Obligement - L'Amiga au maximum

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Divers : Les Tamagotchis
(Article écrit par Sylvain Terret - août 2004)


Tamagotchi Reloaded

Nous sommes début juin, je suis chez moi et j'attends que le téléchargement de Mozilla se termine sur mon PC. Je m'ennuie un peu. Par terre, au milieu des bouquins sur le C++ et le PHP, traîne un exemplaire du magazine gratuit "A nous Paris II" ramassé quelques jours plus tôt dans le métro. Sans conviction je commence à le feuilleter, survolant d'un oeil distrait une série d'articles sur les restos et bars branchés de la capitale, sans me douter qu'au détour d'une page un vieux flashback me guette : les Tamagotchi sont de retour. Impossible de se tromper, le titre est clair.

Apparus en Europe en 1997, les petits oeufs avaient fait un tabac avant de disparaître de la circulation, passés de mode. La société Bandai avait bien continué d'en distribuer au Japon, créant même des collections spéciales (Angelgotchi, Devilgotchi, Ocean, Forest, Caveman, Père Noël, etc. la liste est longue), mais personne ne s'attendait à les voir revenir ici. Et pourtant, le fait est que pour une vingtaine d'euros et une petite visite au Joué Club du coin vous pouvez devenir le pôpô ou la môman d'un pitit extraterrestre. Aussi incroyable que cela puisse paraître, j'ai décidé de tenter l'aventure.

Le lendemain de la découverte, j'écume l'internet à la recherche d'une boutique proposant ce genre de gadget à la vente. Une fois l'adresse en poche et la journée de boulot terminée, je cours acheter mon nouveau joujou. Planté au milieu des Action Man et autres pistolets à eau, je trouve mon bonheur. Différents coloris sont proposés (noir, blanc, rose, bleu, jaune), j'en prends un blanc. La caissière me demande si je désire le faire emballer, je dis que oui c'est pour offrir à mon gosse, hinhinhin, ces gamins jouent vraiment avec n'importe quoi n'est-ce pas. J'attends tout de même de rentrer chez moi avant d'initialiser la bête, je ne voudrais pas risquer de me cramer dans tout Paris en jouant avec ça dans la rue.

Découverte de l'engin

Une fois installé confortablement dans mon petit (certains diront très petit) studio du 15e arrondissement, je découpe l'emballage et commence par consulter la notice d'utilisation en plusieurs langues (dont le français). La taille de la police de caractères est petite et les instructions manquent un peu de précision. Je recommande la lecture de la version anglaise pour bien tout comprendre. Je reporte mon attention sur le jouet en lui-même : 5 cm de haut, 4 cm de large et 1 cm d'épaisseur, il est peu encombrant et sa forme ovale fait qu'on l'a bien en main. L'écran LCD monochrome de 2 cm carrés surplombe trois boutons en gomme. Le haut de l'appareil est occupé par le port infrarouge et il y a même une chaînette pour porte-clefs. Au dos se situent le bouton "Reset" et une vis cruciforme maintenant le cache donnant accès à la pile bouton type CR2032 et au haut-parleur intégré.

Aussitôt la languette de verrouillage retirée, on se retrouve avec un oeuf qui pompe comme un shadok au milieu de l'écran. Il faut alors appuyer sur le bouton B, celui du milieu, pour que le compte à rebours vers l'éclosion (et la cyber-parentalité) se déclenche. Au bout d'environ une minute, la coquille se casse et on découvre si notre nouvel animal de compagnie est un garçon (chtite boule noire) ou une fille (chtite boule blanche). On saisit la date et l'heure, le jour de notre anniversaire ainsi que le nom qu'on veut donner à la bestiole (cinq caractères maximum). Il faut alors immédiatement la nourrir et jouer avec. Pour ce faire, on navigue parmi les neuf fonctions proposées à l'écran sous forme d'icônes en appuyant sur le bouton de gauche (A) et en validant son choix avec le B (pour annuler, on appuie sur C, tout à fait à droite) :
  • Ligne supérieure
    • Informations
      • Faim, moral, éducation, âge, poids, prénom, sexe, génération
    • Repas
      • Plat ou friandise,
    • Toilette
    • Jeux
      • Danse ou saut d'obstacles
    • Vie sociale (pour rencontrer d'autres Tamas via le port infrarouge)
  • Ligne inférieure
    • Discipline
      • Punition ou encouragement
    • Soins médicaux
    • Lumière
    • Carnet d'adresses (les noms et quelques informations sur ses rencontres)
On peut couper le son en maintenant A et C enfoncés et afficher l'horloge en pressant B quand aucun item n'est activé.

Les commandes sont simples, on prend donc vite le jeu en main. Si au début les repas (MEAL) sont fréquents, ils deviennent nettement plus occasionnels par la suite. Il faut absolument éviter de distribuer des friandises (SNACK) sous peine de voir son petit protégé prendre la forme d'une canette d'Orangina. Un coup d'oeil régulier du côté des informations est indispensable pour s'assurer que tout va bien. Globalement, il ne faut pas laisser le petit oeuf plus d'une heure sans surveillance, car il a vite fait de mourir étouffé dans son caca. Au fur et à mesure que le temps passe, le Tamagotchi grandit, passant de l'état de bébé à celui d'enfant puis d'adulte, sa forme change ainsi que ses besoins : moins dépendant, il est aussi plus sympa à regarder, du moins si on a bien fait son travail, car l'aspect physique de l'animal dépend du soin que l'on met à l'élever. Négligé, il va ressembler à un... euh... ben à rien justement avec une sale tête difforme, des pates de mouche écrasée et un corps de cafard irradié.

La vie virtuelle

A l'usage, les fonctions qui servent le plus fréquemment sont le repas, le divertissement et la toilette, la petite vie d'un Tama gravitant essentiellement autour de ces points. La lumière n'est éteinte qu'au moment où il s'endort, entre 20h et 22h et rallumée le matin aux alentours de 9h. Les soins médicaux ne sont nécessaires que lorsqu'une tête de mort apparaît à l'écran et le carnet d'adresses (qui peut contenir jusqu'à 50 amis) n'est consulté que suite à une connexion avec un autre oeuf pour voir si votre cyber-compagnon va enfin se décider à s'accoupler (avec celui de la voisine du dessus qui vous déclenche des palpitations à chaque fois que vous la croisez dans le hall de l'immeuble, par exemple).

Les deux types de jeux proposés pour éviter la dépression au petit rejeton sont réussis et parviennent en plus à amuser l'utilisateur (qui en a bien besoin vu qu'il a fait une croix sur sa vie sociale afin de pouvoir pouponner tranquille). Le principe du premier jeu, la danse, est simple, mais néanmoins efficace : le petit alien fait un enchaînement de pas que l'on doit reproduire à l'aide des boutons. A chacun des trente tours de jeu il ajoute un pas et va de plus en plus rapidement. Autant dire qu'il faut une solide mémoire pour tout retenir ! Le second jeu, du saut d'obstacles, est moins cérébral puisqu'il est basé sur de l'action pure : une barrière arrive par la droite, il faut sauter par-dessus avant qu'elle ne nous touche. La vitesse va grandissante et il faut réussir une trentaine de sauts consécutifs. Mieux on maîtrise les jeux, plus le moral de la petite bête grimpe. A noter qu'il refuse parfois de jouer, dans ce cas-là il suffit d'attendre le moment où l'ennui provoque l'envie.

Vous vous demandez certainement ce que ça fait de s'occuper d'un animal virtuel au quotidien. Pour être franc, il s'écoule peu de temps avant qu'on s'aperçoive que le Tamagotchi ne fait décidément pas grand-chose de ses journées, sa principale activité étant de buller bêtement ; on a l'impression de regarder un écran de veille. A cela s'ajoute le fait qu'à force d'appuyer sans cesse sur les mêmes boutons pour les mêmes raisons, on en arrive à se lasser, à hésiter entre occire son petit tortionnaire ou se soumettre honteusement à ses bips plaintifs. Les animations spéciales jouées occasionnellement au cours desquelles on peut voir la bestiole boire un café, danser ou chanter ne suffisent pas à relever durablement l'intérêt : l'action en solo est définitivement trop linéaire et statique, l'enchaînement des séquences manque de naturel et fait qu'on a plus l'impression de monter des rushs de film en boucle que d'élever un animal. Je dis en solo, car nous n'avons pas encore abordé la fonction de connexion. De mon côté, il a fallu que je retourne acheter un second Tama, pour mon deuxième fils. Dur.

Autant le dire tout de suite, le fait d'avoir choisi un système infrarouge me fait craindre le pire concernant la durée de vie de la pile. Vu ce que ça donnait sur les calculateurs de poche HP 48 G/GX, je pense que le choix d'une connexion physique aurait été plus judicieux. De plus, il n'est pas toujours évident de bien aligner les deux appareils et les échecs de transmission à répétition sont agaçants. Par contre, les actions provoquées lors des rencontres sont parfois drôles : je me souviens d'avoir ri la fois où RADIS (mon premier Tama) a offert une crotte à SUSHI. Un bon point pour les programmeurs qui ont su mettre une pointe d'humour dans le jeu.

Il y a deux situations distinctes : soit un des aliens va chez l'autre pour discuter et lui donner un cadeau (cape, fleur, gâteau...), soit ils s'affrontent tous les deux à une épreuve de gonflage de ballon (le premier à le faire éclater gagne) ou de vidage d'assiette (celui qui mange le plus remporte la victoire). C'est au cours d'une de ces rencontres que SUSHI a obtenu une balle avec laquelle elle a pu jouer en la faisant rebondir sur sa tête (c'était très mignon), mais les deux n'ont jamais suffisamment sympathisé pour en arriver à procréer. Une entremetteuse est donc venue proposer une femme à RADIS et un Tamabébé est né. La durée de vie d'un Tamagotchi est généralement comprise entre sept et vingt jours. Au bout d'un moment il retourne sur sa planète d'origine en laissant un petit derrière lui qui va devenir votre nouveau cyber-boulet. En somme, vous rempilez, ça repart comme en 40.

Vous l'aurez compris, en ce qui me concerne je considére que j'ai dépensé 39,80 euros dans un produit qui manque d'intérêt. Si je le compare à celui que j'ai acheté il y a sept ans, je constate malheureusement que la différence n'est pas bien grande, on était en droit d'espérer un plus grand dépaysement. Technologiquement, un effort aurait pu être fait pour améliorer la définition de l'écran et ajouter des fonctions supplémentaires. J'imaginerais bien un truc de ce type équipé d'un détecteur de lumière et de température, bénéficiant d'un algorithme de simulation plus évolué et destiné à un plus large public (on pourrait en faire un petit gadget de bureau par exemple). Le concept du Tamagotchi en lui-même est sympa, mais tel qu'il est présenté aujourd'hui il souffre d'une image de joujou pour gamin, ce qui est dommage vu le potentiel d'amusement qu'il recèle.

Bilan

Les plus :
  • Un concept sympa.
  • Un prix raisonnable.
Les moins :
  • Un algorithme de simulation trop simpliste.
  • Un intérêt finalement limité.
  • Une image de joujou pour enfant.
Pour ceux qui veulent y jouer mais sur leur Amiga, vous pouvez le faire avec AmiTamagotchi et Tamigatchi, deux adaptations freeware disponible sur Aminet.


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