Obligement - L'Amiga au maximum

Mardi 12 décembre 2017 - 03:45  

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Entrevue avec Gilles Bourdin
(Entrevue réalisée par Lionel Menou - novembre 2001)


Gilles Bourdin C'est avec plaisir que nous vous proposons aujourd'hui un entretien avec Gilles Bourdin, un ancien de chez Amiga Technologies...

- Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Je m'appelle Gilles Bourdin, j'ai 33 ans, je suis actuellement directeur du développement international de NetBooster, entreprise européenne spécialisée dans le positionnement de sites Internet sur les outils de recherche.

- Pouvez-vous nous résumer votre parcours sur Amiga, avant de travailler pour Amiga Technologies ?

La passion pour les ordinateurs Commodore a commencé avant l'avènement de l'Amiga puisque mon premier ordinateur personnel a été le Commodore 128D. J'ai ensuite possédé un PC XT Commodore avant de me procurer mon premier Amiga en 1988, modèle A500 avec un lecteur de disquette, sinon rien. J'étais étudiant du CESEM en Commerce international à Reutlingen en Allemagne, LE pays de l'Amiga en Europe. La fascination pour les capacités de cette machine (le PC était toujours posé à côté et ne servait plus qu'à faire des compilations de mon projet d'études en Dbase) a été immédiate et totale. J'ai donc naturellement voulu faire mon premier stage de 6 mois en entreprise imposé par le CESEM chez le fabricant de ces ordinateurs étonnants et c'est comme ça que le premier contact professionnel s'est fait en 1989.

Après mes études, j'ai travaillé à la Société Générale pendant un an et demi, jusqu'en 1995. Pendant toute cette période, j'ai travaillé pour la presse spécialisée en France et écrit des articles sur l'Amiga, notamment dans Amiga News, Dream, SVM, Multimédia Solutions, parfois sous l'anagramme de Léon Guilbirds. Chez Amiga News, on m'a aussi parfois collé le pseudonyme de Tintin pour certains articles "chauds". Il faut dire que j'avais pas mal de contacts internes chez Commodore en Allemagne, qui me permettaient d'écrire des papiers bien documentés. Ça en agaçait souvent plus d'un chez Commodore France qui se demandait d'où Amiga News pouvait bien avoir ces infos. ;-)

- Possédez-vous encore un Amiga, et si oui, l'utilisez-vous ?

Non, malheureusement plus. J'ai vendu mon A4000T/060 il y a quatre ans de cela en espérant qu'il y aurait un jour un digne successeur, ce qui n'est jamais arrivé. Après avoir quitté Amiga Technologies en 1996, je suis allé travailler chez Scala où il y avait des Amiga et du Scala partout, j'ai donc continué à en utiliser encore pendant un certain temps.

- Comment avez-vous été embauché par Amiga Technologies ? Et pourquoi avez-vous pris la décision d'y travailler ?

AT n'existait pas encore quand j'ai été embauché par Escom. Manfred Schmitt n'avait pas encore décidé de créer une filiale, il pensait pouvoir intégrer les activités Amiga au sein d'Escom.

Quand Commodore a été racheté par Escom, Peter Kittel, un copain de l'époque de mon stage chez Commodore, qui avait déjà été embauché par Manfred Schmitt, m'a contacté pour me dire qu'ils avaient besoin de quelqu'un pour s'occuper des relations publiques. Étant passionné de technologie Amiga, l'opportunité a été pour moi irrésistible. Deux semaines plus tard (j'habitais à Paris) j'ai tout laissé derrière moi en France pour partir travailler en Allemagne chez Escom.

- Quel était votre travail au sein d'Amiga Technologies ? (et si c'est le cas, comment vos fonctions ont-elles évolué ?)

J'ai donc commencé chez Escom en tant qu'assistant Relations Presse du directeur de la communication d'Escom, Bernd Wirsing. J'étais responsable des RP concernant Amiga en Europe et ailleurs. Après quelque temps passé chez Escom et les projets pour AT mûrissant, j'ai été nommé responsable des RP d'AT et j'ai déménagé à Bensheim, siège de filiale AT nouvellement créée. C'était à dix minutes en voiture du siège d'Escom. C'est là que j'ai fait connaissance avec mon nouveau patron, Petro Tyschtschenko.

- Comment était l'ambiance d'AT quand vous avez commencé à y travailler ? Combien y avait-il de personnes, et combien y en a-t-il eu au maximum ?

L'ambiance était excellente. Des collègues hyper motivés, beaucoup de projets, un marché en attente de nouvelles machines (attentes que nous avons surestimées) et un univers presse, "community" très développé. Les gens qui ont été embauchés étaient tous compétents. Nous avons commencé à 4 ou 5, il y a eu jusqu'à 10-12 personnes en Allemagne avec beaucoup de collaborateurs et consultants externes, notamment aux États-Unis.

- Comment a évolué Amiga Technologies ? Pouvez-vous dégager différentes périodes d'activités : naissance, croissance, déclin, par exemple ?

Le plus difficile au début a été de remettre en place la logistique de production des Amiga 1200. Petro était responsable de la logistique de production chez Commodore pendant 10 ans et était la seule personne capable de relever ce défi. Je n'ai toujours pas très bien compris comment il s'y est pris mais il a réussi. C'était incroyable. On n'imagine pas ce que ça représente de démarrer la production d'un ordinateur de A a Z en repartant de zéro. Il fallait aller récupérer les composants AGA de Commodore aux Philippines (une usine dans la jungle avec des cinglés armés qui essayaient constamment de voler des composants), les envoyer chez Solectron à Bordeaux qui produisait les cartes mères et faisait l'assemblage des composants puis des unités centrales.

Une des évolutions négatives a été l'initiative de Manfred Schmidt de mettre sa filiale "Virtual-IO" sous le même toit que AT, avec pour certaines tâches administratives (compta, ressources humaines, etc.) du personnel en commun. Virtual-IO était une société de distribution qui avait été créée uniquement pour distribuer ces lunettes virtuelles pour le jeu qui n'ont pas du tout marché. Bref, nous étions mélangé à du personnel qui ne s'intéressait pas vraiment à la technologie Amiga.

La deuxième mauvaise initiative a été de nommer un deuxième PDG à la tête d'AT : Domeyer. Au lieu de coopérer avec Petro, il a principalement employé sa motivation à faire de la politique pour asseoir son pouvoir personnel. Sa stratégie a été aussi de diviser le personnel pour mieux régner. Bref, tous ces conflits internes n'ont pas aidé au développement harmonieux de la société.

- Quels étaient les projets initiaux ? Quelles étaient les ambitions d'Escom ?

L'ambition d'Escom était de posséder une plate-forme indépendante de Wintel, de la développer sur les marchés européen et américain et de rétablir ce standard multimédia. Il y avait une réelle motivation à redonner de la force à cette plate-forme et de l'établir comme standard dans les domaines de l'imagerie, de la vidéo, bref du multimédia.

- Qu'est-ce qui a été finalement réalisé ? et comment ont évolué les projets au fil du temps ?

Les développements du portage PowerPC ont bien avancé. Nous avions une étroite coopération avec Motorola pour porter l'OS vers le PowerPC. Il y a eu aussi des projets en commun avec Apple qui voulait intégrer des parties de son OS à AmigaOS. Dans cette équipe étaient également présents Dave Haynie et Andy Finkel qui étaient assez souvent avec nous en Allemagne. Nous avons passé de bons moments avec eux. Bref, nous disposions de toutes les compétences nécessaires.

Un nouveau jeu de composants a aussi été développé pour être utilisé dans le Walker mais à mon avis les capacités techniques n'étaient pas à la hauteur pour réaliser une réelle percée.

- Quelles ont été les occasions perdues ?

Il aurait fallu être plus conservateur et construire moins d'A1200 et utiliser les ressources pour le développement de nouvelles technologies. Tout cela aurait été sans conséquences si Escom ne s'était pas planté.

- Pouvez-vous nous parler en particuliers du Walker et des autres projets matériels ?

Le Walker était un projet perso de Domeyer, pas très au point mais avec quelques améliorations au niveau des composants. Insuffisant pour créer un réel succès sur le marché. En interne, on l'appelait l'aspirateur.

J'insère un de mes commentaires sur Usenet de l'époque :

"C'était une annonce sérieuse, il y en a eu trois prototypes qui ont été montrés à Londres et au CeBIT à Hanovre. En interne, on l'appelait l'aspirateur et cela ne faisait pas rire tout le monde. :)

C'était un projet à la con qui avait été lancé par Domeyer (maintenant chez PIOS). Il y avait une nouvelle carte mère avec quelques nouveautés intéressantes qui avait été réalisée par une société de développement matériel en Allemagne.

Domeyer est à mon sens la personne par qui les problèmes ont commencé à apparaître chez Amiga. Il avait été placé par Schmitt comme co-DG à côté de Petro (pratique fréquente chez Escom) et les deux ne s'entendaient pas du tout et ont intrigué l'un contre l'autre. Domeyer a embauché plein de personnes inutiles et incompétentes pour créer son clan. A la fin, c'était surréaliste : comme deux équipes adverses qui jouaient l'une contre l'autre.

Après, les américains sont venus et ça a été le coup de grâce. Au début, ça a eu le mérite d'éjecter Domeyer et sa bande de cinglés mais il s'est vite avéré qu'une calamité en avait remplacé une autre".

Voilà voilà les petites histoires Amiga. :-)

- Pouvez-vous nous parler de Petro Tyschtschenko ? et des autres employés d'Amiga Technologies ?

Petro était un logisticien, bien à sa place pour relancer la production des machines existantes comme je l'ai expliqué plus haut. Personnellement, je l'appréciais pour son style de management et son honnêteté et je suis toujours en contact avec lui aujourd'hui.

Domeyer était un personnage assez moyen selon moi, sans réelle compréhension du marché et des capacités du produit. Il a énormément nui au projet. En ce moment, il est à la tête d'une entreprise cotée en bourse à Francfort, Met@box, qui, si elle n'a pas encore déposé son bilan, est sans doute encore en train de se débattre dans les procès qu'on lui intente pour escroquerie d'actionnaires. Voir ce lien : de.biz.yahoo.com/010727/85/1ssq3.html
Bref, je n'ai jamais beaucoup eu confiance en ce personnage et les événements me donnent raison.

Manfred Schmitt était le patron d'Escom, un personnage ambitieux et charismatique que j'ai croisé pas mal de fois ces derniers temps.

Son erreur à mon avis a été de ne pas placer un manager technique à côté de Petro ayant de réelles capacités de développement, comme Dave Haynie par exemple. Il est clair que Peter Kittel, pour qui j'ai beaucoup d'affection, n'était pas la bonne personne pour diriger le développement d'une plate-forme technique. Il était un spécialiste de l'assistance et de la documentation (c'est lui qui faisait les manuels en Allemand chez Commodore). Le choix de Domeyer a été une catastrophe.

- Qu'est-ce qui a provoqué la chute d'Escom ? Comment avez-vous vécu ces événements personnellement ? Et comment cela s'est traduit chez AT ?

Tout simplement une crise sur le marché PC qui a coûté la peau à pas mal d'acteurs et qui a sonné le glas des constructeurs PC possédant leur propre réseau de distribution. Il y a eu une forte baisse des prix des composants, Escom avait acheté de la mémoire au plus haut juste avant. Malchance : les ordinateurs ont dû être vendus à perte dans un marché PC sans croissance. Les banques ont fermé le robinet et c'était le commencement de la fin.

La société a donc commencé à restructurer ses dépendances et à supprimer tout ce qui faisait des pertes, dont AT. C'est à ce moment que sont apparus les Américains de VIScorp qui en fait étaient des escrocs de grand chemin sans réels moyens.

Personnellement, je n'avais pas beaucoup de considération pour les gens de VIScorp, qui s'étaient introduits dans les affaires de la société alors qu'ils n'en étaient pas encore les propriétaires. Ces différences que je ne cachais pas m'ont coûté ma place. Je suis heureux aujourd'hui d'avoir pris cette décision et de ne pas avoir été associé à l'épisode qui a suivi, à mon avis le plus navrant de tous.

Une ribambelle d'individus plus arrogants et incompétents les uns que les autres, essayaient de faire un audit de la société. Il y a eu ces rigolos de Toulouse qui avaient rencontré VIScorp lors d'une conférence à Londres qui n'ont eu d'autre motivation que d'organiser une révolution en règle avec chasse aux sorcières. L'issue ayant été cette conférence à Toulouse. On se demande en quoi Toulouse peut être un lieu pour faire une annonce internationale importante... J'ai personnellement été victime de diffamations, bref, tout cela s'est terminé d'une façon assez navrante pour tout le monde et le résultat, comme on le sait aujourd'hui a été nul.

- Quels sont vos meilleurs souvenirs de votre travail chez Amiga Technologies ?

Les premières semaines pendant lesquelles nous avons bâti la société et forgé les plans pour l'avenir. Nous avions des objectifs et les moyens de les réaliser.

- Et vos pires souvenirs ?

Cet épisode VIScorp a sans doute été l'épisode le plus sombre.

- Quels sont les accomplissements dont vous êtes le plus fier ?

Je ne suis pas personnellement fier de mes accomplissements qui se sont inscrits dans le cadre d'un travail en équipe auquel je contribuais.

- Comment avez-vous perçu le monde Amiga "professionnel" ?

Des entreprises fascinantes comme Scala ou NewTek étaient ce qui caractérisait le monde professionnel Amiga : des innovations étonnantes, une créativité sans limites. D'autres exemples comme ShapeShifter, l'émulateur Mac, les cartes d'émulation PC, TVPaint de Tecsoft, Caligari, Imagine, Vista Pro et j'en oublie.

- Et comment avez-vous perçu la communauté ?

Comme le village d'Astérix.

- En quelques mots, pouvez-vous nous donner votre avis sur l'histoire d'Amiga Technologies ?

C'était la chance unique de faire un redémarrage réussi. Malheureusement, la maison mère a fait faillite. Ce sont des choses qui peuvent arriver.

- Si c'était à refaire ?

Difficile a dire. La fatalité de la faillite d'Escom ne laisse pas beaucoup d'options possibles, l'issue ayant été inévitable. Il aurait fallu que le repreneur ait les moyens de subsister et d'investir les moyens nécessaires au développement de la plate-forme. Côté développement, j'aurais sans doute mis plus l'accent sur l'intégration de composants standard dans l'architecture comme les ports PCI, AGP pour le graphisme, afin de pouvoir utiliser des composants issus du monde PC. Le choix du PowerPC était bon mais il aurait été idéal d'avoir un OS capable de fonctionner sur tous type de processeur, comme c'est le cas pour Linux.

La vraie valeur ajoutée d'Amiga était son OS, ses applications novatrices et sa base d'utilisateurs fidèle.

- Qu'avez-vous fait après Amiga Technologies ?

Je suis allé travailler chez Scala pendant deux ans. J'ai été déçu que Scala se désintéresse de la plate-forme Amiga. Tous les développements ne portaient plus que sur l'adaptation du programme au PC. Le travail qui a été fait dans ce sens était d'ailleurs remarquable. Personne n'aurait jamais pensé qu'il serait possible d'obtenir de telles animations sur un Wintel. En fait, Scala sur PC était un portage des spécificités multimédia de l'OS Amiga sur PC, le logiciel procédait à une quasi-désactivation de Windows. Ensuite, j'ai passé deux ans chez Jobpilot pour qui j'ai lancé les filiales française et allemande. Je suis maintenant chez NetBooster, en charge des opérations internationales.

- Suivez-vous encore l'actualité de l'Amiga ? Si oui, quel est votre avis sur ce qui se passe actuellement ?

Peu en ce moment car j'ai pas mal de boulot et que mon outil de travail est un portable Windows, mais je crois que je vais m'y réintéresser.

- Avez-vous quelque chose à ajouter, ou une question que vous auriez aimé que je vous pose ?

Non, je crois que nous avons fait le tour.

- Avez-vous un message pour nos lecteurs ?

Je suis prisonnier de Windows depuis des années et même la version XP avec les plus puissants processeurs Intel ne me fait pas perdre ma nostalgie. Elle augmente en fait à chaque nouvelle version de Windows.


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