Obligement - L'Amiga au maximum

Lundi 22 mai 2017 - 17:30  

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Reportage : L'Amiga à l'Observatoire de Paris-Meudon
(Article écrit par Fabrice Neyret et Laurent Itti et extrait d'Amiga News - septembre 1993)


Les centres et instituts de recherche, souvent méconnus du grand public, sont en fait plus nombreux qu'on ne le pense : il existe en effet de nombreuses antennes régionales du CNRS, de l'INRIA, de l'INRA, de l'INSERM, etc. en plus des centres nationaux (souvent décentralisés) ou plus spécialisés comme l'IN2P3, le CSTB, le CNES, le CNET, le CERN, etc. sans parler des nombreux centres implantés dans les Universités, Grandes Écoles ou dans de grandes entreprises telles EDF, le CEA, etc. (voir signification des signes en fin d'article).

Appelés à combiner invention et manque de moyens, ces centres de recherche, bien plus ouverts que les industriels rompus aux standards en matière d'équipements informatiques, ont été amenés à découvrir l'Amiga.

C'est à l'Observatoire de Meudon que nous nous sommes rendus pour vous ce mois-ci. L'Observatoire de Paris-Meudon, sous la tutelle conjointe du CNRS et de l'Éducation Nationale, occupe près de 700 personnes dont environ 250 chercheurs, plus les nombreux étudiants en DEA d'astrophysique de Paris VII, ce DEA étant hébergé sur le campus de l'Observatoire. Ce dernier comprend en fait deux sites distants, l'un situé à Paris dans le XIVe arrondissement, et l'autre spacieusement installé sur les 40 hectares du parc du château de Meudon. Ces deux sites sont reliés par un "pont électronique" (liaison spécialisée entre leurs ordinateurs respectifs), et l'effectif vaque de l'un à l'autre.

Il est aujourd'hui bien difficile d'observer des étoiles depuis la banlieue parisienne, principalement à cause de la pollution, aussi bien atmosphérique que lumineuse : Paris est visible de Meudon la nuit, illuminant le ciel en une grosse masse rougeoyante, ce qui entâche les observations par télescope d'un voile rendant leur interprétation hasardeuse, et rend invisible les objets peu lumineux (quand ce ne sont pas les lumières d'un avion qui, passant dans le champ de vision, éblouissent instantanément les capteurs ultra-sensibles !).

C'est pourquoi l'Observatoire se consacre surtout à :

L'étude du Soleil, notamment au moyen d'une grande tour solaire permettant aux instruments de s'affranchir des turbulences proches du sol. Le soleil, lui, est suffisamment lumineux pour que les observations soient peu gênées par les pollutions précédemment évoquées. En outre et contrairement à ce que l'on pourrait croire, il est relativement aisé de trouver dix minutes sans gros nuages tous les jours en région parisienne, fenêtre quotidienne d'observation indispensable afin de collecter suffisamment de données pour travailler et avoir un suivi régulier des phénomènes.

L'astrophysique théorique, qui fait surtout appel à la réflexion, au calcul et à la simulation, et qui peut se servir d'observations faites sur d'autres sites mieux équipés et bénéficiant de meilleures conditions d'observation, afin de les confronter aux modèles élaborés par les chercheurs.

La conception, la réalisation et le test de nombreux appareils, ainsi que la préparation des observations de phénomènes nouvellement découverts ou rares (éclipses, passages d'astéroïdes...). Ceci est rendu possible par la présence (ou plutôt la persistance) sur le site de Meudon d'un grand nombre d'instruments, un peu vieillots mais bien suffisants pour ces observations préparatoires.

Ces appareils seront envoyés et ces mesures réalisées par la suite dans de grands observatoires idéalement situés, un peu partout dans le monde. Il faut bien comprendre que cette phase de préparation est primordiale, car une réservation pour quelques jours d'observation avec l'un des meilleurs télescopes mondiaux se prend un à deux ans à l'avance : il n'est pas question que l'expérience rate une fois le grand jour venu ! (surtout s'il s'agit d'un événement ne se produisant qu'une fois tous les 300 ans...).

On trouve donc essentiellement trois types de chercheurs à l'Observatoire de Paris-Meudon, avec toutes les déclinaisons intermédiaires entre ces grandes catégories : cela va des théoriciens purs qui se contentent largement d'un papier, d'un crayon, d'une bibliothèque et d'un ordinateur, jusqu'aux expérimentateurs qui observent par tous les moyens possibles, et qui n'hésitent pas à fabriquer eux-mêmes appareils, pièces mécaniques, électronique et logiciels adaptés à leurs besoins très pointus, en passant par les observateurs, qui utilisent et combinent des appareils déjà existants pour faire des mesures permettant de confronter la théorie à l'observation, évaluer les grands paramètres (densité et courbure de l'Univers, rapports entre masses, luminosités et distances...), ou trouver de nouveaux objets propices à relancer le débat...

Moyens informatiques

Un tel campus fournit donc un cadre très riche d'utilisation de l'informatique, principalement dans les domaines suivants :
  • Calcul intensif lors de la simulation de modèles de galaxies ou d'étoiles (pour les théoriciens).
  • Acquisition de données à partir de capteurs, et contrôle des instruments utilisés pour observer ces phénomènes (ce qui nécessite des développements logiciels et matériels de la part des expérimentateurs).
  • Dépouillement statistique des résultats et traitement du signal ou des images (par les observateurs).
  • Communication électronique entre les différents chercheurs du site, aussi bien qu'avec leurs collègues du monde entier.
  • Édition des rapports et des articles destinés à des publications scientifiques en TeX, qui est LE traitement de texte scientifique par excellence (figure 1).
  • Émulation de terminal (pour se connecter aux grosses machines)...
Amiga à l'Observatoire de Paris-Meudon
Figure 1 - Texte en TeX

L'équipement de l'Observatoire s'architecture autour d'un réseau informatique principal Decnet, dans la mesure où il est équipé en VAX depuis longtemps (il possède entre autres un VAX 4500), dont le constructeur DEC (Digital Equipment Corp) est réputé pour son indépendance en matière de langages, systèmes d'exploitation et réseaux...

Il dispose aussi d'un Convex quadriprocesseur (communément surnommé "Crayette" car, comme les célèbres super-ordinateurs Cray, c'est une machine vectorielle, c'est-à-dire qu'elle effectue toutes ses opérations d'un coup sur des tableaux de nombres (vecteurs, matrices), contrairement aux ordinateurs classiques qui doivent décomposer de telles opérations), et d'une centaine de stations de travail (Sun, VAX et HP principalement) souvent reliées en sous-réseaux Internet plus classiques (TCP/IP et NFS).

Environ 400 postes (terminaux ou micros de tous types) sont reliés à ce réseau (ce qui a été résumé par "400 PC et Mac" dans un reportage paru récemment dans la presse informatique dite "sérieuse", mais de moins en moins compétente...).

Parmi les diverses machines, on trouve -oh surprise !- au moins 25 Amiga, des A1000, des A500 et six A3000, tous sous AmigaOS et également reliés au réseau (soit par ligne série, soit par Ethernet).

Histoire de l'Amiga à l'Observatoire

Il faut bien garder à l'esprit les données suivantes :
  • Les chercheurs, toujours à la pointe de la technique, ont en permanence besoin des dernières fonctions, notamment en termes de puissance de calcul et de capacité d'affichage.
  • Ils ont également des besoins assez spécifiques, et le multitâche, le temps réel et l'ouverture vers le monde extérieur ne sont pas pour leur déplaire.
  • D'autre part, ils ne disposent généralement pas de beaucoup de moyens financiers, la recherche drainant beaucoup moins de crédits que l'industrie, notamment en temps de crise (quelle erreur !).
  • Par contre, les chercheurs qui sont prêts à mettre la main à la pâte, qui cherchent avant tout une machine ouverte et bien pensée, fabriqueront eux-mêmes logiciels et cartes dont ils ont besoin, et vivront très bien avec quelques bogues et un environnement bureautique réduit !
Connaissant les caractéristiques de l'Amiga et malgré son mode de diffusion officiel (obligeant à se débrouiller tout seul), notre machine s'est donc très vite avérée idéale...

Il faut, en effet, bien dire que la faible (mais néanmoins existante) propagation de l'Amiga dans le milieu scientifique se fait quasi essentiellement par initiatives individuelles et par le bouche à oreille, en l'absence totale de publicité et d'incitation de la part du constructeur, et ce encore davantage en France qu'ailleurs. L'implantation est donc très inférieure à ce qu'elle devrait être, c'est fort dommage et le constructeur (ou sa filiale) en est totalement responsable.

Si le chercheur peut se débrouiller quasiment seul, il a cependant besoin de trouver documentations, outils de développement et cartes spécialisées. Or, tout ceci existe mais est complètement sous-diffusé, notamment dans notre pays (et il faut savoir que la plupart des laboratoires rattachés à des organismes publics ont de grosses difficultés à acheter à l'étranger).

Il est par exemple impossible de trouver chez nous un Fortran professionnel (les DP sont trop légers), alors que les tonnes de bibliothèques mathématiques qui existent déjà pour ce langage le rendent indispensable pour les applications scientifiques (même si c'est pour les utiliser depuis le C par la suite). Il en est de même pour de nombreux logiciels.

Beaucoup d'outils ne semblent pas encore actuellement prioritaires pour Commodore et leur sortie promise depuis longtemps est toujours retardée (NFS en serveur, par exemple...). Ces logiciels sont pourtant disponibles en version de test pour les développeurs. Mis à part les RKM et les exemples en domaine public, l'accès à l'information est donc très limité et il faut vraiment avoir un pied dans le développement sur Amiga pour trouver certains outils ou produits, ou simplement connaître leur existence. Il faut donc devenir développeur enregistré (ce qu'ont fait nos interlocuteurs à leurs frais), ce qui revient à payer une cotisation annuelle (qui ne représente certainement pas la meilleure utilisation d'un budget de recherche réduit !).

Après la sortie de l'Amiga, en 1986, deux chercheurs de l'Observatoire ont lu avec un vif intérêt l'article de Byte présentant l'Amiga 1000 (cela a été, individuellement et parallèlement, le cas dans des centaines de centres de recherche de par le monde, le plus célèbre et le plus engagé d'entre eux étant sans doute la NASA, dont nous espérons vous conter un jour la façon dont elle a adopté l'Amiga et dont elle l'utilise aujourd'hui...).

Rappelons qu'à l'époque, le problème ambiant consistait à se munir d'un terminal graphique couleur. Les Tektronix étaient hors de prix, les PC vraiment trop pauvres, les Mac chers et en noir et blanc, toutes ses machines n'étant en outre ni très ouvertes, ni multitâches.

Ayant trouvé là le moyen d'obtenir enfin un terminal graphique couleur à la fois bon marché et programmable, nos deux savanturiers se sont rendus au SICOB 86 pour voir de près le mystérieux engin, et ils sont revenus avec un Amiga 1000, rapidement rejoint par une deuxième, puis une troisième machine.

Avec un système bien conçu et bien documenté dans les fameux ROM Kernel Manual (pour qui possède déjà une solide culture informatique), l'émulateur de terminal VT100 du domaine public récupéré initialement fut facilement enrichi d'un mode Tektro, adapté depuis à Ethernet, puis accompagné d'un nombre grandissant d'utilitaires tournant en local sur l'Amiga (figure 2-3). Ce fut en outre l'occasion de découvrir les formidables capacités de la machine, et de s'acclimater à son fonctionnement et à sa programmation. Les trois principaux développeurs ont d'ailleurs eux-mêmes personnellement acquis des A500 ou A2000 pour pouvoir prendre en main la machine.

Amiga à l'Observatoire de Paris-Meudon
Figure 2 - Terminal Tektro (test du CCD)

Amiga à l'Observatoire de Paris-Meudon
Figure 3 - Terminal Tektro (test du CCD)

Cette première expérience concluante avec l'Amiga fit naître l'idée de l'utiliser au cours des séances de travaux pratiques des étudiants en DEA à l'Observatoire. C'est alors qu'a démarré la conception d'un logiciel d'acquisition d'images issues de différentes sources, qui fut enrichi de nombreuses routines de traitement et visualisation, afin que les étudiants puissent facilement vérifier des résultats vus en cours de façon théorique. Des cartes d'acquisition vinrent également alimenter le logiciel en images brutes.

Deux programmeurs et un électronicien parmi les chercheurs se sont attelés au développement de cet ensemble modulaire dont nous allons vous parler plus bas.

En 1987-88, un A1000 supplémentaire fut donc acheté pour les TP de DEA, épaulé en 1989 par deux A500 puis plus récemment par un A500+. Outre les A500 du DEA, d'autres machines sont distillées çà et là : installé près de la salle blanche où sont testés les capteurs en milieu stérile, un Amiga 1000 sert de terminal graphique. Dans un autre bâtiment, on trouve un autre A1000 utilisé comme frontal graphique (via son port parallèle) à une machine temps réel OS9 (en fait, un tas de cartes sur bus VME) reliée à une caméra à comptage de photons (perdue au milieu du tas de tuyauteries du système de refroidissement, destiné à éliminer le bruit thermique).

C'est également près de cette salle blanche que l'on trouve l'A2000 et l'A3000 qui abritent les cartes d'acquisition spécifiques. Lors de notre passage, ils étaient employés au test et à la calibration d'une cible infrarouge de haut niveau (cellules de caméra CCD infrarouge 256x256 coûtant de l'ordre de 600 kF), cible qui participera au projet DENIS de cartographie infrarouge de la totalité du ciel austral, projet devant durer 5 ans.

Dans l'une des coupoles, un Amiga est même utilisé pour ses capacités en synthèse vocale ! En effet, le positionnement des divers engins et le résultat des diverses mesures, calculé sur de plus grosses machines, nécessiste la lecture d'un écran, qui de par sa luminosité briserait à chaque consultation l'accoutumance à l'obscurité... Une simple extension de l'émulateur de terminal installé sur l'Amiga suffit à faire l'affaire : en ajoutant des séquences Escape supplémentaires parmi les textes ASCII, on peut signaler un message à lire avec la commande Say plutôt qu'à afficher. De simples "write" (c'est du Fortran...) dans les programmes du VAX suffisent alors à annoncer les valeurs à haute voix dans les ténèbres de la coupole...

Enfin, les développeurs ont installé sur leurs machines des configurations logicielles typiques de tout amigaïste, mais propres à faire frémir les habitués des consoles, des PC et même des stations. Sur le moniteur de notre hôte, on peut trouver quasiment en permanence dans autant d'écrans superposés : VT100-tektro qui le relie à l'un des mainframes, CygnusED avec au moins quatre fichiers dont plusieurs textes sous TeX ou LaTeX en cours de rédaction, au moins trois Shell dont l'un avec le compilateur TeX (PasTeX, en domaine public), un prévisualisateur TeX, à l'occasion l'une des applications maison (frontal graphique, logiciel de traitement d'image), et enfin une kyrielle d'utilitaires, souvent écrits en ARexx par notre chercheur lui-même (agenda interactif, visu de courbes, pilotage d'applications à partir d'un jeu de données, correcteur orthographique anglais, etc.) !

Côté matériel, ils ne sont pas en reste non plus, avec outre de grosses machines, beaucoup de mémoire, une carte Ethernet sous NFS (le minimum vital, quoi), un lecteur de cartouches numériques DAT pour le traitement des signaux (l'Amiga était bien plus souple pour tester les jeux de 400 Mo de données, et c'est lui qui a été capable le plus rapidement d'exploiter le lecteur de DAT 2 Go, alors que les autres machines faisaient un blocage psychologique devant une telle capacité de stockage), les cartes d'entrée-sortie et d'acquisition maison, et de gros disques de 512 Mo à 2 Go dont l'installation fort pénible sur la machine OS9 n'a pas posé le moindre problème sur l'Amiga.

Dans le même ordre d'idée, c'est l'Amiga qui a été le premier micro (et reste sans doute actuellement le seul) capable de piloter la toute nouvelle grosse imprimante double face du réseau, dont l'Observatoire avait du mal à tirer quelque chose (et ce bien avant la station Silicon Graphics du centre de calcul !). Entre ARexx pour l'interconnexion facile des outils Amiga et l'AS-225 de Commodore pour les services réseaux type Unix, nos développeurs s'en donnent à coeur joie !

Bien sûr, ils observent avec beaucoup d'intérêt les nouvelles machines plus rapides et avec de meilleures résolutions, le DSP, le bus PCMCIA, le SCSI2, et le futur standard réseau SANA... Par contre, ils désespèrent de voir arriver un jour sur Amiga des cartes d'interconnexion aux bus VME, permettant d'accéder à toutes les cartes industrielles et scientifiques qui suivent cette norme.

Le logiciel de traitement d'image

Deux chercheurs ont développé, principalement chez eux, ce logiciel modulaire écrit principalement en langage C, l'un travaillant avec Aztec et l'autre avec Lattice. Ils s'appuient également sur l'assembleur, ARexx, et la gadTool.library. Ayant l'habitude des compilateurs C sur les nombreuses machines de l'Observatoire, ils ont trouvé au passage que ceux de l'Amiga valaient vraiment mieux que la plupart des compilateurs C sur station Unix, notamment en matière de compatibilité ANSI...

Le programme IMA est dédié à l'acquisition, le traitement et la visualisation d'images 8 ou 16 bits. Il est pilotable par menu, par script et par ARexx (figures 4, 5, 6).

Amiga à l'Observatoire de Paris-Meudon
Figure 4

Amiga à l'Observatoire de Paris-Meudon
Figure 5

Amiga à l'Observatoire de Paris-Meudon
Figure 6

Classiquement, le premier menu se charge de lire et écrire des images dans un format interne, en IFF, ou au format FITS utilisé mondialement en astronomie.

Le deuxième menu contient les divers traitements : mémorisation, multiplication ou addition par une valeur, choix des bits affichés (4 parmi les 8 ou 16 de l'image), logarithme, histogramme, contraste, gradient, lissage, filtrage par une matrice 3x3, vue en coupe, transformée de Fourier, seuillage, calcul de la photométrie (flux et moments), pose de repères sur l'image... La plupart des opérations peuvent s'effectuer sur une zone d'intérêt, que l'on trace très simplement à la souris.

Le troisième menu, regroupant les opérations liées à l'acquisition des images, est évolutif : en effet, le programme écrit de façon très modulaire permet d'ajouter un ensemble de fonctions et de sous-menus associés à tout nouveau capteur spécifique (caméra CCD, vidéo, interface fibre optique, carte Zorro ou parallèle...). Dans la même optique, toutes les fonctions qui dépendent directement de la machine sur laquelle s'exécute te logiciel (affichages graphiques, menus... par opposition aux routines de calcul) ont été regroupées dans un module séparé au sein du code source.

Il est vraisemblable que ce genre d'application pourrait intéresser d'autres laboratoires ; ceux-ci sont hélas bien souvent amenés à développer le même genre de choses, mais cela se fait chacun dans son coin, en raison du manque quasi complet de récolte et de redistribution de ce genre d'informations...

Au total, trois des sept thèmes de stages des DEA d'astrophysique utilisent l'Amiga, ce qui représente en tout environ un tiers des projets de ces futurs thésards réalisés avec la complicité de notre machine. De plus, ces projets comprennent souvent une part de développement, ce qui permet aux étudiants de découvrir la programmation sur notre machine. Et trois d'entre eux se sont déjà équipés en Amiga !

Carte d'acquisition d'image

Un grand atout de l'Amiga, pour lequel il est aussi employé à l'Observatoire de Paris-Meudon, est sa capacité à faire de la gestion de processus et de l'acquisition en temps réel. C'est un domaine dans lequel l'Amiga est hélas trop mal connu, tout simplement parce que personne en haut lieu ne cherche à le faire connaître auprès de toute une catégorie d'utilisateurs potentiels (industries, laboratoires de recherche, facultés, grandes écoles, etc.).

Avec ses capacités matérielles étendues et son système d'exploitation multitâche et temps réel (mode de calcul des priorités, nombreuses sources d'interruptions possibles, présence de "timers", bus rapide et conçu intelligemment ouvrant la porte à la création de cartes d'acquisition et de contrôle, protocole d'autoconfiguration, l'Amiga pourrait pourtant se placer comme un sérieux concurrent de toutes les machines tournant sous OS9, le principal système d'exploitation temps réel utilisé dans toutes les applications de contrôle de processus.

Le système d'exploitation OS9, à lui seul, vaut en effet déjà environ 15 kF, et les machines et cartes l'utilisant se situent dans la gamme des 50 à 100 kF !

La présence à l'Observatoire d'un électronicien passionné d'Amiga a été l'occasion de mettre en oeuvre ces capacités de la machine. Le protocole AutoConfig fut vite compris (c'est grâce à ce protocole que les cartes d'extension pour Amiga dialoguent avec le système à la mise en route, celui-ci décidant alors de la meilleure façon de les répartir dans les emplacements vides de l'espace d'adressage de l'Amiga, afin d'éviter tout conflit. On se passe ainsi des nombreux cavaliers de configuration que l'on trouve sur les cartes pour PC, et que l'on s'échine à modifier jusqu'à ce que ça marche (si cela marche un jour) à chaque changement matériel dans la machine). De nouvelles extensions pour l'Amiga, aussi fonctionnelles que ce que l'on peut trouver dans le commerce, purent alors voir le jour :

Il y eu tout d'abord une carte d'acquisition d'image (un frame-grabber) qui fut, à en croire son concepteur, "un petit truc amusant à réaliser et sans rien de génial" (les plus grands chercheurs sont souvent aussi les plus modestes...).

Après s'être ainsi fait la main, il construit une carte d'acquisition de haut niveau, avec entrée des données par fibre optique vers une mémoire à double accès, et report en passant sur un moniteur de contrôle. Cette carte permet ainsi de saisir des séries d'images en temps réel, en provenance notamment du super capteur CCD infrarouge évoqué plus haut. Elle sert donc essentiellement au test de ce capteur, et à la qualification grâce à celui-ci de cibles infrarouges de haut niveau.

La conception des schémas de ces différentes cartes fut réalisée grâce au logiciel ProNet sur Amiga, ce qui rendit le travail bien moins pénible que s'il avait du être fait à la main. Ce logiciel ressemble un peu à un programme de CAO, adapté à l'électronique : on peut placer les symboles logiques des différents composants utilisés à la souris sur un fond de plan, puis les relier entre eux par des fils, etc.

Les modifications dans le schéma sont alors aisées, et ne nécessitent pas les habituels gommages et autres collages auxquels on est inévitablement confronté lors d'une élaboration sur le papier. Le programme teste automatiquement les conflits électriques. Enfin, il communique la liste des liaisons entre les différents composants (liste extraite du schéma graphique) au module de routage (ProBoard), qui s'occupe de réaliser les circuits imprimés. Ce second module ne fut pas utilisé ici, car les cartes fabriquées étaient des prototypes réalisés en "wrapping" (on relie directement les pattes des différents composants par de fins morceaux de fil isolé, automatiquement dénudé et fixé sur les pattes (par enroulement très serré) grâce à un appareil spécial).

Le problème majeur rencontré au cours de ces développements matériels fut, là encore, le manque d'assistance pour l'implantation de l'Amiga dans les milieux professionnels : pour construire une première mouture d'une nouvelle carte, on part en général d'une carte de réalisation de prototype, consistant en un simple circuit imprimé découpé aux bonnes dimensions, sur lequel sont gravées les empreintes des connecteurs d'extension de l'Amiga, ainsi qu'un vaste quadrillage de pastilles de cuivre disposées et percées aux dimensions standard en électronique (les circuits intégrés disponibles pour le grand public ont leurs pattes espacées d'un dixième de pouce, c'est-à-dire 2,54 mm). On peut alors à loisir placer des composants sur cette zone pastillée, puis les relier entre eux et aux connecteurs.

Il fut assez difficile de trouver de tels circuits imprimés, spécifiques de l'Amiga, qui sont pourtant le matériel de base de tout développement matériel sur micro ! De plus, malgré leur grande simplicité conceptuelle, de telles cartes sont pénibles à réaliser à la main dans un labo.

Il était également impossible de se procurer en France des cartes d'entrées-sorties (indispensables pour piloter ou acquérir quoi que ce soit), alors que cela existe dans d'autres pays (États-Unis, et surtout Allemagne), mais depuis peu la société Xanadu commercialise des cartes de ce genre (en Allemagne, Edotronik GmbH commercialise des cartes d'extension compatibles avec les standards industriels IEEE 488 ou IEC 625, fournies avec les bibliothèques et les devices pour les piloter, ainsi que des cartes 32 entrées-sorties TTL, et des cartes prototypes avec la logique d'AutoConfig et des protections de bus installées !).

Conclusion

Pour les chercheurs de l'Observatoire qui ont craqué pour l'Amiga, son atout majeur réside dans sa malléabilité. qui en fait l'ordinateur pour les créatifs : un chercheur ne veut en aucun cas adapter ses besoins à la machine qu'il utilise, mais exige au contraire que celle-ci s'adapte facilement et rapidement à ses besoins, même lorsqu'ils sont très pointus et plus ou moins farfelus.

Plusieurs applications spécifiques ont été développées à l'Observatoire, et bien des choses trop lourdes à réaliser sur VMS, Unix ou OS9 (on ne parle même pas des PC) ont pu l'être avec facilité sur Amiga, dont ont connaissait déjà l'excellence du système d'exploitation multitâche temps réel, mais dont on découvre avec surprise qu'il se débrouille également très bien (voire mieux) face à des contraintes industrielles (quantité de données très importante, timing serré, réseaux).

Les trois développeurs ont, à eux seuls, réussi à susciter 25 postes de travail sur Amiga avec 20 autres utilisateurs "ordinaires", à faire effectuer une proportion sensible des TP de DEA sur la machine à tel point que plusieurs étudiants s'en sont équipés, et à influencer leurs collègues de l'Observatoire de Nice ainsi que celui de Rennes.

Ils ont dû pour cela franchir bien des écueils : auto-information et autoformation, pas de reconnaissance particulière au sein de l'Observatoire (hors des standards point de salut) : ils leur a fallu payer de leur personne, s'investir et s'enregistrer comme développeurs officiels, ratisser le parc de logiciels du domaine public, découvrir et défricher les informations du Usenet, tisser des liens avec des développeurs tout aussi individuels...

Ce travail de fourmi, qui a sans doute arrêté plus d'un chercheur ou industriel sur le point de se pencher vers l'Amiga, sans la moindre sollicitation du constructeur (hors du ludique point de salut) alors que d'autres redoublent d'efforts, complètement méconnus même dans leur propre institution, témoigne à nouveau du formidable gâchis que subit l'Amiga. L'essentiel de l'effort aura été de vaincre les inerties, plus que de bénéficier de la magie de la machine.

Imaginez à quel point le même enthousiasme sur une machine d'Apple ou de Silicon Graphics aurait été valorisé ! Mais comme tous les développeurs, ces chercheurs tiennent en rêvant qu'un jour, l'Amiga sera reconnu à sa juste valeur avec ou sans l'aide de son constructeur et de ses filiales. L'espoir fait vivre...

Annexe : sigles
  • CNRS : Centre National de Recherches Scientifiques.
  • INRIA : Institut National de Recherches en Informatique et en Automatique.
  • INRA : Institut National de Recherches Agronomiques.
  • INSERM : Institut National pour la Santé Et la Recherche Médicale.
  • IN2P3 : Institut National de Physique Nucléaire et de Physique des Particules.
  • CSTB : Centre des Sciences et Techniques du Bâtiment.
  • CNES : Centre National d'Études Spatiales.
  • CNET : Centre National d'Études des Télécommunications.
  • CERN : Centre Européen pour la Recherche Nucléaire.
  • EDF : Électricité De France (Direction des Études et Recherches).
  • CEA : Commissariat à l'Énergie Atomique.


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