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A propos d'Obligement
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David Brunet
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Dossier : Digital Domain et la réalisation de films à l'aide de l'Amiga
(Article écrit par David Brunet - février 2026)
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Contexte
Dans l'émission Retro Recipes diffusée le 14 décembre 2019,
l'animateur Christian Simpson montra la restauration d'un Amiga 4000/40 qui fut utilisé pour la création des
films Apollo 13, Titanic, True Lies et autres. Dans cette vidéo intitulée "A titanic find on this Apollo 13 computer!
Amiga movie magic", le présentateur découvrit par exemple des images jusque-là perdues en rapport avec le film
Titanic. On pouvait y voir par exemple l'artiste Chris
Evans en train de peindre le tragiquement célèbre paquebot transatlantique britannique.
Cet ordinateur fut sauvé d'une benne par Cris Blyth de Team 17 (graphiste du jeu Worms), alors qu'il travaillait pour
la compagnie d'effets visuels Digital Domain en Californie. Trente ans plus tard, la machine, considérée comme
un "trésor à jeter", fut récupérée par Christian Simpson au moment où Cris Blyth s'apprêtait à s'en débarrasser.
Merci à Cris Blyth pour avoir récupéré cet Amiga !
Le matériel comprend un Amiga 4000/040, une carte d'acquisition et une carte d'affichage
PAR, une carte Ethernet,
un contrôleur SCSI RapidFire, trois modules de mémoire sur la carte mère, un processeur 68040/25 MHz sur la carte mère,
une alimentation de 120 V (non fonctionnelle), une nouvelle alimentation de 240 V, un moniteur Commodore 1084
et une souris Amiga (le clavier n'est pas présent).
Un Amiga 4000 plein de secrets
La recherche de la Lune (Apollo 13) qui mena à un trésor inattendu au fond de l'océan (Titanic)...
Cet Amiga 4000 faisait partie intégrante de la réalisation de ces films. Par exemple, sur le plateau d'Apollo 13,
la machine était utilisée pour le retour vidéo. Le système utilisait une petite caméra numérique branchée à un
viseur pour relayer les images en direct sur l'Amiga via une carte
PAR (Personal Animation Recorder).
Des scripts ARexx étaient utilisés de façon à coordonner les mouvements répétitifs de la caméra pour ajouter
plusieurs couches sur un même plan mobile, comme des personnes, du brouillard, des effets, etc.
Cela permettait au réalisateur, Ron Howard, de revoir immédiatement les prises sur film, de figer des images
et d'enregistrer jusqu'à 90 minutes de séquences sur le disque dur.
L'Amiga 4000 sur le plateau d'Apollo 13
Malheureusement, l'ordinateur subit un revers : un ami de Cris Blyth le brancha accidentellement sur une alimentation
de 240 volts au lieu des 120 volts américains, ce qui grilla le bloc d'alimentation. Après avoir remplacé le
bloc d'alimentation avec l'aide de Lady Fracked Ik (spécialiste en réparation d'ordinateurs), la machine démarra
mais afficha un écran noir, signalant une erreur du processeur. Ce problème fut attribué à la corrosion massive
causée par une pile VARTA qui avait fui sur la carte mère. Malgré plusieurs heures de nettoyage et
de tentatives de soudure, la carte mère fut jugée irréparable.
Pile problématique sur la carte mère de l'A4000
Afin de récupérer les données historiques, les disques durs et la carte de capture vidéo furent
transférés dans un autre Amiga 4000 fonctionnel. Et alors que Christian Simpson et Cris Blyth
cherchaient des séquences d'Apollo 13, ils découvrirent par surprise des fichiers intitulés "Titanic".
Il s'agissait de séquences vidéo inédites utilisées pour les passages de contrôle de mouvement de ce
long métrage de James Cameron. Le contenu comprenait des plans de la maquette du Titanic (le paquebot)
et des maquettes de sous-marins filmés en studio, offrant un aperçu fascinant des méthodes de travail utilisées
pour les effets spéciaux du film.


Des images inédites de Titanic
Ils réussirent aussi à lire les séquences animées en utilisant la sortie S-Video de la carte PAR.
Mais le deuxième disque qu'ils pensaient être destiné au PAR n'était en fait pas au format PAR, et ses
données restent irrécupérables.
Il faut savoir que la plupart des séquences originales du tournage de Titanic furent perdues car les bandes de
sauvegarde étaient stockées dans une pièce à proximité d'un onduleur (alimentation électrique). Et le champ magnétique
effaça les bandes...
Le logiciel du PAR en pleine recherche
Données inaccessibles...
Avant de tout montrer et révéler, Christian Simpson obtint des conseils juridiques pour confirmer que, en vertu
des lois sur l'utilisation équitable aux États-Unis, il était autorisé à montrer de courts extraits à des fins
historiques et éducatives. En fait, les objets abandonnés dans une benne sont classés et n'ont plus, juridiquement
parlant, de propriétaire légal.
Les sauvegardes des données (images disques) furent mises à disposition gratuitement sur
Internet Archive sous licence Creative Commons
non commerciale. Cette machine historique et les disques durs originaux furent mis aux enchères pour un
"collectionneur de souvenirs cinématographiques ou d'Amiga". La transaction s'effectua le 24 décembre 2019, pour
un montant de 2100 $.
Christian Simpson fut par la suite contacté par Michael Cobb, le concepteur des systèmes de contrôle
de mouvement utilisés sur des films comme Apollo 13, Titanic et True Lies. En outre, quelques anciens
de Digital Domain commentèrent les vidéos sur YouTube. Parmi eux, Erik Nash, directeur de la photographie
des effets visuels sur Apollo 13 et Titanic.
Les souvenirs de Sean Cunningham
Dans un autre commentaire, extrêmement détaillé, Sean Cunningham, ancien artiste de Digital Domain, partagea
une mine d'informations sur la façon dont Digital Domain utilisait l'Amiga, et d'autres systèmes, pour les
tests, les prises de vue de maquettes et d'effets spéciaux, l'enregistrement d'animations, la lecture vidéo
et la composition. Voici la traduction des souvenirs de Sean Cunningham à ce propos...
"C'est vraiment génial. Pour la petite histoire, il s'agissait de l'une des six
stations de travail Amiga/PAR configurées fin 1993 ou début 1994 lors de la production de
True Lies. La salle vidéo DD ne disposait que d'un seul système Abekas ou Accom DDR très coûteux, à
60 000 $ ou plus pour environ une minute de séquence CCIR 601. Cela représentait un goulot
d'étranglement majeur pour les créateurs d'effets visuels qui avaient besoin de valider leurs animations
et compositions de test avant de réaliser la version finale pour le film. Une équipe de passionnés d'Amiga,
dont Feli di Giorgio, Jonathan Egstad, Craig Caton et moi-même, avons élaboré une proposition pour
commander une demi-douzaine de systèmes plus performants, moins chers que l'achat d'un Abekas ou d'un
Accom supplémentaire.
Ces systèmes étaient organisés autour d'un chariot mobile contenant un Amiga 4000, un PAR, un TBC IV
(correcteur de base de temps, nécessaire à la numérisation de séquences externes), une carte Ethernet
Commodore, un moniteur pour l'Amiga et un moniteur "broadcast" Sony pour le PAR. J'ai oublié la
capacité du disque connecté au PAR, mais il pouvait contenir une heure de séquence, voire plus.
L'inspiration principale de tout cela vient de Craig Caton qui, avant de devenir animateur et spécialiste
de la capture de mouvement, était créateur de monstres au studio de Stan Winston. Il y a notamment conçu
la base de mouvement du T-Rex grandeur nature de Jurassic Park et manipulé une grande partie des marionnettes
de Terminator 2. Craig Caton avait déjà construit un système Toaster 4000 similaire chez lui pour son
propre plaisir, et connaissait donc son efficacité. Par ailleurs, ce sont les expériences de Craig Caton
avec LightWave 3D qui ont incité Stan Winston à créer une division d'images de synthèse au sein de son
studio, qui deviendra plus tard Digital Domain. C'est une histoire qui reste méconnue. L'atelier d'images
de synthèse de Stan Winston existait déjà avant Digital Domain, et c'est cette équipe, ainsi que trois
artistes (Craig Caton, Patrick Shearn et Lisa Aycock), qui ont été au coeur des discussions entre James
Cameron et Scott Ross.
Une fois les systèmes acquis, c'est principalement Jon Egstad, alors au département ingénierie de
Digital Domain, qui a assemblé le tout. Je travaillais sur les différents effets Harrier et nous
nous partagions la tâche d'écrire les scripts pour la gestion des tests, des prises de vue et des
projections. J'ai écrit le script tcsh appelé "parshoot" pour les systèmes SGI Irix, qui permettait
aux artistes de "tirer" sur leurs séquences d'images RGB avec des arguments en ligne de commande
pour nommer la vidéo résultante sur le PAR, ainsi que pour choisir le dossier de projection et
permettre la lecture à distance. Jonathan Egstad a écrit le script ARexx qui surveillait les images
entrantes et les messages de mon script afin de gérer les fichiers sur l'Amiga une fois la séquence
d'images convertie en fichier vidéo PAR. Ce système était bien plus rapide que le partage de fichiers
NFS sur le disque du PAR. D'ailleurs, Jonathan Egstad allait écrire, des années plus tard, la version
3D moderne de notre logiciel de composition Nuke.
Nous avons réparti ces systèmes dans tout le bâtiment numérique, à tous les étages, pour un accès
local facile au PAR pour la révision des prises de vue. Les revues sont devenues beaucoup plus
organiques et spontanées, permettant aux superviseurs d'effets visuels comme John Bruno (True Lies)
et plus tard Rob Legato (Apollo 13, Entretien Avec Un Vampire) de visionner de nombreux tests
en dehors des séances de visionnage des ébauches du matin, depuis n'importe quel poste PAR. Il
est difficile de décrire le débit que ces systèmes nous offraient, car les systèmes SGI de l'époque
n'étaient pas assez rapides pour générer un folioscope (alias "flip book") en temps réel des séquences
d'images, et il faudra attendre plus d'une décennie avant qu'une solution QuickTime suffisamment
performante et de qualité ne soit disponible.
Au début de la production, Michael Karp utilisait un système de prévisualisation vidéo sur bande 3/4"
pour les prises de vue miniatures. Le système fonctionnait, mais la qualité d'image était médiocre et
imprécise, et les nombreux magnétophones et commutateurs vidéo prenaient beaucoup de place. Je ne me
souviens plus si nous avions initialement prévu d'acheter un PAR pour le plateau, mais d'une manière
ou d'une autre, il en a obtenu un et, une fois de plus, la solution Amiga+PAR a radicalement amélioré
son processus de test, car la solution sur bande était lente, en plus d'être peu esthétique. Il a
développé le logiciel de contrôle pour que le Kuper communique avec l'Amiga et pilote le PAR. Dès
lors, le plateau a toujours disposé d'au moins un de ces systèmes et a refusé de s'en séparer. Cela a
suscité quelques tensions lorsqu'une panne matérielle a fini par en mettre un hors service à cause
de la chaleur étouffante sur le plateau.
J'étais persuadé qu'aucun n'avait survécu jusqu'en 1997, environ. Entre 1994, date de la faillite de
Commodore, et la fin des années 1990, maintenir ces ordinateurs en état de marche était un combat
permanent, car la conception de l'A4000 offrait un refroidissement et une circulation d'air insuffisants.
C'était particulièrement vrai lorsqu'on y installait deux cartes d'extension pleine taille qui
généraient une chaleur considérable. Jonathan Egstad perçait trois ou quatre trous sur le dessus
des boîtiers A4000 et y installait des ventilateurs d'extraction supplémentaires. Il devait constamment
bricoler des systèmes avec des cartes mères fonctionnelles, et ces ordinateurs ont finalement été
remplacés par des PC sous NT plus performants en termes de dissipation thermique et dotés de boîtiers
mieux conçus."
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Clap de fin
L'histoire de cet Amiga 4000, repêché de la poubelle et remis à neuf, montre bien le rôle discret,
mais essentiel, que l'Amiga a joué dans les grosses productions hollywoodiennes. Loin d'être de
simples ordinateurs d'appoint, les Amiga avec cartes PAR ont été une solution ingénieuse et économique
chez Digital Domain dans les années 1990. Ils ont évité l'utilisation de systèmes DDR hors de prix,
donnant aux artistes et aux chefs de projet un moyen rapide de faire de la prévisualisation, d'avoir un
retour vidéo direct et de valider les plans. Tout ceci aida à accélérer le travail sur des films comme
True Lies, Apollo 13 et Titanic.
L'Amiga, né de la passion d'une petite équipe, a prouvé qu'il était efficace pour ce genre de tâche
et a même inspiré des innovations importantes comme NUKE (développé plus tard par Jonathan Egstad).
Même s'il a fini par se faire remplacer par des PC, plus modernes, et qu'il n'est plus utilisé par
l'industrie du cinéma, l'Amiga reste le symbole d'une époque où une machine abordable pouvait marquer
l'histoire des effets spéciaux au cinéma grâce à l'ingéniosité de ses utilisateurs.
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