Obligement - L'Amiga au maximum

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Entrevue avec Jac Pourtant
(Entrevue réalisée par David Brunet - avril 2010)


Les lecteurs d'Amiga News se souviennent sans doute d'un des plus actifs contributeurs de ce journal : Jac Pourtant. Sous ce pseudonyme se cache un artiste qui manie aussi bien le pinceau, la guitare que la souris. Il nous raconte, dans cette entrevue, sa tranche de vie avec l'Amiga et même un peu plus...

Jac Pourtant - Bonjour Jac. Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Bonjour à tous les amigaïstes qui me connaissent, à ceux qui ne me connaissent pas, et... à tous les autres !

Je m'appelle Jac(ques) Petit-Jean-Boret, je vais avoir 60 ans en juillet 2010. Je n'ai pas trop de hobbies fixes, je suis curieux de tout et ne me tiens pas à une seule occupation, je suis un touche-à-tout, un généraliste plutôt qu'un spécialiste. Toutefois la grande constante de ma vie, c'est la musique, toutes les formes de musique, de toutes époques, de tous genres, de toutes provenances, avec une préférence pour les musiques qui m'étonnent. Je suis moi-même un piètre instrumentiste mais je connais très bien la composition, l'harmonie, le contrepoint, le jazz, etc. Et puis j'aime les langues et notamment la française qui a des richesses infinies, encore plus sous forme de chanson.

- Quand et dans quelles circonstances avez-vous rencontré l'Amiga ?

En 1989, j'habitais avec ma compagne allemande à Formentera, petite île jadis de rêve aux Baléares. A l'époque, je survivais de ma peinture et de ma musique et cette année-là avait été meilleure financièrement, aussi j'étais décidé à me faire un cadeau. Nous n'avions pas l'électricité, juste trois petites plaques solaires qui permettaient d'éclairer, d'avoir un tourne-disque et un convertisseur 220 V pour la perceuse. Mon bouquin de chiottes était le catalogue allemand "Conrad", pour les accessoires solaires. Il y avait aussi des pages sur les orgues genre Casio et j'essayais péniblement de choisir un modèle avec mon allemand encore approximatif à l'époque. Au bout de quelques mois, j'avais jeté mon dévolu sur un clavier synthé. Et puis, les derniers jours avant notre périple annuel à travers la France et l'Allemagne, à présent sûr du modèle que je convoitais, assis sur mon trône, je me suis mis à feuilleter les pages que je n'avais jamais eu la curiosité de regarder. Des ordinateurs, ouais, ça ne m'intéressait pas plus que ça.

Et tout-à-coup, je tombe sur "Amiga l'ordinateur créatif", graphisme en 4096 couleurs et musique. Kwa ? Pour le même prix que mon organette, je pouvais avoir ça ? Ma résolution de plusieurs mois chavira instantanément. Dans une foire à Stuttgart, j'achetai donc un Amiga 500 et un clone 1084.

De retour aux Baléares, je m'attelai à la tâche de faire fonctionner la bête. Las, au coeur de l'hiver, jours courts peu ensoleillés, l'installation solaire s'avéra être insuffisante pour être devant ma nouvelle amie plus de 20 minutes par jour. J'enrageai ! Les voisins, allemands aussi à 100 m de là avaient le courant, eux. Ils n'étaient là que l'été et je les appelai au téléphone, leur exposai mon problème et leur demandai de pouvoir faire un branchement sauvage chez eux, en leur payant le courant bien sûr. Ils étaient sympas et acceptèrent. La nuit, je creusai une petite tranchée pas bien profonde le long du chemin et y enfouis une longue rallonge. Après cela, ça allait déjà mieux. Malheureusement, les orages sont fréquents là-bas et chaque fois, mon installation faisait disjoncter leur compteur. Et je n'avais pas leurs clefs. Je devais appeler leur jardinier pour qu'il vienne à ma rescousse. Et ça prenait parfois deux ou trois jours avant qu'il vienne. Dur, j'étais mordu et y passais déjà plusieurs heures le soir. Ma compagne ne trouvait pas l'Amiga trop de son goût...

Je n'avais que le manuel de base et trois disquettes de domaine public. Une d'édition de son, un programme de raytracing rudimentaire qui je crois s'appelait DWB Render ou quelque chose comme ça, sans modeleur, il fallait rentrer les coordonnées des points manuellement. Et puis un programme Deluxe Paint en ABasic (un clone d'AmigaBasic). Le tout en allemand... Mais petit-à-petit, je parvins à faire fonctionner tout ça. Comme c'était insuffisant, je me mis à programmer en AmigaBasic.

Des surfaces fractalotrigonométriques, des petites animations, un programme de confection de sons, j'inventai l'anticrénelage sans savoir que ça existait déjà, etc. J'avais fait une carte en relief de l'île où j'avais rentré 120 000 hauteurs manuellement grâce à une petite application aussi AmigaBasic qui me permettait de peindre les hauteurs pour aller un peu plus vite et après je faisais monter le niveau de la mer mètre par mètre. C'était lent, vingt secondes par mètre !

J'achetais Amiga Magazin, principale revue allemande dédiée, quand il voulait bien arriver sur mon île et ce canard était fabuleux ; des trucs et astuces, des cours, des articles sur des modèles plus puissants qui ne me faisaient même pas rêver, j'étais content avec mon 500 et ses 512 ko... A l'aide de ces cours, je me programmai un Deluxe Paint que je ne pouvais pas me payer. 6000 lignes de code en AmigaBasic !

Et puis le gendre de ma compagne, excellent programmeur et maintenant PDG d'une grosse boîte de programmes de traduction aux États-Unis est venu passer des vacances. Il m'a vu faire et a été étonné des résultats sur une aussi petite machine. Un mois après son retour en Allemagne, je recevais de sa part un ensemble de développement en Modula-2. Sympa, mais je ne comprenais pas pourquoi. C'était très bien, l'AmigaBasic ! Enfin, après plusieurs mois d'obstination, je me dis que je n'avais rien à perdre d'essayer. C'était beaucoup plus compliqué et très structuré, pas comme mes petits programmes faits dans un désordre où j'avais parfois moi-même du mal à m'y retrouver. Mais les résultats étaient surprenants au niveau de la vitesse d'exécution. Cent fois plus rapides grâce au compilateur ! Et puis je décidai de passer à l'assembleur, encore mieux !

- Quelles étaient vos activités favorites sur cet ordinateur ?

J'ai tout essayé, mais évidemment le graphisme tenait une place de choix. En tout cas, grâce ou à cause de l'Amiga, l'ordinateur est devenu une maîtresse exigeante, et même presque une épouse et j'y suis plus fidèle qu'à aucune autre compagne en chair et en esprit. Je ne veux pas calculer les heures que j'ai passées devant mon nez-cran, ça me ferait sûrement un choc.

J'avais fait des études d'informatique au début des années 1970, mais orientées gestion, ce qui ne m'intéressait pas trop. Je faisais déjà des graphismes à la fac et des tableaux de notes de musique qui n'étaient pas écoutables puisqu'il n'y avait pas d'interface audio à l'époque. Tout était très laborieux, il fallait écrire ses programmes au crayon, faire perforer ses cartes, amener un lourd carton de cartes à l'ordinateur qui occupait une gigantesque salle, faire une compilation, revenir deux jours après pour constater qu'on avait fait plein d'erreurs, les corriger, donc reporter le programme plusieurs fois jusqu'à ce que la machine l'accepte, puis faire des essais avec un jeu de données, recommencer jusqu'à ce que ça tourne, et on n'était pas à l'abri d'un bogue caché. Ça pouvait prendre plusieurs semaines. J'avais abandonné l'informatique, qui pourtant m'intéressait mais seulement au niveau créatif et je n'aurais jamais imaginé avoir un jour sur une table un ordinateur qui fasse ce qu'on en voulait, en direct !

Quand les premiers Mac et PC sont arrivés, je n'étais plus au sein de la "civilisation" mais retiré sur mon île. L'Amiga a été une révélation.

- Comment êtes-vous entré dans la rédaction d'Amiga News ?

Deux ans plus tard (1991), nous déménageâmes pour la Provence. Là, plus d'Amiga Magazin à 300 pages dans les kiosques. Ni les autres six revues allemandes bien grasses elles aussi. Juste Amiga News et Amiga Revue, notablement plus maigres. Dame, contre le million et demi d'Amiga allemands, il n'y avait que 60 000 machines en France. Enfin, je trouvai un petit bonheur dans Amiga News et m'abonnai à Amiga Magazin en Allemagne. Puis un jour, à la foire agricole de Carpentras, je tombai sur un ado attablé dans un coin devant un Amiga. Nous sympathisâmes, il me passa quelques programmes, je lui donnai mes programmes made at home et un jour, il me présenta un copain à lui, le fameux Lucas Janin. Il faisait déjà des trucs incroyables en 3D, et... il écrivait des articles dans Amiga News ! L'idée me vint, pour subventionner un abonnement à toutes les revues allemandes de me les faire payer en faisant une revue de presse sur les articles allemands dans son magazine. Il fit part de ma proposition à Bruce Lepper, rédacteur en chef, qui accepta. C'est ainsi que je commençai, sous le pseudonyme de Jac Pourtant à avoir mon quart de page.

- Pourquoi avoir utilisé un pseudonyme ? Quelle est l'origine de ce pseudonyme ?

Ayant toujours eu des velléités d'écriture, j'avais déjà pensé au pseudonyme que je prendrais, mon patronyme étant long et pas très à mon goût, "pourtant" est un bien joli mot. Il ouvre une porte sur la fin présumée des raisonnements. Et comme beaucoup de pigistes avaient un pseudonyme, le mien était tout trouvé.

- Quels types d'articles rédigiez-vous ? Combien étiez-vous payé pour ce travail ?

Au début donc, et jusqu'à la fin d'Amiga News d'ailleurs, j'ai fait la revue de presse allemande qui était la plus riche du monde Amiga. C'était très fatigant. Faire du graphisme sur ordinateur ne fatigue pas les yeux, la rédaction si. Et il fallait que je comprenne bien le sens des articles en allemand technique afin de ne pas tromper les lecteurs avec des informations erronées. Alors passer constamment des revues à l'écran m'épuisait, car ça me prenait deux semaines pleines de faire ça.

Ensuite, les tests de logiciels étaient beaucoup plus agréables, j'étais en pleine découverte et la rédaction était plus aisée puisque je la menais à ma guise. Je crois avoir testé tous les logiciels de graphisme et de 3D qui sont sortis à l'époque plus quelques autres genre traitement de texte.

Au tout début donc, je ne gagnais rien puisque c'était un troc contre l'abonnement aux revues allemandes. Cela occupait un quart de page (à la fin, il y a eu des fois où j'occupais le quart du journal). Et puis Bruce a décidé de me payer les articles, la situation était alors encore florissante. Je gagnais parfois jusqu'à 5000 FF. Et la déconfiture arrivant, Bruce ne pouvait plus être aussi généreux, mes derniers chèques étaient de l'ordre de 1500 FF.

- Quelle était l'ambiance au sein d'Amiga News ?

La rédaction était à Toulouse, dans le sous-sol de la maison de Bruce. Moi, j'étais au pied du Mont-Ventoux. Nous communiquions par téléphone et pour les articles par le BBS. Bruce était très sympathique et je n'avais affaire qu'à lui pratiquement, et puis Esmeralda la secrétaire qui riait toujours de mes facéties. Malika, l'épouse de Bruce, institutrice, corrigeait tous les articles, ce devait être éprouvant pour elle, n'étant pas particulièrement concernée par l'informatique. Je ne rencontrais certains autres rédacteurs que lors de salons ou de conférences. En tout cas, ce que je me remémore de l'ambiance est qu'elle était agréable et fraternelle.

- Dans vos rubriques "La vie avec DraCo", vous parliez du DraCo, un des premiers clones de l'Amiga mais dépourvu de puces spécialisées. Pour quelles raisons avoir choisi cet Amiga peu commun ?

Il possédait une puce spécialisée de codage vidéo, car c'était sa destination première. Je faisais un peu de vidéo et c'était en outre le plus rapide des Amiga avec son 68060. J'ai craqué pour le DraCo à Cologne justement parce que la première carte pour Amiga à base de 68060 n'était pas prête pour le salon.

J'ai ramené péniblement ce DraCo de Cologne, très mal emballé dans un carton surscotché de toute part, en pleine effervescence vigipirate. Dans le TGV, après une mauvaise nuit de train de nuit jusqu'à Paris, je me refaisais un semblant de toilette en prenant mon temps. Quand je sortis, tout le monde était debout, affolé. Le contrôleur se précipita sur moi et me demanda si le paquet bizarre était à moi. Ben oui, pourquoi ? Il me dit qu'il était sur le point de faire arrêter le TGV et de le balancer par la portière. Tu parles, à 8000 DM (27000 FF), je l'ai échappé belle.

- Hormis le DraCo, d'autres projets de nouveaux Amiga sont intervenus entre 1996 et 1998 (PIOS One, A\Box, Pre\Box, nouvel Amiga de Gateway, etc.). Y avait-il un projet qui vous tenait à coeur ? L'apparition d'une de ces nouvelles machines aurait-elle pu relancer l'Amiga selon vous ?

Je regrettais cette dispersion, on sentait la fin, mais vu la situation, c'était inévitable et ça dénotait une forte motivation de la communauté Amiga à faire survivre et évoluer le système qui stagnait depuis déjà trop longtemps. Mais ma préférence aurait été pour un seul système officiel et évolutif.

A moins d'un bond hypothétique extraordinaire à base de nouveautés époustouflantes, l'Amiga était déjà condamné sur le marché, en troisième et minuscule place après les PC et les Mac. Dans le monde déjà et en plus en France, où il n'avait jamais vraiment percé. Les rats quittaient le navire un par un, et j'en suis un. J'avoue avoir écrit mes tout derniers articles sur mon nouveau PC.

- Vous avez rédigé un bon nombre de tests et tutoriels dans Amiga News. Quels logiciels vous ont particulièrement marqué ?

Le premier est sans conteste Real 3D (qui d'ailleurs poursuit sa petite carrière vaillament, compte tenu de l'énorme concurrence des autres programmes de 3D utilisés dans les milieux cinématographique et ludique). Il y a un parallèle certain entre l'Amiga et Real 3D, même si le portage sur Amiga n'a pas fait long feu : une communauté minoritaire et (donc) très motivée. Realsoft reste le seul et unique programme de 3D à produire des courbes et des surfaces parfaites parce que non tessélisées (approximées par facettes). Mais il est encore plus ignoré ou boudé par les grandes firmes que Blender, ce qui n'est pas peu dire.

Je n'oublie pas non plus Imagine et LightWave qui sont nés sur Amiga. Et Deluxe Paint qui, à l'époque, était un petit joyau. ImageFX et ADPro sont des logiciels que je regrette encore. ImageFX était vraiment complet, facile, inventif et très évolutif. ADPro moins, mais les possibilités dues à ARexx en faisaient un outil très pratique et la qualité des algorithmes était remarquable.

Je trouve que sur PC et Mac, le fait qu'il n'y ait pas Rexx ou un langage de script intégré à toutes les applications est une grave lacune.

Sur le DraCo, MovieShop (le logiciel de montage vidéo) était très pratique et je n'ai jamais retrouvé une aussi bonne configuration dans les "Premiere" et compagnie.

- Malgré le fait que vous soyez chanteur et musicien, il semble que vous n'avez guère fait d'articles sur la musique. Y a-t-il une raison particulière à cela ?

Il n'y avait pas de programme musical remarquable. Juste des "trackers", mais Oktalyzer sortait de la masse et était très inventif, bien que limité par les 8 bits de l'Amiga. Aucun n'avait de système de portées pour écrire, et c'était assez rébarbatif. C'est une des raisons qui m'ont poussé à passer au PC.

- Comment avez-vous ressenti la fin d'Amiga News ?

J'étais très triste, d'autant plus que j'étais aux premières loges pour prendre conscience de la fin inéluctable.

- Certains ont repris le flambeau (sur Internet) dans l'optique de relancer ce journal. Que pensiez-vous de cette initiative ?

Je leur tire mon chapeau, car il leur fallait beaucoup de courage, de persévérance, de moral d'acier et surtout d'abnégation, car les annonceurs qui auraient pu les aider financièrement diminuaient à vue d'oeil. Je tire encore plus ma capuche à ceux qui y sont encore !

- Quelle était votre opinion sur les autres magazines Amiga français de l'époque (Amiga Revue, Dream, Amiga Concept) ? Et les magazines étrangers ?

Je lisais de temps en temps Amiga Revue, mais très irrégulièrement. Je n'en avais pas spécialement besoin dans ma position. C'était également un bon journal.

Par contre, les magazines allemands étaient fabuleux, opulents, parce que leur parc de machines était le premier au monde. Il y en a eu jusqu'à sept ! Le meilleur était Amiga Magazin, le premier et le dernier à paraître. L'actualité Amiga se faisait incontestablement en Allemagne avec des firmes comme Phase 5 et MacroSystem, et le salon de Cologne rassemblait tout ce qu'on pouvait trouver dans le monde Amiga.

Je me souviens aussi de quelques revues anglo-saxonnes d'un niveau honorable et d'une italienne peut-être encore plus riche que les allemandes. Par contre, étant en Espagne, j'avais essayé l'unique revue hispanique, mais pas longtemps car le niveau était lamentable.

- Gardez-vous des contacts avec d'anciennes personnes d'Amiga News en général et de Bruce Lepper en particulier ?

Non, nous nous sommes perdus de vue. Il est au fin fond de sa campagne et ne s'occupe que de sa passion, l'éthologie. Lucas Janin, que je voyais très souvent d'abord à Carpentras, puis à Barcelone, est parti à Montréal faire de la 3D pour les géants de l'image de synthèse, je ne sais même pas s'il y est encore, il avait pour projet lors de nos derniers échanges d'aller en Californie.

- Suivez-vous encore l'actualité Amiga ? Que connaissez-vous de la situation actuelle ?

Non, je ne sais rien de rien, même si le "Grand Rélèque" (NDLR : Emmanuel Rey de Relec) essaye de m'y intéresser chaque année quand il me rend visite. Dois-je avoir honte ?

- Possèdez-vous encore des Amiga ?

Non. Je n'en ai eu que trois. D'abord, mon A500 que j'avais monté à 1 mégot de mémoire ! Je me souviens que j'ai dû monter et démonter le flexible de connexion à l'extension (sous Agnus, je crois) des m-i-l-l-i-e-r-s de fois, pour cause de mauvais contact, d'ailleurs le couvercle n'était plus en place, car c'était presque toutes les heures que je devais "opérer".

Ensuite, j'ai eu un 2000 avec un accélérateur 68030. Et puis le DraCo. Je n'en ai plus aucun.

- Quelle est votre configuration actuelle ? Que pensez-vous de Windows ?

J'ai deux PC côte-à-côte. Deux Targa dont je suis très content, achetés chez Lidl (je n'achète d'ailleurs que mes ordinateurs chez eux). Excellente configuration et relation qualité-prix imbattable. J'avais monté moi-même mon premier PC, mais je me suis aperçu que Targa faisait des modèles répondant exactement à mes besoins et conçus avec cohérence, donc...

Le premier est de 2003 avec un Athlon 2700+, il me sert à mes besoins généraux, Net, stockage de mes photos et documents de toutes sortes, sous Windows XP 32. J'écris d'ailleurs ces lignes dessus. Le second est de 2008 avec un Athlon 5000+ DualCore. Il a deux disques 10 000 tours/min, chacun avec Windows Vista 64 en multidémarrage. Le premier dédié à la musique où je travaille sur Cakewalk Sonar Pro 8 avec une carte audio pro E-MU, un clavier MIDI E-MU, ma guitare Godin MIDI et tout un tas d'accesoires audio externes. L'autre, consacré, depuis peu, à Blender.

J'ai deux écrans TFT, un de 24 pouces Samsung et un 19 pouces Philips. Les deux, toujours couplés, sont reliés aux deux ordis par une interface Xystrec qui me permet en outre de n'avoir qu'un clavier et qu'une souris. Inutile de dire qu'ils sont en réseau.

Sinon, j'ai un scanner Epson, une imprimante Canon en fin de vie et puis des disques durs externes de sauvegarde, car il y deux ans, lors d'un nettoyage, j'ai malencontreusement laissé tomber un disque dur et j'ai perdu un nombre incalculable de documents précieux dont 60 000 photos. Alors, maintenant je fais attention !

Windows est un bon système, finalement très stable contrairement à ce que beaucoup en disent, toujours mis à jour, trop d'ailleurs pour mon goût, mais bien trop lourd. Depuis Vista, il y a ce foutu répertoire WinSXS qui ne cesse de grossir et une foultitude de services qui ne m'intéressent pas. Ce serait une bonne idée s'ils faisaient un système minimal où on ajouterait les services à la demande. Mais je préfère quand même XP à Vista. Je n'ai pas encore essayé Seven. La grande force de Windows réside dans le parc d'applications disponibles. Et je dois dire que j'aime bien l'aspect de Windows, je n'ai jamais aimé celui de Mac OS.

- Que serait, pour vous, l'ordinateur idéal aujourd'hui ?

Ultramultiprocesseur quantique, mémoire infinie sans disque dur, exécutant à la voix, système léger et surtout, moins de sécurité !

- Ressentez-vous une passion particulière pour l'informatique comme c'était le cas dans les années Amiga ?

L'informatique elle-même ne m'intéresse pas et ne m'intéressait pas plus avec l'Amiga. C'est un outil, juste un outil.

- On a pu voir récemment sur YouTube une de vos créations vidéo. Pouvez-vous nous raconter comment vous l'avez réalisée ? Verrons-nous d'autres de vos créations vidéo à l'avenir ?

J'ai fait l'an dernier un CD de chansons nouvelles (à écouter sur mon site, certaines sont beaucoup plus facétieuses que celle du clip). Une amie, la journaliste locale, avait écrit un article sur moi intitulé "Un artiste vit au coeur de l'Horloge", car ma maison englobe le beffroi, comme on peut le voir sur le clip. Le beffroi, communal, ne fait donc pas partie de la maison, mais il y est intégré et toutes les pièces ont un mur commun avec lui. J'entends donc le tic-tac (lorsque j'y prête attention) et les heures et les demi-heures sonner là-haut, même si heureusement on entend plus la cloche de l'extérieur que de l'intérieur. Donc le titre de cet article et la cohabitation avec l'Horloge bicentenaire m'ont inspiré cette chanson "Au coeur de l'Horloge".

J'ai eu ensuite l'idée d'en faire un clip pour mettre sur MySpace plutôt que la chanson toute seule. J'avais pris des photos un jour que j'avais pu monter dans le beffroi et je pensais, à l'aide d'un caméscope, me mettre en scène. C'était une idée vague qui s'est concrétisée le jour où je suis tombé par hasard sur Blender. Comme j'ai fait peu de 3D depuis Real 3D parce que c'est assez cher, voyant que Blender était gratuit, j'ai décidé un jour de novembre dernier de voir ça de plus près. J'ai été conquis de suite. Et les idées sont arrivées qui ont rejoint mon projet de clip. Je m'y suis donc mis. Il m'a fallu tout apprendre, lire et chercher dans les tutoriels, courir les forums, et le clip s'est improvisé au fur et à mesure. La musique était faite, il fallait appliquer des images dessus et respecter les minutages. Une technique un peu à l'envers.

J'ai dû modéliser ma maison et le beffroi, même les alentours, pas trop difficile puisque j'avais le modèle sous la main. J'ai dû me modéliser moi-même pour faire le "génie du temps", j'avais essayé de transformer des modèles de tête existants mais ça n'allait jamais comme il fallait, je me suis donc modélisé en partant de zéro. Pas facile, j'ai mis quatre jours.

Là où j'ai eu le plus de difficultés a été de m'intégrer moi-même en "chromakey" et "difference key" à partir des films minables que j'ai fait avec mon appareil photo numérique. J'ai construit un cadre avec des tasseaux, y ai tendu un drap bleu (repassé...) et ai fait d'innombrables prises (car il y avait toujours une main ou un bout hors-champ), même en équilibre sur un tabouret (pour l'apesanteur).

Ce n'est pas facile de tout faire tout seul, mais quand on veut, on y arrive, même si ça prend dix fois plus de temps qu'à plusieurs. Ma foi, j'ai l'habitude, étant un grand solitaire !

Et c'est en modélisant la tour que j'ai remarqué qu'elle ressemblait à une fusée avec une capsule Gemini au bout. D'où la fin...

Pour ce qui est de l'avenir, j'ai quelques idées dont une plus prenante, c'est celle-là que je ferai en premier, certainement. Que de la 3D pure, pas d'intégration vidéo ! Mais en attendant, j'ai besoin d'exercice physique après ces quatre mois le derrière vissé sur mon fauteuil, et comme je dois finir la restauration de ma maison, je vais joindre l'utile au désagréable. Donc ça prendra quelques mois avant de voir du nouveau...

- Votre site Web montre diverses de vos créations (musiques, peintures...). Y a-t-il des différences entre créer devant son ordinateur et créer "en réel" ? Avez-vous une préférence pour l'un de ces deux types de création ?

Pour moi, c'est la même chose. Outils différents, mais l'esprit reste le même. Je ne ferais pas de catégories mais je préfère l'outil ordinateur car il est plus facile à manier qu'un pinceau et on peut améliorer sans faire de pâtés, les dégradés facilissimes. Et puis, comme je suis un pinailleur, on peut mieux peaufiner et aller dans le détail. Par contre, le geste de la main s'accorde mieux à un crayon qu'à une tablette graphique ou pire un raton même pas laveur. Les dessins très fouillés que je fais au porte-mines seraient tout de même difficilement réalisables à l'ordi, puisque je pousse le vice à conduire la pointe très effilée jusque dans le relief des fibres du papier, pourtant glacé.

- La création numérique est-elle devenue un art à part entière selon vous ?

Je n'aime en général pas les catégories, les étiquettes, les cloisons. L'Art avec un grand A ? Je ne sais toujours pas ce que c'est. Il y a l'art de parvenir à un résultat, c'est tout. Et cela est valable à mon sens dans TOUS les domaines.

- Avez-vous d'autres anecdotes à faire partager ?

J'en vois juste un mémorable. La conférence de rachat de VIScorp avait lieu à Toulouse et bien que Bruce soit sur place, il m'avait invité pour l'assister, car cela se passait juste au bouclage de la revue, je crois même qu'il l'avait repoussé pour pouvoir inclure le compte-rendu en dernière minute. Ce fut une grande mascarade. Je n'avais eu depuis le début aucune confiance en ces gens et tout me sembla surréaliste ce jour-là. A commencer par un collaborateur d'Amiga News (dont j'ai heureusement oublié le nom) que les gens de VIScorp avaient nommé chef de je ne sais plus quoi, alors qu'il n'avait aucune envergure et qu'il n'arrivait pas à aligner deux mots d'anglais. Sa femme, qui en savait encore moins que lui et se prenait pour la première dame de l'évènement, contrôlait les entrées et m'a refusé catégoriquement l'accès à la conférence. Il a fallu des tractations énergiques de Bruce pour que j'y assiste finalement. Et là, rien que du vent. Avec talent oratoire, mais c'était du vent. On parlait du vide avec brio et tout le monde semblait content !

Et ensuite, lorsque nous sommes rentrés avec Bruce à la rédaction, j'ai eu beaucoup de mal à écrire mes articles, car il n'y avait d'abord pas grand-chose à raconter, il ne fallait vexer personne, ne pas désillusionner tout à fait les amigaïstes déjà mal en point. Et le pire, c'est que les claviers de la rédaction étaient tous français. Et j'avais, ne l'oublions pas, acheté mes Amiga en Allemagne, et le clavier allemand est assez différent ! Je n'ai jamais été aussi lent pour taper un article, nul de surcroît !

- Vous avez le dernier mot...

Eh bien cette petite incursion dans le monde de l'Amiga m'a fait chaud au coeur, je vois que l'esprit n'a pas changé, que plus une communauté est minoritaire, plus elle est forte, qu'il y a des personnes tenaces et qui en veulent encore, et que leur rêve peut déplacer des montagnes. Pour un désabusé comme moi, ça m'impressionne. Je fais bien volontiers tous les voeux de reprise de l'âge d'or amiguesque, tout en souhaitant quand même que ça n'aille pas trop loin, car l'esprit se dissoudrait dans la masse.

Merci pour ces questions pertinentes et impertinentes qui m'ont fait croire un instant que j'étais un éléphant du parti, quel parti ? Je suis parti du troupeau, évidemment...


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