars 2015, il a vendu aux enchères plusieurs de ces cartes dont celle de l'Amiga 3000+. Voici la traduction du texte qui accompagnait la vente, un texte rempli d'anecdotes intéressantes.

Note : traduction par David Brunet.

Ceci est un des Amiga qui n'a jamais été terminé. L'Amiga 3000+ fut ma suite de l'Amiga 3000. Nous disposions d'une "Rev 0" (révision 0), c'est pour cela que je mentionne "Rev 1" pour cette vente. C'est une carte créée pour l'expérimentation. La Rev 0 fut directement basée sur l'Amiga 3000 mais avec beaucoup de choses en plus. Tout d'abord, elle disposait du jeu de composants Pandora (renommé plus tard "AA" et enfin "AGA" quand les personnes chargées de sa commercialisation s'en sont occupé). La Rev 0 était opérationnelle avec AmigaOS en février 1991, même s'il fallait quelques listes Copper et codes personnalisés pour avoir un affichage couleur. J'ai probablement été le premier à écrire du code pour ce jeu de composants : je lui ai fait faire des barres colorées dotées de transitions fluides de couleurs, ceci grâce à la palette 24 bits. Bien sûr, le jeu de composants AA fut également disponible, plus tard, avec les Amiga 4000, 1200 et CD32.

Amiga 3000+ Amiga 3000+
L'Amiga 3000+ (recto et verso)

L'autre nouvelle fonctionnalité de l'Amiga 3000+ fut son sous-système DSP. A la fin de l'année 1990, Jeff Porter et moi avions fait le déplacement chez AT&T à Bethlehem, en Pennsylvanie. Ils disposaient de cette nouvelle puce DSP, l'AT&T DSP3210, qu'ils vendaient en remplacement d'une carte électronique entière. Nous ne la voulions pas pour cela, nous la souhaitions en tant que moteur informatique de signaux à usage général. Ils avaient un système d'exploitation, nommé VCOS/VCAS, qui était en quelque sorte en adéquation parfaite pour une interface avec AmigaOS, et qui aurait permis le travail en multitâche du DSP, chose impossible avec les DSP typiques utilisés à l'époque. Le DSP3210 pouvait réaliser des opérations en virgule flottante (en simple précision) dix fois plus rapidement qu'un 68040. L'Amiga 3000+ avait cette puce (utilisée sur la carte en tant que gestionnaire du bus, partageant toute la mémoire avec le port processeur) ainsi que deux codecs audio. L'un était pour les projets modernes (faible débit mono avec correction de phase) et l'autre était en 16 bits (qualité audio CD) pour les entrées/sorties audio de haute qualité. Ce DSP aurait pu nous donner au moins huit canaux de lecture de qualité CD.

Amiga 3000+
Shéma de la carte mère

Une grande partie de ce matériel fut prototypé sur la carte mère Rev 0. Nous avons ensuite décidé d'utiliser un peu de technologie de montage en surface pour la Rev 1. C'était une méthode nouvelle, mais elle devenait de plus en plus importante, même pour le prototypage. Chez Commodore, il était assez courant de construire des prototypes en interne. Pour les cartes avec des trous traversants, cela signifie plaquer la carte dans un cadre, placer les composants un à un, retourner la carte et faire les soudures à la main. Ceci était l'une des raisons pour laquelle nous avions des techniciens à temps plein dans nos laboratoires à West Chester. A la fin de l'année 1990, nous disposions cependant d'une machine pour placer les composants, un genre de robot qui pouvait placer les composants automatiquement sur le circuit imprimé, une fois qu'il avait été programmé pour ce circuit imprimé. Cet Amiga 3000+ Rev 1 était ainsi l'une des toutes premières cartes de Commodore utilisant une technologie de montage en surface.

Une sorte de catastrophe arriva ensuite. Comme beaucoup d'utilisateurs de Commodore le savent, Mehdi Ali, un ex-homme d'affaires et homme de main de Prudential Investments, fut nommé président de Commodore International. Il arriva après les différentes divisions intervenues chez Commodore International, mettant ses hommes en place pour qu'ils soient plus faciles à contrôler et, début 1991, c'était au tour de l'ingénierie. Il licencia le Dr Henri Ruben, ancien vice-président de l'ingénierie chez Commodore, et le remplaça par William Sydnes. Il s'agissait d'une personne travaillant depuis longtemps dans l'industrie informatique. Il avait des titres de gloire... ou plutôt une infamie. William Sydnes fut le chef de file du malheureux projet PCjr d'IBM, et il était la personne, chez Franklin Computer, qui accepta de refaire "à la Xerox" la ROM Apple pour le clone Apple II de Franklin Computer.

William Sydnes arriva ainsi chez Commodore et plaça Jeff Frank, l'un des ingénieurs qui travaillait encore un peu sur les PC de Commodore, en charge du groupe "New Product Development" (développement des nouveaux produits), qui était jusqu'alors le travail de Jeff Porter. Jeff Porter ne voulait pas de pochoirs pour l'Amiga 3000+ : si vous n'êtes pas familier avec la technologie de montage en surface, la soudure qui est déposée sur la carte est essentiellement sérigraphiée sur le circuit imprimé, comme une encre. Cette sérigraphie s'appelle le pochoir (stencil). C'est un modèle en métal avec une épaisseur contrôlée et des trous par lesquels la pâte de soudure passe. Nos techniciens ont donc fait de leur mieux pour réaliser les soudures à la main, et vous pouvez voir la complexité de cette carte. La machine à placer les composants a ensuite déposé les différentes pièces sur ces soudures. On passe ensuite la carte dans un four à refusion qui est essentiellement un gros four très bien réglé avec une bande transporteuse qui le traverse. Mais nous ignorions une chose au début : la carte de l'Amiga 3000+ était un peu trop grosse pour ce four...

J'ai donc récupéré ces cartes et je les ai scrutées à la recherche des pièces qui n'étaient pas soudées, certaines sont même tombées. Ensuite, le vrai bazar commença. J'ai trouvé des courts-circuits à un endroit, puis deux, puis partout. Il y avait toutes sortes de problèmes liés à l'application de la pâte à souder. Il s'agissait de la Rev 2, la plupart des bogues avaient été corrigés et pourtant, après environ un mois, je ne pouvais toujours pas faire fonctionner la carte. Il y avait des traces sur la carte : nous en avions construites deux, mais chacune fonctionnait différemment à cause de ces problèmes. C'était un désastre car nous avions vraiment besoin de davantage de cartes AA pour nos développements.

Je ne dis pas qu'il s'agissait là d'un sabotage intentionnel : il s'agissait plus de l'incompétence générale et bien sûr un peu d'inexpérience avec la technique du montage des composants en surface. De toute façon, les cartes en Rev 1 n'ont jamais vraiment fonctionné. Pendant ce temps, la nouvelle direction de Commodore menait une guerre contre tous les projets en cours, et essayait de faire en sorte que rien de ce que nous faisions ne soit terminé et que l'ancienne équipe d'ingénierie ne fonctionne pas. D'autres projets ont donc été annulés. J'ai été obligé de revenir à la Rev 0 de l'Amiga 3000+ pour travailler sur la Rev 2, et de supprimer tous les composants supplémentaires (j'ai gardé le DSP, mais il y avait trop de composants analogiques et de codecs). Ceci devint l'AA3000 que nous avons ensuite distribué aux développeurs. Ce dernier était construit sur une dalle de contreplaqué car la nouvelle direction considérait que c'était un crime de mettre un AA3000 ou un A3000+ dans un boîtier d'Amiga 3000, même si ces cartes étaient conçues pour s'adapter à peu près à ce boîtier (il n'y avait qu'un petit problème avec certains connecteurs à l'arrière, mais rien de grave car on pouvait réparer cela avec une grignoteuse). Nous avons construit 50 cartes. J'ai monté ma vidéo sur la fin de Commodre (The Deathbed Vigil And Other Tales Of Digital Angst) sur l'une d'elles. Cette carte-ci fut prêtée à un ami mais sa maison a été cambriolée : je n'ai jamais revu la carte.

AA3000
L'AA3000

Cet Amiga 3000+ est superbement conçu, il me rappelle de bons souvenirs mélangés à un certain nombre d'horreurs. C'est cette expérience en 1991 qui m'a convaincu que Commodore, si la société restait avec ces clowns, ne durerait pas. J'aurais aimé avoir tort. Enfin bref, ceci est le circuit imprimé nu en Rev 1, je ne sais pas si d'autres exemplaires ont survécu, mais j'en doute.

Afin de ralentir le développement du jeu de composants AA (à l'origine, nous étions censés commercialiser l'Amiga 3000+ en avril 1992), la nouvelle direction de Commodore créa l'AA Task Force, qui se réunissait une fois par semaine pour faire le point sur les puces et dire en gros que cela fonctionnait. Il n'y avait pas de bogues mais j'en ai trouvé deux au niveau du jeu de composants et j'ai réussi à les corriger de façon externe. A chaque réunion, j'ajoutais un membre à mon équipe de travail personnelle qui, dans mon imagination, effacerait toute preuve de l'existence d'un Mehdi Ali ou d'un William Sydnes.


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