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L'entrevue d'aujourd'hui est avec Krzysztof Smiechowicz, l'un des développeurs les plus actifs de la scène AROS. Il nous parle de ce système d'exploitation et de ses applications clés, comme Odyssey, USB3, les pilotes 3D Nvidia, EmuV0 et AxRuntime, ainsi que de ses projets futurs et de son point de vue sur divers sujets. Bonjour Krzysztof.
Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?Bonjour à tous. Je m'appelle Krzysztof. J'ai 45 ans et je vis en Pologne. Je suis ingénieur logiciel de formation et, au début de ma carrière, j'ai travaillé comme développeur, puis j'ai occupé différents postes de direction dans le domaine du développement logiciel, ainsi que des postes de gestion de produits. Quel a été
votre tout premier ordinateur et comment avez-vous découvert l'Amiga ?Mon premier ordinateur était un C64. Je l'ai vu pour la première fois chez mon cousin et j'ai adoré Flimbo's Quest. J'ai tellement harcelé mes parents qu'ils ont finis par m'en acheter un ; je devais avoir 10 ans à l'époque. C'était un modèle standard avec lecteur de cassettes, sans lecteur de disquettes. Je l'utilisais surtout pour jouer avec mon frère et mes amis. À un moment donné, je me suis lassé des jeux que j'avais et j'ai commencé à écrire les miens en BASIC. J'ai aussi un peu touché au code machine, mais je n'y comprenais rien. Bien qu'il existât un manuel pour le BASIC et que certains magazines informatiques publient des exemples de programmes, les informations disponibles sur le code machine étaient très rares. Quelques années plus tard, un ami m'a invité pour me montrer son Amiga 500 et le jeu North And South. C'était incroyable ! À cet instant, j'ai su que je voulais un Amiga. J'ai dû patienter un peu, mais j'ai finalement eu mon Amiga 500. J'avais probablement 13 ans à l'époque. D'où vient votre
pseudonyme "Deadwood" ?Après avoir eu mon C64, j'ai commencé à lire des magazines informatiques. La scène démo a particulièrement attiré mon attention. Comme je me considérais déjà comme un programmeur BASIC expérimenté (dans mon univers d'enfant de 11 ans), j'ai décidé que c'était fait pour moi. Et bien sûr, si tu veux faire partie du milieu, il te faut un surnom cool. Alors, j'y ai longuement réfléchi, essayant plusieurs pseudonymes avant de finalement opter pour "Deadwood, le nom d'un personnage d'un dessin animé que je regardais sur Cartoon Network. Évidemment, au moment où j'ai pris ma décision finale, mon enthousiasme pour la scène démo s'était comme évaporé. Finalement, quelques années plus tard, j'ai réalisé quelques démos simples sur Amiga, mais je n'ai jamais intégré la scène démo. Le pseudonyme, par contre, est resté. Qu'avez-vous
développé pendant vos premières années sur Amiga ?Mon temps passé sur Amiga a été presque entièrement consacré aux jeux. Mon Amiga était un A500 standard avec 1 Mo de mémoire et sans disque dur ; vous imaginez donc bien que toute tâche de productivité était assez pénible avec le changement constant de disquettes. Je n'utilisais pas beaucoup le Workbench : je ne comprenais pas vraiment son fonctionnement, les bibliothèques, les périphériques logiques, etc., ni à quel point il était avancé pour l'époque. C'est ironique quand on sait que j'ai fini par développer des systèmes comme AROS. La plupart de mes développements ont été réalisés en AMOS. Je connaissais le BASIC grâce au C64, donc AMOS était une suite logique pour moi. Un ou deux jeux, quelques programmes de "base de données" pour mon père : c'est à peu près tout pour le développement durant mes premières années Amiga. Ce manque d'expérience avec les systèmes d'exploitation à cette époque fait que, même aujourd'hui, je découvre encore parfois comment faire les choses "à la manière Amiga", et je dois faire attention à ne pas introduire les "méthodes de travail Linux" dans AROS. J'aimerais même que ce soit l'inverse (mais ça, c'est l'histoire d'AxRuntime). Quelles sont
vos configurations AROS/Amiga actuelles ?Au quotidien, j'utilise Linux Mint avec AxRuntime. J'utilise Odyssey tous les jours pour naviguer sur les sites compatibles et MUI MPlayer pour écouter les flux radio Amiga/C64, toujours sous Linux. Côté développement, je dispose de plusieurs configurations matérielles, cartes mères et périphériques que j'utilise régulièrement pour tester AROS. Ce ne sont pas mes systèmes principaux, car je change constamment de composants. J'ai aussi plusieurs machines 68k, mais elles ne sont pas utilisées actuellement. Il y a quelques années, j'ai acquis un Amiga 1200, un rêve d'enfant depuis que j'avais mon Amiga 500. J'ai également un Amiga "boîte" grâce à Timothy Deters qui m'en a envoyé un à un prix très avantageux. Vous êtes
très impliqué dans AROS. Quels sont vos premiers souvenirs de ce système ? Son lancement en 1995 ?
Qu'est-ce qui a suscité votre intérêt ?J'ai rejoint AROS en 2008, donc je n'ai pas connu la première décennie de son développement. J'avais alors une vingtaine d'années. Je venais de terminer mes études, j'avais trouvé un emploi stable et beaucoup de temps libre. Je ne me souviens plus comment j'ai découvert AROS. C'était le début de la vague rétro pour ma génération et AROS me rappelait mes bons souvenirs d'Amiga. Au départ, je ne faisais pas de développement système. J'ai commencé par travailler sur Murks!IDE, mais pour que tout fonctionne correctement, il a fallu apporter des modifications au système et, petit à petit, je suis passé du développement d'applications au développement système. Avec l'essor de la vague rétro qui a suscité un intérêt croissant pour la scène Amiga et pour AROS, nous avons fait de grands progrès au début des années 2010 : la pile USB Poseidon, les pilotes 3D pour les cartes Nvidia et le navigateur Odyssey. Le
développement d'AROS suit-il une feuille de route, ou est-ce toujours "No schedule and rocking!" (sans planning, mais en pleine action !) ?En réalité, c'est un peu des deux. Au sein d'AROS, deux efforts distincts sont menés en parallèle. Le premier se concentre sur les technologies de pointe, tandis que le second vise davantage la stabilité. Nick Andrews dirige les efforts liés aux technologies de pointe sur github.com/aros-development-team/AROS. C'est là que sont développées les avancées majeures : SMP, USB3, gestion de nouveaux matériels, nouvelles architectures AROS, etc. Certains de ces projets sont longs à développer et peuvent être interrompus en cours de route par des imprévus. En bref, leur développement n'est pas planifié. Cependant, si vous êtes un technicien ouvert à l'expérimentation et que l'instabilité occasionnelle ne vous dérange pas, je vous encourage à tester ces versions nocturnes et à aider l'équipe en effectuant des tests. Je dirige les efforts liés à la stabilité. Mon objectif est d'assurer la continuité, la stabilité et la prévisibilité. Bien que ces deux groupes soient quelque peu séparés, les nouvelles avancées intègrent le processus de "stabilité", où elles font l'objet de tests plus approfondis et de corrections de bogues, ce qui permet d'obtenir de meilleurs résultats pour les deux groupes. Les avancées qui ne sont pas encore suffisamment stables sont mises de côté afin de ne pas perturber les utilisateurs qui souhaitent simplement utiliser le système sans s'intéresser aux détails techniques. Par souci de prévisibilité, je publie une feuille de route. L'objectif est que les responsables et les utilisateurs de distributions sachent où nous allons et à quoi s'attendre. Notre feuille de route repose sur une vision d'AROS 64 bits, d'AxRuntime et d'une bibliothèque de logiciels 64 bits compatibles avec ces deux plates-formes, offrant ainsi à chacun la possibilité de personnaliser son expérience Amiga. Tous les deux ou trois mois, je publie un rapport sur le travail accompli et les objectifs à court terme, afin de rendre visible notre progression vers la réalisation de cette vision. Le fil de discussion mentionné plus haut contient l'historique de ces rapports, permettant à tous de suivre l'évolution de notre travail. Vous êtes
une figure incontournable de l'univers AROS. Combien d'heures par semaine consacrez-vous à l'Amiga/AROS ?Environ 10 à 15 heures par semaine en moyenne. Il m'arrive de faire une pause de quelques semaines, et parfois de me concentrer intensément et d'y consacrer plus de temps. La majeure partie de ce temps est consacrée à l'intégration du code, aux tests, à la correction des bogues et à l'assistance aux autres utilisateurs et développeurs. Personnellement, je ne code plus beaucoup - je crois que la dernière chose que j'ai développée de zéro était EmuV0. Pour tout le reste, il existe déjà du code qui fait le nécessaire et je préfère le porter plutôt que d'écrire du nouveau. Une bonne partie de mon travail consiste à déboguer les éléments du système, en particulier les pilotes matériels et c'est toujours un processus assez long. Environ tous les trimestres, je consacre également du temps à la synchronisation du code entre les équipes "développement avancé" et "stabilité" afin de minimiser les divergences. En quelque sorte, mon travail fait le lien entre les développeurs système et les responsables de la distribution. Outre vous-même,
pourriez-vous citer les principaux développeurs du système d'exploitation AROS et leurs rôles ?J'ai déjà mentionné Nick Andrews. Il se concentre principalement sur le matériel et le fonctionnement du noyau bas niveau, mais il développe aussi, si besoin, des applications utilisateur ou corrige Zune (réimplémentation de l'interface utilisateur d'AROS). Il est également responsable de Wanderer, qui remplace le Workbench pour AROS. Neil Cafferkey se concentre principalement sur les pilotes réseau. Il a récemment corrigé et migré la plupart de nos pilotes réseau vers la version 64 bits. Bo Stale Kopperud a rejoint l'équipe il y a peu et travaille actuellement à rendre AROS compatible avec le matériel Raspberry Pi. Par ailleurs, plusieurs personnes contribuent ponctuellement à l'amélioration du système de base en y apportant des corrections et des améliorations. Il y a aussi quelques personnes qui ne travaillent pas directement sur le système principal, mais qui méritent d'être mentionnées. Timothy Deters soutient le développement d'AROS avec du matériel et des dons. Récemment, il a travaillé sur des projets de pointe liés à l'IA sur AROS, mais cela reste confidentiel. Carlo "AmigaSystem" Spadoni maintient les principales distributions 32 bits et 64 bits, en veillant particulièrement à leur cohérence visuelle et à leur ergonomie. Il teste également toutes les nouvelles applications et améliorations et donne son avis, ce qui est très important pour les développeurs. Enfin, Andrzej "retrofaza" Subocz maintient la distribution AROS Portable et a créé une distribution AROS.games spécialisée, au style rétro. Il réalise de nombreux portages de jeux, contribuant ainsi à l'enrichissement de la bibliothèque logicielle d'AROS. Pouvez-vous
nous parler de l'émulateur EmuV0 ? Comment fonctionne-t-il ? Cela ne marque-t-il pas la fin du développement
d'AROS 32 bits ?Avec la migration vers le 64 bits, la plupart des logiciels 32 bits sont en code source ouvert et recompilables. Quelques exceptions existent : des logiciels commerciaux, vendus sans code source, et Hollywood, qui gère AROS 32 bits mais ne prévoit pas de compatibilité avec AROS 64 bits. EmuV0 répond à ces problématiques. Soucieux de ne laisser personne de côté, notamment les développeurs et utilisateurs des logiciels Hollywood, nous avons créé EmuV0. Son rôle est de traduire les appels des logiciels 32 bits et de les transmettre aux bibliothèques système 64 bits. Contrairement à UAE, il ne s'agit pas d'une émulation machine complète, mais d'un proxy. Il gère les fonctionnalités essentielles au fonctionnement des applications sur un système 64 bits. Concernant votre deuxième question, la vision que j'ai évoquée précédemment est axée sur le développement d'une plate-forme 64 bits. C'est un objectif sur lequel je me concentre personnellement et auquel j'investis tout mon temps. Si quelqu'un souhaite maintenir la version stable 32 bits d'AROS, je serai ravi de l'aider à s'intégrer et de soutenir ses efforts. Plus la diversité d'AROS est grande, mieux c'est pour le système. Le retour
de Nick Andrews, un autre contributeur majeur d'AROS, est une excellente nouvelle. Où en est le développement
de l'USB3 pour Poseidon ? Ces avancées en USB3 profiteront-elles également à d'autres systèmes utilisant
Poseidon (MorphOS, AmigaOS) ?En réalité, Nick n'a jamais vraiment quitté le projet, mais il prend parfois de longues pauses, ce qui peut donner l'impression de son absence. Le développement de l'USB3 se déroule à merveille. C'est d'ailleurs un bon exemple de la diffusion des technologies de pointe auprès du grand public. Nick a réalisé 95% du travail de configuration et de test du système complet sur des machines virtuelles. J'ai ensuite pris le relais, l'ai testé sur différents systèmes, l'ai partagé avec la communauté d'utilisateurs pour des tests supplémentaires, ai corrigé les bogues et l'ai stabilisé jusqu'à sa version bêta stable actuelle. Concernant MorphOS et AmigaOS, les codes sources des pilotes USB3 sont disponibles publiquement et peuvent être portés. Il manque désormais une personne pour s'en charger. Par ailleurs, quelqu'un a récemment commencé à porter le code source d'AROS de Poseidon vers AmigaOS 3.x. L'évolution
du matériel PC moderne (l'abandon progressif du BIOS au profit d'UEFI, le manque de pilotes pour les
puces graphiques intégrées Intel/AMD récentes) complique l'installation native d'AROS. Comment le système
peut-il surmonter cette barrière matérielle ? AxRuntime et le mode hébergé sont-ils les seules solutions ?Si vous m'aviez posé cette question il y a six mois, j'aurais répondu qu'il était irréaliste d'espérer qu'un système d'exploitation de niche fonctionne sur n'importe quel PC. Cependant, aujourd'hui, après avoir constaté les capacités des agents d'IA et pris connaissance des résultats des expériences menées par Timothy Deters, je suis moins catégorique. C'est un sujet pour l'avenir. Pour l'instant, je pense que nous avons une offre très intéressante pour les utilisateurs potentiels. Notre objectif est de simplifier au maximum la prise en main. Si vous ne souhaitez pas acheter de matériel, vous pouvez exécuter AROS dans une machine virtuelle. Nous gérons VMWare, VirtualBox et QEMU. Si vous possédez un PC ancien, vous pouvez utiliser AROS Portable (voir la présentation d'AROS Portable sur YouTube). Là encore, nous utilisons la virtualisation, mais assurez-vous de ne voir et d'interagir qu'avec AROS. C'est actuellement la solution la plus proche pour exécuter AROS sur n'importe quel PC. Si AROS vous plaît, une liste de matériel recommandé, facilement disponible d'occasion pour moins de 100 euros, est à votre disposition. Ce matériel est testé et sa compatibilité avec AROS est garantie. Enfin, comme vous l'avez mentionné, il existe le mode hébergé et AxRuntime. Ces solutions, qui combinent Linux et AROS, ont également leurs adeptes. Le choix est vaste. Vous êtes
également le mainteneur du navigateur web Odyssey pour AROS. Quels sont les principaux défis liés à la
maintenance d'un tel logiciel ? J'imagine que l'adaptation de WebKit représente un travail colossal...Oui, le code source est parfois... terrifiant. Pour vous donner une idée, compiler Odyssey prend quatre fois plus de temps que compiler AROS. Ce seul aspect est probablement le plus gros défi, car je finis souvent par reconstruire tout le projet à cause de la structure des dépendances. Si vous faites une modification et que vous devez attendre une heure pour voir le résultat, cela peut vite vous démotiver. Le travail d'adaptation de WebKit lui-même représente également un défi. Le code source évolue constamment d'une version à l'autre, et l'ensemble des codes d'interface utilisateur et des codes "de liaison" (glue) initialement développés par Fabien Coeurjoly, doit être adapté à chaque fois. Cependant, cette tâche s'est simplifiée depuis la version 3.0 d'Odyssey, grâce au passage au WebKit de Wayfarer comme moteur de base. Ainsi, pour une partie du travail que j'effectuais auparavant, je peux désormais utiliser le code fonctionnel de Wayfarer. Un grand merci à Jacek Piszczek d'avoir mis son code Wayfarer à la disposition de la communauté. Quelles
fonctionnalités ou optimisations avez-vous ajoutées à votre version d'Odyssey ? Et quelles fonctionnalités
souhaiteriez-vous ajouter à l'avenir ?Pour le moment, Odyssey est en mode maintenance, car je me concentre sur la migration d'AROS vers le 64 bits. Mon objectif principal est donc de préserver l'héritage du travail de Fabien et de maintenir la compatibilité d'Odyssey avec les nouvelles versions de Wayfarer WebKit. Par la suite, dès que j'en aurai le temps, j'aimerais réaliser deux projets. Le premier objectif serait d'accélérer le décodage multimédia via le matériel Nvidia, ainsi que le rendu 3D. Le second serait d'intégrer les travaux antérieurs réalisés pour AmigaOS 4 au dépôt afin de disposer d'une base de code unique pour les deux systèmes. Pouvez-vous
nous parler d'AxRuntime ? Comment a-t-il évolué depuis sa première version en mai 2020 ? Des développeurs
ou utilisateurs Linux se sont-ils montrés intéressés ?Le temps écoulé depuis la première version est-il vraiment long ? J'imagine que oui. Le concept d'AxRuntime a suscité un certain intérêt, mais jusqu'à présent, cet intérêt provenait principalement de membres de la communauté Amiga ou d'utilisateurs Linux qui revenaient à la communauté Amiga. J'ai publié des mises à jour relativement stables d'AxRuntime en 2022, puis en 2024, ajoutant par exemple la gestion du réseau, permettant ainsi d'utiliser AROS 64 bits Odyssey directement sous Linux comme une application Linux. Tout développement majeur a cependant été mis en suspens. Avec la feuille de route d'AROS prévoyant la migration vers le 64 bits, le temps manquait pour AxRuntime. J'espère y revenir en 2027, avec l'avantage supplémentaire d'une collection de logiciels AROS 64 bits exécutables sous Linux via AxRuntime - une fonctionnalité inexistante en 2024 (voir la vidéo sur AxRuntime). Envisagez-vous
de créer un environnement de développement intégré (IDE) moderne pour AROS ? (il y avait Murks!IDE auparavant)Effectivement, Murks!IDE existait et j'ai commencé mon aventure AROS en travaillant dessus. Jeune et novice en AROS, j'ai bien sûr pensé pouvoir le réécrire pour le rendre plus "propre". Avec l'âge et l'expérience, je sais maintenant mieux ;). Personnellement, je n'ai pas l'intention de développer un IDE pour AROS. La communauté des développeurs AROS est en pleine croissance, surtout depuis l'avènement de la programmation d'agents d'IA en début d'année, et j'espère donc que quelqu'un d'autre prendra le relais. Honnêtement, vu la qualité actuelle des outils d'IA (à la mi-2026), la création d'un IDE fonctionnel devrait être tout à fait réalisable par la communauté AROS. Quels sont vos autres projets pour AROS ?Mon principal objectif a toujours été de redynamiser la communauté des utilisateurs d'AROS, afin qu'elle atteigne, voire dépasse, les niveaux d'activité du début des années 2010. Tout le travail que j'effectue sur la migration vers le 64 bits, AxRuntime, Odyssey et l'intégration des développeurs fait partie intégrante de ce projet plus vaste. Petit à petit, tous ces efforts commencent à porter leurs fruits. Cette année en particulier, alors que la migration touche à sa fin, je constate que de plus en plus de personnes rejoignent la communauté, discutent, testent et partagent leurs expériences. Il reste encore beaucoup de travail et je suis certain d'être bien occupé pour les trois à quatre prochaines années. Quelles
améliorations ou fonctionnalités souhaiteriez-vous voir ajoutées à AROS ? Et quel logiciel serait le
plus urgent à porter ou à développer ?Si l'on considère l'utilisation quotidienne d'un système d'exploitation, on constate que nous passons aujourd'hui la majeure partie de notre temps dans un navigateur web. On lit, on travaille, on se divertit : tout cela avec un seul outil. Pour qu'un navigateur fonctionne de manière optimale sur AROS, trois éléments sont nécessaires : un bon moteur de rendu, beaucoup de mémoire et une grande puissance de traitement. Le premier est acquis : WebKit est en code source ouvert et Odyssey peut l'utiliser. Le deuxième point, la mémoire, n'est pas un problème sur les architectures 64 bits. Nous gérons des centaines de Go de mémoire, ce qui est suffisant même pour les pages les plus lourdes. Le troisième point concerne la puissance de traitement. Le matériel lui-même la possède : fréquence brute en GHz, multicoeurs et compatibilité avec les puces graphiques les plus récentes. Ce qui manque, c'est la capacité à l'exploiter. Les deux améliorations que j'aimerais voir sont donc l'optimisation des pilotes Nvidia pour accélérer le rendu du navigateur et l'activation de la gestion multicoeur. La gestion multicoeur est déjà développée pour AROS 64 bits au sein du groupe de développement, mais elle n'a pas encore été testée ni stabilisée avant d'être mise à la disposition du grand public. En revanche, AxRuntime gère déjà le multicoeur et Odyssey, exécuté sous AxRuntime, est nettement plus rapide que la même version d'Odyssey exécutée sur AROS 64 bits (voir la vidéo d'Odyssey sur AxRuntime). Que pensez-vous
des différentes distributions AROS actuelles ? Et que pensez-vous de la décision de Paolo Besser d'arrêter
le développement d'Icaros Desktop ?Ils sont tous excellents ! Chacun propose une approche différente de l'ergonomie d'AROS et peut intéresser un public différent. L'un utilise un style visuel moderne et regorge de logiciels pour toutes les situations. Un autre est léger, minimaliste et ne propose que le strict minimum, laissant à l'utilisateur la liberté de le développer à sa guise. Un troisième est axé sur le style rétro et les joueurs. Je pense que nous couvrons une bonne partie des intérêts des utilisateurs. Icaros Desktop restera toujours cher à mon coeur. C'était d'ailleurs la première distribution à avoir véritablement décollé. Dans les années 2010, nous avions un réel problème d'image. AmigaOS 4 ou MorphOS donnaient l'impression d'être des systèmes aboutis. En revanche, la version en recompilsation journalière d'AROS semblait plus rudimentaire et davantage destinée aux techniciens qu'aux utilisateurs lambda. Icaros Desktop a changé la donne : il a prouvé à tous qu'AROS, malgré ses imperfections de l'époque, pouvait aussi être abouti. Un grand merci à Paolo pour cela. Le développement
d'AROS pour Amiga 68k est-il toujours en cours ? L'utilisez-vous et qu'en pensez-vous ?Auparavant, des développeurs comme Toni Willen et Jason McMullan se consacraient à AROS 68k. Aujourd'hui, il n'y a plus de développeur dédié à ce projet ; le poste est vacant et toute personne intéressée pourrait être amenée à le prendre en charge. Par ailleurs, chaque amélioration apportée à AROS, qu'il s'agisse d'une correction dans une bibliothèque ou de nouvelles fonctions ajoutées à Wanderer, est disponible dès le lendemain pour les utilisateurs de 68k sous forme de version de développement journalière. Ainsi, AROS 68k évolue au même rythme qu'AROS. AROS 68k a véritablement marqué une étape importante dans l'histoire d'AROS. Longtemps perçu comme "sympa, mais incompatible", AROS a vu le jour grâce à l'arrivée d'AROS 68k et à de nombreuses corrections de compatibilité, permettant ainsi l'exécution de logiciels sur 68k. Finalement, nous avons atteint un niveau de performance suffisant pour qu'AROS 68k devienne ApolloOS et soit utilisé par AmigaKit dans des produits commerciaux tels que l'A600GS et l'A1200NG. Je pense que nous sommes actuellement dans une situation plutôt satisfaisante avec AROS 68k. À combien
estimez-vous le nombre d'utilisateurs d'AROS ? Comment pouvons-nous l'augmenter ?Il est difficile de donner des chiffres précis. Nous ne suivons pas les installations et l'utilisation du système, nous ne disposons donc d'aucune information fiable. Ce que je peux affirmer avec une certaine assurance, ce sont des chiffres relatifs. Tout d'abord, je pense que nous avons moins d'utilisateurs qu'en 2010. À l'époque, la communauté Amiga 68k stagnait. Sans perspectives d'amélioration, les utilisateurs se tournaient vers des alternatives comme AmigaOS 4, MorphOS ou AROS. Aujourd'hui, la situation est bien différente. La scène 68k a connu un véritable renouveau grâce à de nouveaux accélérateurs puissants, de nouvelles mises à jour d'AmigaOS, des jeux et de nouveaux logiciels. Cela signifie qu'une grande partie des utilisateurs sont revenus au 68k après avoir utilisé des systèmes NG. Je le constate d'ailleurs de manière générale. Les forums AmigaOS et MorphOS ont ralenti leur activité et se limitent désormais aux quelques mêmes utilisateurs, contrairement à il y a quelques années. De plus, la communauté AROS reste relativement plus petite que celles d'AmigaOS 4 ou de MorphOS. Au début des années 2000, ces deux communautés ont créé leurs groupes d'utilisateurs fidèles. Les gens se sont tournés vers l'une ou l'autre. Aujourd'hui, lorsque je discute avec les utilisateurs, je constate qu'ils apprécient la croissance d'AROS, le concept et le trouvent intéressant... mais ils sont déjà investis et habitués à leur système et manquent d'incitations pour essayer quelque chose de nouveau. Cela dit, pour développer durablement la communauté AROS, je pense qu'il nous faut élargir notre audience au-delà des utilisateurs Amiga actifs actuels. Nous pouvons devenir une option intéressante pour ceux qui ont possédé un Amiga par le passé et souhaitent revivre cette expérience. Nous cherchons également à surfer sur la vague du rétro : c'est l'objectif de la distribution de jeux AROS. Nous devons attirer un public plus large, notamment les jeunes, si nous voulons prospérer. Le système de
dons (les "cagnottes") a souvent été un moteur essentiel du développement d'AROS. Pensez-vous que ce modèle
soit encore viable aujourd'hui pour faire progresser le système, ou montre-t-il ses limites ?Le système de cagnottes a effectivement bien fonctionné dans les années 2010. Nous avons bénéficié du portage de Poseidon grâce à lui, ainsi que de l'ouverture du code source d'Odyssey et de nombreuses autres améliorations. Cela fonctionnait car la communauté d'utilisateurs était suffisamment importante pour que les cagnottes atteignent des montants raisonnables. Cela attirait les développeurs qui constataient également qu'une personne attendait une fonctionnalité donnée et était prête à contribuer financièrement. Aujourd'hui, je crains que la communauté ne soit plus assez importante pour que cela fonctionne. Pour vous donner une idée, avec les cagnottes dans les années 2010, nous pouvions obtenir 20 à 30 donateurs différents. L'année dernière, nous avons essayé d'organiser une levée de fonds pour un sujet assez important et nous n'avons finalement obtenu que cinq dons. L'approche reste valable, mais elle devra attendre que la communauté retrouve sa vigueur. De plus, actuellement, chacun a davantage d'occasions de soutenir des développeurs sélectionnés pour leur travail déjà accompli. PayPal et les plates-formes comme Ko-fi ou Patreon sont d'excellents moyens de soutenir les développeurs. J'encourage tous ceux qui le peuvent à faire un don : les développeurs apprécient vraiment cela, non seulement pour la valeur financière, mais aussi comme un signe que leur travail est important et précieux pour quelqu'un. Quels sont
les points forts et les points faibles actuels d'AROS par rapport à MorphOS et AmigaOS 4 ? Êtes-vous également
intéressé par la contribution à ces autres systèmes ? Avez-vous reçu des demandes de leur part ?J'ai déjà évoqué les points forts de MorphOS et AmigaOS 4 par rapport à AROS. Ils ont pris l'avantage sur AROS en offrant une expérience utilisateur moderne et aboutie alors que le 68k semblait sur le point de disparaître. De plus, le choix de l'architecture PowerPC permettait une exécution transparente des applications 68k, ce qui a permis aux utilisateurs de se sentir immédiatement à l'aise avec ces deux systèmes. Cela en a fait un choix naturel pour les utilisateurs migrant du 68k, et MorphOS et AmigaOS 4 en bénéficient encore aujourd'hui. Si l'on considère AROS aujourd'hui, je citerais deux atouts majeurs. Le premier argument, et le plus évident, est un matériel performant, moderne et abordable. Difficile de trouver un meilleur rapport qualité/prix pour les machines x86_64. Croyez-le ou non, je connais quelqu'un qui fait tourner AROS sur un serveur équipé de 64 coeurs et de 256 Go de mémoire. Si cela vous intéresse, vous pouvez acheter l'une des cartes recommandées ou simplement télécharger AROS Portable et l'utiliser partout. Cette facilité d'accès est un atout majeur, notamment pour les personnes extérieures à la communauté Amiga. Deuxièmement, il y a l'ouverture d'AROS. Le code source est public, vous n'avez pas besoin de signer d'accord de confidentialité ni de documents juridiques : vous pouvez simplement cloner le dépôt et l'orienter dans la direction que vous souhaitez. De plus, ce code ne risque pas d'être soudainement supprimé suite à une décision d'entreprise. Tant que vous respectez la licence, vous pouvez développer votre projet sur AROS en toute sérénité, sachant que votre travail ne sera pas supprimé sur un coup de tête par quelqu'un. Cette ouverture a toujours attiré des développeurs de systèmes externes vers AROS et je pense qu'elle nous positionne idéalement pour le nouveau monde du développement logiciel assisté par l'IA. Ces derniers mois, nous avons constaté une véritable explosion du nombre de personnes utilisant AROS comme système de base pour réaliser leurs projets les plus ambitieux. C'est impossible avec aucun autre système d'exploitation de notre communauté. Quel est
votre avis sur l'intelligence artificielle dans le domaine du développement logiciel ? L'utilisez-vous
pour vos projets Amiga/AROS ?Oui, j'utilise des outils d'IA dans mon travail de développement. Comme je fais beaucoup de portage et d'intégration, les outils d'IA m'aident énormément à comprendre de nouvelles bases de code, à analyser l'exécution du code et à identifier les causes profondes des bogues. Ils sont incroyables pour répondre aux questions sur le code : là où je pourrais passer 10 à 20 minutes à chercher et encore manquer des cas, l'IA trouve la réponse en une minute et la plupart du temps, avec une précision remarquable. Si l'on considère plus largement l'impact du développement logiciel assisté par l'IA sur la communauté Amiga, je dirais qu'AmigaOS 4, MorphOS ou AROS ont aujourd'hui une réelle opportunité d'atteindre, voire de surpasser, le niveau d'ergonomie de Linux en moins d'un an. J'ai vu ce que Timothy Deters a réussi à accomplir en quelques jours grâce à ses flux de travail basés sur l'IA. Il faut la bonne personne et la bonne approche, mais réfléchissez-y : tous les logiciels de productivité dont vous aurez besoin existent déjà et sont en code source ouvert. Ce qu'il faut, c'est un effort de portage massif, et l'IA excelle dans ce domaine. Elle ne produira peut-être pas un travail d'ingénierie de la plus haute qualité, mais elle itérera sans relâche jusqu'à ce que le travail soit terminé. Elle ne s'arrête jamais. On pourrait certes objecter qu'un système dont tous les logiciels principaux sont portés depuis Linux restera différent de ce dernier. Ma réponse est, une fois de plus, l'IA. Le développement d'interfaces utilisateur est répétitif ; l'IA peut automatiser ces tâches et permettre à ces programmes d'utiliser les interfaces natives du système Amiga. Nous sommes déjà au point où l'on peut prendre un modèle d'IA de pointe, lui demander de "recréer l'interface de GIMP en MUI", puis attendre le lendemain matin pour obtenir une première version fonctionnelle. Que pensez-vous
du rachat de Commodore par Christian Simpson et de l'apaisement des tensions entre Amiga Inc. et Hyperion ? Cela
a-t-il un impact concret sur votre quotidien de développeur ?Je ne suis pas vraiment au courant de ce qui se passe avec le nouveau Commodore, donc je ne peux pas répondre à cette question. Concernant Amiga Inc. et Hyperion, je suis de loin l'actualité, mais je n'ai jamais eu de contact avec ces deux entreprises et je doute que le règlement de leur différend ait un impact significatif sur AROS. Y a-t-il
une question que je n'ai pas posée et à laquelle vous aimeriez répondre ? Ou une anecdote que vous aimeriez
partager ?Non, je pense avoir déjà beaucoup abordé le sujet dans mes réponses, parfois même plus que ce que la question demandait. ;) Un dernier
message pour la communauté Amiga/AROS ?Je suis toujours impressionné de voir comment la communauté Amiga a continué à prospérer après la chute de Commodore. On a toujours trouvé des solutions pour surmonter les obstacles, créer du nouveau matériel et développer les logiciels nécessaires. Des personnes du monde entier se sont entraidées pour améliorer l'expérience Amiga. Continuez sur cette lancée et encouragez les jeunes, vos enfants, vos élèves, vos voisins à s'intéresser à l'Amiga pour que le rêve Amiga perdure.
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